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Live Report   

Shining : plus démonstratif que malsain


Il y a comme une aura malsaine qui se dégage du Ninkasi Kao en ce soir du 28 novembre. Une soirée black metal, portée par les Suédois de Shining, se prépare. Et en plus, il y a match de foot, au stade de Gerland, juste à côté… Oui, les raisons sont suffisamment multiples pour expliquer ce ressenti, pour percevoir ce sentiment d’oppression et cette tension électrique qui flotte dans l’air (les cars de CRS n’aidant sûrement pas à se sentir à l’aise). Et pour alimenter cette atmosphère tendue, Shining débarque en terre lyonnaise en s’étant adjoint les services des black métalleux de Crest Of Darkness et de Sterbhaus, formation de thrash/death. Et comme si cela ne se suffisait pas, cette sombre soirée se clôtura pour l’un des spectateurs présents ce soir-là, à l’hôpital, dans le coma, après avoir été agressé par des individus voulant lui soutirer son téléphone, à la station Gare de Vénissieux. Ambiance, jusqu’au bout.

Côté musique, les prestations musicales de ce soir seront, au final, en demi-teintes. Ni déplaisantes, ni totalement convaincantes. Et pourtant, ce plateau, en jette ! Le hic viendrait-il donc du public ? Peut-être. Si ce dernier était conséquent pour Kvarforth et sa bande, les deux premières parties de la soirée auront souffert, l’une comme l’autre, d’un véritable dédain d’un auditoire peu enclin à s’attarder sur elles, car bien plus attiré par le bar et ce qui y était proposé.

Artistes : ShiningSterbhausCrest Of Darkness
Date : 28 novembre 2013
Salle : Ninkasi kao
Ville : Lyon

Crest Of Darkness joue à fond le jeu black metal.

Crest Of Darkness, voilà une formation pleine d’histoire. Dix-huit années d’existence, un black metal sincère bien que légèrement sur-joué sur scène. Un peu cliché, certes, mais relativement efficace. Crest Of Darkness c’est tout ce qui représente le black metal dans l’imagerie collective : corpse-paint, guitares au son tranchant, blast-beats, chant crié, et tutti quanti. Les manies propres au style sont ici toutes présentes. Or, dans le lot, certains ingrédients font mouche (la qualité des compositions, notamment), d’autres non. Tel le chant d’Ingar Amlien (bassiste et chanteur) trop surfait (mais au moins personnel, et donc, atypique). Il est d’ailleurs amusant de le voir, ici, dans cette formation black metal après avoir tenu la basse de la formation de metal progressif à tendance power Conception, dans laquelle se retrouvaient Roy Khan (ex-Kamelot) et Tore Østby (ex-Ark).

Ingar Amlien (Crest Of Darkness) : du power au black metal.

Au moins Amlien prend la pose. Pour la photo, quoi. Et en tout cas, côté musiciens, on a affaire à une bande qui se débrouille fort bien. Le groupe est là pour présenter son nouvel album, In The Presence Of Death, qui débarque six ans après Give Us The Power To Do Your Evil. Mais si le groupe s’applique et met du cœur à l’ouvrage, comme sus-mentionné, le public n’aura cure de cette prestation. Peut-être trop caricaturale pour certains, peut-être pas assez extrême pour d’autres. Et c’est vrai que si Crest Of Darkness essaie d’être le plus obscur possible (à l’image de son guitariste Rebo, encapuchonné et toujours à contre-jour), la formation n’apparaît malgré tout pas bien méchante. Elle est même plus sympathique qu’autre chose, en fait. Et, malheureusement, elle quittera donc les planches sous de bien maigres applaudissements. Littéralement snobée, d’un bout à l’autre de sa performance. Il n’est certes pas rare, dans les concerts de black metal, de voir les premières parties accueillies assez fraîchement. Or, quand le boulot est un minimum assuré – en plus d’être sincère -, il est dur d’éviter ce petit pincement au cœur en se disant, finalement, qu’être artiste ce n’est pas une si mince affaire.

Sterbhaus passe le test du public français.

C’est une première pour les Suédois de Sterbhaus. En effet, cette date lyonnaise est la toute première du combo en Hexagone. Ce qui a de quoi surprendre, étant donné cette place de second sur l’affiche de ce soir. Cependant, s’ils peineront à fédérer leur audience, les Suédois s’en sortiront mieux que Crest Of Darkness. Plus brutal, peut-être. Une curiosité, certainement. Car, de toute évidence, en France, rares sont celles et ceux à connaître le quatuor. Et le fait de ne pas connaître (ou peu) le répertoire studio du combo fait que c’est définitivement sur scène que le groupe doit prouver tout son talent, le plus sobrement possible. D’ailleurs, quand le chanteur demande à son public s’il connaît ou non sa formation, les quatre « oui » qui s’échappent du public parlent pour eux. Tournant légèrement cette situation à l’humour, le chanteur avouera d’ailleurs que de toute façon, même s’ils jouaient des anciens morceaux, le public n’en aurait rien à faire puisque ne les connaissant pas plus que les nouveaux.

Sterbhaus déploie donc un attirail massif en guise de présentation. Les compos distribuent du riff rentre-dedans à tour de bras. Les chansons sont d’ailleurs très vite assimilables, de quoi filer deux, trois fourmis dans les pattes pour au final aboutir sur un inévitable pied qui bat la mesure en rythme avec Peter Lindqvist derrière ses fûts qui, lui, s’applique à assurer une assise rythmique sans trop de fioritures. Un style ni trop dépouillé, ni exagéré. Relativement juste et donc appréciable. Le combo jongle entre plusieurs styles, et si le thrash et le death sont de loin les deux plus importants, il n’hésite pas à intégrer quelques plans plus bluesy, voire country à ses compos comme sur « Frogboiler » extrait du nouvel opus : Angels for Breakfast… And God for Lunch. Le quatuor dégage un certain charisme, notamment Marcus Hammarström, leader du combo. Crâne rasé, bras musclés, chant puissant et une certaine retenue font que le bassiste-chanteur attire majoritairement les regards sur lui.

Charismatique Marcus Hammarström (Sterbhaus)

Et le contrat est rempli pour Sterbhaus : le public se sera décidé à venir voir ce qui se déroulait sur scène (même si l’effet Shining y est pour quelque chose), et se sera même offert quelques légers pogos (légers, hein !). Cependant, le constat général est lui aussi partagé. Car il est définitivement compliqué de ressentir toute la maîtrise d’un groupe sans pouvoir comparer, ne serait-ce qu’un minimum, par rapport à ses performances en studio. Toutefois, la plus grande réussite d’une première partie n’est-elle pas de faire naître un sentiment de curiosité chez l’auditeur ?

Mais la véritable attraction de cette soirée se nommait Shining. Pas de doute possible, la tête d’affiche de ce soir, c’est bien eux ! Alors que le taux d’alcoolémie de certains s’avère d’ores et déjà élevé, c’est ce changement brutal d’atmosphère qui désempare : subitement, sans afficher complet, le Ninkasi Kao se remplit. Le public n’attend plus que son maître, son leader. Prêt à lui obéir, au doigt et à l’œil.

Niklas Kvarforth (Shining), l’autodestructeur

Indéniablement, et ce même s’il en fait des caisses, Niklas Kvarforth sur scène c’est un personnage duquel il est ardu de détacher le regard. Et dès son arrivée sur les planches du Ninkasi, habillé d’un sweat à capuche – cette dernière abaissée sur son front -, Niklas en impose. Bouteille d’alcool dans une main, cigarette fumante dans l’autre, Shining est sur scène, en tête d’affiche, et va montrer que dans la scène black dépressif, ils demeurent les leaders (quasi) incontestables du genre.

Outre la redondance propre à la musique de Shining (cette alternance plans aériens et acoustiques à des plans bétons), celle-ci resplendit en live. Car, en plus d’assurer le spectacle, Niklas Kvarforth assure une performance vocale de très bonne qualité. A l’instar de ses musiciens (Peter Huss, Christian Larsson, Rainer Tuomikanto et Euge Valovirta) tous irréprochables, distillant solos précis, riffs à vous faire brasser les crinières les plus réticentes et plans rythmiques véritablement groovy au détour de chaque break ou de chaque intro.

Et c’est bel et bien la musique la pierre centrale de ce show. Si certain(e)s sont sans nul doute sortis déçus de ne pas avoir vu le frontman se scarifier sur scène ou bien recevoir une lame de rasoir de sa part, n’en demeure pas moins que l’essentiel, dans un concert, reste la musique. Et celle-ci, fort bien exécutée, entraîne littéralement le chanteur possédé et sa bande dans leur monde. Le concert se déroule donc dans une bulle autarcique, où le chanteur flotte, déambule, à la fois anesthésié par sa propre douleur qu’il hurle, et par l’alcool, qu’il descend au goulot, encore et encore.

Shining sait être démonstratif mais aussi musical.

Le groupe déverse sa douleur sur le public qui lui aussi fume, boit… Il se concentre en une masse infranchissable (un vigile devra renoncer à la franchir pour atteindre les fumeurs et fumeuses des premiers rangs), il devient une entité qui hurle d’une même voix et qui répond à chaque geste du chanteur. « Ohm (Sommar Med Siv) » ou encore « Submit To Self Destruction » ne sont d’ailleurs par là pour calmer les ardeurs de la foule. Un public français heureux de retrouver sur scène Famine, leader de Peste Noire, pour interpréter « Terre des Anonymes », premier morceau de 8 ½ – Feberdrömmar I Vaket Tillstånd, le nouvel opus de Shining. Cependant, le bonhomme n’est pas à l’aise, timide, absent et ne délivrant que ses textes sans réussir à dompter cette foule pourtant ravie de le voir sur la scène du Ninkasi, avec un Niklas qui lui offre régulièrement sa bouteille et vient invectiver la foule afin que celle-ci encourage Famine. Mais rien n’y fait : le chanteur est immobile, plongé dans ses paroles et ne se fera pas prier à la fin de son titre pour vite redescendre de scène.

Shining : communion en noir

Le concert avance ainsi sur un rythme stable. Le combo enchaîne morceau après morceau sans pour autant oublier d’interagir avec son public, notamment féminin. Il y a de la maîtrise, à tous les niveaux. Le set est particulièrement bien construit, Niklas offre le meilleur de ce qu’il peut donner, vocalement et scéniquement (toujours à genoux, au sol, à se tenir la tête dans les mains) et ses comparses en font de même. Tout est bien ficelé, à tel point que le concert en devient plus démonstratif que malsain (ces longs solos de guitares se finissant derrière la tête ou avec les dents).

Mais Shining, même s’il n’est plus forcément animé par la schizophrénie malsaine et destructrice de son chanteur qui était, à l’époque, le cœur de ses shows, reste un groupe de scène. Certes plus cadré, se laissant seulement aller à quelques bouteilles et clopes, mais qui sait encore et toujours fédérer. Et s’il est possible de l’accuser d’être désormais confortablement installé dans une certaine routine, il est toutefois impossible de reprocher au combo sa qualité musicale, toujours retranscrite avec brio en live.

Les Suédois quitteront enfin la scène après la doublette « For the God Below » (avec un Niklas en voix sur son chant clair) et un « Förtvivlan, Min Arvedel » ravageur. Nul rappel pour cette soirée. De toute manière, le public n’a guère forcé pour en avoir. Pas même pour la forme.

Setlist de Shinig :

Människa O’Avskyvärda Människa
Yttligare Ett Steg Närmare Total Jävla Utfrysning
Vilseledda Barnasjälars Hemvist
Ohm (Sommar Med Siv)
Submit to Self Destruction
Fields of Faceles
Han Som Hatar Människan
Låt Oss Ta Allt Från Varandra
For the God Below
Förtvivlan, Min Arvedel

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt

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Galerie photos du concert de Shining



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