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Chronique   

Seth – La Morsure Du Christ


Fort d’une histoire de plus de vingt-cinq ans, Seth avait frappé un grand coup avec son premier album Les Blessures De L’Âme, sorti en 1998 sur un label tout jeune alors, Season of Mist, imposant sur le devant de la scène un black metal épique à grands renforts de riffs et de claviers, le tout avec des paroles dans un français blasphématoire et poétique. Depuis, la carrière du groupe emmené par Heimoth (clavier, guitare) et Alsvid (batterie) n’a pas été de tout repos, entre expérimentations stylistiques, pauses, et changements de line-up. Huit ans après The Howling Spirit, on n’attendait plus vraiment les Bordelais, et pourtant : la célébration des vingt ans du désormais culte Les Blessures De L’Âme et la série de lives qui ont suivi ont rallumé une flamme attisée par le sang neuf apporté par de nouvelles recrues – Saint Vincent (Blacklodge) au chant, Drakhian (ex-Loudblast) à la guitare, Pierre Le Pape (Melted Space, Embryonic Cells) au clavier, Esx Vnr (Vorkreist) à la basse. Seth est donc retourné en studio avec l’ambition affichée de créer un successeur à son plus haut fait d’armes. Le résultat, La Morsure Du Christ, a le côté atmosphérique et grandiose de son illustre prédécesseur, mais aussi une fougue accumulée au fil des années qui semble avoir trouvé ici sa plus flamboyante expression.

« La Morsure Du Christ » met le feu aux poudres. Premier extrait de l’album, premier morceau aussi, il fait figure de scène d’exposition. Au programme, donc : riffs mélodiques en cascade, montées en puissance épique, envolées de clavier gothiques, imprécations satanisantes enflammées, ampleur monumentale. Le reste du disque sera à l’avenant, ce sixième album déployant ses sept titres en longueur comme autant d’épopées métaphysico-religieuses, généralement sur six minutes où les passages trépidants succèdent aux atmosphères plus subtiles. L’essence du black metal est là – tremolo picking et blast beat incandescents –, rehaussée de la même manière que sur Les Blessures De L’Âme par des arrangements raffinés, nappes de clavier, arpèges de guitare acoustique mais aussi viole (« Les Océans Du Vide ») et chœurs (notamment à la fin de la grand-messe qu’est « Le Triomphe De Lucifer »). Les humeurs se succèdent et se mêlent, de la mélancolie bien bilieuse de l’« Hymne Au Vampire (Acte III) » aux éclats colériques d’« Ex-Cathédrale » en passant par les épanchements d’hémoglobine du bien-nommé « Sacrifice De Sang ». Vaste, ambitieux et agressif, La Morsure Du Christ bénéficie d’une production signée Francis Caste qui dote l’ensemble d’une puissance sans précédent dans l’histoire de Seth.

En effet, en vingt ans, de l’eau a coulé sous les ponts ; la scène est méconnaissable et les adolescents qui avaient composé le premier opus du combo ont désormais pas mal de bouteille. C’est ce temps passé qui irrigue tout l’album, qui jongle entre histoire, nostalgie et anachronisme d’un côté – le style années 90 revendiqué de la musique, le choix de l’ultra-classique alexandrin pour les paroles, les réflexions sur un christianisme passé de moribond à momifié – et extrême contemporanéité de l’autre – production, qualités de composition, et, plus trivialement, incendie récent de Notre-Dame. De même, le discours s’est nuancé avec le temps. L’hymne au vampire passe à l’âge adulte et le rapport à la religion et à la tradition se complexifie : Seth blasphème à tour de bras mais utilise les oripeaux d’une histoire de France fort respectable – alexandrins donc, Notre-Dame, catholicisme bon teint, vocabulaire raffiné voire empesé – sans qu’on sache toujours s’il s’agit d’exploitation, de profanation ou d’hommage ambigu (après tout si le christianisme disparaît pour de bon, le black metal perdra l’un de ses adversaires et raisons d’être favoris). Le groupe enchaîne les doubles sens (morsure du Christ/mort sûre du Christ, ex-cathédrale/ex cathedra) et remet la furie parfois naïve des années 90 au placard. Bref, ce n’est pas de rejouer Les Blessures De l’Âme qu’il est question ici, mais d’en invoquer l’esprit et lui insuffler l’expérience et la colère accumulées pendant ces vingt dernières années. De quoi faire des Morsures Du Christ un brûlot à l’ardeur redoublée.

Clip vidéo de la chanson « Les Océans Du Vide » :

Lyric vidéo de la chanson « La Morsure Du Christ » :

Album La Morsure Du Christ, sortie le 7 mai 2021 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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