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Chronique   

Septicflesh – Titan


Septicflesh, c’est un peu un éléphant qui joue les funambules sur un fil à linge tendu au-dessus du vide. Il est lourd, massif, corpulent, mais repose sur une fibre artistique finement tressée, en particulier avec sa dimension orchestrale particulièrement poussée depuis Communion. Avec le nombre de groupes qui se sont essayés à l’exercice « symphonique » ces dernières années, on commence à savoir à quel point une formule orchestrale excessive et grossière peut très vite faire basculer une œuvre metal et la faire tomber de haut par manque de fondations solides. Et c’est peut-être pour ça finalement que Septicflesh évolue aujourd’hui à tâtons, prenant bien soin de ne pas faire s’écrouler l’équilibre de la forteresse qu’il a réussi à bâtir et qui fait désormais son identité.

C’est dans la continuité, donc, des acclamés Communion et The Great Mass que s’inscrit l’imposant – par son contenu et son patronyme – Titan. Modeste Septicflesh ? Certainement pas ! Pompeux comme jamais, le groupe sort du lexique purement religieux pour revenir à celui de la mythologie, en rapprochant son œuvre des géants dieux primordiaux. Il fallait bien ça pour tenter de surpasser ses deux précédentes œuvres. Les Grecs ont conscience de la valeur du travail qu’ils fournissent pour leurs albums, et le terme « titanesque » est là autant pour faire honneur à leurs profondes racines grecques que pour qualifier leur ambition artistique démesurée. Car, à nouveau, Septicflesh met les petits plats dans les grands. Piochant à la fois dans les parties extrêmes de The Great Mass et le côté plus torturé de Communion, Titan opère une sorte de synthèse au profit d’un noir plus intense et, paradoxalement, plus riche : le ton est donné avec les relents gutturaux et funestes de « War In Heaven » en ouverture d’album mais aussi la tristesse dramatique de « Prometheus » (et ses teintes mélodiques à la « Lux Aeterna » du film Requiem For A Dream) ou la lourdeur des riffs de « Dogma », ses effets flippants et ses chœurs masculins graves.

L’Orchestre Philharmonique de Prague est de l’aventure pour la troisième fois consécutive. Un orchestre dont l’expérience dans les musiques de film donne une envergure cinématographique et épique inégalée à l’oeuvre des Grecs (le côté très BO de film fantastique de « Confessions Of A Serial Killer »). Le guitariste et arrangeur Christos Antoniou continue d’explorer méticuleusement son savoir faire orchestral, l’affine et le fait exploser tout au long de ce neuvième album. Si dernièrement on pensait cet aspect déjà très développé dans son art, ici Septicflesh met le paquet, donne plus d’importance et d’ampleur encore à la trame orchestrale sur laquelle non seulement une bonne partie des chansons semblent construites mais également avec laquelle l’instrumentation purement metal fusionne littéralement, et se dote d’une large palette d’éléments. Le clavecin, le violon et les percussions écrasantes de « Order Of Dracul », par exemple, emportent l’auditeur dans un univers dément et vicieux. Une sombre folie que l’on retrouve dans la répétition maladive du mot « Burn » (« brûle ») dans la chanson du même nom, à l’opposé de la clarté harmonieuse de la partie de cordes qui enveloppe le sensuel lead de guitare et sublime son final. De même pour l’innocence des chœurs d’enfants – une des nouveautés de cet album – sur « Prototype » qui dessine un contraste malsain avec la violence autoritaire des cuivres et des a-coups de double pédale de Fotis Benardo.

Avec Titan, Septicflesh creuse les écarts entre colère et mélancolie, force et apaisement, et offre plus que jamais la bande son idéale aux tragédies de la Grèce antique. L’album ne surprendra pas, on sait désormais ce dont Septicfesh est capable et on commence à bien comprendre l’horizon visé par la formation. Ce qui n’en fait pas moins un nouveau et impressionnant tour de force que les adeptes s’arracheront.

Retrouvez ci-dessous les morceaux « Prototype », « Burn » et « Order Of Dracul » :

Album Titan, sortie le 20 juin 2014 chez Season Of Mist.



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