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Interview   

Sepultura élève la conscience


Huit mois après la sortie de Quadra, le nouvel album de Sepultura, le monde a bien changé. Le quatuor n’a pas encore pu défendre son album sur scène – et ça leur manque beaucoup évidemment – mais ils ne sont pas près de se démonter, forts d’un album qui a clairement marqué les esprits et qui continue d’entretenir un élan sur lequel Sepultura surfe depuis maintenant près de dix ans.

C’est donc pour faire vivre Quadra malgré les circonstances que Sepultura a mis en place les sessions SepulQuarta sur internet et c’est avec un dérivé de ces dernières qu’ils ont sorti il y a quelques semaines le clip vidéo de la chanson « Guardians Of Earth ». Une chanson qui fait la part belle au mélange acoustique-électrique et sert à défendre un combat qui leur tient à cœur depuis la création du groupe, celui de la forêt amazonienne et des peuples indigènes dont la cause est plus que jamais éclipsée par la pandémie.

Dans l’entretien qui suit, le guitariste Andreas Kisser nous parle donc de cet engagement et de la situation pandémique, qu’il prend avec beaucoup de philosophie. L’occasion également de poursuivre la discussion sur Quadra initiée lors de notre dernier échange et de revenir sur une période charnière du groupe, lorsqu’il y a de ça trente ans ils ont enchaîné les albums Beneath The Remains et Arise.

« Depuis que ce groupe existe, y compris avec Roots, Chaos A.D., etc., nous avons toujours entendu des critiques, ça va avec ce groupe. Ce que les gens pensent de Sepultura, c’est leur problème et ça ne nous a jamais vraiment arrêtés. »

Radio Metal : Cela fait plusieurs mois que Quadra est sorti. Il semblerait qu’il ait été unanimement encensé – peut-être plus encore que Machine Messiah qui avait déjà été très bien reçu. Même les traditionnels réfractaires qui par le passé ne cessaient de dire que Sepultura c’était mieux avant se sont majoritairement tus cette fois. Comment expliquer la nouvelle dynamique et le nouvel élan du groupe actuellement auprès du public metal ?

Andreas Kisser (guitare) : C’est une évolution naturelle pour nous, en raison des changements, des tournées, des producteurs avec qui nous travaillons, etc. Il y a aussi qu’Eloy Casagrande est un extraordinaire batteur et c’est le troisième album que nous avons fait avec lui. Nous avons de nouveaux manageurs depuis les six ou sept dernières années qui ont tout réorganisé concernant Sepultura. Tout s’est amélioré, tout est mieux organisé et facilité pour le travail. Quand nous allons en répétition, nous ne nous battons pas sur des questions d’argent ou de business, nous y allons pour jammer et nous faire plaisir. Cela fait une grosse différence quand tout est organisé et en place. Je pense que Quadra est la conséquence de nombreux facteurs : le lien que nous avons en tant que groupe depuis dix ans maintenant, depuis l’arrivée d’Eloy, le label Nuclear Blast qui est extraordinaire – ils soutiennent et comprennent vraiment Sepultura – et nous avons une communauté de fans incroyable qui nous motive à être qui nous sommes, à jouer et à continuer à composer. Je me sens meilleur que jamais en tant que compositeur, guitariste et performeur. Je me sens plus mature, j’ai amélioré mes capacités techniques et j’ai plus d’idées pour composer. C’est super d’avoir Paolo, Eloy et Derrick à mes côtés pour que nous construisions ça ensemble. Sepultura n’a jamais eu peur d’essayer de nouvelles choses. Depuis que ce groupe existe, y compris avec Roots, Chaos A.D., etc., nous avons toujours entendu des critiques, ça va avec ce groupe. Ce que les gens pensent de Sepultura, c’est leur problème et ça ne nous a jamais vraiment arrêtés ou rendus pires ou meilleurs. C’est super de revenir et d’écouter la musique plutôt que toute la dramaturgie et les soap-opéras des interviews, des accusations et de toutes ces conneries. Nous nous focalisons toujours sur la musique, car c’est de ça qu’il s’agit avec Sepultura. C’est la raison pour laquelle nous sommes encore là, très forts, dans le meilleur élan de notre histoire.

Quadra est sorti début février cette année, environ un mois et demi avant que la pandémie de Covid-19 ait vraiment frappé le monde et que tout ait été fermé. Je suppose que vous avez de le « chance » par rapport aux groupes qui ont dû sortir ou même faire leur album en pleine pandémie. Mais comment avez-vous vécu cette période ?

Je pense que personne n’a eu de chance. Toute l’industrie s’est mise à l’arrêt, peu importe si tu avais un album ou pas, tout s’est arrêté. Je suis quand même content que l’album soit sorti en février, les réactions étaient extraordinaires. Il a été fantastiquement bien reçu par tout le monde, les gens ont été très touchés par les chansons, ils ont tous des chansons préférées très différentes dans l’album, ce qui démontre que l’album est très équilibré. Nous avons pris notre temps pour faire les meilleures chansons que nous pouvions et construire l’album. Tout le concept a beaucoup aidé – la géométrie, les nombres, la numérologie, etc. – à construire l’album tel qu’il est. La scène nous manque, ceci dit. Être musicien, c’est être sur scène. Le studio, les clips vidéo et les interviews sont la conséquence de la scène, qui est là où réside vraiment la musique. C’est très dur pour un groupe qui a toujours été sur la route. A la fois, ça touche tout le monde, ce n’est pas quelque chose qui touche seulement Sepultura. Ce serait très différent si nous étions seulement nous face à un problème qui nous empêchait de tourner ou de faire notre truc. Tout le monde est obligé de gérer ça, indépendamment de leur taille, que ce soit le plus gros groupe du monde ou juste un groupe qui débute et sort son premier album. C’est une nouvelle manière de faire les choses et c’est effrayant de changer aussi abruptement.

D’un autre côté, plein d’opportunités s’ouvrent. Pour l’art, c’est extraordinaire et stimulant parce qu’il faut trouver le moyen d’exercer notre profession dans ce contexte. Nous y allons au jour le jour, je ne suis pas désespéré ou nerveux par rapport au futur. Bien sûr, nous prévoyons de tourner l’année prochaine, les festivals sont déjà annoncés. Nous étions censés faire plein de festivals cette année et une tournée en Amérique du Nord avec Sacred Reich, Crowbar et Art Of Shock. Tous les mercredis, nous avons également le SepulQuarta, qui est quelque chose que nous avons créé pour maintenir le lien avec les fans, pour parler de Quadra, pour jouer de la musique de Quadra, pour échanger avec les fans, etc. Nous avons fait ça toutes les semaines au cours des cinq derniers mois ; maintenant nous allons commencer à le faire toutes les deux semaines. Cela a permis au groupe de continuer à travailler et à s’occuper, c’est très positif. Avec un peu de chance, nous aurons l’occasion de remonter sur scène l’an prochain.

Vous avez sorti la vidéo d’un nouvel enregistrement de la chanson « Guardians Of Earth », qui je suppose vient justement des sessions de SepulQuarta. C’est une vidéo avec un message fort, réalisé en collaboration avec Amazon Frontlines Organisation pour sensibiliser sur la disparition de la forêt tropicale et la protection des populations indigènes. Durant les feux de forêt l’an dernier, les médias ont commencé à s’intéresser au sujet, mais maintenant, avec la pandémie, avez-vous peur que le problème de la déforestation passe à nouveau à la trappe ?

Bien sûr ! C’est incroyable d’avoir les politiques qui n’en ont rien à foutre de la nature et de l’environnement de nos jours. C’est effrayant et il faut se battre d’une certaine manière, pour protéger chaque espèce. C’est un problème qui existe depuis que je suis né et même avant ça ; ça s’est aggravé, peu importe qu’on soit de gauche ou de droite. On a toujours eu ce problème parce que les sociétés, ce sont elles qui financent tout ; elles financent les politiciens, leurs projets, leurs recherches, etc. Elles ont les politiciens dans leur poche, ils sont corrompus, et c’est la raison pour laquelle il se passe ces choses. Le gouvernement qu’on a au Brésil aujourd’hui est le pire – c’est probablement le pire gouvernement de tous les temps – et on peut observer la même chose partout dans le monde. Je ne devrais pas généraliser mais plein de pays comme les Etats-Unis ou le Royaume Uni ont des leaders bizarres ; je ne sais même pas si je peux employer ce terme pour ces gens car ce ne sont pas des leaders, ils sont juste là pour créer la confusion. Si tu as regardé le débat présidentiel aux Etats-Unis, c’est démentiel, ce n’est même pas drôle ! C’est vraiment irrespectueux, bas et ignorant.

« Ce gouvernement a revendiqué être très patriotique et affirmé que notre drapeau n’allait jamais changer de couleur – en référence au communisme –, qu’ils n’allaient pas changer le drapeau brésilien en rouge. C’est le type de propagande qu’ils font, mais ils tuent le vert de notre drapeau ; le vert représente la forêt et toute la beauté que le territoire brésilien a toujours eu à offrir, principalement l’Amazonie. »

La musique est un puissant outil pour exprimer les opinions et attirer l’attention sur ces sujets, surtout ici au Brésil. C’est un problème brésilien mais ça va plus loin que ça, c’est un problème mondial qui affecte tout le monde. Il faut s’occuper de ça pour les générations futures et pour nous-mêmes. On souffre déjà des conséquences de cette idéologie politique folle, qui est très confuse et fondamentaliste. Il n’y a aucune place pour le dialogue, ça n’a rien à voir avec la démocratie. En tant que musicien, avec Sepultura, nous avons abordé le sujet de nombreuses fois dans notre carrière, nous avons travaillé avec la tribu des Xavantes, mais nous avons toujours fait très attention à ne traiter de ces problèmes qu’au niveau culturel, car dès que tu impliques des politiciens, tu tues ta cause. Il n’y a aucune bonne énergie dans la politique. Nous avons fait la chanson il y a deux ans. Derrick a écrit les paroles et la chanson a été abordée avec une attitude plus instrumentale et progressive, j’ai essayé d’intégrer la guitare acoustique plus dans le groupe et avec la batterie. Maintenant, nous avons fait la vidéo et c’est le quatrième single de Quadra. Elle sort à un moment grave au Brésil où il faut prêter attention et se battre contre cette idéologie politique qui est en train de tout détruire et n’en a rien à foutre.

L’Amazonie est une source infinie de possibilités pharmaceutiques avec les plantes, les racines et les fruits, des choses que personne n’a encore découvertes. On doit faire attention à ça car il y a plein de solutions à découvrir là-bas, mais c’est entre les mains d’une poignée de personnes qui financent ce type de choses. Ce n’est pas une situation simple, il n’y a pas une solution claire pour résoudre le problème. Je pense que c’est un problème d’éducation de base. Ici au Brésil, on a plein de problèmes avec des gens qui se fichent de savoir où ils balancent leurs ordures, ils ne payent pas d’impôts, ils se fichent des feux de signalisation, etc. Si on continue comme ça, les gens ne se soucieront pas de problématiques plus importantes parce qu’ils ne se soucient de rien, ils veulent juste résoudre leurs problèmes et baiser leurs voisins ! [Rires] Il nous faudrait une réflexion impliquant toute la population et penser aux conséquences de ce qu’on fait. En un sens, il y a une super progression avec le végétalisme et cette génération qui se soucie plus de ce qu’elle mange, d’où ça vient, quel genre de produits chimiques sont utilisés, etc. Quand j’étais plus jeune, je m’en fichais, si ma mère mettait de la nourriture sur la table, j’avais confiance. Les gens sont plus vigilants maintenant, c’est la raison pour laquelle il y a autant de manifestations.

Votre président Jai Bolsonaro a un temps nié les feux de forêt et encourage la déforestation qui s’est intensifiée depuis son mandat. Avez-vous essayé, en tant qu’artistes, de le contacter et de l’alerter sur le sujet ?

Tu ne connais clairement pas le président que nous avons [rires]. C’est impossible de parler à cette personne, pas parce que c’est le président et qu’il a son équipe de sécurité, mais simplement parce qu’il n’y a pas de place pour le dialogue. Il est connu ici comme étant un politicien qui n’a jamais rien fait, il ne fait que dire de bonnes choses sur la dictature, les trucs militaires qui ont eu lieu des années 60 aux années 80 ici au Brésil. Il a une manière très fondamentaliste de voir le monde, la société et la famille ; il est très irrespectueux et ignorant. Il n’y a pas de place pour la discussion. Notre manière de faire, c’est par le biais de notre art. Plein de gens se rassemblent pour aider les gens dans le besoin, surtout dans la communauté musicale. On n’appelle pas le président pour lui dire : « Eh, tu as tort ! » On a Twitter pour faire ça, Donald Trump et notre président Bolsonaro passent leur temps sur Twitter. Ça montre que n’importe qui peut être président et ne rien faire. Ils font barrage au progrès et au développement. Ces leaders ne motivent personne, ce ne sont des modèles à suivre pour personne, tout le contraire.

C’est impossible de communiquer avec eux, mais nous n’allons jamais nous taire ; nous nous exprimons à travers notre musique et je suis sûr que c’est parvenu jusqu’à ses oreilles, d’une manière ou d’une autre, parce que j’ai reçu des réponses, non seulement des fans de Sepultura ou de musique, mais de toutes les parties de la société : acteurs, avocats, médecins, militants qui essayent de nous protéger du gouvernement. Le gouvernement est censé prendre soin des gens. Ce gouvernement a revendiqué être très patriotique et affirmé que notre drapeau n’allait jamais changer de couleur – en référence au communisme –, qu’ils n’allaient pas changer le drapeau brésilien en rouge. C’est le type de propagande qu’ils font, mais ils tuent le vert de notre drapeau ; le vert représente la forêt et toute la beauté que le territoire brésilien a toujours eu à offrir, principalement l’Amazonie. Ils sont donc en train de changer la couleur de notre drapeau, c’est tellement stupide. C’est ce que je veux dire quand je dis qu’il n’y a pas de communication : comment communique-t-on avec quelqu’un qui a un tout autre concept de la société et ne respecte rien ?

« Pendant combien d’années as-tu dû aller à l’école pour apprendre que A est A ? C’est la répétition de l’information, on est comme des robots. On est la conséquence de ça et pendant qu’on définit notre monde avec nos concepts et définitions, on oublie de vivre, d’être naturels, de profiter de la nature et de faire partie de l’univers. »

En tant que Brésilien, quelle a été ta relation personnelle à la forêt amazonienne et aux populations indigènes qui s’y trouvent ? Est-ce quelque chose dont tu es proche ou qui fait partie de ta culture ?

Pas du tout. Je vis et je suis né à São Paulo, c’est à cinq heures d’avion de Manaus. Le Brésil est très grand. Je vis dans une métropole, une jungle de béton – pas une jungle d’arbres. São Paulo fait plus de vingt millions d’habitants, rien que dans la ville ; c’est un monde complètement différent. Je suis allé à Manaus et en Amazonie de nombreuses fois, j’ai vécu de super expériences là-bas, pas seulement en jouant de la musique – les gens à Manaus adorent le heavy metal, c’est super de jouer dans cette ville – mais aussi en allant dans la forêt à bord d’un bateau et en restant là-bas quelques jours, y mangeant, apprenant et écoutant des sons qu’on n’entend pas dans une jungle de béton. On peut absorber de nouvelles odeurs et sensations, c’est très sain. On n’est pas là pour dicter, on est là pour apprendre, c’est comme ça que ça devrait se passer.

Imagine les envahisseurs européens des Amériques, ils sont tous venus ici pour détruire, pour piller et annihiler toutes les cultures – les Mayas du Mexique et du Pérou, toutes les tribus dont on n’entend même pas parler parce qu’elles ont été décimées. On n’a rien appris de ça, même s’ils ont beaucoup à nous apprendre sur les étoiles, sur la manière de voir et de respecter la nature, sur les idées religieuses, sur la manière dont ils ont construit leur société, etc. Mais non, les Européens sont allés là-bas avec l’argent de l’Eglise et la croix, en disant aux gens qu’ils doivent croire en une religion, mais putain, c’est quoi ça ? Rien qu’une misérable croix ! [Rires] On était obligé de croire en ça, autrement on mourrait. Encore aujourd’hui, nous avons des tribus au Brésil, dans le nord de l’Amazonie, qui n’ont aucun contact avec notre société et notre culture. Il y a plein de gens avec une croix qui veulent aller les voir pour les endoctriner. C’est incroyable que ça se produise toujours. Ce niveau d’ignorance détruit les peuples, les cultures, toute chance d’interaction et de véritable démocratie. On devrait apprendre les uns des autres ; non pas forcer d’autres gens à croire ce en quoi on croit, ceux qui font ça ne savent même pas eux-mêmes pourquoi ils croient en ce genre de conneries.

La forêt amazonienne est à la fois belle et dangereuse : selon toi, est-ce quelque chose que Sepultura et votre musique ont en commun avec elle ?

Je n’y ai jamais pensé. Tout est beau et dangereux. La vie est belle et dangereuse. C’est un peu une illusion : on se sent en sécurité et on a l’impression de contrôler notre destin et notre vie, mais ça n’a jamais été le cas, pas même avant la pandémie. Sepultura a toujours vécu dans le présent, c’est pourquoi nous sommes toujours là, profitant du meilleur élan de notre carrière. Nous respectons le présent, nous n’essayons pas de copier ce qui n’est plus là ou d’émuler des situations et des gens qui ne sont plus là. Se nourrir d’idées et de concepts d’autres gens est dément ! Nous respectons ce que nous sommes aujourd’hui, ce qui nous a maintenus en vie et rendus très puissants et forts, comme jamais auparavant. Si on met de côté la pandémie, nous sommes organisés à tous les égards et très motivés. C’est beau et dangereux ; c’est la vie, c’est Quadra, et c’est le jeu. Les êtres humains sont très attachés à l’idée de sauter d’un avion et à tous ces sports extrêmes, c’est parce que c’est beau, c’est dangereux et c’est excitant. L’idée du danger nous donne aussi des limites qui sont saines pour nous. Ça nous permet de vraiment nous situer dans ce monde physique ; sans l’idée de danger, on ne pourrait pas s’identifier au monde comme on le fait.

Tu avais fait remarquer que « Quadra, c’est aussi le mot portugais pour ‘terrain sport’ qui, par définition, est une zone de terre délimitée, avec des démarcations règlementaires, où d’après un ensemble de règles le jeu peut avoir lieu ». Penses-tu que les règles et les limites sont nécessaires, en particulier quand on cherche à être créatif, car autrement on se perd ?

Un concept est une limite. Une définition est une limite. L’univers est infini, il n’y a pas de limites, pas de concept, c’est quelque chose qui n’a pas besoin de mot pour être décrit. La musique et l’art sont comme ça, on n’a pas besoin de mots pour les décrire, c’est une tout autre interaction avec les sentiments et les sensations. Si on pense à ce qu’on est, on n’est rien d’autre que des règles, des définitions et des concepts. D’où proviennent-elles ? Pourquoi voit-on le monde comme on le voit ? Pourquoi traite-on les femmes comme on le fait ? Pourquoi aime-t-on tel sport ou telle couleur ? Pourquoi croit-on en telle religion ? Tout a été implanté dans notre esprit, en particulier à travers l’éducation, l’école, les livres, les films et la famille. Ma grand-mère avait pour habitude de me raconter des histoires, elles sont certainement vraies mais il est possible qu’elles ne le soient pas ! Je prenais son interprétation comme une vérité, mais qu’est-ce que la vérité ? Les interprétations et les points de vue sont des choses uniques et personnelles.

« La progression du groupe entre Beneath The Remains et Arise était énorme […]. Avant nous étions des garçons, après nous étions des hommes. »

Les gens essayent de te faire penser comme eux conformément à des stéréotypes. Pourquoi a-t-on des couleurs pour définir les gens ? Pourquoi blanc ? Pourquoi noir ? Pourquoi jaune pour les Asiatiques ? Pourquoi rouge pour les Amérindiens ? C’est très régressif et complètement inutile. Personne ne peut expliquer pourquoi on a cette séparation, et pourtant ce concept est pris pour une vérité. Pourquoi classifie-t-on ainsi ? Tout ce que l’on fait dans ce monde est régi par des concepts et des définitions. Tu as grandi en France mais si tu étais né en Arabie saoudite ou en Indonésie, tu serais toujours toi mais tu verrais le monde différemment ; tu aimerais un autre sport, tu verrais les femmes comme la société saoudienne les voit selon la religion, tu soutiendrais et croirais ça, tu verrais le monde sous cet angle. On est éduqués d’une certaine manière, on n’est rien d’autre que des conséquences et victimes de notre bagage culturel. Les gens essayent de te faire voir le monde comme eux le voient à cause de concepts, ils discutent d’idées stupides sur la religion et la politique. Tout est déjà planifié dans l’esprit des gens, tu dis un mot et ils ont une idée complète de qui tu es, ce qui est une connerie. Tout ça c’est une illusion, chacun d’entre nous est unique dans sa manière de voir le monde et ses propres expériences.

C’est comme la forêt tropicale : c’est indescriptible. Comment pourrais-je décrire quelque chose que tu n’as jamais vécu auparavant ? Il faudrait user d’analogie, comme si on disait : « Cette plante a l’odeur du Chanel N°5 » [rires]. Il faut avoir une référence pour comprendre ou ressentir quelque chose. Quand je vais dans la forêt tropicale, je n’attends rien, j’observe et j’apprends. Je n’essaye pas de tisser des liens par le biais de définitions, la forêt tropicale me permet d’être. Nous avons passé deux jours là-bas avec la tribu des Xavantes, à faire de la musique et à écouter. J’ai réalisé à ce moment-là qu’une montre n’avait aucun sens, que le temps n’avait aucun sens tel que nous le concevons, parce que eux ont voient et gèrent le temps totalement différemment. Aucun mot ne peut le décrire parce que je ne sais pas comment je pourrais atteindre les données que tu as dans ta tête et trouver les sensations qui pourraient décrire ce que j’ai ressenti dans la forêt tropicale. Il faut y aller soi-même, c’est tout le sens d’être en vie. C’est pourquoi les téléphones portables sont horribles, les gens regardent Discovery Channel et ont l’impression d’être allés en Inde ou d’avoir vu le Taj Mahal simplement parce qu’ils ont vu des images. Une fois que tu seras là-bas, tu auras une expérience totalement différente qui, elle, sera réelle.

De combien de concepts présents dans notre esprit a-t-on vraiment fait l’expérience nous-mêmes ? A-t-on besoin d’une définition pour décrire la sensation du soleil sur notre peau ? Non, on n’a pas besoin qu’un gars d’une Eglise nous explique que le soleil est chaud ; on n’a pas besoin d’expliquer ce sentiment, c’est notre propre expérience, il n’y a pas de discussion philosophique à ce sujet et pas besoin d’une définition. Mais peut-être que quatre-vingt-dix ou quatre-vingt-quinze pour cent de tout le reste dans notre esprit vient d’informations implantées, via l’éducation, les livres, les films, etc. – comment est la haute mer, le cosmos, notre corps, le cancer et toutes les choses qu’on ne peut pas vraiment voir. Pendant combien d’années as-tu dû aller à l’école pour apprendre que A est A ? C’est la répétition de l’information, on est comme des robots. On est la conséquence de ça et pendant qu’on définit notre monde avec nos concepts et définitions, on oublie de vivre, d’être naturels, de profiter de la nature et de faire partie de l’univers.

Tu as dit que nous sommes comme des robots et la dernière fois, tu as aussi dit que quand vous avez « commencé à travailler sur le concept de Quadra, [tu as] commencé avec les nombres, parce que de nos jours, tout n’est qu’algorithmes et nombres ». Et notre monde technologique est justement dominé par les algorithmes : Quadra est-il directement lié à la réflexion que vous avez eue sur Machine Messiah, à propos de la robotisation de la société et de la déshumanisation par la technologie, la société et l’éducation ?

Oui ! Et même avant Machine Messiah parce que The Mediator Between Head And Hands Must Be The Heart – notre premier album avec Eloy, produit par Ross Robinson – parlait déjà de ça. Le titre de cet album n’est pas une question mais une affirmation : le médiateur entre la tête et les mains doit être le cœur ; autrement, on est un robot, parce qu’on a une information dans la tête et on agit en fonction de cette information avec les mains, sans passer par le cœur. On va se demander : « Pourquoi est-ce que je fais ça ? Pourquoi cette information est-elle dans ma tête ? Pourquoi est-ce que je défends certaines idées quand je ne sais même pas d’où elles viennent ? Pourquoi suis-je aussi passionné par certains concepts ? » Il faut se connaître et se questionner soi-même ; autrement, toutes les idées implantées dans notre tête seront les idées d’autres gens, on ne fera que dire des choses sans vraiment y réfléchir. De mon point de vue, la philosophie réfléchit sur la vraie nature de ces concepts. René Descartes, Spinoza, Guillaume d’Ockham, etc. ont défini ces concepts pour savoir ce qu’ils signifiaient, ils ont essayé de trouver la vérité et de l’expliquer d’après ces concepts. Ce sont des concepts qu’on a en nous, qu’on a définis, pour lesquels on tue et meurt, sans même savoir d’où ils viennent. C’est quelque chose dont nous avons parlé dans les trois derniers albums, de plein de manières différentes, mais ça a commencé avec l’album The Mediator Between Head And Hands Must Be The Heart.

« Le passé n’est pas là pour être jugé, il est principalement là pour nous guider. »

Quadra, le titre de votre dernier album, fait référence à de nombreuses choses dont on a en partie discuté aujourd’hui et la dernière fois – notamment le Quadrivium de John North –, mais aussi au fait que Sepultura est un quatuor. Penses-tu que le quatre est le nombre idéal de membres dans un groupe de metal comme Sepultura ?

Je crois que rien n’est idéal. Le nombre quatre est très important dans notre culture en général. On divise l’année en quatre saisons, il y a aussi les quatre cavaliers de la Bible, les quatre vérités du bouddhisme, etc. D’après le Quadrivium, qui est le livre qui m’a aidé à créer ce concept, le numéro quatre est celui de la stabilisation, c’est là où tout se produit et se solidifie. C’était l’une des idées initiales qui m’ont fait penser au concept de Quadra. C’était excitant de penser à ça et de faire des recherches dessus pour essayer d’obtenir quelque chose où tout serait lié au nombre quatre d’une façon ou d’une autre. C’est un défi et c’est beau parce que ça nous a donné un but. Généralement, quand on a un concept, des idées qu’à première vue on n’aurait pas utilisées commencent à avoir du sens, c’est beaucoup plus facile de construire les choses. Le numéro quatre nous a beaucoup aidés à façonner tout ce qui entoure Quadra. Mais il y a plein d’autres nombres : la théorie trois-six-neuf de Tesla, le numéro sept – sept notes, sept jours de la semaine, etc. Il y a plein de choses qui pourraient être explorées !

« Guardians Of Earth » commence avec une partie de guitare acoustique – qui a d’ailleurs été rallongée sur la version du clip – et le morceau éponyme, « Quadra », est un instrumental entièrement acoustique. Ce n’est pas nouveau, mais qu’est-ce que la guitare acoustique représente pour toi ? Est-ce que lorsque tu prends une guitare acoustique ça te ramène à tes débuts quand tu as commencé à apprendre la guitare ?

La guitare acoustique me tient énormément à cœur. C’est un instrument que je n’ai jamais quitté. J’ai d’abord commencé à jouer sur une guitare acoustique, j’ai appris les rudiments de la musique sur la guitare acoustique. Encore aujourd’hui, je l’étudie beaucoup pendant la pandémie. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours mis de la guitare acoustique depuis mon premier album avec Sepultura. Le thème de « The Abyss » était très influencé par Randy Rhoads, Tony Iommi et Gary Holt, quand ils faisaient de petits morceaux acoustiques au milieu de trucs heavy et du bruit. J’ai toujours trouvé que c’étaient des extrêmes fantastiques. J’ai beaucoup utilisé la guitare acoustique tout au long de la carrière de Sepultura, sur Chaos A.D., Roots, Against, Nation, etc. « Guardians Of Earth » a commencé avec l’idée d’utiliser la guitare acoustique tout en la faisant plus interagir avec le groupe et la chanson, et pas seulement comme une intro ou quelque chose de séparé du reste. C’était une des premières chansons que j’ai écrites pour l’album. La résultat extraordinaire grâce à la participation de tous et de Jens au mixage. Je trouve que c’est l’une des chansons de Sepultura les plus complètes. On a tout : de la mélodie, un super lead de guitare, du chant mélodique, de l’agressivité et un côté heavy. La chanson a été construite étape par étape et développée sur huit ou neuf mois. Nous avons vraiment pris notre temps pour nous assurer que tout était en place.

Je sais que tu sors un album uniquement quand tu as vraiment quelque chose de nouveau à dire. D’un autre côté, on vit dans un monde qui ne fait qu’aller de plus en plus vite, où les groupes doivent constamment se rappeler auprès du public. Ce contexte ne pousse-t-il pas les groupes à produire un album pour produire un album ou même à essayer de faire plaisir aux fans en reproduisant une vieille formule qui avait marché ? Comment gérez-vous ça ?

Nous le gérons comme nous le faisons ! [Rires] Je ne compare pas Sepultura aux autres groupes. Bien sûr, nous avons nos influences, il y a des gens que nous admirons, et même la musique que nous n’aimons pas est une source d’influence. De même, le concept d’aller plus vite ou plus lentement est très étrange, il n’y a pas de vraie définition. Einstein disait que la relativité, c’est quand on s’assoit et discute avec quelqu’un de sympa et qu’on ne voit pas le temps passer, alors qu’avec quelqu’un d’ennuyeux, le temps passe lentement. Pourquoi est-ce que je me soucierais de ce que les autres pensent ? C’est fou ! C’est comme mettre ce casque des X-Men pour s’immiscer dans l’esprit de tout le monde. Je fais ce que je fais, indépendamment des influences, de notre vision du monde, de ce qui est rapide ou lent. Nous prenons généralement trois ou trois ans et demi pour sortir un album, ce qui est un bon rythme parce qu’en attendant, nous allons partout dans le monde. Généralement, nous tournons, nous passons deux ans à aller partout ; nous sommes déjà passés par quatre-vingts pays en trente-six ans ! Nous prenons notre temps – selon notre concept du temps – pour explorer toutes les possibilités. A la fois, je n’arrête jamais de composer, j’ai toujours des idées musicales. Dès que nous avons un lien, un concept ou une direction, nous commençons à travailler dessus et nous voyons quel type de riff ou de musique conviendrait à ce concept. C’est quelque chose de très naturel, nous gérons les situations au cas par cas, nous ne perdons pas d’énergie ou ne stressons pas en pensant au futur. Bien sûr, nous organisons chacune de nos étapes, mais tout se passe dans le présent.

L’année dernière a marqué les trente ans de Beneath The Remains, tandis que l’année prochaine ce sera au tour d’Arise. Beaucoup de premières se sont passées à cette période : premiers albums sur une grosse maison de disques et premiers albums produits par un producteur international, Scott Burns. Quels sont tes souvenirs de cette époque qui semble avoir été cruciale pour Sepultura ?

C’était super ! Nous apprenions tellement de choses, en signant sur un gros label et en ayant la chance de tourner dans le monde entier. C’était extraordinaire ! Nous avons appris un nouveau langage, c’est-à-dire le mode de fonctionnement de l’industrie musicale, comment travailler avec des roadies, comment mettre en place un concert et jouer tous les soirs, etc. La progression du groupe entre Beneath The Remains et Arise était énorme parce que nous n’avions jamais joué autant. Avant la sortie de Beneath The Remains, nous avions fait quelques concerts au Brésil, mais nous n’avions jamais fait de tournée. Quand Beneath The Remains est sorti, nous sommes allés directement en Europe et nous avons joué soixante concerts d’affilée en ouverture de Sodom sur la première partie de la tournée. Nous sommes restés avec eux pendant un mois et ensuite nous sommes allés aux Etats-Unis pendant un autre mois et demi avec Faith Or Fear. Nous avons joué partout, nous avons même ouvert pour King Diamond au Ritz à New York le soir d’Halloween.

« C’est vraiment horrible de voir tant de gens qui font comme s’ils connaissaient tout, ils sont tellement sûrs de tout dans leur vie, c’est presque pathétique. »

Nous étions surexcités, nous avions hâte de prendre l’avion, de partir ailleurs, de jouer et d’enregistrer. Cependant c’était très frustrant quand nous n’avions pas les moyens financiers de faire les déplacements avec le tout le groupe. En 1987, Max est allé faire écouter Schizophrenia aux labels. Nous avons signé chez Roadrunner mais il y est allé tout seul parce que nous n’avons pas assez d’argent pour nous acheter des billets d’avion. Puis nous avons enregistré Beneath The Remains mais nous n’avons pas pu aller aux Etats-Unis parce que c’était trop cher. Scott Burns est venu au Brésil parce que c’était moins cher de faire prendre l’avion à une seule personne et nous avions le meilleur studio de Rio de Janeiro à notre disposition. Avec le succès de Beneath The Remains, la maison de disque a enfin investi dans le groupe et nous avons commencé à gagner du respect et du pouvoir. Ça a été fait étape par étape.

La partie qui faisait le plus peur, c’était la responsabilité d’être prêt. Nous étions un groupe qui répétait énormément, nous répétions et composions tous les jours. On peut entendre plein de super parties et leads sur Beneath The Remains parce que nous travaillions énormément. Nous avions le soutien total de nos familles, donc nous pouvions consacrer cent pour cent de notre temps à Sepultura. Beneath The Remains en est la conséquence. Nous étions très confiants, nous savions que nous avions travaillé dur et nous avions le label pour sortir l’album dans le monde entier. Quand nous avons eu la nouvelle comme quoi nous allions ouvrir pour Sodom, c’était fantastique, mais nous étions censés tourner avec eux en juin ou juillet 1989, et ensuite, Frank Blackfire a quitté le groupe et la tournée a été repoussée. Nous étions tellement frustrés parce que nous pensions que c’était notre seule chance et que Sodom allait nous oublier [rires], mais nous avons fini par faire la tournée en septembre et octobre et nous avons enfin quitté le Brésil pour tourner à travers le monde. C’était une époque fantastique ! Nous avons grandi pendant cette période ; avant nous étions des garçons, après nous étions des hommes.

Es-tu toujours excité comme au premier jour par cette musique ou bien vois-tu un jeune groupe peut-être immature ou inexpérimenté ?

Je ne fais pas ce genre de jugement parce que je n’en vois pas l’intérêt. Nous avons obtenu un Chaos A.D. qui était meilleur parce que nous avons eu un Arise qui était lui-même meilleur, tout ça fait partie d’un développement. On ne peut pas faire tout d’un seul coup, ce n’est pas comme ça que ça se passe. L’art est une expression de nous-mêmes, il doit être honnête et authentique, et c’est ce que nous avons toujours fait. Nous avons mis tout ce que nous avions dans notre musique et nous avons obtenu de super retours, ce qui nous a motivés à poursuivre. Quand tu tournes à travers le monde et que tu vois le Brésil de l’extérieur, c’est comme être un astronaute qui voit la planète Terre depuis la Lune ; tu as un point de vue totalement différent de ta maison et de ton pays. C’est pourquoi nous avons commencé à utiliser davantage d’élément brésiliens dans notre musique et c’est ainsi que nous avons commencé à développer notre identité. Sur Chaos A.D., on peut vraiment entendre ce son de Sepultura. Jusqu’à Arise, on nous comparait à d’autres groupes, que nous adorons car Slayer, Possessed et tous ces groupes sont de grosses influences pour nous, mais nous voulions être connus comme étant nous-mêmes. Nous avons enfin trouvé quelque chose d’unique dans le metal sur Chaos A.D. Mais ces comparaisons avec le passé n’ont aucune valeur pour moi. Je pense que nous avons appris du passé et en particulier de nos erreurs – les choses que nous n’avons pas faites correctement ou que nous ne savions pas. La vie est un apprentissage. Le passé n’est pas là pour être jugé, il est principalement là pour nous guider. Je suis là aujourd’hui parce que j’ai été [rires]. On traverse des choses et des situations dans la vie et il faut apprendre d’elles à tout moment, c’est un feu constant.

Quel est ton sentiment sur la manière dont tu as évolué en tant que compositeur et guitariste durant toutes ces années ?

J’étudie beaucoup : j’ouvre mes oreilles, j’ouvre mes yeux, je parle à plein de gens, j’étudie la guitare classique, je lis un tas de vieilles musiques, je regarde plein de gens jouer, etc. J’apprends beaucoup de mon fils Yohan qui a vingt-trois ans et étudie la musique. C’est un musicien extraordinaire, j’apprends beaucoup de lui, surtout en théorie musicale et pour donner des noms aux choses que j’ai principalement apprises en chemin et par cœur. Je n’arrête jamais d’étudier. Quand j’ai déménagé aux Etats-Unis en 1992, juste avant que nous ne commencions à travailler sur Chaos A.D., la première chose que j’ai faite était de trouver un professeur de guitare classique. Ce professeur a changé ma vie, c’est comme ça que j’ai commencé à lire la musique et à comprendre la théorie et l’histoire de la guitare classique. Ça m’a énormément aidé pour Chaos A.D., Roots et tout ce que j’ai fait depuis. Je connais plein de musiciens partout dans le monde, donc j’ai toujours étudié avec différentes personnes et experts. Apprendre, c’est un super lien, une super interaction et un super échange d’informations. C’est vraiment palpitant, ça te fait te sentir vivant, tu te sens bien quand tu apprends quelque chose de nouveau. C’est vraiment horrible de voir tant de gens qui font comme s’ils connaissaient tout, ils sont tellement sûrs de tout dans leur vie, c’est presque pathétique. Socrate disait : « Je sais que je ne sais rien », il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre.

« Il ne faut pas avoir peur et se demander comment on va survivre, car on va survivre d’une façon ou d’une autre. C’est la beauté de la vie, on se réinvente toujours. Les artistes en ont l’habitude. »

Quelle est la dernière chose que tu aies apprise en tant que musicien ?

Je viens de me procurer une guitare acoustique à sept cordes, c’est un instrument brésilien. C’est utilisé dans le choro, un style de musique. C’est un tout nouveau monde qui s’ouvre à toi quand tu as une corde supplémentaire sur un instrument quand tu as eu l’habitude de jouer sur six cordes pendant tant d’années. C’est extraordinaire. Je passe beaucoup de temps avec cet instrument et j’apprends avec un tout nouveau point de vue. Ça m’a ouvert à de nouvelles possibilités, même pour Sepultura, car c’est plus sombre, plus grave. Ça me motive à essayer d’utiliser cet instrument différemment.

Du coup, on peut s’attendre à entendre ça sur le prochain album ?

Je ne sais pas pour le prochain album, mais ça pourrait arriver un jour ! [Rires]

En parlant du futur et pour refermer la boucle avec ma question du début sur le Covid-19 : quelle marque la période actuelle laissera sur le monde du divertissement, d’après toi ?

La plus grande marque qu’on peut imaginer. Ça n’est jamais arrivé avant, que tout s’arrête. Personne ne semble se soucier du divertissement. La NBA et le football continuent, mais c’est plus difficile pour les concerts parce que c’est là où les gens se regroupent vraiment, passent du bon temps et échangent de l’énergie. Mais bien sûr, on va survivre ! Y a-t-il une autre option ? [Rires] Il ne faut pas avoir peur et se demander comment on va survivre, car on va survivre d’une façon ou d’une autre. C’est la beauté de la vie, on se réinvente toujours. Les artistes en ont l’habitude, c’est normal pour nous. Plein de gens se demandent quand les choses vont revenir à la normale, mais tous les artistes sont contre la normalité. Le but de notre vie est de changer la normalité et de montrer des possibilités différentes. Jour après jour, nous construisons quelque chose de vraiment cool. Il faut toujours garder une attitude positive ; il y a plein de négativité dans la presse, ils sont alarmistes et paniqués, et c’est complètement inutile. Il faut prendre une approche différente pour résoudre nos problèmes, il faut rester unis au lieu d’avoir peur les uns des autres. La musique est une super manière de montrer de nouvelles possibilités et options. Nous sommes donc en train de lentement construire quelque chose de nouveau, ce qui est aussi excitant. Sepultura apporte sa contribution pour tout réorganiser, en continuant les sessions SepulQuarta, en ouvrant de nouvelles portes en tant que Sepultura, musiciens et artistes. Il faut continuer ! Nous avons un superbe album ; avec un peu de chance, nous pourrons retrouver la scène. J’espère que nous pouvons inspirer d’autres musiciens et groupes à faire comme nous et à créer quelque chose de différent. Quand la télévision a été inventée, ils ont dit que la radio allait mourir, quand internet a été inventé, ils ont dit qu’autre chose allait mourir… Ça ne se passe pas comme ça, il y a de la place pour tout ; la musique et l’art sont toujours là pour transformer la réalité.

Penses-tu que la situation pourrait pousser les artistes à être moins dépendants des concerts à l’avenir ?

Je ne l’espère pas car pour moi, la musique ça se passe sur scène. Tout le reste n’est là que pour forger la situation : les clips, les émissions de télé, etc. Ça ce n’est pas réel, tu peux demander aux musiciens s’ils aiment jouer devant des voitures ou sur des plateaux télé, c’est horrible ! J’ai toujours détesté faire des clips vidéo et ce genre de conneries. Je le fais parce que ça fait partie du boulot mais je n’aime pas ça, c’est complètement factice. Je ne suis pas un acteur, je suis un musicien ; je veux être sur scène, là où est vraiment la musique. Combien d’artistes sonnent parfaits sur album et quand on les voit sur scène, c’est de la merde et ils sont même incapables de jouer de leurs instruments ? Les concerts, c’est la réalité. Il faut se battre pour ça, c’est la seule solution. Je ne peux imaginer l’industrie musicale sans les concerts, ce serait impossible.

Interview réalisée par téléphone les 30 septembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Marcos Hermes (1, 2, 6, 7).

Site officiel de Sepultura : www.sepultura.com.br.

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