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Interview   

Sepultura : le cri du cœur


Il est ingrat que Sepultura et Derrick Green puissent, encore aujourd’hui, être renvoyés à l’ombre de son ancien – et lointain, serait-on tenté de dire – leader. Green qui a déjà passé plus de temps dans le groupe que son prédécesseur. Green qui s’est révélé, aux côté d’Andreas Kisser, être une vraie force motrice, permettant à Sepultura de survivre, d’avancer et, au bout du compte, se renouveler. Alors, certes, le combo a pu connaître des baisses de régime, mais on ne peut nier que depuis quelques années, depuis Dante XXI surtout, la machine créative a repris de la verve.

Et ce n’est pas ce nouvel album, The Mediator Between Head And Hands Must Be The Heart (prononcez-le trois fois de suite sans faire d’erreur), qui va contredire ce constat. Un album qui voit les Brésiliens renouer avec Ross Robinson, producteur du légendaire Roots, qui a cru dur comme fer en ce millésime 2013 et en son frontman. Un album virulent, créatif, aux relents à la fois tribaux et thrash plus prononcés. Un album surélevé par le jeu impressionnant d’Eloy Casagrande, petit jeune venu faire honneur à l’héritage laissé par Igor Cavalera. Bref, Sepultura n’a définitivement plus besoin de nostalgie. De toute façon, après seize ans, il est grand temps d’avancer et Sepultura n’a pas attendu les retardataires.

Nous en avons donc profité pour donner la parole au chanteur avec lequel, il faut l’avouer, nous avons passé un excellent moment. Un homme enthousiaste, simple et réfléchi. Il nous parle en détails de la conception de ce nouvel opus, dont il nous livre quelques anecdotes amusantes. Et parce qu’il n’y a pas que le metal dans la vie, ce fut aussi l’occasion de l’inviter à nous présenter son étonnant projet electro funk Maximum Hedrum. Projet qui lui a tout de même permis de collaborer avec monsieur Funk lui même : George Clinton.

« L’idée d’aller dans un studio et d’essayer de faire en sorte que tout soit parfait est ridicule ! »

Radio Metal : Habituellement, vos titres d’album sont très courts, souvent contenant un seul mot. Cette fois-ci, vous sortez un album avec un très long titre. Y avait-il quelque part un désir de casser une certaine routine ?

Derrick Green (chant) : Assurément ! Je crois qu’il est important d’essayer des choses différentes. Je crois que c’était un titre particulièrement pertinent pour ce que nous essayions d’accomplir. En fait, nous voulions exposer ce que nous pensons de l’époque dans laquelle nous vivons. Le titre semblait parfait pour ce que nous essayions de dire avec le nouvel album, au sujet de cette nouvelle ère qui, à nos yeux, semble se dérouler, où beaucoup de gens font beaucoup de choses dans le feu de l’action, en le pensant puis après en le faisant, sans vraiment y mettre le cœur ou la passion derrière. Comme des robots, en somme ! Nous voulions donc que notre titre fasse réfléchir les gens. Et comme tu l’as dit, nous avions l’habitude des titres courts mais avec celui-là nous voulions remuer le cerveau des gens ! (Rires)

Le titre de l’album est inspiré par le film Metropolis et le fait que nous vivons dans un monde déshumanisé par la technologie. Vois-tu ce film comme prophétique ?

Assurément ! Je veux dire, il a été fait il y a si longtemps et je trouve que sa beauté vient du fait qu’il a en quelque sorte prédit l’avenir ! C’est vraiment, d’une certaine manière, un monde particulièrement robotique, désensibilisé. Beaucoup de gens sont constamment isolés avec leurs téléphones, leurs mobiles, leurs ordinateurs ou autre… Ils errent juste comme des zombies, tu vois ? Alors, je pense que ce que nous voulions, c’était faire ressortir les émotions et les sentiments, et injecter ça dans un album.

Beaucoup de groupes de metal aujourd’hui se reposent fortement sur la technologie et les ordinateurs pour enregistrer leurs albums et très souvent ils finissent avec un résultat qui sonne trop parfait ou déshumanisé. Est-ce vraiment quelque chose auquel vous essayez de faire attention ? Essayez-vous consciemment de maintenir un aspect organique dans votre musique?

Absolument ! Je suis d’accord, beaucoup de groupes font ça. L’idée d’aller dans un studio et d’essayer de faire en sorte que tout soit parfait est ridicule ! Ce que nous essayions de faire, et c’est particulièrement ce qui s’est passé avec Ross Robinson, notre producteur, c’était vraiment de créer une vibration sur le moment, et ne pas essayer d’être parfaits. Quand il y avait des erreurs, il était content ; il s’écriait : “Yes!” Il nous disait de continuer, que le plus important était de vraiment développer l’énergie et la vibration du moment. Et ainsi, nous avons essayé de ne pas chercher à être parfaits, parce que nous sommes humains et que personne n’est parfait. Donc nous voulions vraiment que cela ressorte sur l’album.

C’est le premier album avec Eloy Casagrande à la batterie. Il n’a que vingt ans. Penses-tu que son jeune âge a apporté une énergie supplémentaire au groupe ?

Absolument ! Cette énergie a été essentielle pour vraiment avancer et évoluer en tant que groupe. Nous avons de la chance de pouvoir travailler avec lui et être en connexion avec lui, et que lui soit en connexion avec nous, même s’il y a une énorme différence d’âge. C’est quelqu’un de très professionnel et quand il s’agit de musique, il prend ça vraiment très au sérieux et se montre très passionné. Donc c’est vraiment un bonne combinaison, de l’avoir lui, sa jeunesse et son énergie. C’est très éloquent sur ce nouvel album. Je crois que vous pouvez vraiment l’entendre.

Le jeu de batterie de cet album est probablement le plus tribal que nous ayons entendu de la part de Sepultura depuis Roots. Est-ce Eloy qui a poussé le groupe dans cette direction, ou est-ce le groupe qui l’a poussé vers ce type de jeu ?

Je crois que c’était pour ainsi dire naturel. Quand nous étions en train d’écrire les chansons, ça s’est passé très naturellement, nous ne lui avons pas vraiment dit de jouer d’une manière ou d’une autre ; c’était dans son style. Il est brésilien, il est né à São Paulo, alors ces éléments, tribaux et autres, font également partie de sa vie, même avant Sepultura. Donc je crois que c’est quelque chose qui s’est fait très naturellement.

Comment Dave Lombardo s’est-il retrouvé à jouer de la batterie sur un titre, et sur quel titre est-ce ?

Le titre est “Obsessed”. C’est arrivé complètement par hasard ! Ross Robinson est ami avec lui et nous aussi sommes amis avec Dave. C’était la fête des pères ou quelque chose comme ça, il était dans le quartier, et Ross lui a dit : “Hey, tu devrais passer à la maison ! Les gars sont là pour enregistrer…” Il est passé avec ses trois enfants et son chien, pour se relaxer et bavarder, et puis on s’est dit : “Hey, pourquoi on n’installe pas une autre batterie pour jammer un peu ?” Et ça s’est fait comme ça, sans forcer quoi que ce soit, par hasard ! Ça fonctionne encore mieux lorsque ça se fait de cette manière ! Et Dave est un mec génial… Et Eloy flippait, parce que c’est son idole ! C’était super de les avoir connectés, comme un dimanche après-midi comme les autres ! (Rires)

« Nous essayions d’enregistrer ces cris […] et les gens nous ont demandé à la fenêtre : ‘Hé, est-ce que tout va bien ?' »

Dans l’ensemble, l’album sonne très sombre et brutal. Comment en êtes-vous arrivé à cet état d’esprit ?

Je ne sais pas ! (Rires) Je crois que c’est le résultat de beaucoup de choses qui se sont passées autour de nous… C’est vrai… Nous avons écrit l’album principalement à São Paulo et beaucoup de changements sont en train de se produire là-bas, et au Brésil de manière générale. Et je crois que c’est un symbole de notre époque, c’était révélateur de ce qui se passe autour de nous, certains désastres, et certaines choses qui arrivent à un certain moment dans le temps. Nous nous en sommes inspirés, et c’est un peu sorti de cette manière, vraiment ! Il n’était pas forcément destiné à être comme ça, du genre : “Faisons un album totalement sinistre et brutal !” Nous avions beaucoup d’énergie, et je crois qu’il contient beaucoup d’éléments de l’histoire de Sepultura, les tout débuts et l’évolution. Je crois que ces choses là se sont aussi produites très naturellement.

Ton chant sur cet album est parfois presque effrayant, comme ton cri à la fin de “Trauma Of War”. Comment te mets-tu en condition pour réaliser ce genre de performance ?

(Rires) C’est une histoire marrante. Ross a son studio chez lui et nous logions tous là-bas. Alors, pendant que nous enregistrions, on s’est rapproché les uns des autres, et c’est sur Venice Beach, mais genre littéralement sur la plage ! Il y avait donc une amie de Ross qui était là-bas, Jackie, elle l’aidait sur des sons, passait du temps là-bas et nous aidait aussi. Il était en train de prendre ce cri dans une pièce, et la cuisine était juste à côté, les fenêtres ouvertes avec les gens qui passaient ! (Rires) Alors nous essayions d’enregistrer ces cris, elle criait, je criais, et les gens nous ont demandé à la fenêtre : “Hé, est-ce que tout va bien ? Y-a-t-il quelqu’un en train de se faire assassiner ici ?” (Rires) Tu vois, il y avait une foule de personnes dehors, en train d’écouter ce cri terrifiant à la fin de la chanson. Nous l’avons finalement enregistré à ce moment là, mais les gens étaient vraiment terrifiés dehors, du genre “Qu’est-ce qui se passe ?” Et on leur disait : “Non, tout va bien, nous sommes juste en train d’enregistrer !” Mais oui, c’est bien elle qui a fait ce cri. C’était vraiment un cri terrifiant !

Avec la brutalité de cet album, l’ambiance sombre, l’approche tribale de la batterie, la pochette qui ressemble beaucoup aux débuts de Sepultura, cela apparaît comme si le groupe essayait d’emprunter des éléments de l’époque Chaos A.D. et même avant. Était-ce un désir conscient de revisiter les racines du groupe ?

Non, je crois que ces éléments sont juste arrivés tout seuls. Nous ne savions pas vraiment quelle direction ou quel son l’album prendrait. Nous savions qu’avec l’énergie d’Eloy, le fait d’avoir tourné avec lui et où nous en étions, que cela allait être un album particulièrement brutal. Nous étions vraiment contents de Kairos, d’avoir un nouveau label et tout. Je crois que nous voulions mettre sur CD la combinaison de tous ces éléments et de cette nouvelle énergie. Et puis toute cette dynamique, le fait de travailler à nouveau avec Ross Robinson, et l’avoir pour faire ressortir une telle énergie brute de chacun de nous, tu vois ? Il nous a vraiment poussé à sortir le meilleur de nous-mêmes, et ne pas essayer d’être parfaits, comme nous en parlions, en mettant en avant l’émotion que procure le fait de jouer ensemble comme des sauvages. Il voulait enregistrer et capturer ça. Je crois que tous ces différents éléments ont vraiment participé à créer un son.

Comment en êtes-vous venu à l’idée de travailler à nouveau avec Ross après une vingtaine d’années ?

Ce qui s’est passé, c’est que Roadrunner a grosso modo été détruit, puisqu’ils ont quasiment viré tout le monde, qu’ils ont été rachetés par une major, et qu’ils ont pris une autre direction. Donc Monte Conner, le découvreur de talents qui a signé Sepultura, a finalement atterri chez Nuclear Blast, notre label. Il travaille pour eux aux États-Unis et c’est lui qui a suggéré que nous reprenions contact avec Ross pour ce nouvel album. Et c’était génial, car Ross voulait à 100% le faire, il voulait faire un album différent de Roots, encore meilleur, et il croyait franchement en nous. Alors avec Monte à 100% avec nous, Ross et tout le monde connecté, ça a vraiment aidé l’album à se créer.

Sur les cinq derniers albums, le groupe a travaillé avec différents producteurs. N’étiez-vous pas satisfaits d’eux à chaque fois, ou était-ce plus pour tenter de nouvelles expériences ?

Je pense que nous cherchons toujours à essayer des producteurs différents pour essayer des choses différentes. Parce qu’avec chaque album, il est important pour nous de tenter de nouvelles choses et d’avancer, et ne pas essayer de nous répéter, par quelque moyen que ce soit ! Alors changer de producteur est aussi un procédé naturel pour nous. C’est quelque chose que nous aimons faire, pour que chaque album se retrouve avec un nouvel aspect, une nouvelle vision, une ardoise vierge. Donc je crois que c’est vraiment important pour la carrière de Sepultura que chaque album ait sa propre identité, et avec un nouveau producteur, cela y contribue beaucoup.

Ross a la réputation d’être un producteur difficile au niveau du travail. Comment s’est passée la collaboration ?

C’était super, je veux dire, honnêtement, j’ai tellement appris en travaillant avec lui. C’était dur, tu vois. Il dit parfois des choses que tu n’as pas envie d’entendre ! (Rires) Parfois les choses sont vraiment dures, mais à la fin, nous sommes tous satisfaits et heureux de ce qui sort ! J’ai besoin de ça, pas de quelqu’un qui me baise les pieds, mais de quelqu’un qui me dise des choses du genre : “Hey, il faut que tu montes ton niveau d’un cran et que tu donnes plus !” Il n’a pas peur de dire cela, il n’a pas peur d’exprimer ce qu’il entend et ce qu’il a en tête, et c’est le genre de producteur dont nous avons clairement besoin, et c’est d’ailleurs ce que nous avons toujours eu. Nous avons toujours eu besoin de quelqu’un qui n’a pas peur de l’ouvrir.

A propos de Ross Robinson (producteur) : « Il n’avait pas peur de dire des trucs du style : ‘Hey, je ne t’entends pas !’ après que j’ai sué et que j’ai hurlé comme un putain de damné ! »

Que t’a-t-il dit, par exemple, en tant que chanteur ?

En tant que chanteur, ça a été très intéressant. Je lui ai dit que mon idée pour cet album était d’exploiter les dynamiques de ma voix et de vraiment faire ressortir l’émotion. Il m’a donc demandé de quoi parlaient les chansons. Il parcourt chaque chanson et les paroles, il essaie de trouver ce qui te motive à donner une chanson et de garder cela à l’esprit. Il était là, littéralement, à côté de moi avec des écouteurs, à me pousser, physiquement, je veux dire ! (Rires) Il était comme ça avec chacun d’entre nous, même Andreas, il était excité comme une puce, faisant des “Yes !” ou chantant derrière, et je lui disais, “Hey, on enregistre là !” (Rires) Mais il était là : “Ça n’a pas d’importance, tant que tu as l’émotion et qu’on la capture !” C’était donc vraiment sain, il disait des trucs du style : “Ne simule pas” ou “Je peux te dire que tu essaies de créer une voix. Laisse ta voix aller. Relax ! N’essaie pas de créer un son metal ou je ne sais quoi, utilise seulement ta voix naturelle, et la puissance que tu as. Je sais que tu en es capable.” Il n’avait pas peur de dire des trucs du style : “Hey, je ne t’entends pas !” après que j’ai sué et que j’ai hurlé comme un putain de damné ! Et j’étais là : “Hey, il faut que je prenne l’air une minute, sinon je vais te tuer… “ (Rires) Je me suis poussé vraiment loin, mais avec lui tu te pousses plus loin que tu penses pouvoir aller. C’est ce qu’il a vraiment apporté. Et le mot de la fin, c’est que l’on s’est tous félicité, du genre : “Oui, on l’a fait !” Nous pouvions nous regarder les yeux dans les yeux et dire : “Ouais, on a gagné !”, et c’est de la pure honnêteté et il y a eu beaucoup de cela pendant les enregistrements.

Une fois de plus, l’album contient une reprise. Que peux-tu nous en dire ?

En fait, il y a deux reprises ; l’une est une reprise de Death. Et l’autre est de Chico Science & Nação Zumbi, un groupe du Nord-Est du Brésil. Leur chanteur est mort il y a plusieurs années dans un accident de voiture, et ils ont été une grande influence, parce qu’ils ont un style qu’on appelle Maracatu, c’est un style de batterie et de rythme tribal du Nord-Est du Brésil. Et c’est mélangé à du rock’n’roll. Nous avons pensé que ce serait super de faire ça, mais aussi d’avoir Andreas qui chante cette chanson. Elle contient beaucoup de terminologies urbaines de cette région et des paroles complexes. C’est donc quelque chose de nouveau que nous n’avons jamais fait, Andreas n’a jamais chanté une chanson entière, tout en Portugais… Tu sais, nous voulions juste faire quelque chose de différent. Elle a un rythme très entraînant. Et nous voulions montrer notre respect à Death et à ce groupe, Chico Science & Nação Zumbi.

Est-ce que la chanson intitulée “The Vatican” a été inspirée par l’élection récente du Pape François ?

Absolument ! Elle a été écrite le jour où le nouveau pape a été élu. Elle a vraiment été écrite ce jour là, et il était en quelque sorte question de passer en revue l’histoire des papes les plus corrompus à travers les âges, les plus sinistres, et il y en a eu, tu sais ? Et l’Église, c’est un sujet important qui fait polémique, mais c’était du genre : “Qu’a vécu ce Pape ? Pourquoi a-t-il démissionné comme ça ?” Parce qu’il y a beaucoup de trucs non résolus au sein de l’Église Catholique, alors c’est véritablement inspiré de cette élection et de l’histoire de l’Église Catholique.

Il est venu à Rio De Janeiro récemment, il y avait des millions de gens… Y étais-tu également ?

Les gens sont devenus fous, c’était vraiment flippant… Tu sais, c’est un être humain ! Il est comme toi et moi ! C’était effrayant. Il y avait beaucoup de jeunes… Tu vois, il y a beaucoup de pouvoir derrière l’Église, et il disait des choses de manière très différente des autres papes, d’une façon très moderne, et tu peux voir qu’une partie de lui se reconnecte avec les gens. J’aurais seulement aimé les voir faire davantage pour l’humanité, ce que je ne perçois pas tant que ça ! Ça pourrait faire bouger les choses ! Je ne suis clairement pas contre l’Église mais je ne suis pas pour non plus par bien des aspects, et je pense qu’elle pourrait être modernisée de bien des façons. Et ça pourrait aider beaucoup de gens, et c’est le cas, mais je pense, d’après ce qu’il a dit, qu’il est sur le point de se reconnecter avec les gens. Et les gens ont perdu la tête lorsqu’il est venu ; il sont vraiment devenus excités.

A propos de Maximum Hedrum : « J’ai beaucoup de retours positifs de la part de fans de metal, ce qui est surprenant, car j’en attendais bien moins. Mais, en fait, je sous-estimais beaucoup de gens, car ils ont un esprit ouvert, et ils aiment d’autres choses que le metal ! »

Il se passe beaucoup de choses au Brésil en ce moment, avec la coupe du monde de football en 2014 et les jeux Olympiques en 2016. Mais en marge de ces événements, il y a eu beaucoup de protestations car de l’argent est investi dans ces événements alors que de nombreux brésiliens ont du mal à vivre. Est-ce quelque chose qui te touche ? Est-ce quelque chose qui nourri aussi ta colère en tant qu’artiste ?

Je vis au Brésil depuis un moment maintenant, et c’est quelque chose que j’ai remarqué au moment où j’ai déménagé ici. Ce qui était frustrant, c’était le manque d’éducation, le manque de gens qui savent ce qui se passe dans leur propre pays et qui sont frustrés par les crimes, les politiciens élus par le peuple pour voler le peuple… Il y a une nouvelle classe moyenne au Brésil, beaucoup d’argent vient de l’extérieur, et beaucoup d’argent est produit… Je pense que les manifestions sont un bon point de départ, et les gens commencent doucement à se réveiller et à se rendre compte de ce qui se passe. Mais il reste encore beaucoup à faire. Les gens sont très positifs, dans la mesure où ils se disent : « OK, c’est un bon début », mais il faut que ça continue, tu vois ? Il faut que ce soit suivi. Il y a eu tellement d’années de corruption et de merdes là-bas que ça prendra des années à se remettre d’aplomb, ça ne se fait pas en une nuit. Et ils n’ont pas une histoire de révolte et de descente dans les rues ; c’est quelque chose qui s’est beaucoup produit dans des pays d’Amérique du Sud mais pas tant que ça dans la culture brésilienne. Et ça n’arrive pas si souvent. Souvent les gens ont le genre d’attitude : « Ah, c’est bon, fais pas de vagues, je ne veux pas foutre la merde… » et ne disent rien. Donc, finalement, les gens commencent à se dire qu’il serait temps de faire des vagues, qu’il y a des choses qui ne tournent pas rond et qu’il est important de dire quelque chose. Mais ce n’est que maintenant qu’ils apprennent ça. Je crois que ça va prendre un moment pour qu’ils parviennent à des changement sérieux, à avoir un leader qui sera capable de représenter la voix du peuple et à vraiment éduquer une personne qui sera capable de contrer les gens qui volent, qui connaissent la loi et qui la manipulent. Beaucoup de choses peuvent être faites et ont besoin d’être faites, mais cela va prendre du temps.

Tu as désormais un projet electro funk nommé Maximum Hedrum qui sonne de manière très surprenante pour un chanteur de metal extrême ! Peux-tu nous en dire plus ?

Absolument ! Ma mère était professeur de musique, et j’ai commencé très tôt à en apprendre sur la musique, la musique classique, le gospel, etc. Et j’aime l’art ! Un ami à moi, Sam Spiegel, il est de Los Angeles, m’a approché et il avait écrit quelques chansons et avait des idées qu’il avait écrit avec ce type, Harold Faltermeyer, qui était un compositeur réputé dans les années 80 pour tout ce qui est bandes originales de films, de Top Gun jusqu’au Flic De Beverly Hills… Il avait un rôle plutôt central à l’époque des synthétiseurs. Lui et Georgio Moroder, ils étaient au coude à coude lorsqu’il s’agissait de composer pour des films. Bref, il avait cette idée, mon ami Sam est venu me voir et a dit : « J’ai ce projet; on devrait essayer de faire quelque chose. J’aime vraiment ta voix. » Et je voulais faire entendre ma voix sous un autre jour. Et je n’ai jamais fait ça ou enregistré quelque chose dans ce genre avant. Et en tant que musicien, je me disais : « Mec, tu es un artiste, tu devrais montrer les différentes facettes de ta voix et l’explorer. » Et ceci me permettait vraiment de le faire. Je n’étais pas très familier avec la musique électronique. J’aime certaines choses, d’un point de vue électronique, et je trouvais que ce serait intéressant de créer dans ce style. C’est quelque chose que j’ai voulu faire simplement parce que je voulais me diversifier, m’évader et essayer quelque chose de différent. Et je crois qu’au bout du compte ça a eu un impact dans le fait de faire un album plus heavy et metal encore. C’est marrant, mais ça a fait venir beaucoup d’idées différentes et ça m’a poussé à utiliser la diversité de ma voix dans Sepultura. C’est quelque chose qui continue. Avec Maximum Hedrum, nous allons jouer à Rock In Rio le même jour que Sepultura (Rires), sur une scène différente. Et nous tournons autant que possible, lorsque nous le pouvons, juste pour décoiffer les gens, essayer de faire quelque chose qui sort de l’ordinaire, atypique. Donc, j’adore faire ça !

Je suppose que ça doit être rafraîchissant pour toi de faire une musique différente, n’est-ce pas ?

Absolument ! C’est super, car tu peux faire ça et ensuite revenir faire du metal et apprécier davantage les trucs heavy dans un monde totalement différent, et avec des gens différents… Mais je crois que c’est la beauté du pourquoi je voulais, lorsque j’étais gamin, vraiment faire de la musique, c’était pour cette raison.

Avec ce projet tu as eu l’occasion de collaborer avec George Clinton, le fameux leader de Parliament Funkadelic, sur la chanson « Keep In touch ». Comment ça s’est passé ?

C’était incroyable ! Je veux dire, collaborer et travailler avec George Clinton était comme un rêve devenu réalité ! Je me souviens de George Clinton comme le producteur des Red Hot Chili Peppers. Et j’étais un gros fan des Chili Peppers à l’époque à cause de George Clinton ! Je crois que c’était Uplift Moffo Party Plan… J’aime Parliament Funkadelic et c’était comme un honneur, tu sais ! Nous ne savions pas où irait la chanson, elle représentait un moment d’énergie et c’était super de travailler avec lui. Nous avons eu d’autres personnes qui sont venues travailler sur l’album et qui étaient très cool : le batteur des Queens Of The Stone Age, Jon Theodore, et Money Mark, qui a beaucoup travaillé avec les Beastie Boys, ont tous les deux contribué à l’album… Et Fredo Ortiz, qui était le batteur des Beastie Boys, il joue en concert avec Maximum Hedrum et a aussi enregistré sur l’album de Sepultura. Il y a donc un lien. C’est marrant, dans la mesure où le monde est petit et que tout est relié. Mais c’était super, au sein de Maximum Hedrum nous avons la liberté de faire tout ce que nous voulons, il n’y a aucune attente, ça peut aller dans n’importe quelle direction. Et c’était vraiment génial de travailler avec George.

On sait tous à quel point Sepultura aime les collaborations. Avez-vous pensé à faire collaborer Maximum Hedrum et Sepultura ?

Non ! (Rires) Mais, tout peut arriver. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit, mais c’était sympa que notre batteur dans Maximum Hedrum soit venu pour jouer des percussions sur l’album de Sepultura. C’était donc là une connexion sympa entre Maximum Hedrum et Sepultura. Et ça a très bien marché.

Penses-tu que les fans de Sepultura puissent apprécier Maximum Hedrum ?

Je pense que c’est le cas de certains d’entre eux ! Je veux dire, j’ai beaucoup de retours positifs de la part de fans de metal, ce qui est surprenant, car j’en attendais bien moins. Mais, en fait, je sous-estimais beaucoup de gens, car ils ont un esprit ouvert, et ils aiment d’autres choses que le metal ! Je pense donc que beaucoup de gens trouvent ça cool, et ceux qui n’aiment pas et ne sont pas intéressés, ils ne disent rien et n’écoutent pas, ils n’ont pas d’opinion, car ils n’y prêtent pas vraiment attention. Mais les gens qui l’écoutent et l’apprécient ont été très, très encourageants.

Interview réalisée par téléphone le 4 septembre 2013 par Metal’O Phil.
Fiche de questions : Spaceman.
Retranscription et traduction : Amphisbaena.

Site internet officiel de Sepultura : www.sepultura.com

Album The Mediator Between Head And Hands Must Be The Heart, sortie le 25 octobre 2013 chez Nuclear Blast.



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  • Omar Sy fait du métal ?

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    Seulement quand il ne joue pas dans X-Men. Héhéhé !

  • Bordel mais The Vatican c’est juste pas écoutable, une vrai bouillie sonore! La voix est juste horrible c’est inaudible! En plus on entend quasi pas la gratte par contre la basse explose le cerveau! La même compo avec un son bien trash et net à l’ancienne pourrait déchirer! Mais la pouah! Vais me réécouter Arise tiens!

    [Reply]

  • Chloé en direct de l'académie française dit :

    « Il est ingrat que Sepultura et Derrick Green puisse » -> puisseNT, me semble-t-il.

    Oui, c’est tout ce que j’ai a dire :D.

    [Reply]

    Merci, c’est corrigé.

  • D’abord, le prochain Sepultura est une bombe,

    Ensuite Maximum Hedrum est une super découverte!
    (ouah, c’était sur que ce Mec a plus d’une corde à son arc, à l’entendre sur Nation ou les reprises de Revolusongs)

    Merci Radio Metal !

    [Reply]

  • assurément, assurément,absolument,absolument,absolument.
    Il aime bien commencer ses réponses comme ca héhé

    [Reply]

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