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Metalanalyse   

Seth vise le sommet de son art en arpentant le versant le plus tortueux


En 2004, Seth se retirait de la scène musicale laissant derrière lui son dernier opus en date : Era Decay. L’album, profondément gravé de son sceau, était alors cette dernière rose jetée dans la tombe au moment de la mise en terre d’un proche. Si, matériellement, celle-ci finit par s’user, sa symbolique reste, elle, éternelle. Cependant, il y a un peu plus d’un an, le groupe annonçait son retour. Et le voici, offrant au monde le fruit de sa renaissance : The Howling Spirit.

Après sept années d’absence, Seth veut marquer le coup avec ce nouvel album. Le groupe signe alors son retour sur scène avec quelques dates éparses en 2012 mais également son retour chez Season Of Mist, la maison-mère, celle qui a sorti en 1998 sa première réalisation : Les Blessures De l’Âmes. Un album majeur dans sa discographie. Et malgré ce qui semble être un retour aux sources, Seth cherche clairement à faire peau neuve.

La bande semble pourtant reprendre, en partie, ses bases. Musicalement, déjà, avec ce sentiment de contre-poids inconscient à Era Decay, dernière base connue en date. Sorte de successeur logique mais mûrit par le hiatus de sept années. Car à l’écoute du titre « Scars Born For Bleeding Stars », pour exemple, il est impossible de ne pas retrouver une partie de ce sur quoi le groupe avait laissé son auditorat avec son opus de 2004 (lui-même reprenant les bases de Divine-X).

Toutefois, ce qui aurait pu être un album « coup de poing », marquant avec virulence le retour du groupe, laisse la place à un album scindant la discographie du combo. Là où certains y verront de la prétention, d’autres y trouveront l’exemple concret d’un groupe sûr de son fait, ayant préalablement pensé sa musique et pris en compte l’éventualité que celle-ci ne plaise pas à des fans espérant certainement un opus direct et sans concessions. Qui plus est, cela marque également un retour chez le label français loin d’être anodin – ce dernier, par son histoire avec le groupe, étant probablement le mieux placé pour répondre à ses besoins, cette maison-mère qui a dépoussiéré le passé du groupe avec la réédition l’an passé de son premier opus – mais bel et bien médité par le combo qui, de base, pose de manière claire le socle initial de cet opus : la réflexion. Tels des alpinistes préparant l’ascension de l’un des toits du monde, Seth a balayé tout doute en retrouvant ses bases, et a tracé un itinéraire quadrillé jusque dans ses moindres détails avec Season Of Mist qui semble être ce premier grappin ouvrant le parcours futur du groupe.

Dès la première écoute, The Howling Spirit reluit par sa production léchée et particulièrement soignée, comme cette guitare sèche ouvrant l’album et le titre « In Arching Agony». Un travail sonore méticuleux favorisant l’ambiance musicale du combo transparaît à travers cet opus. D’ailleurs, c’était l’objectif avoué de la bande elle-même. Seth voulait un album majoritairement centré sur les ambiances. Et au-delà de la signature artistique du groupe ou autres tics de compositions (ces nombreux breaks en son clair et en arpèges, que l’on retrouve sur des titres tels que « One Ear To The Earth, One Eye On Heaven » ou encore sur « He Whose Heart Is Heavy With Sin »), Seth a toujours travaillé l’atmosphère générale de ses précédents opus, non sans quelques subtilités. Et The Howling Spirit ne déroge pas à la règle laissant toutefois entrevoir ici un son plus naturel que par le passé, épuré de toute fioritures qui ont pu, à l’époque, joncher la musique du groupe comme sur des titres tels que « Walk On Fire With Me » issu de Divine-X (2002). Mais c’est un album qui se veut, dans tous les cas, moins incisif. A l’inverse d’un Era Decay, The Howling Spirit comporte beaucoup moins de riffs et est considérablement plus posé. Le combo accentuant ainsi l’ambiance de son opus par des titres plus mid-tempo, déstructurés et dérangeants.

Pourtant, chaque chose semble se trouver à sa place et en donne l’impression. L’album tend à démontrer tout le savoir-faire du groupe. Les structures sont plus progressives, volontairement déstabilisantes mais suffisamment soignées pour démontrer que les blackeux ont, là encore, soigné leur copie. Seth prouve qu’il connaît son sujet sur le bout des doigts, arpentant les versants du black metal depuis ses origines. Même en se rapprochant d’un black à la Enslaved (voire d’Immortal sur le riff ouvrant « One Ear To The Earth, One Eye On Heaven »), plus froid et glacial – tel les rafales frappant inlassablement les pentes des plus hauts sommets du monde – que brutal, les Bordelais restent sur des sentiers qu’ils maîtrisent : ceux de l’extrême. Même s’ils s’éloignent de leur black metal d’origine, notamment en s’approchant, par instant, d’un certain Behemoth et de son hybride death/black (comme sur « He Whose Heart Is Heavy With Sin »). La palette musicale du groupe s’est incontestablement élargit avec le temps et offre, en plus de toute une réflexion en amont de l’album – comme sus-mentionné -, un panel plus large d’expérimentations conduisant inconsciemment ou non le groupe vers ce chemin tortueux. « Killing My Eyes », deuxième titre de l’album s’engage pour sa part sur le terrain du black metal dépressif avec un Black Messiah (chanteur) à la voix écorchée. Ces nouvelles expérimentations donnant au combo de nouveaux reliefs à sa musique.

En s’ouvrant aussi largement à de nouveaux horizons, Seth parvient parallèlement à ré-affirmer une identité forte mais plus que jamais diversifiée. Là est sans nul doute son ambition. Étrangement, les Bordelais laissent même entrevoir une volonté d’auto-exorcisme, symbolisée par ce grigri vaudou constituant l’artwork de l’album qui reste lui-même relativement soigné et sobre. Un album à l’aspect personnel plus poussé qui souligne au marqueur le parti pris du groupe avec cet album, reflétant les choix assumés de ses membres. Car, au-delà de marquer les esprits, The Howling Spirit (l’esprit hurlant) vise clairement à se détacher d’une partie du passé. D’où ce sentiment d’écorché vif qui transparaît tout du long de l’album comme si les membres du groupe s’arrachaient eux mêmes des griffes du temps. The Howling Spirit n’aspire donc pas forcément à être compris de suite. Il se réclame plus comme un album voué à être compris et reconnu au fil des années, comme chacun de ses prédécesseurs finalement.

Ainsi, même si le groupe revient habillé de son habituelle aura sombre, il se montre, certes, moins incisif qu’à l’époque mais aussi beaucoup plus ambitieux. The Howling Spirit se dresse clairement comme un nouveau chapitre pour le groupe. Beaucoup de chemin a été fait depuis 1998 et The Howling Spirit doit marquer les esprits. Et pour se faire, Seth s’est engagé sur le versant le plus tortueux qui s’offrait à lui. Indéniablement, la bande vise le sommet de son propre art. Sûr de ses capacités mais suffisamment endurci par l’âge afin de savoir prendre les choses dans le bon ordre. The Howling Spirit pose une pierre qui, prise séparément pourrait presque paraître anodine, mais qui pourtant s’avère essentielle pour l’avenir de la bande. Assumant ses choix personnels, le groupe reste toutefois conscient des critiques pouvant lui être adressé. Mais, visant le sommet de son propre art, il se doit d’arpenter ce chemin de manière personnelle, voire solitaire, afin de pouvoir se féliciter plus tard de son ascension.

Album The Howling Spirit, sorti le 7 juin 2013 chez Season Of Mist



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