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Metalanalyse   

Sepultura : des racines à l’avenir, en passant par le cœur


The Mediator Between Head And Hands Must Be The Heart est-il l’album qui symbolisera la rupture enfin actée avec la bande de Max, devenue celle de Derrick, ou bien au contraire celui de la jonction, avec l’époque la plus florissante du groupe à bien des égards ?

Comme son nom l’indique, il est bien question de lien dans le nouveau Sepultura. Entre l’Homme et la Machine évidemment, par cette évocation directe du chef d’œuvre de 1927 de Fritz Lang, Metropolis. Mais aussi avec Roots, l’album de tous les succès, grâce aux retrouvailles avec le producteur Ross Robinson. Tout en passant près de l’ombre de la famille Cavalera et donc de Soulfly, puisque les deux entités se retrouvent à nouveau dans la même écurie : Nuclear Blast. Avec le passé, donc, mais bien ancré dans le présent et tourné vers un avenir que Green et consorts ont bataillé dur à forger. Car voilà un album qui n’a jamais porté aussi haut certaines racines glorieuses de Sepultura avec un autre capitaine à sa barre, mais marque en même temps d’un sceau unique celui de la formation version Derrick Green.

Et si Ross Robinson était autant l’homme de la réconciliation musicale d’une carrière que celui de l’aboutissement attendu d’un univers metal à part entière ? Et si lui avait décelé en Derrick Green ce qu’il avait pu voir en Jonathan Davis ou d’autres ? Qu’aurait été le destin de Sepultura si ce producteur avait été aux manettes des Against ou Nation post-Cavalera, accueillis froidement par le public ? Lier à tout prix les réussites de ce nouvel opus des Brésiliens de naissance et d’adoption au travail du réputé producteur serait bien évidemment infiniment injuste pour le travail accompli par Kisser, Green et les autres. Mais occulter le rôle de quelqu’un qui sait mieux que quiconque pousser un groupe dans ses retranchements, pour parfois en sortir le meilleur, serait également une erreur à ne pas commettre.

Il y en a un autre qui joue aussi un rôle majeur dans ce Sepultura version 2013, c’est Eloy Casagrande, le petit dernier venu, haut de sa vingtaine d’année, qui offre un sacré hommage à son illustre prédécesseur Igor Cavalera, parti depuis 2006, en délivrant le jeu de batterie le plus tribal et le plus énergique depuis l’époque où les deux Cavalera étaient encore réunis. Et son énergie juvénile semble tracter un groupe tout entier vers une nouvelle ère.

Kairos avait clairement montré la voie d’un Sepultura finalement de plus en plus à l’aise dans son style. The Mediator… est à la fois plus proche des racines tribales du groupe et du thrash pré-Chaos A.D. tout en allant chercher encore plus dans le répertoire death. A la différence de Soulfly qui occulte de plus en plus les rythmes tribaux dans ses compositions, Sepultura en fait toujours une constante importante de son univers : tant sur « The Bliss Of Ignorants », que via les congas de « Manipulation Of Tragedy » ou la forte connexion avec Roots sur « The Age Of The Atheist ». D’un autre côté, le jeu de batterie de Casagrande sonne plus musclé et technique encore que celui de Dolabella, tandis que le grain et la puissance du son par rapport à Kairos a fortement évolué et saute aux oreilles, un aspect à accorder évidemment à la patte de Robinson. Sepultura assume pleinement le passé et l’enrichit parfois d’une virulence bien moderne, dans les riffs délivrés par Kisser mais aussi avec un chant dantesque. Derrick Green va là où il n’est jamais allé précédemment, dans le registre vocal, l’intention et la brutalité (le hurlement à la fin de « Trauma Of War » est absolument effroyable) et amène des émotions nouvelles, comme sur le triste et sombre « Grief ».

Sepultura aime les références littéraires. Alors que Dante XXI en 2006 se référait à la Divine Comédie de Dante, et que A-Lex plongeait dans le monde perturbé d’Orange Mécanique, le groupe emmène cette fois-ci l’auditeur dans une évocation incroyablement sombre de la déshumanisation de la société par le biais de Fritz Lang. Un sentiment de fin du monde dans le Brésil moderne règne dès les premiers titres : une évocation guerrière d’abord (« Trauma Of War ») intense et destructrice, l’Apocalypse religieuse de « The Vatican », ensuite, écrite le jour où le nouveau pape sud-américain fut élu, ce même pape qui est venu au pays pour un court séjour, accueilli en héros par un peuple en délire. Et puis des envies de révolution sociale, un thème récurrent dans le Sepultura de Derrick Green, un climat intense d’insurrection (l’épique « Obsessed » avec la participation de Dave Lombardo) ou encore un ultime hommage à la musique traditionnelle du Nord-Est du Brésil, le Maracatu sur la reprise du groupe Chico Science & Nação Zumbi (« De Lama Ao Caos ») avec un événement musical notable : le titre est intégralement chanté en portugais par Andreas Kisser lui-même, sans doute motivé par son expérience solo de 2009. Tant au niveau des thèmes que des inspirations musicales, Sepultura est en 2013 plus que jamais ancré dans la culture de son pays, un pays d’ailleurs dans lequel habite le chanteur américain depuis plusieurs années.

Depuis qu’il a intégré la formation Derrick Green a dû faire face à l’un des défis les plus importants de l’histoire de la planète metal : faire oublier le monstre Max et donner un avenir à une formation qui avait surtout un passé. Il parvient aujourd’hui à le faire sans mettre de côté l’héritage, bien aidé par un Kisser qui n’a pas oublié ses atouts et musclant son jeu et un Casagrande – une sorte de jeune Igor survitaminé – qui s’impose derrière les fûts. Ainsi que le réclame le titre à rallonge de l’album, le cœur y est, et ça change tout.

Album The Mediator Between Head And Hands Must Be The Heart, sortie le 25 octobre 2013 chez Nuclear Blast



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