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Metalanalyse   

Shining reprend sa grille sur One One One


Shining est un groupe dont le passé et l’évolution sont insolites dans le monde du metal. De musiciens aficionados de pur jazz, ils sont venus se placer en proue d’un style hybride dont leur cinquième album offrait en 2010 un nouveau nom : Blackjazz. Allier le metal avec le jazz dans une bonne dose d’expérimentation progressive, ce n’était pas nouveau. Parmi les compatriotes norvégiens de Shining, Ihsahn ou Ulver avaient déjà pour habitude d’apporter à leur metal sombre et expérimental des touches jazzy. Mais les musiciens de Shining, eux, ont parcouru le chemin en sens inverse. Un changement qui s’est opéré en l’espace de cinq albums pour aboutir sur la radicalité et les sons industriels de Blackjazz.

Après le succès de celui-ci et la sortie d’un album live travaillé autour du même concept, Shining continue de creuser le filon qu’il a mis au jour il y a trois ans. One One One, le septième album des Norvégiens, affiche son ambition : enchaîner des morceaux autonomes, se suffisants à eux-mêmes, une série de « singles », de « One ». A l’origine de cette démarche se cachent deux morceaux : « The Madness And The Damage Done » et « Fisheye », les deux premiers titres marquants de Blackjazz. Deux titres qui synthétisaient l’essence de ce disque dans son aspect le plus immédiat. Et One One One se veut une extension de ces deux titres : un Blackjazz nouvelle version, plus direct.

Le premier indice visible, c’est que One One One est un album court : un peu moins de 36 minutes pour neuf morceaux, là où Blackjazz durait 55 minutes pour un même nombre de titres. A l’écoute, One One One se révèle être un album dense. Davantage que Blackjazz qui comptait des passages moins chargés et des morceaux intermédiaires, comme la revisite de « The Madness And The Damage Done » en milieu d’album. Mais surtout, One One One n’est plus le terrain de jeu des expérimentations qui faisaient le cœur d’album de Blackjazz et les joies d’un morceau comme « Blackjazz Deathtrance ». Pourtant les points communs sont immédiatement reconnaissables : les saturations hallucinées, les rythmes martiaux assénés, la vitesse des riffs enchaînés à toute allure jusqu’à l’abrutissement. Tous les éléments de la grille de Blackjazz sont présents.

Sur One One One, Shining a pris l’essence de Blackjazz et l’a rendue plus rock. L’album a été enregistré et mixé de manière à retrouver un son identique. Blackjazz développait déjà un groove effréné et un sens du riff radical, à la fois dans le rythme et dans son efficacité. One One One apporte deux ingrédients pour renforcer cet effet. Le premier, c’est une composition plus directe, moins expérimentatrice. Les titres de One One One suivent globalement le schéma traditionnel d’un morceau de rock. Le deuxième élément, c’est le chant clair inattendu de Munkeby qui prend une place importante sur la plupart des morceaux. One One One n’a cependant rien perdu en folie par rapport à Blackjazz même si celle-ci est plus cadrée. S’il expérimente moins, le groupe n’a pas pour autant délaissé les structures rythmiques exotiques qui sous-tendent sa musique. Le saxophone est toujours aussi naturellement intégré dans les compositions.

En rendant leur musique plus directe, les Norvégiens en font ressortir plus nettement les contours industriels. One One One est gorgé de violence sonore, inflexible dans ses structures, saturé par les hurlements écorchés de Munkeby. Il y a même un sentiment de nouvelle puissance, comme si l’énergie du groupe était catalysée sur ces riffs et ces mélodies plus directes. Les couches musicales sont épurées, allégées pour dévoiler, dans la même manière que les lignes vocales, ses mélodies avec plus de clarté. Et il ne faut pas oublier que One One One a été mixé par Sean Beaven, connu pour ses productions avec Marilyn Manson et Nine Inch Nails notamment.

Shining ne cache pas ses influences et se plaît à alimenter une tradition de reprises musicales, même interne au groupe. Certains morceaux des albums passés se font référence les uns aux autres. Au sein même de Blackjazz, « The Madness And The Damage Done » et « Exit Sun » se dédoublaient, « Exit Sun » qui également s’amusait en empruntant et développant le riff du célèbre « Hysteria » de Muse, « 21st Century Schizoid Man » reprenait le titre de King Crimson. One One One est une nouvelle extension à ce jeu. Le schéma des riffs saccadés sur l’introduction de « My Dying Drive » et le solo de saxophone de « The Hurting Game » citent « Fisheye ». « Blackjazz Rebels » et « Walk Away Master » régurgitent leurs suites de chiffres dans une litanie similaire à celle initiée par Munkeby également sur « Fisheye ».

En enregistrant One One One, Shining montre l’importance du jalon posé par Blackjazz. Le matériau est suffisamment riche pour que le groupe se stabilise un temps à le travailler en profondeur. Et One One One ne montre aucun signe de stagnation. Si le groupe a su prouver par le passé qu’il n’avait pas peur du changement, il a aussi montré maintes fois son habilité à jouer avec ses propres références tout comme avec ses influences extérieures, et cela de manière complètement assumée. One One One aurait pu sans aucun doute constituer le pendant de Blackjazz dans la constitution d’un double album. Les Norvégiens continuent ici d’alimenter leur concept et assène un nouveau coup de massue sur la tête des auditeurs. One One One est aussi intense que son prédécesseur. Neuf coups de massue, à couper le souffle. Neuf morceaux taillés sans le moindre doute pour la scène.

Album One One One, sortie le 4 juin 2013 chez Indie Recordings



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