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Chronique   

Shining – X: Varg Utan Flock


N’est-il pas malsain de prendre du plaisir à écouter une œuvre qui parle d’autodestruction et de haine de soi ? Voilà une question que pourrait se poser tout amateur de « black dépressif ». Et plus encore, pour celui qui dans son art met en scène sa propre mort et ses propres tourments. Niklas Kvarforth est le maître en la matière en pratiquant cela à outrance depuis plus de 20 ans dans Shining. Si le public, et surtout les journalistes, se demandent perpétuellement quelle est la part de théâtre et celle de la réalité concernant les troubles du leader, ce dernier ne donnera sans doute jamais de réponse claire. Mais finalement cela importe peu par rapport à la démarche musicale. Car par son approche, le combo tente depuis deux décennies de dépeindre d’une manière bien singulière ce qu’il perçoit de la dépression – dans son versant le plus extrême évidemment – celle-ci pouvant finalement toucher tout un chacun au cours de son existence. Le nouvel album X – Varg Utan Flock en est une nouvelle démonstration, rappelant même dans son essence l’album culte qui a fait la gloire de Shining dix ans auparavant.

Dès les premières secondes de l’album, on ne s’y trompe pas, Shining est bien là. En effet « Svart Ostoppbar Eld » rassemble d’emblée tout ce qui nous était déjà familier au groupe : les murmures de Kvarforth, ses mimiques (dont son traditionnel « ough » d’introduction), sa structure alternant black dynamique et passage mélodico-acoustique et un riffing thrashy qui rappelle le morceau « Besvikelsens Dystra Monotoni » de Halmstad… Car oui, le cinquième album n’est vraiment pas loin, à l’instar de l’introduction guitare/batterie de « Jag Är Din Fiende » très (trop ?) similaire à l’emblématique « Låt Oss Ta Allt Från Varandra ». S’il est évident que Shining a au fil du temps créé sa propre recette, avec notamment des vocalises malsaines et presque morbides de Kvarforth sur un ensemble musical qui peut aussi bien se situer dans une rythmique groovy que dans une certaine beauté dramatique, elle n’en reste pour autant pas moins efficace.

Malgré cela Shining aime toujours surprendre et expérimenter des émotions borderline d’une manière ou d’une autre en flirtant avec la folie. A ce titre, le second morceau « Gyllene Portarnas Bro » est dans un premier temps une composition musicale très éthérée et presque reposante, avec un chant calme et angoissant à la fois. Pourtant le malaise réside, car l’auditeur sent qu’il effleure quelque chose de profondément désespérant, renvoyant à cette quiétude nécessaire pour l’écriture d’un testament. Tout cela avant l’explosion et le cri furieux de Niklas brisant cette sérénité, comme si celle-ci n’existait pas réellement ailleurs que dans la mort. Car indubitablement la musique des Suédois suggère toujours cette thématique-là, plus ou moins frontalement. Le riff blackisant et la batterie incisive et primaire de « Han Som Lurar Inom » sont particulièrement pénétrants. S’ajoute à cela Niklas qui déploie un chant autoritaire, telle une voix intérieure persistante qui nous persécute. L’ambiance passe d’oppressante à carrément étouffante, comme l’illustre le contraste entre les passages plus posés ponctués de souffles aliénés ou agonisants et les cris de rage hors normes sur mélodie ravageuse.

Comme à son habitude, Shining montre la lumière blanche de l’au-delà avec une traditionnelle piste instrumentale au piano en cinquième position, avant le morceau final. Et on connait l’importance d’une conclusion spectaculaire pour Niklas qui la souhaitait ici plus impressionnante que jamais. Avec une guitare acoustique rappelant l’atmosphère dégagée dans le précédent album IX – Everyone, Everything, Everywhere, Ends, la lancinante « Mot Aokigahara » (« Vers Aokigahara », en référence à la tristement célèbre forêt Japonaise, lieu au plus fort taux de suicides au monde) fait apparaître à la fois un chant désabusé d’une profonde gravité et une clarté surprenante du vocaliste. C’est alors que Niklas répète dans un anglais des plus intelligibles « I was born December 1983 and I died December 2017 » (« Je suis né en décembre 1983 et je suis mort en décembre 2017 ») avant de terminer en apothéose sur un black metal d’une puissance cathartique et les derniers cris de Niklas qui raisonnent.

Le titre du disque, Varg Utan Flock, que l’on peut traduire en français par « Loup sans troupeau », représente bien ce que Shining est dans la scène actuelle. Le groupe ne ressemble à aucun autre de par son originalité et son caractère, et évidemment de par son leader. Mais ne ressembler qu’à soi-même est à double tranchant car on pourrait reprocher à Shining de rester dans ses propres sentiers, malgré les diverses expérimentations ci et là, en particulier au sein de cet album qui présente comme un léger parfum de nostalgie. Ainsi, ceux qui ont toujours détesté le groupe et son maître à penser continueront à le haïr avec cet album, et inversement pour ceux qui l’idolâtre et ne pourront être déçus par ce disque plus fidèle que jamais à ce qu’incarne Shining.

Chanson « Svart Ostoppbar Eld » en écoute :

Chanson « Gyllene Portanas Bro » en écoute :

La chanson « Jag Är Din Fiende » (qui veut dire en français « Je Suis Ton Ennemi ») :

Album X: Varg Utan Flock, sorti le 5 janvier 2018 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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