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Chronique   

Septicflesh – Modern Primitive


Septicflesh s’est incontestablement imposé comme la référence en matière de death grandiloquent. Le groupe est passé maître dans l’art de conjuguer un riffing massif et « grand public » avec des orchestrations classiques que les productions cinématographiques les plus exubérantes ne renieraient pas. Codex Omega (2017) avait entériné le succès de cette formule, qui trouve son expression la plus vibrante à travers le live Infernus Sinfonica MMXIX (2020). Septicflesh fait de chaque chanson une sorte de récit homérique, quitte à abandonner pour toujours la moindre idée de sobriété. Modern Primitive, le onzième effort de la formation et le premier chez Nuclear Blast, ne change pas la donne. Il est un prolongement de Codex Omega et se permet en outre d’accentuer ses aspects les plus faciles à appréhender. Septicflesh peut désormais l’affirmer : il s’épanouit désormais dans le grand spectacle.

Malgré les cinq années qui séparent les deux albums, les premières écoutes de Modern Primitive provoquent immédiatement une impression de continuité avec Codex Omega. La production est à nouveau l’œuvre du prolifique Jens Bogren, la garantie d’un savoir-faire en matière d’agencement des plages orchestrales avec les élans de death moderne, mais aussi d’intensité sonore. Septicflesh a de nouveau sollicité l’orchestre philharmonique de Prague pour l’accompagner dans ses méfaits, avec trois éléments complémentaires : un chœur complet d’adultes, un autre d’enfants et une variété d’instruments ethniques. Le minimalisme que le public était en droit d’attendre. « The Collector » ne tarde pas à nous plonger dans les atmosphères apocalyptiques moyen-orientales de Septicflesh. Les quelques arpèges traditionnels de l’introduction se voient littéralement décimés par un riffing tout-puissant qui permet à Spiros Antoniou de délivrer son growl caverneux sans entraves. Rien d’inédit, si ce n’est quelques subtilités d’écriture dans les rythmiques qui se rapprochent parfois plus du heavy que du death et qui balisent davantage les compositions. Modern Primitive semble en effet faire des efforts d’accessibilité. À ce titre « Hierophant » se démarque très rapidement. Septicflesh prend ses airs les plus solennels et fait chanter en chœur « the hierophant » par la voix claire de Sotiris Vayenas qui l’ancre dans l’esprit. Si l’on y adjoint les accalmies seulement jouées par l’orchestre et qui participent grandement à la dynamique, on obtient la preuve que Septicflesh n’a jamais atteint ce niveau d’aisance dans le mélange des genres. Modern Primitive regorge d’accroches mélodiques qui sont souvent l’œuvre des cuivres ou des chœurs. À tel point qu’en comparaison, certains passages de Codex Omega incarnaient une forme de sobriété…

La très courte durée de l’album (moins de quarante minutes) accentue cette impression d’efficacité. Il y a cette prise de conscience que la formule Septicflesh souffrirait sur la longueur et que chaque titre nécessite un effort pour en déceler la pléthore de couches instrumentales. Derrière le riffing frontal de « Self Eater » se cachent des enchevêtrements de cordes et de cuivres et des jeux de percussions sans cesse mouvants, tout comme des progressions harmoniques plus fluides. C’est justement sur ce plan que Modern Primitive se distingue de son prédécesseur, là où on pourrait très vite l’affubler du sobriquet Codex Omega v.1.5. La synthèse des éléments les plus violents et des arrangements paraît toute naturelle. « Neuromancer » se veut exemplaire sur ce point et la variété des tessitures vocales entre les chœurs et le chant clair et hurlé du groupe y est pour beaucoup. Il y a même, à l’instar des accalmies de « Modern Primitives », une volonté de faire des arrangements orchestraux un outil de musique live à l’ancienne, capable de créer des anticipations propres au déchaînement du public, tout en sachant les rendre plus discrets aux moments opportuns pour, toujours dans un souci d’impact, mettre en valeur la rugosité des guitares et du chant death (« Psychohistory »). Septicflesh en vient même parfois à emprunter, par touches, un vocabulaire plus rock (« A Desert Throne »), à l’instar d’un Behemoth récent qui veut donner davantage de puissance évocatrice à ses chansons. La performance athlétique de « Coming Storm » a de quoi rassurer les puristes : Septicflesh a conservé son attrait pour la technique et les structures alambiquées (les cuivres s’en donnent à cœur joie), trop ravi de les opposer à la délicatesse des voix féminines aériennes.

Modern Primitive est le visage d’un Septicflesh qui a pris conscience de son potentiel accrocheur et de sa puissance spectaculaire, appuyé par sa science du contraste exacerbée (comme le laisse entendre son titre). Tout est plus fluide, plus dynamique, plus accessible. Aucune révolution, mais une amélioration constante à tous les niveaux qui semble pensée pour que la musique résonne davantage, notamment en live. Comme si la véritable ambition était de fédérer plutôt que de démontrer. Sur ce point Modern Primitive paraît a priori redoutable.

Lyric vidéo de la nouvelle chanson « A Desert Throne » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Neuromancer » :

Clip vidéo de la chanson « Hierophant » :

Album Modern Primitive, sortie le 20 mai 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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