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Interview   

Septicflesh : le testament du grandiose


Dans les superproductions du metal, celles de Septicflesh sont aujourd’hui parmi les plus impressionnantes et imposantes, à tous les niveaux. Entre le savoir-faire orchestral de Christos Antoniou, la fibre artistique de son frangin Spiros alias Seth Siro Anton et celle littéraire de Sotiris Vayenas – membre de l’ombre puisqu’il ne tourne pas avec le groupe -, chaque œuvre d’art sombre des Grecs est désormais attendue avec fébrilité, tant elles sont capables de nous submerger.

Codex Omega est le nom de leur nouvelle salve, ainsi que celui d’un troisième Testament imaginé par le groupe, et à son sujet, Seth n’a aucun doute : il s’agit là de leur œuvre la plus parfaite – aussi parfaite que l’homme puisse en être capable. Pour autant, les fans ne devraient pas être dépaysés, car si Septicflesh se laisse guider par l’instabilité des émotions, la recette de base est désormais fixe, depuis leur retour avec Communion (2008), premier album réalisé avec l’orchestre philharmonique de Prague qui est toujours de la partie trois albums plus tard. On discute de tout ceci avec le chanteur-bassiste.

« La première chose qui doit être claire pour nous est de faire quelque chose qui nous fait nous sentir bien, composer un morceau et vraiment l’aimer. Parce que, pour être honnête, je pense que de nombreux groupes agissent parfois comme un service public, ils essaient juste de composer vite, faire un album vite, partir en tournée vite… »

Radio Metal : Avec chaque nouvel album, vous avez ce souci de créer quelque chose qui surpasserait ou rivaliserait avec l’album précédent, et je sais que c’était une grande inquiétude que vous avez eue avec Titan après The Great Mass. Y a-t-il toujours une appréhension lorsque vous démarrez le processus ? Vous sentez-vous dépassés par votre propre travail ?

Seth Siro Anton (voix & basse) : Oui. Mais, en fait, c’est la première chose qui motive Septicflesh à créer quelque chose d’encore meilleur. C’est un défi. Un album de Septicflesh est un défi. Ce qui veut dire que lorsque nous avons créé Communion, nous savions que Communion était un bon album et nous n’étions pas sûrs si nous allions y arriver à nouveau, et si nous allions composer quelque chose d’aussi bon que Communion, mais ce n’était pas difficile parce que ce défi pousse Septicflesh à travailler plus dur et à continuer à travailler, pour toujours créer quelque chose de différent.

Titan est votre plus grand succès à ce jour. À quel point est-ce que ça a été un défi de faire un nouvel album après ça ?

Titan est effectivement le plus grand succès de Septicflesh, surtout en termes de ventes d’albums, mais l’album de notre discographie le plus encensé est, je pense, Communion. J’ai pu constater sur internet, dans de nombreux forums, sur YouTube, que plein de gens adoraient Communion, et peut-être The Great Mass aussi. Mais aujourd’hui, je pense que Codex Omega va changer les choses, parce que selon moi il s’agit du meilleur album de Septicflesh à ce jour, j’en suis à cent pour cent convaincu !

D’ailleurs, vous avez battu le record de préventes du label avec Codex Omega. Comment expliquer une telle attente pour cet album ?

Nous étions tout aussi surpris quand Season Of Mist nous a envoyé un email pour nous dire qu’avec Codex Omega, ils ont eu le plus grand nombre de préventes jamais enregistré dans l’histoire du label pour une sortie à venir. Donc on doit comprendre que c’est déjà un succès ! Ça montre tout simplement que nous avons de très bons retours de la part des gens, et ça c’est important.

Qu’est-ce qui dans votre musique, à ton avis, fascine autant les gens et leur donne envie de plus ?

Septicflesh est un groupe qui essaie d’expérimenter entre la musique extrême et la musique classique, et comme tu peux le comprendre, ça rend la situation plus compliquée. Septicflesh n’est pas qu’un simple groupe de metal. Pour ma part, parce que je n’aime pas mettre d’étiquette sur la musique, je pense que notre musique est plus proche du domaine cinématographique, c’est la bande son d’un film. Et je pense que c’est quelque chose que nous faisons de façon professionnelle. Chris, mon frère, comme tu le sais, est responsable des arrangements classiques et des orchestrations, car il a étudié la composition classique. Donc je pense que c’est ça qui rend Septicflesh spécial. Je pense que c’est ce point de jonction en or entre la musique classique et la musique extrême, c’est ce qui fait ce caractère et cette atmosphère grandiose dans notre musique, et je pense que nous devons le respecter, et nous devrions le conserver et continuer à travailler sur cette base.

Je sais que très tôt dans le processus de Titan, vous aviez l’intention d’en faire un album encore plus sombre. Du coup, cette fois, quel était votre état d’esprit et vos intentions avec Codex Omega ?

Nous ne savons jamais exactement ce que nous allons faire avant de commencer à préenregistrer un nouvel album. C’est quelque chose que j’aime beaucoup avec Septicflesh, parce que lorsque tu fais de l’art, tu ne sais jamais quelles émotions tu veux exprimer et quelle direction tu veux suivre. Il est certain que depuis Sumerian Daemons, Septicflesh devient de plus en plus sombre. Ça signifie certainement que nous avons quelque chose de stable, nous avons, disons, une formule stable que nous utilisons comme base standard. Tu sais, un album comme Revolution DNA [de 1999] était une expérience, et je pense que chaque groupe qui fait de l’art devrait expérimenter, et lorsque tu expérimentes quelque chose, tu ne sais pas si tu obtiendras quelque chose de bon, tu ne sais pas si tu obtiendras le résultat attendu. Pour moi, Revolution DNA était un très bon album mais il me manquait le côté plus sombre et primitif de Septicflesh. Maintenant, après Sumerian, et je parle de Communion, The Great Mass, Titan et Codex Omega, je pense que Septicflesh, en tant que groupe, nous avons une formule stable, c’est principalement le squelette de la musique classique combiné aux riffs heavy metal. Et surtout avec Codex Omega, nous ramenons des riffs et parties de guitare heavy qui manquaient à Titan et The Great Mass. En plus, Codex Omega, je trouve, est une compilation de tous les albums de Septicflesh. Je veux dire qu’il a des trucs venant de Revolution DNA ou Mystic Places Of Dawn. Là tout de suite, personnellement, je suis très satisfait de Codex Omega. Je pense que nous avons trouvé cet équilibre idéal où tout est clair, la musique est massive, le son est très bon, la production de Jens Bogren est extraordinaire, tout est vraiment en place. C’est la première fois que j’écoute un de nos albums et je dis « ok, c’est parfait ! Je ne veux rien changer. » Donc je pense qu’à partir de maintenant, effectivement, nous allons avoir un défi très difficile à relever parce que comment allons-nous surpasser Codex Omega ? Le prochain album sera un grand défi. Et oui, je pense qu’il est plus sombre que Titan et The Great Mass, si tu me demandes mon avis.

C’est une sacrée déclaration de dire que vous avez fait un album parfait ! [Petits rires]

Tu sais quoi ? Ce n’est pas que c’est un album parfait. D’accord, personne n’est parfait mais je veux dire que je ne veux rien changer, il n’y a rien qui me fasse dire : « Ok, peut-être que ceci aurait pu être différent ou le chant aurait dû être autrement… » Je suis vraiment content du résultat final. Ok, peut-être que « parfait » est un grand mot parce qu’effectivement, rien n’est parfait, mais ce qui est sûr est que je trouve que c’est notre meilleur album à ce jour.

« J’ai remarqué que, maintenant, avec internet, les gens sont très facilement déçus par rapport à avant […]. Peut-être est-ce parce que les choses vont plus vite, peut-être qu’il existe trop de groupes, on reçoit énormément d’informations, donc tout va vite et les gens sont plus sévères. Mais quoi qu’il en soit, je pense qu’au final, si l’art est bon, les gens l’apprécieront. »

Tu dis que vous avez trouvé une formule stable, mais pourrait-on s’attendre à voir le groupe expérimenter à nouveau comme sur Revolution DNA ?

Si jamais nous expérimentions, je pense que ce serait avec de la musique classique avant-gardiste. Peut-être que nous trouverons quelque chose de plus avant-gardiste avec les orchestrations et les instruments classiques. Mais je ne pense pas que nous referions quelque chose de similaire à Revolution DNA à l’avenir, parce que nous ne nous sentons pas comme ça, pour être honnête.

Codex Omega est une fois de plus vraiment grandiose, avec l’orchestre et les chœurs, mais n’y a-t-il aucune limite où serait « trop » ?

La première chose lorsque tu fais un album, c’est d’avoir de bons morceaux, d’être inspiré. Si tu n’as pas de bons morceaux ou d’inspiration, tu pourras même mettre l’orchestre de Star Wars, la combinaison ne sera pas forcément bonne. Donc la première partie, et la plus importante, est d’avoir de l’inspiration. Surtout avec Codex Omega, moi, Chris et Sotiris, parce que nous sommes les compositeurs principaux du groupe, chacun d’entre nous, nous étions dans notre home studio et nous avons préenregistré nos propres pistes et dès le début, nous avons vu que tout le monde était très inspiré. Donc si tu me demandes par rapport à cette atmosphère grandiose que Septicflesh a, le plus important reste d’avoir de super morceaux issus d’une grande inspiration. Et plus tard vient l’orchestre qui prend ces idées, ces émotions, et créé toute l’atmosphère.

Les gens désormais en attendent toujours plus de vous – plus grandiose, plus sombre, plus riche, etc. – N’avez-vous pas peur de vous piéger vous-même, que le jour où vous ne pourrez pas, ou ne voudrez pas continuer sur cette voie, vous serez condamnés à décevoir ?

Oui. C’est maintenant une grande conversation [petits rires]. On pourrait parler pendant des heures de ça ! C’est quelque chose de très difficile à exprimer. Il y a une forte connexion entre le groupe et les gens qui écoutent ce groupe. Je ne dirais pas des « fans », parce que je n’aime pas ce mot, pour être honnête. Par exemple, j’aime beaucoup Dead Can Dance et Paradise Lost mais je ne me sens pas comme un fan, je me sens comme quelqu’un qui apprécie le travail d’autres personnes. Donc ce que je veux dire est que, c’est certain, lorsque nous enregistrons un album, la première chose qui doit être claire pour nous est de faire quelque chose qui nous fait nous sentir bien, composer un morceau et vraiment l’aimer. Parce que, pour être honnête, je pense que de nombreux groupes agissent parfois comme un service public, ils essaient juste de composer vite, faire un album vite, partir en tournée vite… C’est une routine, c’est comme un boulot. Donc pour Septicflesh, le jour où nous arrêtons de créer de la musique qui nous paraît bonne, je pense que nous arrêterons totalement la musique ! Nous ferons autre chose ! Car le plus important est de se respecter et respecter les gens qui écoutent nos émotions, parce qu’en fait nous exprimons nos émotions, chaque artiste, chaque groupe exprime ses émotions. Même maintenant, la plupart du temps, je peux déjà voir des gens qui sont déçus, avec chaque album de Septicflesh. Et ce n’est pas qu’avec Septicflesh, si tu vas sur YouTube maintenant et chercher Iron Maiden ou Metallica, tu tomberas sur des gens déçus. J’ai remarqué que, maintenant, avec internet, les gens sont très facilement déçus par rapport à avant, pour être honnête. Les gens sont plus sévères qu’avant. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être est-ce le pouvoir d’internet ! Peut-être est-ce parce que les choses vont plus vite, peut-être qu’il existe trop de groupes, on reçoit énormément d’informations, donc tout va vite et les gens sont plus sévères. Mais quoi qu’il en soit, je pense qu’au final, si l’art est bon, les gens l’apprécieront.

Pourquoi n’aimes-tu pas le mot « fan » ?

Je ne sais pas, c’est… Parce que, tu sais quoi ? Je n’aime pas avoir des « fans ». C’est quoi un « fan » ? Un fan c’est quelque chose comme… Ce n’est pas que je n’aime pas, c’est que je préfère voir que d’autres gens écoutent ma musique ou apprécient mes illustrations et tout. C’est comme un lien spécial entre l’artiste et la personne qui reçoit les impressions de son art. Par exemple, le christianisme a des fans, la religion a des fans. Je suis contre la religion, je suis contre tout ce qui a à voir avec la religion, donc ça peut peut-être expliquer pourquoi je n’aime pas le mot « fan ».

Il y a quelques années, Sotiris a dit dans une interview qu’il croit dans la « combinaison spontanée des esprits et lorsque tu prédis chaque note, chaque mot et seconde, tu perdras le côté spontané de l’album. » Est-ce possible d’appliquer cette philosophie à une production aussi imposante que celle de Septicflesh ?

Je suis totalement d’accord avec Sotiris. En fait, c’est l’une des premières choses que j’ai mentionnée lorsqu’on a commencé l’interview : nous n’avons jamais à l’esprit ce que nous allons composer, ce que nous allons faire. Par exemple, pour Codex Omega, lorsque j’étais en train de composer un morceau comme « Martyr », j’avais quelque chose visuellement en tête mais plus tard, ça a totalement changé. Donc rien n’est fixe. Tout a à voir avec l’inspiration, tout a à voir avec quelles émotions tu as à cette période précise où tu vas enregistrer l’album. Donc si tu te sens triste, ça signifie que ce que tu vas exprimer sera quelque chose de pas très joyeux. Donc la partie la plus importante est l’inspiration, et l’inspiration est quelque chose qui n’a pas de normes.

« Le christianisme a des fans, la religion a des fans. Je suis contre la religion, je suis contre tout ce qui a à voir avec la religion, donc ça peut peut-être expliquer pourquoi je n’aime pas le mot ‘fan’. »

D’après Christos, pour les deux derniers albums, « la majorité des chansons est basée sur le gabarit orchestral, » que la musique classique est le point de départ de la plupart des chansons. Est-ce que vous avez conservé cette manière de travailler ?

Oui, comme je l’ai décrit plus tôt, nous avons une base et une manière de travailler standard. Cette fois, pour être honnête, j’ai personnellement voulu – c’est ce que j’ai dit à Chris et Sotiris – remettre plus de guitares, plus de riffs, combiner les riffs avec l’orchestre. Donc cette fois, je pense que nous avons passé plus de temps à créer, disons, des parties metal. Moi et Sotiris, nous avons composé les parties metal de Codex Omega et mon frère, qui est responsable des orchestrations, a aussi composé des morceaux, mais avec orchestre. Par exemple, moi et Sotiris, nous composons toujours avec les guitares, évidemment, la basse et tout. Mon frère compose différemment. Il compose avec un piano et avec l’orchestre. Donc il nous apporte ses propres idées et nous apportons les guitares dans ses idées, et lui apporte l’orchestre dans nos idées. Donc Septicflesh est comme une usine d’art, si tu comprends ce que je veux dire. Parce que tout a à voir avec le produit final de l’album qui est fait par nous, de la musique, la composition classique et les orchestrations, aux illustrations, le livret, les éditions spéciales et tout ce qui a trait à la production, et c’est très important.

C’est la quatrième fois que vous travaillez avec l’Orchestre Philharmonique de Prague. Dirais-tu que votre relation de travail avec eux est devenue naturelle ?

Ouais, c’est la quatrième fois et Chris est très lié maintenant à cet orchestre. En fait, ils sont vraiment bons, c’est un orchestre philharmonique professionnel – tu sais, ils ont participé à de très bons films. Donc nous sommes très contents et il est certain que nous allons continuer avec eux. En fait, je n’étais jamais là-bas, pour être honnête, parce que c’est mon frère qui était toujours là-bas durant les enregistrements de l’orchestre, donc je ne sais pas quelle était l’atmosphère. Ce qui est sûr, c’est que d’après les vidéos que j’ai vu, c’était extraordinaire, parce que c’est une émotion unique lorsque tu vois ta musique jouée par un orchestre d’une centaine de personnes – je ne me souviens plus du nombre exactement.

Deux invités apparaissent sur cet album : Giannis Poupoulis qui joue du oud sur « Martyr » et « Faceless Queen » et Vahan Galstyan qui joue du duduk sur « Portrait Of A Headless Man ». Comment avez-vous eu l’idée d’ajouter ces instruments à l’ensemble symphonique ?

Ce sont des choses que nous devons amener sur chaque nouvel album qui rafraîchit l’atmosphère de l’orchestre. Nous n’arrêterons jamais de faire ça. Avec chaque album de Septicflesh, nous voulons apporter de nouvelles dimensions. Et je ne parle pas uniquement de la musique, je parle aussi de l’illustration, des paroles, et tout ce qui a à voir avec le produit artistique final. Avec ces instruments, nous voulions apporter quelque chose de primitif, et je pense, surtout sur « Portait Of A Headless Man » et même avec « Martyr » et « Enemy Of Truth », tu peux ressentir ces émotions et cette impression venant de ces instruments.

La musique de film a toujours été populaire, mais on voit de plus en plus le grand public s’y intéresser et même aller la voir en live, si on en croit le succès des tournées de Hans Zimmer et Ramin Djawadi. Penses-tu que le contexte est favorable pour les groupes comme vous qui incluent une dimension cinématographique ou orchestrale à leur musique ?

Je pense que c’est quelque chose de très bon pour notre scène, et je parle de la scène metal. Le heavy metal a toujours été très lié aux films et BO de films fantastiques, du Seigneur Des Anneaux à Star Wars, et même The Dark Knight, la trilogie de Batman. Je suis sûr qu’Hans Zimmer a plein de fans de metal qui écoutent ses bandes originales ! Et je peux aussi voir ça avec Septicflesh et quelques autres groupes comme Carach Angren – ils sont aussi chez Season Of Mist – et Fleshgod Apocalypse. Il y a plein de groupes qui ont cette atmosphère cinématographique.

J’allais justement te demander par rapport à Carach Angren et Fleshgod Apocalypse, mais aussi Dimmu Borgir, qui sont les trois autres groupes de metal extrême qui sont devenus des références avec Septicflesh pour ce qui est du metal extrême symphonique. Que penses-tu de leur approche du mélange de l’orchestre et du metal ?

Ok, parlons d’abord des maîtres : Dimmu Borgir. Parce que Dimmu Borgir était le premier à créer cette atmosphère unique entre l’orchestre et le heavy metal, je crois que c’était avec Puritanical Euphoric Misanthropia. Mais pour être franc, depuis lors, je ne suis pas très emballé par leurs dernières œuvres et la composition classique qui était mélangée aux parties metal sur leurs nouveaux albums, parce que je n’entends plus un orchestre, j’entends seulement des chœurs et davantage des parties midi. Je ne sais pas, peut-être est-ce parce que Mustis n’est plus là. Mais c’est sûr que c’est le premier groupe à avoir créé quelque chose comme ça. Et Dimmu Borgir sera toujours Dimmu Borgir, c’est un super groupe, j’aime toujours Dimmu Borgir. Après, pour ce qui est de Fleshgod Apocalypse et Carach Angren, tout d’abord, ces groupes sont comme nos frères parce que nous avons très souvent tourné avec eux, donc mis à part que j’aime beaucoup leur musique, ce sont de très bons amis à moi. Donc, comme tu peux le comprendre, je n’ai pas d’avis [rires]. Mais c’est sûr que ce sont de super personnes et de supers compositeurs, et je les aime beaucoup. Surtout Carach Angren, c’est un nouveau groupe qui est destiné à avoir un grand futur parce qu’ils sont très talentueux.

Plus généralement, il semble y avoir une mode chez les groupes de metal avec l’utilisation d’orchestres. Quel est ton avis sur la question et la façon dont c’est utilisé ?

Il n’y a pas tant de groupes qui travaillent avec un orchestre, nous venons de parler de ceux-là : c’est Dimmu Borgir, Fleshgod Apocalypse, Carach Angren et je ne sais pas s’il y a d’autres groupes qui utilisent un orchestre. Je n’ai pas d’autres groupes qui me viennent en tête tout de suite. Plein de groupes ont utilisé un orchestre, par exemple, Metallica a utilisé un orchestre et Rhapsody a utilisé un orchestre, mais ils ne l’ont pas utilisé comme Septicflesh, Carach Angren et Fleshgod Apocalypse l’utilise. C’est très différent d’avoir un album avec dix morceaux que de prendre un orchestre et faire une édition spéciale, genre tu prends le Black Album et le joue en live avec un orchestre. C’est différent lorsque tu commences la composition avec l’orchestre et les parties metal. Si tu veux mon avis, je préfère la méthode où l’orchestre et les parties metal, les riffs, les parties de guitare, se fondent ensemble et commencent à fonctionner ensemble dès le début et qu’ils créent quelque chose, plutôt que d’avoir un morceau fini où tout est enregistré et ensuite on place un orchestre par-dessus comme une décoration. Ce que je veux dire c’est que je n’aime pas toujours ce résultat décoré de l’orchestre que font certains groupes, parce que ça sonne trop comme de la musique de Noël ! [Rires]

« Nous n’avons jamais à l’esprit ce que nous allons composer, ce que nous allons faire. […] La partie la plus importante est l’inspiration, et l’inspiration est quelque chose qui n’a pas de normes. »

Il y a aussi des groupes comme Nightwish et Epica qui utilisent un orchestre…

Je ne suis pas fan de cette musique. Je respecte ces groupes mais je ne suis pas fan [rires].

Faire appel à un orchestre et un chœur comme vous le faites sur cet album, ça coûte beaucoup d’argent, et beaucoup de groupes ne peuvent pas se le payer. Est-ce que ça veut dire qu’un genre de niche comme le death metal peut être suffisamment rentable pour faire ça ?

C’est vraiment difficile, en fait [petits rires]. Les orchestres prennent énormément d’argent et parfois, lorsque nous dépassons le budget, nous devons donner de nos propres poches de l’argent pour les dépenses supplémentaires, pour les clips vidéo, et même pour nos bannières. Parce qu’effectivement, l’orchestre est une arme très couteuse.

Est-ce que le label vous donne le budget pour ça ?

Bien sûr, c’est toujours le label qui donne tout le budget pour l’orchestre. Ils l’ont fait depuis Communion.

Communion était d’ailleurs la première fois que vous avez utilisé un vrai orchestre, donc c’était un gros risque pour eux…

Exactement. Il y a toujours un grand risque au début. Mais maintenant, parce qu’ils ont vu que nous avions de très bons retours, ils continuent à investir dans notre musique et c’est très bien. Nous sommes très contents du label. Il y a de très bons nouveaux groupes qui existent et qui n’arrivent pas à trouver de label parce que les labels n’investissent plus. Les labels aujourd’hui préfèrent avoir un produit tout fait, un groupe déjà connu pour avoir un produit clef en main. Tu sais, de manière générale, Septicflesh, nous avons commencé dans les années 90, et nous avons toujours été avec un label français, donc nous sommes très liés à la France, et nous sommes très contents que durant toutes ces années la France ait autant soutenu Septicflesh.

Après avoir fait quatre albums avec orchestre et chœur, pourrait-on imaginer que Septicflesh refasse un album sans orchestre ?

Impossible. Parce qu’aujourd’hui, à partir de maintenant, c’est une certitude, je peux confirmer à cent pour cent que l’orchestre est le cinquième membre du groupe. C’est comme tu as moi en tant que chanteur et bassiste, Chris et Sotiris en tant que guitaristes, Krimh est le batteur, et l’orchestre est l’orchestre [petits rires], si tu comprends ce que je veux dire. C’est notre cinquième membre, donc c’est quelque chose de permanent dans le groupe.

Avez-vous jamais songé à réenregistrer certaines de vos chansons passées avec un orchestre ?

Je pense que ça sonnerait super ! Parfois étrange mais super. Je n’y avais jamais pensé, pour être honnête. Peut-être que nous pourrions le faire, avoir « Esoptron » ou « Mystic Places Of Dawn » avec un orchestre. C’est une super idée ! Merci pour l’idée ! Je vais l’utiliser ! [Rires]

Peut-on s’attendre à voir dans un futur proche Septicflesh se produire en live avec un orchestre ?

Possiblement. Nous étions en négociation pour ça, surtout ici à Athènes parce que ce sera plus facile de le faire ici, mais ce n’est pas encore quelque chose qui est calé parce que nous avons besoin d’un très gros orchestre pour le faire. Je veux dire que si tu trouves juste des violons ou quelques cuivres et quelques violoncelles, il est certain que ça ne créera pas l’atmosphère de l’album. Donc c’est quelque chose que nous avons vraiment envie de faire mais pour l’instant, nous essayons de voir quelles solutions s’offrent à nous, parce que c’est une production très chère, en fait.

Pour Communion, vous avez travaillé avec le producteur Fredrik Nordström, pour The Great Mass c’était Peter Tägtgren, pour Titan c’était Logan Mader, et maintenant vous avez travaillé avec Jens Bogren. Je sais que vous avez été très content des collaborations avec chacun de ces producteurs. Du coup, qu’est-ce qui vous pousse à changer de producteur à chaque nouvel album ?

Parce que nous voulons toujours créer une atmosphère différente et nous avons le sentiment que si nous continuons avec le même producteur sur l’album suivant, ça nous posera problème. Car nous allons nous répéter et nous ne voulons pas que ce soit le cas. J’aime tous les producteurs auxquels nous avons fait appel jusqu’à présent, chacun d’entre eux sont talentueux et sont de supers artistes. Fredrik Nordström, tout le monde le connait, il a créé cet extraordinaire son suédois. Tägtgren, on le connaît déjà d’Hypocrisy et ses travaux de production. En fait, nous étions très surpris de l’album de Celtic Frost qu’il a fait, Monotheist. Lorsque nous avons entendu cet album, nous avons dit : « Ok, c’est la production la plus dangereuse qu’on ait jamais entendue. » Voilà pourquoi nous avons choisi Tägtgren. Ensuite nous avons dit : « Ok, essayons quelque chose de plus groovy, pour avoir un son comme un coup de poing en pleine tête. » Et nous avons choisi de travailler avec Logan, qui est un super producteur et musicien, tu connais son passé, il était dans Machine Head. Et maintenant, avec Codex Omega, nous sommes revenus en Suède et avons opté pour Jens Bogren parce que nous voulions avoir ce chaleureux son suédois. Nous avons dit : « Ramenons cet excellent feeling bien chaleureux de Suède dans le son de guitare. » Et je pense que Jens Bogren a créé un son massif. C’est la première fois que tout est, disons, bien cuisiné [petits rires]. Je veux dire que l’orchestre est là, tu peux l’entendre, tu peux entendre les voix, tu peux entendre les guitares, tu as les mélodies, tu as le punch de la batterie, tu as la basse… Tout est bon ! Il a vraiment fait un très bon équilibre entre l’orchestre, la batterie et les guitares, et ceci était le plus grand challenge. Bogren a réalisé la meilleure combinaison de tous ces instruments.

« Pour moi, même la vie, tout ce que nous vivons est de l’art. Tout est art pour moi. L’univers, les planètes, tout, c’est de l’art. Donc l’art sombre renvoie aux arts très bien cachés qui sont encore inexplorés. »

Etant donné à quel point votre musique est massive, avec toutes les couches, etc., n’y a-t-il jamais eu un producteur qui s’est découragé ?

Tous ! [Rires] C’est un enfer pour le producteur ! Mais au final, nous faisons des compromis. Par exemple, Bogren a dit : « Ok, on va faire ça, l’orchestre sera là, les guitares seront ici, » et nous avons cet équilibre idéal que j’ai mentionné plus tôt. Mais c’est sûr que ce n’est pas facile. Au début, ils ont tous eu des problèmes parce que ça représente un grand challenge si tu as autant d’éléments et couches : comment est-il possible de créer quelque chose de massif avec tout ça ? Quelque chose en souffrira. Je veux dire par là que tu prends un énorme risque qu’un élément se retrouve plus faible que les autres quand tu en as autant.

Il y a trois ans, il a été annoncé que Septicflesh se séparait de son batteur de longue date Fotis Benardo. Peux-tu nous expliquer les raisons de cette séparation ?

Tu sais, Fotis est un grand artiste, il a beaucoup de talent mais je pense que nous n’avions plus cette connexion du début. Je crois que Fotis voulait faire autre chose. Je ne sais pas. C’est comme lorsque tu as l’impression d’être dans le même groupe sans l’être, en fait, nous ne pouvions plus travailler ensemble. Nous ne sommes pas le seul groupe à avoir rencontré ce genre de problème. Lorsque tu as un groupe et que tu tournes beaucoup, tu pars pendant deux mois en tournée, puis un mois, etc., tu as toujours un moment [où vous vous prenez la tête], ce n’est pas facile tu sais. Ce n’est pas si facile d’avoir un groupe et qu’il y ait une super atmosphère amicale ! Par exemple, Chris et moi, nous nous bagarrons tout le temps, constamment, mais c’est de la bagarre saine, disons [petits rires], parce qu’au final, nous créons un bon album. Avec mon frère, nous pouvons nous battre autant que nous le voulons, ça ne pose pas de problèmes. Mais avec Fotis, c’était différent. Je pense qu’il ne pouvait plus rien offrir de positif à Septicflesh, tout du moins pas au même niveau que par le passé. Mais il est certain qu’il va continuer en tant que batteur, en tant que producteur, de ce que j’en sais. Il a aussi déjà un groupe, et il chante. Donc nous lui souhaitons bonne chance.

Votre nouveau batteur Krimh a rejoint le groupe en 2014. Penses-tu que le fait qu’il ait été recruté il y a trois ans a été bénéfique pour ce nouvel album ? Qu’il a eu le temps de s’adapter à Septicflesh et vice versa ?

En fait, je ne pense que nous n’aurons jamais de problème avec Krimh. Pourquoi ? Parce que Krimh est l’un des artistes les plus professionnels que j’ai rencontré. Il sait très bien quoi faire, c’est un très bon batteur, il travaille énormément – c’est le plus important… En fait, c’est le gars avec qui tu as envie de travailler. Il est très professionnel. Donc nous n’avons eu aucun souci avec Krimh. Imagine : je crois que nous avons fait trois répétitions, ou peut-être deux, et ensuite nous avons commencé une tournée ! Il connaissait les chansons, il connaissait les parties, il est immédiatement rentré dans l’atmosphère de Septicflesh ! Et là maintenant, d’ailleurs, dans Codex Omega, il a composé un morceau, « Gospel Of Fear », c’était Chris et Krimh. Donc c’est un membre permanent de Septicflesh.

La dernière fois qu’on s’est parlé, tu nous as dit que « parfois, les crises et les problèmes dans le monde renforcent l’art. » Le monde est actuellement plus chaotique que jamais, avec le fondamentalisme religieux, les mouvements politiques extrémistes qui gagnent du terrain, les réfugiés, etc. Est-ce que le contexte mondial a nourri votre créativité ?

Je vois bien la situation actuelle, vraiment, et je n’en suis pas du tout satisfait, je n’aime pas toutes ces choses qui se produisent, mais pour être honnête, Septicflesh fonctionne pour nous comme un rêve. Et pourquoi je parle de rêve ? Parce que nous préférons rêver, nous préférons explorer et, disons, faire des recherches en métaphysique, décoder certaines puissances sombres de la nature. Avec les albums de Septicflesh, nous aimons toujours explorer les mythologies de nombreuses religions et traditions occultes. Je préfère rêver comme ceci et éviter de critiquer la réalité à laquelle nous faisons face en ce moment. Mais il est certain que je ne suis pas du tout content de toute la situation actuelle.

C’est plus comme une échappatoire ?

Tu sais, s’échapper, pour moi, ce n’est pas une bonne action parce que ça démontre que tu as peur. Pour conquérir la peur, tu dois devenir la peur – c’est une citation de Batman. Mais je ne suis pas content, et lorsque tu n’es pas content, tu essaies d’éviter la situation. Avec la crise, les trucs financiers, et comme tu le sais, les Grecs sont dans une très mauvaise situation, tout ceci se produit partout dans le monde. Mais effectivement, ça influence à un niveau musical. Tu sais quoi ? Il faut que je clarifie quelque chose : lorsque Septicflesh parle d’ « obscurité », ce n’est pas l’obscurité diabolique, satanique, avec les tueries et le sang [petits rires]. Pour moi, l’obscurité signifie la puissance de la nature qui est bien caché dans l’univers ou autour de nous, on peut même parler d’énergie. Donc, pour moi, en tant qu’humains, notre mission est d’explorer et rechercher ces énergies, ces puissances obscures de la nature et atteindre un plus haut niveau de conscience.

Es-tu d’ailleurs proche de la nature, en général ?

J’essaie ! Tu sais, c’est très difficile aujourd’hui, si tu vis dans le cœur du pays. À Athènes, par exemple, c’est très difficile de ressentir que tu es proche de la nature, et tout est très technologique. Mais tu sais, en quelques mots, comme je l’ai dit avant, je préfère continuer à rêver.

L’album s’appelle Codex Omega, qui est le nom que vous avez donné au dernier tome dans la trilogie du Testament, d’après la chanson « 3rd Testament ». Donc cet album est-il le troisième Testament ?

Comme tu le sais, Sotiris est responsable des paroles mais comme j’ai aussi fait l’artwork, nous avons travaillé très étroitement ensemble, nous avons très bien coopéré, donc je peux aussi décrire certaines parties du concept et du caractère principal de l’album. Tout d’abord : Codex Omega est le troisième et dernier Testament. C’est un concept très antireligieux et il se focalise sur le fait que tous les livres sont des produits de l’esprit humain. En conséquence, ceci inclut Satan et Dieu, ceux-ci sont des créations humaines. Donc ce troisième Testament donne une fin à ce conte de fées entre Satan et Dieu, ce conte de fées entre le noir et le blanc. Codex Omega est la conclusion finale. Et pourquoi est-ce que ça s’appelle Codex Omega ? Parce qu’Omega est la dernière lettre dans l’alphabet Grec et représente la fin dans les livres qui sont des piliers de la foi Chrétienne.

« Partout, que ce soit en art ou à la télévision, ils veulent voir des choses qui les rendent heureux, les relaxent, les font se sentir bien et en sécurité, et leur donnent du réconfort. Mais ça fait penser à des moutons. Ils sont tous ensemble, on les nourrit, on les fait se sentir bien et ensuite on les emmène à l’abattoir. »

Vous vous focalisez beaucoup sur la religion chrétienne, mais n’est-elle pas devenue plutôt inoffensive, ou en tout en tout cas pas aussi nuisible qu’elle a pu l’être, si on compare aux crimes que l’on voit de nos jours perpétrés au nom de l’Islam, par exemple ?

Ouais, mais par le passé, je pense que c’était la religion la plus dangereuse [rires]. Si tu lis l’histoire, et même lorsque j’ai étudié les beaux-arts, dans l’histoire des beaux-arts, j’ai vu dans ces livres que la religion chrétienne a vraiment fait de mauvaises choses même dans l’art ! Ils ont détruit de grandes traditions artistiques. Ils ont donc fait des choses très dangereuses dans le passé. Et aujourd’hui, tout est très bien dissimulé, et ça ne veut pas dire que les choses sont bien. Mais tu sais quoi ? Nous utilisons toujours des symboles et certaines traditions provenant de chaque religion. Nous ne sommes pas coincés sur la religion chrétienne. Mais l’Islam, je n’ai pas d’avis sur l’Islam. L’Islam est une autre manière de vivre une foi et une religion. Et, soit dit en passant, avec Septicflesh, nous avons de très bon retours de la Syrie, d’Iran, nous avons plein de fans là-bas, en fait. Mais pour ce qui est de la religion chrétienne, oui, elle nous pose problème, pour être honnête [petits rires], parce que pour moi, ça a été une religion très dangereuse par le passé. Mais tu sais, ce n’est pas une question de savoir laquelle est la plus dangereuse. Je pense que toutes les religions, au final, lorsqu’elles ont des fanatiques ne sont pas bonnes.

Sotiris a écrit toutes les paroles tandis que tu réalises les artworks, et Christos m’a dit que les paroles et l’aspect visuel jouaient un rôle important, et tu viens de dire que Sotiris et toi avez travaillé étroitement sur ces aspects. Du coup comment ça s’entremêle, comment travaillez-vous là-dessus ensemble ?

Nous échangeons des idées. Je dis à Sotiris : « Je vais faire une créature, une silhouette… » Par exemple, avec Codex Omega, j’ai dit dès le départ que je voulais faire quelque chose comme une reine mais au lieu d’une tête, avoir un genre d’utérus. Sotiris a dit que c’était une super idée et que peut-être que nous allions établir un lien avec le troisième Testament : ça amène une idée de naissance, que cette fois nous pourrions avoir un livre écrit pour les humains et pas pour les dieux. Donc voilà pourquoi j’ai utilisé une petite nouvelle vie, un fœtus, dans la tête de cette créature qui apparaît sur la pochette. Donc nous échangeons des idées jusqu’à ce que nous trouvions une connexion. Et parfois, nous préférons aussi avoir une orientation surréaliste. Et le surréalisme implique que la logique n’est pas toujours acceptée. On peut avoir des liens étranges entre les mots et les éléments d’art qui viennent directement du subconscient.

La créature sur l’illustration rappelle la créature d’Alien créée par H.R. Giger…

Oui ! Je le savais ! Lorsque j’étais en train de faire l’illustration, j’ai dit : « Oh, ça me rappelle un peu Alien. » Mais tu sais quoi ? Je n’avais jamais l’Alien de Giger à l’esprit. Je voulais juste créer un endroit dans la tête qui pouvait contenir le fœtus, donc c’est la forme de la tête qui créé cette similarité avec Alien, sans doute. Mais évidemment, Giger reste un grand mentor pour moi !

Dans la chanson « Dark Art », il y a ces vers : « Pour confectionner l’art sombre, nous avons utilisé notre âme. Les émotions saignent, mais nous restons forts. Disciples de l’Art Sombre. » Est-ce une description de Septicflesh ? Etes-vous les disciples de l’Art Sombre ?

Exactement ! Car c’est ce que j’ai dit auparavant à propos de préférer rêver, explorer et rechercher les arts sombres. Ce morceau dit exactement ce que j’ai mentionné avant. Pour moi, même la vie, tout ce que nous vivons est de l’art. Tout est art pour moi. L’univers, les planètes, tout, c’est de l’art. Donc l’art sombre renvoie aux arts très bien cachés qui sont encore inexplorés. Je dois dire que je ne suis pas très bon en anglais et si ça avait été une interview en grec, nous aurions pu parler des heures de ça [petits rires].

La dernière fois que nous nous sommes parlés, tu nous as dit que pour une personne moyenne, une blonde avec du silicone partout était plus jolie qu’un vieux couple qu’elle trouverait dégoutant. Mais pour toi c’est tout l’opposé. Penses-tu que les notions et l’éducation de ce qui est beau ou pas sont biaisées dans nos sociétés ?

Parfois, surtout maintenant à notre époque, je ne sais pas exactement ce qu’il se passe. Je veux dire que le noir est blanc et le blanc est noir, le toit est une chaise et la chaise est un toit. Tout a une identité différente et parfois, un toit peut être caché derrière une chaise. Les gens sont attirés par certaines formes particulières. Partout, que ce soit en art ou à la télévision, ils veulent voir des choses qui les rendent heureux, les relaxent, les font se sentir bien et en sécurité, et leur donnent du réconfort. Mais ça fait penser à des moutons. Ils sont tous ensemble, on les nourrit, on les fait se sentir bien et ensuite on les emmène à l’abattoir. Donc parfois, avec mon travail, je préfère envoyer des messages qui ne sont pas tellement joyeux, ou pas très chaleureux et sympas pour la perception humaine, mais il est certain que ça poussera certaines personnes à penser et dire : « Faisons quelques recherches supplémentaires, voyons voir ce qu’il se passe. »

Sotiris ne tourne pas à cause de son travail à Athènes. Avec le succès que vous rencontrez avec le groupe aujourd’hui, est-ce que ceci pourrait changer ? Pourrait-il faire le groupe à plein temps et vous rejoindre en live si vous continuez à avoir ce genre de succès ?

Je pense que c’est l’opposé parce que maintenant, l’emploi du temps est plus difficile encore qu’avant, donc ça signifie que, clairement, Sotiris ne peut pas le faire. Par exemple, tu es en tournée un mois, ensuite tu te reposes un peu, ensuite tu repars en tournée, ensuite des concerts éventuellement en plein milieu de semaine… Donc il est certain que c’est impossible pour Sotiris. Ca impliquerait qu’il quitte son travail mais je ne pense pas que, pour le moment, il veuille prendre cette décision. Ce n’est pas facile d’être sur la route et il n’en a pas l’habitude. Sotiris est, disons, le cerveau de Septicflesh, parce qu’il écrit les paroles et aussi compose une partie de la musique. Il est l’esprit de Septicflesh. Mais en terme d’action, et par là je veux dire le mode tournée, il est très loin de ça. Donc c’est très difficile pour lui.

Et toi, vis-tu du groupe ?

Oui mais je n’ai pas que Septicflesh. Je fais aussi des illustrations. Par le passé je faisais aussi des expositions ; là maintenant c’est plus difficile. Mais oui, je vis de l’art. Je suis content parce que c’est un rêve lorsque tu commences quelque chose en tant que hobby et au final, ça devient ton boulot principal et ton revenu vient de ton hobby.

Interview réalisée par téléphone le 10 août 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Stella Mouzi.

Site officiel de Septicflesh : www.septicflesh.com.

Acheter l’album Codex Omega.



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