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Interview   

Shinedown : « le monde a besoin de cet album »


A en croire certains artistes, c’est quand ils atteignent le fond que leur art prend le plus de force. C’est en tout cas ce que semble suggérer le nouvel album de Shinedown, une oeuvre conceptuelle – ou plutôt une histoire -, narrant le parcours d’un homme au plus bas dans sa vie, remontant progressivement à la surface afin de retrouver le bonheur. Progression que l’on retrouve dans l’évolution même de la musique à travers le disque. Attention Attention, de son nom, prend ainsi des airs de philosophie et d’introspection.

Mais cette histoire, si n’importe qui pourra s’y identifier à un moment ou un autre, et qu’on peut la transposer à d’autres contextes comme celui de l’état actuel du monde, est avant tout celle de Brent Smith, frontman de Shinedown, qui durant le cycle de l’album Threat To Survival a traversé des moments obscurs, pour finalement retrouver la lumière, notamment grâce à ses collègues mais aussi la musique, les fans, sa famille…

Ci-après notre rencontre avec Smith qui nous raconte tout ceci. Notamment comment ce qu’il a vécu, mais aussi l’ennui éprouvé par le bassiste-producteur Eric Bass en fin de tournée, a mené à la création d’un album aussi ambitieux et émotionnellement chargé, évoquant également la minutie dont la confection de ce disque a fait l’objet.

« L’individu sait qu’il est possible qu’il échoue de nouveau et qu’il ne gagnera pas forcément à chaque fois, mais il n’a plus peur d’échouer. Je pense que c’est une fois que tu as compris ça que tu commenceras à réussir tout ce que tu entreprends dans la vie. »

Radio Metal : Attention Attention est un album-concept. Tu as dit qu’il parlait énormément de toi, mais également d’Eric, Barry et Zach, et qu’il était le résultat des quatre dernières années de vos vies. Pendant la tournée pour l’album Threat To Survival, tu t’es retrouvé « enlisé dans l’obscurité », à te battre contre l’abus de substance et l’addiction. Qu’est-ce qui t’a amené dans de telles situations ?

Brent Smith (chant) : C’est une dynamique intéressante. J’ai toujours été capable d’écrire ce que je ressens, c’était déjà le cas quand j’étais très jeune. Je me suis retrouvé dans quelques situations délicates quand j’étais plus jeune et que je traînais avec des gens peu recommandables et j’ai été exposé à certaines substances à un jeune âge. Une bonne partie de cette obscurité vient de cette époque. Ce qui est intéressant, c’est que si tu allais voir un fan de Shinedown, peu importe que cette personne soit fan depuis le début où qu’elle soit seulement en train de cerner le groupe, elle te dira que l’une des raisons pour lesquelles elle écoute le groupe est l’honnêteté que contient la musique. Je ne peux pas écrire à propos de quelque chose que je ne connais pas. Pour que je puisse écrire, il faut que ça vienne d’un endroit réel. Je ne peux pas l’inventer. La dynamique de l’obscurité fait que tu ne peux qu’aller vers le haut, en particulier lorsque tu es littéralement au sol. J’ai toujours dit qu’il fallait d’abord tomber au fond du trou pour comprendre comment s’en sortir ; ce sont en quelque sorte des leçons de vie. Quand nous étions en train de faire Threat To Survival, il se passait beaucoup de choses physiquement et émotionnellement. C’était une époque différente pour moi. Ce qui est génial, c’est que je suis allé au bout de cet album grâce à l’aide du groupe, de ma famille et de beaucoup d’autres personnes. Je ne prends pas à la légère le fait que nous ayons créé Attention Attention à partir de quelque chose de très réel.

L’album dans son ensemble n’est pas tellement un album-concept mais plutôt un album qui raconte une histoire ; c’est comme ça que nous en parlons. Cette histoire, elle se passe à l’intérieur d’une pièce : c’est très dramatique mais aussi très audacieux. C’est un album qui donne tout. Mais c’est aussi un voyage psychologique, mental et physique incroyable. J’aimerais que les gens qui écoutent l’album se retrouvent dans cet individu. Au début de l’album, la personne est dans une très mauvaise situation et puis au fur et à mesure, tu entends un changement, le moment où cette personne retrouve sa confiance en soi. Puis, tout d’un coup, dans la vie et en général, l’individu sait qu’il est possible qu’il échoue de nouveau et qu’il ne gagnera pas forcément à chaque fois, mais il n’a plus peur d’échouer. Je pense que c’est une fois que tu as compris ça que tu commenceras à réussir tout ce que tu entreprends dans la vie.

Tu as dit que tu n’aurais pas été capable de te reconstruire si les autres membres du groupe n’avaient pas été là. Est-ce que tu dirais que le groupe t’a sauvé la vie ? Ou est-ce que tu penses que c’était aussi l’environnement autour du groupe, le succès, etc. qui t’a mis dans cette situation difficile ? Est-ce que c’était à la fois le problème et la solution ?

Quand nous sommes ensemble en tant que groupe, quand je suis avec Zach [Myers], Eric [Bass] et Barry [Kerch], ils ne me mettent jamais dans une situation négative. Ils sont incroyables. En fait, ce qu’ils ont fait, d’un point de vue psychologique, c’est qu’aucun d’eux ne m’a jamais jugé. Ils ne m’ont jamais pointé du doigt. Ils m’ont toujours soutenu et ils étaient là pour moi quand j’en avais besoin. Et inversement : quand ils n’allaient pas bien, j’étais là pour eux. Je suis persuadé que c’est la raison pour laquelle j’ai la force physique, mentale et émotionnelle que j’ai maintenant, c’est en grande partie lié à la relation que j’ai avec ces trois gentlemen, ainsi que le fait que je sois père d’un fils de dix ans. J’ai toujours dit que je ne sers à rien si je suis mort. Tout le monde a quelque chose qui peut le pousser dans la mauvaise direction. Ce que l’univers te fera affronter est un aspect qui le rend très intéressant. En tout cas, en ce qui concerne le groupe, les mecs sont l’une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais été autant en forme mentalement, physiquement et émotionnellement que je le suis aujourd’hui.

En fin de compte, comment est-ce que tu as réussi à te relever quand tu étais au plus bas ?

C’est en grande partie dû au fait que je ne considère pas mon activité comme mon job, c’est mon honneur, et je le pense de tout mon cœur. Je suis là pour servir. C’était le travail qui m’a aidé. Pas le job, mais la musique, en particulier les chansons. Je ne connais aucun autre élément, force, énergie ou pouvoir qui puisse créer instantanément une émotion chez l’être humain comme une chanson le fait. J’ai regardé la musique guérir un cancer. J’ai regardé la musique aider des gens qui sont vraiment au plus bas dans leur vie – je l’ai moi-même été – et tu entends une chanson particulière ou tu penses à l’album qui t’a aidé à traverser beaucoup d’épreuves et de malheurs et soudainement, c’est reparti. C’est pour ça que c’est si puissant. Donc ce qui m’a aidé à sortir de ces trous, c’est le fait que je voulais être là pour jouer pour notre public, je voulais être là pour mon groupe et pour mon fils. Tout est lié à la musique.

Est-ce que Attention Attention peut être considéré comme autobiographique ? Est-ce que tu es le personnage de l’histoire ?

Je suis l’un des personnages. L’album est fait d’une multitude d’instantanés d’une vie de travail, de situations, de relations… C’est un album qui parle de nous quatre. C’est un album qui parle de moi et d’Eric. De Barry et de Zach. C’est un album qui parle de nous tous de façon individuelle. Mais avec cet album-là, je veux que les gens qui l’écoutent puissent se retrouver dedans. Parce que l’une des raisons pour lesquelles nous l’avons fait de la façon dont nous l’avons fait… Même au tout début de l’album, avec le premier titre, « The Entrance », tu entends cette personne marcher, puis tu entends que quelqu’un toque à la porte, le loquet bouge et la porte s’ouvre et tu entends la personne entrer, elle tire une chaise, s’assoit, prend une grande inspiration, expire, et « Devil » commence ; c’est le début de l’histoire. Ensuite, pendant toute la première partie, tu peux entendre la tension et la lutte, ainsi que la volonté de ne pas abandonner. Et puis, à peu près vers le milieu de l’album, tu entends le changement chez cet individu et tu peux entendre que cette personne est en train de regagner sa confiance en soi. En fin de compte, je pense que c’est un album très gratifiant.

« Je ne connais aucun autre élément, force, énergie ou pouvoir qui puisse créer instantanément une émotion chez l’être humain comme une chanson le fait. J’ai regardé la musique guérir un cancer. J’ai regardé la musique aider des gens qui sont vraiment au plus bas dans leur vie. »

Même si tu te dévoiles au travers d’un personnage, est-ce que le fait d’être si intime et de révéler tes vulnérabilités n’était pas déstabilisant ?

Non. Ça ne m’intimide pas. Je pense que tu ne peux pas être un leader si tu ne sais pas être vulnérable. Beaucoup de personnes parmi mon entourage ont toujours dit que Brent ne se ballade pas en racontant à tout le monde qu’il est le boss, il n’a pas besoin de le faire. J’aime bien ce qu’Eric dit à ce propos : « Si tu as besoin de dire aux gens que tu es le roi, alors tu n’es probablement pas le roi. » D’ailleurs on retrouve ça dans la chanson « The Human Radio », ce qui est intéressant. Je dois être vulnérable, il faut que je l’extériorise, c’est ce que je connais, ce dont je peux parler. La santé mentale des gens est quelque chose qui me tient à cœur. C’est aussi le cas de leur santé physique, mais de nos jours, dans la société et le monde, les gens doivent faire face à tellement de choses en même temps… Je n’ai pas le temps de ne pas être franc avec les gens. Je me dois de leur dire d’où je viens. Je me dois de leur dire que je suis à cent pour cent authentique, parce que c’est le cas.

Tu as parlé de la progression de l’album ; il commence avec des chansons assez sombres comme « Devil » ou « Black Soul » et progresse vers la lumière avec des chansons comme « Get Up » jusqu’au final très cathartique avec les chœurs de « The Human Radio » et la dernière chanson, « Brilliant ». Est-ce que le fait d’avoir ce lien très fort entre l’histoire et la musique était quelque chose de planifié dès le début ?

Oui parce que tu l’écoutes en temps réel. C’est intéressant et assez drôle en même temps : la personne qui écoute ne se rend pas service si elle n’écoute pas l’album comme un tout. Tu peux choisir des chansons individuellement comme des singles, mais il y a une certaine expérience à vivre en écoutant l’album d’un seul trait, du début à la fin. En ce qui concerne la dernière chanson de l’album, « Brilliant », nos trois derniers disques se terminaient sur des ballades ou des chansons mid-tempo. « Brilliant » est l’une des toutes premières chansons que nous avons écrites, et nous nous sommes dit que pour la fin de l’album… Nous n’aimons pas appeler ça la fin ; il y a toujours un autre voyage à entreprendre. Mais nous voulions tous que cet album se termine sur une note tellement haute que ça te donne envie de le réécouter depuis le début, la fin doit être triomphante. Tu soutiens le personnage de l’album, tu veux le soutenir, tu veux qu’il gagne et c’est ce qu’il se passe à la fin. Le but était qu’à la fin de l’album, celui ou celle qui l’écoute soit tellement touché par la musique qu’ils veulent réécouter l’album depuis le début.

Quel genre de défi c’est d’écrire un album qui doit coller à l’histoire ?

Je ne sais pas si c’est difficile. Je peux seulement parler de mon expérience ; ce n’était pas un album difficile à faire ! D’ailleurs, c’était plutôt plaisant et nous nous sommes beaucoup amusés à faire cet album. Je sais que le sujet abordé est parfois sérieux, mais au bout du compte, nous le faisons parce que nous aimons ça. Nous avions le contrôle depuis le premier jour. Nous savions ce que nous faisions.

Est-ce que ce n’est pas prendre un risque que de sortir un album qui est fait pour être écouté d’une traite à notre époque ?

Si quelqu’un doit le faire, alors ce sera nous [rires]. Ça ne nous fait pas peur. Je sais qu’à notre époque, avec la façon dont on consomme la musique, la quantité de musique à notre disposition, qui est virtuellement illimité, l’idée d’un album est un peu étrangère à certaines personnes, mais j’y crois toujours et je crois en cet album. Il me semble que même la jeune génération commence à se rendre compte que même avec le streaming et le téléchargement… C’est vrai, c’est très rapide et c’est ce qu’on appelle « la satisfaction instantanée », mais j’ai remarqué que la jeune génération regarde les vinyles avec des yeux ronds. Ils sont là : « Attends, tu veux dire qu’il y a une autre façon de faire l’expérience de la musique et des chansons ? » « Oui, totalement ! » C’est censé être une expérience. Et, pour être totalement honnête avec toi, je pense que le monde a besoin de cet album aujourd’hui.

Qu’est-ce que les chœurs très présents sur la chanson « The Human Radio » symbolisent pour toi ?

« The Human Radio », c’est la partie de l’histoire dans l’album dans laquelle le monde extérieur fait savoir à l’individu qui est dans la pièce qu’ils l’attendent – lui ou elle, on ne sait pas si c’est un mec ou une fille -, encore une fois, libre à celui ou celle qui écoute de se mettre à la place du personnage. C’est le public à l’extérieur qui fait savoir à la personne dans la pièce qui traverse toutes ces épreuves psychologiques… « Déterrer le passé » comme on dit. C’est tout ces gens, dehors, qui disent à la personne « nous sommes avec toi, nous sommes là, nous sommes tous plus ou moins fait de la même matière et tu n’es pas seul. » « The Human Radio » est la pulsation de l’album de bien des façons. C’est l’existence humaine intérieure, c’est la partie de toi qui est le véritable être humain, c’est « The Human Radio ». Et c’était très important d’avoir le chœur sur cette chanson en particulier. Evidemment, je chante et Eric chante sur cette partie de la chanson, mais Eric a aussi fait participer deux de ses neveux et ses sœurs et sa mère qui est professeure de musique et coach vocal. Chez Eric, en grandissant, ils chantaient et harmonisaient toujours ensemble, et il a carrément fait venir sa mère, ses sœurs et ses neveux pour chanter sur cette partie. C’est pour ça que c’est si prenant et beau.

« Tu ne peux pas être un leader si tu ne sais pas être vulnérable. […] Si tu as besoin de dire aux gens que tu es le roi, alors tu n’es probablement pas le roi. »

Tu as déclaré que « au fur et à mesure que [vous] écriv[iez] les chansons, elles [vous] ont montré qu’elles étaient toutes liées dès le départ. » Est-ce que ça veut dire que la musique a imposé l’idée d’un album racontant une histoire ?

Je vais essayer de ne pas trop m’étendre là-dessus. En 2016, nous étions en tournée avec un autre groupe, et nous étions arrivé à la fin de l’année, en novembre et décembre, c’était une tournée de grosses salles aux Etats-Unis, nous étions en fin de cycle du dernier album, et en même temps, nous présentions au public les plus gros shows que nous ayons jamais faits. Mais Eric était là : « Je vais devenir fou tellement je m’ennuie. » Nous étions à la fin de certaines choses et les journées étaient déjà plus ou moins planifiées, donc nous n’avions plus qu’à faire les concerts. Du coup il y avait beaucoup de temps mort. Tu te réveilles vers une heure de l’après-midi, tu vas à l’intérieur, tu manges, tu vas faire ton sport, tu te prépares à aller sur scène et puis tu te donnes à fond pendant une heure et demie, c’est ce pour quoi nous vivons. Et donc comme Eric avait besoin de s’occuper, il a pris une longueur d’avance et a commencé à bosser sur de la nouvelle musique.

Il amenait son installation Pro Tools et chaque jour, il trouvait une pièce pour pouvoir composer une chanson. Pas de mot, pas de mélodie, juste de la musique ; c’étaient simplement des compositions. Au final, il a créé à peu près vingt-deux compositions qui duraient de trois minutes à trois et demie ou même quatre minutes, sous le format d’une chanson. J’ai écouté tous ces morceaux au début de l’année dernière, en janvier, et en les écoutant, je me suis dit : « Ces compositions sont faites pour former un album-concept. » Mais ce qui est intéressant, c’est que nous ne l’appelons pas un album-concept, pour nous, c’est une histoire. Mais à vrai dire, parmi les vingt-deux compositions qu’il avait, nous n’avons utilisé qu’une partie d’une chanson : l’introduction et le couplet de ce qui est par la suite devenue la chanson « Brilliant ». Après ça, Eric a voulu tout recommencer à zéro avec moi, Zach et Barry. Et c’est ce que nous avons fait. Mais nous avions déjà cette idée initiale d’un possible album-concept. En fin de compte, c’est ce qu’est devenu l’album, mais je ne pense pas que ce soit un album-concept traditionnel, c’est pour ça que nous ne l’appelons pas comme ça. En gros, voilà comment ça s’est passé.

D’après Eric, c’est la première fois que vous avez « essayé d’écrire, tourner et enregistrer en même temps. » Est-ce que c’était compliqué de se concentrer en faisant tant de choses différentes en même temps ou est-ce que tu penses que c’est ce qui a donné son énergie à l’album ?

Il a commencé à travailler sur ces morceaux fin 2016, en novembre et décembre, c’est à ce moment-là que ces vingt-deux compositions sont venues, je n’écrivais pas avec lui, il composait tous les jours pendant la tournée. Et puis au début de l’année dernière, quand nous avons entamé le processus initial de composition, nous savions que nous n’aurions pas beaucoup de temps en studio puisque nous partions en tournée avec Iron Maiden. Je n’ai pas écrit pendant que nous étions en tournée, Eric non plus. Ensuite, nous sommes rentrés et nous sommes directement allés en studio où nous avons commencé à composer et enregistrer. Et puis en juillet, nous avons tourné pendant un mois avec quelques autres groupes, et plus tard dans l’année, nous avons joué quelques festivals en aout et septembre.

C’était voulu, parce que – il a totalement raison – très souvent, nous terminons un cycle, donc nous pouvons être sur la route pendant dix-huit mois, ou nous pouvons être sur la route pendant trente-sept mois, car nous avons fait les deux. Je voulais faire des concerts pendant que nous écrivions et enregistrions l’album parce que j’avais besoin de pouvoir prendre du recul. D’habitude, nous passons un an sur l’album et nous sommes en studio pendant tout ce temps. Tu es comme dans une caverne pendant un an. Je me suis dit : « Je ne veux pas faire ça ce coup-ci. Je crois que nous avons besoin de changer d’atmosphère, de partir un peu en tournée, d’aller dans un autre pays… » Evidemment, quand nous avons su que nous partions en tournée avec Iron Maiden, nous savions que ça allait se passer comme ça. Ça nous a aidé d’ailleurs, parce que ça permet de prendre ses distances pendant un instant. Ensuite, quand nous sommes revenus, nos esprits étaient plus clairs et il était plus facile de vraiment se concentrer. Et puis c’est possible que tu aies passé du temps à travailler sur certaines parties de l’album ou sur quelques chansons, et puis tu n’avais pas le choix, il fallait que tu partes en tournée parce que c’était prévu, et quand tu rentres, tu es revigoré parce que tu n’as pas passé la journée en studio. Donc en fait, ça nous a aidé pour le processus d’écriture et d’enregistrement.

Eric Bass a produit et masterisé intégralement l’album pour la toute première fois. Etant donné que cet album est très personnel, est-ce qu’il était essentiel que ce soit quelqu’un qui vous soit proche ou qui fasse plus ou moins partie de l’histoire pour s’occuper de la production, pour maintenir l’album aussi réel et authentique que possible ?

Nous avons produit nous-mêmes cet album parce que nous étions prêts. Nous avons eu beaucoup de chance d’avoir eu énormément de professeurs, d’avoir travaillé avec énormément de producteurs et d’ingénieurs talentueux. C’était tout simplement nécessaire pour nous de le faire nous-même. Eric Bass, notre bassiste, qui est bien plus qu’un simple bassiste, a produit l’album et l’a aussi masterisé. Eric a dit quelque chose que j’aime beaucoup à propos de ce projet : « Nous préférons devenir fous en le faisant nous-même plutôt que regarder quelqu’un d’autre devenir fou à essayer de le faire. » Nous savions exactement ce que nous voulions faire. Il n’y a pas eu un seul moment où nous avons douté, où nous nous sommes dit : « Je ne sais pas, est-ce que c’est bien ? Je ne sais pas. Qu’est-ce que tu en penses ? » Ça n’est jamais arrivé. Nous avions une approche très directe chaque jour où nous avons enregistré l’album et composé la musique.

« Je pense que tout le monde a besoin de prendre une minute pour se calmer et écouter les autres. […] Les gens font une telle fixation sur les réseaux sociaux et le fait que tout est au bout de nos doigts sur nos smartphones, je pense que parfois, on oublie comment être humain. »

Pour ne pas s’éparpiller, nous nous sommes assurés que le tout était cohérent. Dans ce but, Eric gardait toujours l’histoire à l’esprit quand il produisait et quand nous avons tout enregistré, et lorsqu’il alternait entre chaque membre du groupe, lorsque nous alternions entre les différents instruments, lorsque nous jouions et enregistrions des performances… Eric était le capitaine de ce processus. Encore une fois, il n’a pas douté de lui-même. Il savait exactement quoi faire. De ce fait, il aurait été impossible de faire un album aussi puissant si ça avait été fait avec quelqu’un d’autre. L’album n’aurait pas été le même. Pour ce qui est des paroles, aussi… Nous sommes un groupe qui accorde beaucoup d’importance aux paroles, et beaucoup de gens qui nous écoutent, beaucoup de nos fans sont attirés par le groupe pas seulement pour la musique et les chansons, mais également pour les mots. Et Eric m’a toujours permis d’être moi-même sur cet album. Il me poussait quand c’était nécessaire. Et il me laissait tranquille quand c’était nécessaire. Il était très doué pour tout équilibrer, en étant non seulement le producteur et la personne en charge de la masterisation, mais aussi en étant membre du groupe.

Tout à l’heure, tu as dit que « le monde a besoin de cet album aujourd’hui. » Est-ce qu’il est possible de dresser un parallèle entre l’état de nos sociétés occidentales, en particulier les Etats-Unis, et la situation que tu as traversé ?

Je ne sais pas, je ne suis pas un auteur-compositeur politique. Tout ça vient de choses qui sont… Le sujet qui est abordé ici est plutôt comme une présentation personnalisée, si on veut. Mais il y a une imagerie tellement importante sur cet album que je pense que, de façon inconsciente, il y a beaucoup de dynamiques différentes. Je pense que le public y verra beaucoup de nuances intéressantes qui reflètent ce que le monde et la société sont en train de traverser, de pays à pays, les croyances, l’existence, la religion, les modes de pensée, les opinions des gens, etc. Donc je ne vais pas m’y dérober mais… Essentiellement, ça se résume à ce dont je parlais : la volonté de l’esprit humain. Je ne veux pas rentrer dans des banalités et dire : « Ce qui ne te tues pas te rends plus fort », je ne pense pas que ce soit vraiment ce dont il s’agit. Je pense que beaucoup de gens dans le monde entier peuvent s’identifier à ces chansons et cette histoire.

Mais quand tu dis que le monde en a « besoin », est-ce que tu veux dire que le monde a besoin d’espoir et de positivité en ce moment ?

Oui. Totalement. C’est un album défiant qui dit « je ne vais pas céder, je ne vais pas abandonner, je vais être moi-même, je vais être qui je suis réellement, je vais être courageux. » Avec tout ce qui se passe dans le monde en ce moment et le fait qu’il y ait tant d’opinions différentes à travers le monde, parfois je me dis « tu sais quoi ? Je ne pense pas que qui que ce soit ait encore besoin de parler. On devrait plutôt écouter. » Je pense que tout le monde a besoin de prendre une minute pour se calmer et écouter les autres. Ne fais pas partie du problème, fais de ton mieux pour faire partie de la solution. Respectons-nous les uns les autres. Certaines personnes ont besoin de se faire entendre, et d’autres ont besoin d’écouter. Voilà ce que je veux dire. Les gens font une telle fixation sur les réseaux sociaux et le fait que tout est au bout de nos doigts sur nos smartphones, je pense que parfois, on oublie comment être humain.

C’est aussi simple que ça : demain matin ou plus tard dans la journée, si tu sors te balader ou quelque chose du genre, si tu remarques quelqu’un qui semble ne pas passer une bonne journée, tu devrais normalement aller la voir et lui demander si ça va. Je ne dis pas que tu dois le faire, mais à l’avenir, ça pourrait arriver. C’est aussi simple que ça : tu marches dans la rue, tu vois quelqu’un qui ne va pas bien, ou un de tes amis ou proches, demande-leur si ça va ! Demande-leur comment ils vont. Parce que je peux t’assurer que tu verras de la surprise sur leur visage ; et quand tu leur demande si ça va, soit sincère ! Soit sincère, montre que c’est important pour toi. Je crois que c’est ça dont les gens ont besoin. Les gens ont besoin de se comporter comme des êtres humains les uns envers les autres.

Tu as dit que la première chanson de l’album, « Devil », était une façon pour vous de vous « assurer que la communauté rock n’roll comprenne que vous ne l’avez pas abandonnée. » Est-ce que tu penses que c’est ce que les gens ont pu penser à un moment ?

Quand nous étions en tournée au début de l’année dernière, le premier concert était à Anvers puis nous avions deux concerts en Allemagne, mais la majorité de la tournée s’est passée au Royaume-Uni, Iron Maiden nous avait demandé de les rejoindre pour quarante-quatre jours en Europe et au Royaume-Uni. Nous avons fait beaucoup de meet and greet sur cette tournée, et les gens étaient très réceptifs. Ils étaient plutôt positifs vis-à-vis de nos autres albums, de notre musique, mais beaucoup d’entre eux nous ont demandé : « Vous voulez bien nous faire une faveur sur le prochain album ? » Et bien sûr, nous avons dit : « Oui, quoi ? On fera tout ce que vous voulez. » Ils ont dit : « Vous pourrez le rendre heavy ? » « Pas forcément d’un point de vue sonore, mais le rendre heavy ? » C’était comme s’ils voulaient savoir si nous en étions toujours capables. Avec cette question, nous avons eu l’occasion d’affirmer que « oui, nous avons toujours ça en nous. »

Interview réalisée epar téléphone le 7 mars 2018 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt & Claire Vienne.
Transcription : Nicolas Gricourt.
Traduction : Lison Carlier.
Photos : Jimmy Fontaine.

Site officiel de Shinedown : www.shinedown.com.

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