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Chronique   

Shining – Animal


Les Norvégiens de Shining ne perdront sans doute jamais leur aspect provocateur. La formation emmenée par Jørgen Munkeby avait en 2010 déstabilisé la plupart de ses auditeurs avant de les convertir avec le « blackjazz », musique hybride entre le metal, l’industriel et le jazz, formule qui trouve une de ses meilleures synthèses avec International Blackjazz Society (2015) qui avait emporté tous les suffrages. Depuis Shining s’est taillé une réputation de bête de scène, une véritable expérience physique avec une énergie rarement égalée par les prestations musicales de ces derniers temps. On aurait pu alors s’attendre à un nouvel album dans la lignée des exercices précédents : il n’en est rien. Shining se plaît à prendre le contre-pied, parce que c’est ce qui lui semble juste. Animal, leur nouvel opus, risque d’en faire rager plus d’un. Shining n’est plus le même groupe, et grâce à cela il n’a jamais été autant lui-même…

Exit, donc, le concept musical Blackjazz. Jørgen Munkeby estime avoir fait le tour de la chose et ne se voyait plus répéter les mêmes codes. Le principal compositeur a cette fois-ci été assisté du nouveau bassiste du groupe arrivé en 2015, Ole Vistnes, pour écrire les nouvelles chansons. Les prémices de ce que réserve Animal était déjà, en partie, décelable dans International Blackjazz Society avec la ballade « House Of Control ». En somme, pour grossir le trait, Animal est un album de pop rock à dessein, paradoxalement la chose la plus provocante que Munkeby pouvait réaliser. Les structures alambiquées n’existent plus, les expérimentations avant-gardistes ne sont plus à l’ordre du jour, ce que symbolise l’absence de saxophone sur Animal. Les structures sont convenues pour une moyenne de trois minutes trente, et obéissent à une logique couplet-refrain gravée dans le marbre. De quoi littéralement décontenancer l’auditeur qui attendait sa décharge habituelle d’une musique auparavant démentielle et difficilement sondable. Pourtant, après la stupéfaction et la circonspection, Shining reste Shining. Les deux ans et demi passés à écrire l’album révèlent le soin religieux apporté aux compositions. L’introduction de « Take Me » au synthétiseur renvoie aux sonorités enlevées des années 80, soutenues par une rythmique binaire en pulsations facile à appréhender. La métamorphose éclate au grand jour d’emblée. Shining est dansant et accrocheur et renvoie à toute une époque, ce que les arrangements électroniques de « Fight Song » ne démentiront pas tant ils se rapprochent de ce qui se fait dans la synthwave. La personne qui incarne le mieux cette évolution radicale reste Jørgen Munkeby et les énormes progrès réalisés en termes de chant. « When The Lights Go Out » et son couplet acoustique révèle un frontman capable d’emprunter un registre plus lisse et aigu, à fleur de peau, avec davantage de modulation vocale.

Au fil des écoutes et derrière l’apparat pop rock, la griffe Shining avec laquelle on est familiers se révèle. Il y a toujours cette rage dessinée par des guitares acérées et un chant hurlé qu’on retrouve sur « Animal », « My Church », « Smash It Up ! » (avec ses chœurs qui rappellent Bring Me The Horizon) ou encore « Everything Dies », seulement on se rapproche davantage d’un Blacklight Burns ou d’un Nine Inch Nails contemporain que du penchant metal qu’avait Shining. La principale prouesse de cet Animal reste l’aisance qu’a eue Shining à s’exercer au refrain fédérateur. La pseudo power-ballade « When I’m Gone » s’ancre dans les têtes sans peine, à l’instar de refrains plus énergiques tels que « Fight Song » ou celui de « Take Me ». Certains diront que Shining a ressenti le besoin d’arpenter des terres plus « commerciales », et si le groupe a conscience du reproche, il n’en a que faire. D’autant que Jørgen Munkeby a eu recours à des événements difficiles de sa vie personnelle pour écrire les paroles. Presque toutes les chansons touchent à la thématique de la fin, et la fin du monde en particulier, face à laquelle Shining libère ses instincts primaires et autres plaisirs coupables, menant à une débauche désormais plus charnelle que cérébrale, à l’image de la chanson éponyme. Le dernier titre, « Hole In The Sky », réalisé en duo avec la chanteuse Linnea Dale, entérinera définitivement la nouvelle facette de Shining, poussant le bouchon sur un terrain jusque-là inimaginable de la part des norvégiens. La chanson est l’archétype de la ballade pop rock (qui n’aurait pas dépareillé sur un album moderne de Within Temptation ou Evanescence) faite d’arrangements électro et d’enchevêtrements vocaux homme/femme. Ultime provocation ?

Animal est une histoire de sincérité et de confiance. De sincérité, parce que Shining sait qu’il n’a rien à perdre et ne veut pas créer de la musique pour convenir à un auditoire. Il fait ce qui lui semble pertinent et ce qui lui vient spontanément, avec sa propre culture musicale. Il se transforme sans se travestir parce qu’il en ressent le besoin. De confiance, parce qu’il sait pertinemment que beaucoup se sentiront floués par cette orientation musicale, d’autres perdus. Pourtant, il compte sur l’ouverture d’esprit de ceux qui ne raisonnent pas par conventions ou catégories peut-être pas aussi hermétiques qu’il n’y paraît… Animal est un nouveau Shining. Bien différent certes, mais toujours avec cette allure singulière et qui finit toujours par convaincre.

Chanson « Animal » en écoute :

Album Animal, sortie le 19 octobre 2018 via Spinefarm Records. Disponible à l’achat ici



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