ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Shining (Norvège) a de la suite dans les idées


Créer quelque chose de foncièrement neuf n’est plus très courant dans le mouvement metal (comme dans la plupart des autres mouvements musicaux d’ailleurs). C’est pourtant ce qu’ont réalisé les Norvégiens de Shining avec l’album Blackjazz qui, en atterrissant tel un OVNI dans le paysage, a eu l’effet d’une détonation aux oreilles des mélomanes accros aux sensations fortes. Et le fait d’avoir créé quelque chose d’unique, Shining en a pleinement conscience. Voilà pourquoi Jørgen Munkeby et sa bande de musiciens fous ont voulu exploiter le filon. Non pas pour surfer sur un quelconque succès – Munkeby lui-même reconnait que voilà bien quelque chose d’imprévisible – mais pour, en tant qu’artiste, exploiter et tester sa nouvelle palette. C’est ainsi qu’est née la trilogie Blackjazz composée de l’album initial, d’une expérience live capturée sur album et de ce One One One fraîchement sorti.

Imprévisible est un mot qui d’ailleurs sied à merveille à Shining. Non seulement Blackjazz surprend dans l’univers metal dans sa globalité mais il se démarque tout autant dans la discographie de la formation. A vrai dire, Shining fait partie de ces groupes qui n’ont pas froid aux yeux et qui n’ont par peur des changements. « C’est la seule chose qui ne change pas : nous n’avons pas peur de changer ! » déclare Munkeby dans l’interview qui suit. Et on veut bien le croire, pour un groupe qui, comme nous en avions déjà longuement discuté à notre précédente rencontre en 2010 à l’occasion de leur venue en France, est passé d’un jazz acoustique à un metal industriel intense et quasi hystérique.

Parler avec un artiste aussi à part et intelligent que Munkeby est toujours extrêmement captivant et même si nous avions déjà abordé beaucoup de sujets la fois dernière, la nouvelle donne imposée par un One One One, plus direct et concis, en a apporté beaucoup d’autres. Voici donc notre nouvel entretien, long et riche, avec le saxophoniste, guitariste, chanteur et leader de la formation – rien que ça.

« Si je fais quelque chose, je veux que ce soit excellent. Si ça ne doit pas être excellent, je ne veux pas passer du temps dessus. »

Radio Metal : Les chansons sur One One One sont plus concises et directes en comparaison de Blackjazz. Y avait-il une envie de rendre les choses plus faciles pour l’auditeur ?

Jørgen Munkeby : Je ne passe pas tant de temps à réfléchir à propos l’auditeur… Pour faire simple, la seule chose à laquelle je réfléchis lorsque je décide quoi faire avec notre musique, c’est ce que moi, personnellement, j’estime être ce qui rendrait la musique meilleure, et puis aussi ce que je veux faire. Essayer de planifier et de deviner ce que l’audience pourra aimer ou pas, ou ce qui pourra vendre ou être populaire, c’est très difficile. Par conséquence, la seule chose que je peux faire en tant qu’artiste est de suivre ce que je ressens être bon et ce que je pense être le mieux pour la musique. C’est ce que j’ai aussi fait cette fois-ci. Tu as raison, les chansons sont plus courtes et plus concises cette fois, mais c’est uniquement parce que c’est ce que je voulais faire. C’est ainsi que je pensais pouvoir rendre la musique meilleure. Les deux chansons que j’aimais le plus sur Blackjazz étaient les deux premières : « The Madness And The Damage Done » et « Fisheye ». Celles-ci ont presque une structure de chanson ordinaire. On peut entendre où est le refrain et où sont les couplets, et j’aime vraiment ça. Je voulais voir si je pouvais concevoir plus de chansons de ce type, épurer un peu, voir si nous pouvions aller droit au but et ne pas avoir trop de parties inutiles. Blackjazz et le DVD live que nous avons réalisé étaient des albums très conceptuels. Ils étaient longs, ils avaient de longues chansons et il y avait aussi des chansons qui étaient principalement là en tant que variations ou parties de transitions. Cette fois-ci, je voulais voir si nous pouvions supprimer celles-ci pour aller droit au but. Mais si les gens trouvent ça plus facile à écouter, ou plus difficile, ça me va. Il n’y a pas grand chose que je puisse faire à propos de ça. J’ai simplement besoin de suivre ce que je pense être juste.

Le titre de l’album reflète le fait que vous avez réalisé des chansons qui se suffisent à elles-mêmes et s’enchaînent les une après les autres. Était-ce ce que vous entendiez par ce titre ?

« One One One » à en quelques sortes trois significations. L’une d’entre elles est que, cette fois-ci, je voulais me concentrer à faire de supers chansons. Je voulais obtenir une série d’excellentes chansons, voir si c’était possible. J’estime toujours qu’il est important d’obtenir un super album ; la globalité d’un album est importante, tout comme il est important pour une symphonie classique que le tout fonctionne ensemble. Mais cette fois, la nouveauté pour moi était de me focaliser sur le fait de rendre les chansons assez fortes pour qu’elles puissent se suffire à elles-même si besoin. Ça, c’est l’une des significations de cette série de « One ». L’autre signification est le chiffre romain « III », car pour moi, cet album peut-être vu comme Blackjazz numéro trois. C’est notre troisième sortie depuis Blackjazz, il possède en quelques sortes le même son. Nous avons travaillé avec le même producteur et mixeur. Pour moi, One One One est plus proche de Blackjazz qu’il ne l’est de tout autre de nos albums précédents. La troisième signification est que 1 1 1 représente dans le système binaire le nombre sept dans le système décimal ordinaire. Je trouvais ça cool, car c’est notre septième album si tu compte l’album live. Voici donc les trois significations, mais la plus importante d’entre elles est celle au sujet des chansons. C’est là quelque chose que je n’ai jamais fait auparavant. C’est quelque chose de nouveau pour nous.

Tu inclues Live Blackjazz dans la trilogie. On dirait que cet album est important pour toi…

Oui, il était pour moi très important. Beaucoup de gens croient que les albums live sont juste des trucs faits par le label, dont tout le monde se fiche et sur lesquels personne ne veut passer de temps. C’est surement vrai mais, pour moi, cet album live était très important. C’est un film, c’est un concert. Nous avons passé énormément de temps dessus et dépensé énormément d’argent pour ça, plus que pour n’importe quel autre album avant. C’est parce que je ressentais que l’idée globale de Blackjazz en tant que phénomène ou nouveau genre ou peu importe comment tu veux appeler ça, méritait qu’on y mette des images vidéo. Nous avons véritablement joué la musique et je voulais que les gens voient ça. C’est physiquement exigent et nous jouions comme un groupe de punk l’aurait jouée, avec tout leur corps, au lieu de rester là avec nos guitares sous le bras. Nous avons tout donné. Ainsi on peut aussi voir tout l’esthétisme derrière le groupe : on peut voir le backdrop, les lumières, etc. Je trouve que cela le rend encore plus unique. Pour moi, c’est clairement un album à part entière. Ce n’est pas quelque chose que nous avons fait simplement pour nous amuser ou dont nous n’avions rien à faire. Ça nous tient vraiment à cœur. Si je fais quelque chose, je veux que ce soit excellent. Si ça ne doit pas être excellent, je ne veux pas passer du temps dessus. Je n’aurais pas voulu le faire si ce n’était pas bon. Je pense que dans le futur ce sera un super truc dans lequel les gens pourront se replonger. Si en apprendre sur notre groupe les intéresse, il représente un bon point de départ. Tu peux voir à quoi nous ressemblons, tu peux voir que nous jouons et que nous ne programmons pas tout ; tu peux vraiment voir comment le jazz et le metal sont combinés. Voilà ce que c’est.

Il y a des albums live très populaires dans l’histoire du rock et du heavy metal, comme le Live After Death de Iron Maiden ou le Made In Japan de Deep Purple. Vois-tu votre album live de la sorte ?

Oui, c’est le cas. Je sais que Kiss a un album live très connu dénommé Alive. Ce qui m’a vraiment fait chavirer pour Muse c’est le DVD HAARP. Tu as raison, il y a des exemples de très bons albums live mais, en général, je pense que les gens n’attendent pas vraiment grand chose d’eux. Ils ont prit l’habitude de voir sortir des albums live au rabais, car c’est vraiment difficile de réaliser un album live qui sonne bien et qui claque visuellement – très difficile et très cher.

« Peut-être que la raison pour laquelle Blackjazz était populaire est parce que c’était neuf et différent. Donc, si nous faisons la même chose à nouveau, ce ne serait pas neuf ! »

Tu as mentionné que l’une de vos chansons qui a inspiré ce nouvel album était « Fisheye ». Et justement, le titre « My Dying Drive » sur le nouvel album paraît très inspiré par cette chanson, comme s’il s’agissait là d’une suite. Est-ce le cas ?

Oui, je dirais ça. Lorsque j’ai fait cette chanson, j’étais toujours conscient qu’elle sonnait un peu comme « Fisheye » et je trouvais ça cool. Elle commence avec un solo de batterie sur le même tempo, ensuite les guitares entrent et il y a cette mélodie au synthétiseur qui ressemble à celle de « Fisheye ». C’est un son différent, mais c’est en quelque sorte les mêmes intervalles. Donc, oui, c’est une sorte de suite. Je crois que c’est quelque chose que nous faisons beaucoup, nous avons d’autres chansons qui sont des suites dans notre catalogue. Nous avons une chanson dénommé « HEALTER SKELTER » sur Blackjazz, qui possède une partie de saxophone et une partie rythmique empruntées à une autre chansons dénommée « REDRUM » issue de notre album de 2005, In The Kingdom Of Kitsch You Will Be A Monster. C’est le même riff mais accéléré, nous le jouons plus rapidement et de manière plus dure. Nous avons aussi une chanson dénommée « The Red Room » sur Grindstone, qui possède aussi une partie conduite par un saxophone, ce qui fait trois chansons. sur Blackjazz, il y a deux chansons dénommées « The Madness And The Damage Done » et deux autres dénommées « Exit Sun ». Sur Grindstone, sorti en 2007, il y a une chanson dénommée « In The Kingdom Of Kitsch You Will Be A Monster », qui est en fait le titre de l’album précédent. Nous faisons beaucoup ça. J’aime essayer de lier les choses ensemble, d’une certaine façon

Il semblerait qu’il y ait aussi des inspirations provenant de films dans votre musique…

Clairement. Je suis influencé par beaucoup de films, plus que je ne le suis de livres ou d’autres formes d’art. Notre nom est évidemment emprunté à un film. Avant d’être un film, il y avait un livre de Stephen King, mais la plupart des gens pensent au film lorsqu’ils entendent « Shining », bien que le film s’appelle « The Shining ». La chanson « The Red Room », que j’ai déjà mentionné, de l’album Grinstone, fait référence au Twin Peaks de David Lynch. « REDRUM », d’où provient à l’origine la partie de saxophone, est une terme que l’on retrouve dans le film Shining, au moment où le petit garçon écrit sur le miroir avec le rouge à lèvre de sa mère. Si tu le lis à l’envers, ça donne « MURDER ». Il y a donc un paquet de références cinématographiques. « In The Kingdom Of Kitsch You Will Be A Monster » est un livre et un film. Le cinéma m’inspire énormément. Par exemple, pour notre nouveau single issu de One One One, la mélodie et le refrain ont été écrits juste après avoir vu Prometheus. J’ai trouvé l’ouverture de ce film excellente. Ce même jour, je me demandais où cette chanson allait et quelle type d’ambiance je voulais qu’elle ait. Et j’ai vu ce film et j’ai pensé que l’ouverture était super pour cette chanson. Je voulais qu’elle devienne ce genre de chanson de science-fiction, dystopique. Je me suis donc rendu dans mon studio, j’ai écrit la ligne mélodique et je l’ai enregistrée. C’est en fait les toutes premières idées qui ont été utilisées dans la version finale. J’adore les films. Un autre truc qui est cool, c’est que, lorsque nous avions terminé le mixage – j’étais à Hollywood, dans Laurel Canyon, en train de mixer avec Sean [Beaven] -, nous sommes allés faire la fête avec des amis de Sean issus du milieu du cinéma. Un type nommé Neville m’a dit qu’il était en fait celui qui a travaillé avec Ridley Scott sur Prometheus et qu’il a fait le design du tout début du film. C’était carrément excellent pour moi de le rencontrer. Tu as donc raison, je crois que les films sont ce qui m’a le plus inspiré à créer de la musique – excepté pour la musique en elle-même !

Des réalisateurs comme Stanley Kubrick ou David Lynch sont connus pour leurs films originaux, voire même étranges. Est-ce le genre de films que tu aime le plus ?

Je suis vraiment un grand fan de Stanley Kubrick et David Lynch, mais j’aime aussi les films hollywoodiens plus modernes. J’ai aimé Oblivion, le nouveau film avec Tom Cruise. Mais je crois que dans dix ans, ou lorsque je mourrais, je me souviendrai de L’Odyssée De L’Espace, Twin Peaks, Mullholland Drive et Lost Highway. Je ne suis pas certain que je me souviendrai d’Oblivion lorsque je mourrai, tu vois ? Mais c’est cool. Je trouve que c’est super qu’ils fassent aussi des films plus ordinaires bourrés d’action. C’est fun aussi.

Penses-tu que ta musique est le genre de choses que Kubrick ou Lynch feraient s’ils avaient été musiciens ?

Ouais, je le pense. J’espère qu’ils auront vent de nous et qu’ils mettront un peu de notre musique dans leurs films ! Faire la bande originale du prochain David Lynch serait énorme ! Comme il l’a fait avec Rammstein dans Lost Highway.

Cela aurait beaucoup de sens ! Revenons-en à l’album : l’évolution entre One One One et Blackjazz est plus mince qu’entre Blackjazz et ses prédécesseurs. Est-ce le succès populaire ou artistique de Blackjazz qui t’a poussé à conserver un son similaire ?

C’est marrant parce que beaucoup de gens se plaignent déjà car ils trouvent qu’il est trop différent ! Mais tu as totalement raison, c’est la plus petite différence entre deux albums de Shining, dans la mesure où nous avons réalisé des changements radicaux par le passé. Le fait est que nous avons commencé en tant que groupe de jazz acoustique… Dans mon esprit, un succès financier ou populaire ne sera pas la raison ou une bonne base pour prendre une décision sur la direction à prendre. Peut-être que la raison pour laquelle Blackjazz était populaire est parce que c’était neuf et différent. Donc, si nous faisons la même chose à nouveau, ce ne serait pas neuf ! C’est une manière de voir les choses. Une autre manière de le voir c’est que, si Blackjazz était populaire, peut-être qu’en faire un autre ferait sens. Ce que je veux dire, c’est que c’est impossible à savoir. C’est impossible – ou plutôt, peut-être pas impossible, mais très difficile – de prédire ce qui sera populaire ou pas. La meilleure chose à faire pour un artiste, à mon avis, c’est de simplement se focaliser sur ce qu’il fait. Je me concentre sur ce qui m’inspire et sur ce qui, je pense, peut rendre ma musique meilleure. C’est la seule chose que j’avais à l’esprit. Mais je suis bien d’accord sur le fait que One One One est plus proche de Blackjazz que n’importe quel autre de nos albums précédents.

« Je suis un grand fan de mathématiques, tu sais ! J’ai toujours adoré les nombres. […] Je ne suis pas obsédé. Mais… Presque ! »

Vous avez à nouveau travaillé avec Sean Beaven. Comment est votre collaboration ? A-t-elle évoluée en comparaison de Blackjazz ?

La première fois que nous avons travaillé ensemble était sur Blackjazz en 2009. L’un des choix les plus importants que nous ayons fait dans notre carrière a été de l’impliquer dans Blackjazz car il a vraiment rendu cet album unique. Il n’aurait pas du tout sonné pareil si ça avait été quelqu’un d’autre. Là dessus, nous avons vraiment bien travaillé ensemble. J’ai voulu qu’il soit également impliqué dans Live Blackjazz et cela a aussi très bien fonctionné. Donc, cette fois ci, j’ai voulu qu’il soit encore plus impliqué. Il était coproducteur ; il a été impliqué bien plus tôt dans le processus. Nous avons discuté de la direction générale de l’album, je lui ai envoyé des démos. Je suis allé à Los Angeles pendant six semaines en avril et mai 2012 et nous avons parlé des chansons. Ensuite, je suis revenu et il a suggéré que nous nous échangions des fichiers à travers l’Atlantique. Il a suggéré de retirer certaines parties, d’ajouter un autre groove de batterie ici et là, des choses comme ça. Il était donc impliqué du début à la fin et ensuite, bien entendu, il l’a aussi mixé à la fin du processus. C’était super, vraiment. Les chansons dont je suis le plus content sont généralement celles dans lesquelles il a été le plus impliqué. Ça prouve que c’était une bonne chose.

Penses-tu que les changements qu’il t’a poussé à faire étaient pour le meilleur ?

Oui, évidemment. Si je ne le pensais pas, nous n’aurions pas fait ces changements. Ce n’était que des suggestions, au final, c’est moi qui décide ce que je veux faire de notre album. Nous nous sommes complètement entendu sur ces choses. Si nous n’étions pas d’accords, nous en discutions, et soit j’étais convaincu que quelque chose d’autre était mieux, soit je décidais de ne pas le faire. C’est ainsi qu’une bonne relation fonctionne. Mais au final, je suis l’artiste, c’est donc moi qui décide !

Cherchais-tu spécifiquement une sorte de cohésion entre ces albums et est-ce la raison pour laquelle tu as voulu à nouveau travailler avec lui ?

Oui, j’étais très content de Blackjazz. Je pense que nous avons obtenu quelque chose de particulièrement unique. Nous avons obtenu un type de combinaison et un son uniques. Je voulais continuer là-dessus pour quelques albums, pour étendre l’univers de Blackjazz. J’ai consciemment essayé de produire le tout d’une manière similaire. Le son des guitares sur celui-ci sonne un peu plus organique qu’avant, mais c’est toujours le son Blackjazz. La batterie est quasi identique, bien qu’un peu plus organique également. Il l’a mixé au même endroit et c’est le même gars qui l’a masterisé. Donc, oui, nous avons vraiment essayé de faire en sorte qu’il sonne de manière similaire.

Penses-tu que le son que vous avez créé avec Sean sur Blackjazz et One One One pourrait être la base de vos productions futures ?

Oui, ça se pourrait. Mais peut-être voudrons-nous changer dans le futur. C’est vraiment difficile à savoir. Je joue et produit de mieux en mieux. Si je veux un certain type de son, ou un certain type de mélodie, ou un certain type de chanson, je suis généralement capable de le faire. Je deviens meilleur. En conséquence, les problèmes techniques se réduisent. Pour le reste, il y a quelque chose à l’intérieur de moi qui décide véritablement ce que je peux ou ne peux pas faire, et il n’y a pas grand chose que je puisse faire à propos de ça. Donc, si la prochaine fois je sens que je dois faire exactement le même album à nouveau, c’est ce que je ferai. Mais si je sens que je veux faire un album totalement différent, c’est ce qui arrivera. C’est vraiment difficile à prédire.

Ce qui veut dire qu’il faut voir Shining comme un groupe imprévisible ; peut-être est-ce ce qui le rend si excitant !

Oui, c’est imprévisible. Tout le monde vieillit, ma vie change. Je pense qu’il est simplement naturel que la musique change aussi. Si la musique ne changeait pas, il y aurait quelque chose qui cloche. Ma vie change, mes goûts changent – tout change. C’est aussi pourquoi nous avons pu faire Blackjazz : nous n’avions pas peur de changer. Nous n’avions pas peur d’essayer quelque chose de nouveau. C’est la seule chose qui ne change pas : nous n’avons pas peur de changer !

On peut donc s’attendre à n’importe quel changement radical de la part de Shining ?

Peut-être. Et peut-être pas ! Difficile à dire.

Le chant a évolué sur One one One : il n’est pas toujours saturé, comme c’était le cas sur Blackjazz, et il est plus modulé. Souhaitais-tu étendre ton chant ? As-tu travaillé ta voix pour cet album ?

Je me suis beaucoup entraîné au saxophone dans le passé. Ensuite, à un moment donné, j’ai voulu m’entraîner davantage sur ma guitare et maintenant c’est mon chant. Si je devais choisir maintenant de travailler un seul instrument, ce serait mon chant. Car j’ai déjà tellement travaillé mon saxophone, et mon chant est ce que je pense pouvoir et vouloir améliorer. J’ai passé beaucoup de temps à travailler mon chant, à voir si je pouvais devenir un meilleur chanteur. Je voulais aussi voir comment… Il y a deux chansons issues de Blackjazz que j’ai mentionnées : « The Madness And The Damage Done » et « Fisheye », celles-ci ont pas mal de chant. Et ces chansons étaient celles que je voulais utiliser comme point de départ. Cet album contient beaucoup de chant, mais peut-être que le prochain n’en contiendra pas autant. Cette fois, le chant et les paroles étaient importants.

« Je ne vais pas aux fêtes ! J’aime me faire inviter, mais je ne viens pas. »

Il y a une chanson dénommée « Blackjazz Rebels ». Est-ce qu’elle est vouée à devenir votre hymne ?

Ouais. Katy Perry a les KatyCats, Lady Gaga a ses Little Monsters et le groupe norvégien Turbonegro a la Turbojugend. C’est ce à quoi je pensais en écrivant cette chanson. Je n’étais pas certain que nous allions l’utiliser. Ce que je veux dire, c’est que c’est une bonne idée, mais c’est aussi un peu prétentieux. Mais c’était le but. Je trouve que cette chanson a fini par devenir vraiment super. Les gens peuvent nous appeler ce qu’ils veulent, mais si ça leur fait plaisir de nous appeler les Blackjazz Rebels, ça me va !

Au début de « Blackjazz Rebels » et sur « Walk Away Master », tu énumères des nombres, de la même manière que tu le faisais à travers « Fisheye » en fait. Était-ce en référence à cette chanson ?

Il y a beaucoup de nombres dans nos paroles. je ne suis pas certain… (il hésite longuement) Je pense que « Fisheye » pourrait bien être la première où nous avons inclus autant de nombres. Tu as raison, c’est là où ça a commencé. Je suis un grand fan de mathématiques, tu sais ! J’ai toujours adoré les nombres, c’est surement ce qui explique cela.

Cela me rappelle le film « Le Nombre 23 » où Jim Carrey a cette obsession pour les nombres. L’as-tu vu ?

Non, je suis désolé ! Je vais me le noter (NDLR : il nous fait patienter, cherche un calepin et le note)

Peut-être te reconnaîtras-tu dans ce personnage. Te dirais-tu obsédé par les nombres ?

Je ne suis pas obsédé. Mais… Presque ! Je suis pas mal dans les nombres !

Qu’est-ce que les nombres dans « Fisheye » représentent ?

Il y a un paquet de nombres dans « Fisheye » et ils ont un paquet de significations. « 1, 3, 7, 5 » sont des nombres impairs, ils ne sont pas pair. Je dis aussi « Never 4, Never I » et tout le pattern rythmique est en 7/8, ce qui n’est pas non plus un nombre pair. Donc, toute la chanson est une espèce d’hommage aux choses qui sont étranges (NDLR : « odd » en anglais veut dire à la fois « impair » et « étrange ») et inhabituelles. C’est donc l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi « 1, 3, 7, 5 ». « 1, 3, 4, 9 » est une référence au moment où la peste noire est arrivée en Norvège par le biais d’un bateau venu d’Allemagne. Il y a un tas d’autres nombres dans les paroles, ils ont une signification cabalistique. Il y a aussi ce système où les nombres sont attachés a des lettres, des symboles, des éléments, etc.

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, nous avons parle du fait que Blackjazz contenait des références à Meshuggah et Muse. Par exemple, le riff de « Exit Sun » qui rappelle le riff de « Hysteria » de Muse. Y a-t-il d’autres emprunts à d’autres groupes sur One One One ?

Je ne crois pas qu’il y ai quoi que ce soit emprunté sur One One One – excepté pour une partie de saxophone dans « The Hurting Game », qui est une partie du solo de saxophone de « Fisheye ». A part ça, il n’y a rien… Bon, les paroles de « My Dying Drive » commencent de la même manière que « All My Life » des Foo Fighters. Il utilise aussi le même genre de système, où le dernier mot d’une phrase est le même que le premier de la phrase suivante. La chanson des Foo Fighters, c’est un truc dans le genre : « All my life I’ve been searching for something / Something never comes never leads to nothing / Nothing satisfies but I’m getting close. » Ma chanson, elle, c’est : « All my life, trying to keep from dying / Keep it alive, always defying. » J’ai pris les paroles des Foo Fighters et les aient en quelques sortes utilisées comme point de départ pour cette chanson. Mais à part ça… Sur « Exit Sun », les riffs étaient presque les mêmes mais là la chanson va plus loin que l’originale. En l’occurrence, je dirais que le groove de batterie et le motif de guitare de « I Won’t Forget » ressemblent un peu au « You Think I Ain’t Worth A Dollar But I Feel Like A Millionaire » de Queens Of The Stone Age, mais, là encore, ce n’est pas si similaire. Ça reste bien différent.

Était-ce des influences conscientes ?

Ouais.

En tant que saxophoniste, te sens-tu proche de John Zorn, qui a travaillé avec des artistes metal et fait des choses pas mal folles ?

Nan. En fait, je n’ai pas beaucoup écouté John Zorn, j’ai seulement écouté certaines de ses musiques. J’ai vu qu’il était un saxophoniste connu qui avait joué avec des groupes de metal, mais je n’ai pas trop écouté ce qu’il faisait. Je ne connais rien de lui.

Tu as à nouveau travaillé avec Ihsahn sur son dernier album. On dirait que la collaboration entre vous deux fonctionne bien. Penses-tu que ça ira plus loin ?

Je ne sais pas. Je n’en ai aucune idée. Peut-être que lui-même ne le sait pas ! (Rires)

As-tu pensé à l’inviter sur un album de Shining ?

Ouais, en fait, il a enregistré du chant pour « The Madness And The Damage Done ». Je pensais sortir cette chansons avec lui au chant en tant que single avec quelques autres chansons. Mais je n’ai jamais eu le temps. C’est quelque part sur mon disque dur. Il y a donc un enregistrement de lui en train de chanter « The Madness And The Damage Done » et personne n’en sait rien !

Pourquoi ne pas l’avoir inclus en bonus sur l’album ?

Ça a été fait après que l’album soit sorti.

Le nom du groupe est une référence au film Shining, comme tu l’as fait remarqué plus tôt. Il y a quelques semaines, nous avons discuté avec Greg Puciato de Dillinger Escape Plan qui est un grand fan de ce film et de Stanley Kubrick. Et ce lien entre les deux groupes fait parfaitement sens : les deux ont ce côté fou et possèdent des influences issues du jazz. Te sens-tu proche de la vision musicale de Dillinger Escape Plan ?

Ouais, absolument. Lorsque j’ai entendu Miss Machine pour la première fois, j’ai presque voulu arrêter de faire de la musique, car j’avais l’impression qu’ils avaient réalisé la musique parfaite ! Mais après un moment, ça m’a un peu lassé, car je pense que le monde a aussi besoin d’autres types de musique. Mais oui, Dillinger Escape Plan a clairement été un groupe très important pour moi. Je ne les ai jamais rencontrés, mais ce serait fantastique de tourner avec eux. Je pense que ce serait une super affiche.

Apparemment, tu as eu l’opportunité d’aller à la soirée d’anniversaire de Marilyn Manson à Hollywood, avec des tas de célébrités comme Johnny Depp. Comment t’es-tu retrouvé là-bas ?

Sean Beaven a travaillé avec Manson pendant ces vingt dernières années, il a donc voulu passer et lui apporter un cadeau. Nous étions en train de faire le mixage et nous y sommes simplement allé pour lui offrir un cadeau et lui souhaiter un bon anniversaire. C’est tout, rien de plus ! Le monde n’est pas si grand. Sean a travaillé avec tous les plus grands dans l’industrie, il connaît donc tout le monde.

A quoi ressemble une fête d’anniversaire de Marilyn Manson ?

C’était une boite de nuit à L.A., à Hollywood, avec de la musique forte, des filles en costume de lapin, genre Playboy, des bouteilles de champagne aussi grosses que mon vélo et des feux d’artifices. Voilà à quoi ça ressemblait !

On dirait que ce n’est pas vraiment ton genre de fête !

Non, j’y étais pour seulement une heure environ, ensuite nous sommes rentrés à la maison. Je ne me souviens pas de ce que j’ai fait, mais… Ce n’est généralement pas le genre de fêtes auxquelles je me rends, ça c’est sûr ! (Rires)

A quel genre de fêtes te rends-tu alors ?

Je ne vais pas aux fêtes ! J’aime me faire inviter, mais je ne viens pas.

« Je suis un peu fatigué d’essayer de comprendre comment le business de la musique fonctionne. C’est complètement déglingué. »

Sur un autre sujet, vous avez ouvert pour A-Ha. C’est une affiche très inhabituelle ; comment diable vous êtes-vous retrouvés sur cette affiche ?

Il y avait cette compétition : ils voulaient offrir de l’argent à quatre groupes norvégiens de quatre endroits différents en Norvège. Nous étions ceux qui ont gagné la compétition et l’argent à Oslo. Il avait été décidé avant ça que le gagnant ouvrirait pour A-Ha lorsqu’ils joueraient dans un énorme stade pour trente-cinq ou quarante mille personnes. Ils ne savaient pas qui allait gagner – ils ne se doutaient pas que nous allions gagner ! C’étaient des gens sympas, il trouvaient que c’était quelque chose de cool à faire. Mais, évidement, beaucoup gens ont trouvé ça étrange ! (Rires) Et c’était étrange. Disons qu’il y avait trente mille personnes lorsque nous avons joué ; peut-être un quart a trouvé que nous étions cool, un quart a trouvé ça correct, mais ne voulait pas vraiment nous voir, et peut-être la moitié était excédée et nous a détestés. Je n’ai pas de problème avec les gens qui n’aiment pas ma musique, mais c’est différent lorsque tu es sur scène et que tu as à peu près dix-sept mille personnes qui te détestent tout bonnement ! C’était donc bizarre.

C’était courageux d’y aller et de jouer pour des gens qui, tu le savais, te détesteraient. As-tu vraiment senti la haine des gens ?

Non. Certains nous haïssaient et d’autres ont trouvé ça cool. Evidemment, beaucoup de gens nous haïssaient et ça ne me surprend pas, tu sais ! C’était étrange.

Qu’est-ce que les mecs de A-Ha ont pensé de votre musique ?

Ils connaissaient notre musique, ils aiment ça.

Penses-tu revenir au jazz pur un jour ou l’autre ?

Je ne sais pas. Je n’en ai aucune idée. Probablement pas avec Shining, je pense. Je joue toujours du jazz de temps en temps, pas avec Shining, mais avec d’autres groupes. Je m’entraîne pour moi-même. Il y a un groupe dénommé Chrome Hill qui vient tout juste de sortir un album sur lequel je joue. Vous pouvez y jeter une oreille, c’est bien.

Qui sont tes saxophonistes préférés ?

John Coltrane et Michael Brecker.

Comment se fait-il qu’il y a différentes dates de sorties pour l’album ? Il est sorti en Norvège bien avant le reste du monde…

L’intention était de sortir l’album simultanément partout dans le monde, mais les conditions en Europe et aux États-Unis ne semblaient pas assez bonnes. J’ai donc voulu mettre ça en suspens pour y travailler et m’assurer que nous avions les bonnes personnes avec qui travailler. Nous avons donc repoussé la date de sortie. Mais je ne voulais pas repousser la sortie en Norvège, car nous devions nous produire à un festival où nous devions jouer l’album en entier du début à la fin pour la première fois. Nous pouvions récolter beaucoup d’argent avec ce festival, ce qui devait nous permettre de tourner ensuite aux États-Unis, ce qu’autrement nous n’aurions pas pu faire. Il fallait que notre label norvégien suive notre plan ; j’avais le sentiment que c’était essentiel si nous voulions faire rentrer de l’argent. Nous avons récolté cent-trente mille euros. Cet argent pourrait nous aider sur deux ou trois grosses tournées aux États-Unis. C’est ça la raison. Il faut bien comprendre que nous pouvons jouer un concert en Norvège et gagner plus sur ce seul concert qu’avec tout un album – pour n’importe quel album que nous avons sorti. Il y a beaucoup de choses qu’il faut prendre en considération lorsque l’on regarde le groupe dans son ensemble. Nous verrons comment ce sera dans l’avenir. Ce ne sera peut-être pas bon, mais ce sera aussi peut-être bon, car à notre époque beaucoup de gens récoltent énormément d’attention et ensuite, soudainement, ils disparaissent. En procédant ainsi, les gens auront une raison de parler de nous pendant un long moment. Je suis un peu fatigué d’essayer de comprendre comment le business de la musique fonctionne. C’est complètement déglingué : ils ont du mal, on ne fait plus d’argent en faisant des albums. J’en avais tellement marre d’être dans cette situation – à faire de supers albums, à passer un temps incommensurable et dépenser une tonne d’argent à faire des album, ensuite les sortir, et voir tous ça tomber à terre. Personne n’arrivait à travailler avec nos albums car les labels n’avaient pas d’argent. J’ai d’ailleurs considéré pendant un moment sortir cet album gratuitement et me dire : « Allez, fait chier », car ce que nous avions à l’époque n’était pas vraiment bon. Mais maintenant nous avons une bonne organisation. Nous avons un gros label en Norvège, Universal, qui marche bien ; nous avons Prosthetics Records aux États-Unis, qui fait du très bon boulot ; et nous avons Indie Recordings en Europe. C’est bien plus compliqué qu’on pourrait le penser quand on n’est pas soi-même un artiste.

Allez-vous tourner en Europe ?

Oui, surement en octobre et novembre.

Interview réalisée par téléphone le 2 mai 2013
Retranscription : Saff’
Traduction : Spaceman

Site internet officiel de Shining : www.shining.no

Album One One One, sorti le 4 juin 2013 chez Indie Recordings



Laisser un commentaire

  • probleme dans un lien :

    sur la page d’accueil le lien vers « le compte rendu de la conference de Korn » me renvoie ici

    Cordialement

    [Reply]

    Merci de nous l’avoir signalé. C’est maintenant corrigé.

  • Ca me parait assez mauvais ce qu’il dit, il fait que de parler de succes, d’etre connu et tout ça, d’une musique super travaillée etc, alors que sur youtube par exemple il est pas du tout connu!
    Y’a quelque chose qui va pas là…

    [Reply]

    raskholnikov

    Heureusement que tt ne se définie pas par « youtube »…Quand tu vois les merde mis en avant sur les réseaux sociaux, je pense qu’il est préférable de ré écrire la définition de succès 😀 .

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3