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Interview   

Sidilarsen : le rock qui enflamme les dancefloor


Didou - SidilarsenL’emploi du terme « métissage » pour qualifier l’œuvre d’un artiste n’est-il pas péjoratif ou du moins réducteur ? D’une part parce que tout style est le produit d’un mélange d’influences. Dans la grande famille du metal, même notre hard rock originel trouve sa racine dans différents genres dont le blues. D’autre part parce que ce brassage musical est rarement un processus conscient ou prémédité.

En l’occurrence, nous avons interviewé Sidilarsen à l’occasion de la sortie de leur nouvel album Dancefloor Bastards. Le groupe mélange deux grands courants que, pour certains, tout oppose, le rock et l’électro. Mais ce n’est pas par défi, ni par principe, c’est simplement, comme pour une majorité de groupes, le résultat d’un travail que la formation a fourni pour trouver son identité.

Et si l’on a tendance à trouver la musique électronique froide et déshumanisée et le rock chaud et organique, David Cancel alias Didou, chanteur du groupe toulousain, insiste sur le fait que les choses ne sont pas si binaires. Cette interview est donc un appel à ne pas raisonner par clichés, à prendre du recul sur les choses et à ne pas faire d’analyses trop manichéennes, à l’instar, dans un autre domaine, du contexte géopolitique dans lequel la France est impliquée depuis un an.

Sidilarsen

« Nous sommes libres, nous faisons la musique que nous voulons, le public est là et ça n’est pas prêt de s’arrêter. »

Radio Metal : Tout d’abord, j’aimerais revenir sur quelque chose qui s’est passé en 2014, lorsque Sam, votre batteur, a eu des problèmes assez graves de pieds, à tel point que les médecins lui ont déconseillé de jouer. Peut-on savoir où cela en est ?

David « Didou » Cancel (chant) : Ce n’étaient pas exactement des problèmes de pieds. Il a plutôt eu des problèmes de dos, mais c’est aujourd’hui résolu. Au final, il a fait un travail sur lui-même pour modifier ses postures, chose classique pour un musicien, finalement. Parfois, on chope des saloperies liées à ce métier, des tendinites, des trucs comme ça, mais là ça va, il a bien la patate.

Votre album s’appelle Dancefloor Bastards, je trouve ce titre assez évocateur et à l’image de votre musique, avec ce mélange d’un côté électro et un côté plus rugueux. Avez-vous donné ce nom à cet album car il a un côté emblématique de votre carrière et du mélange que vous faites ?

C’est exactement cela. Tu résumes très bien. Même le single qui porte le nom de l’album, que l’on dévoilera bientôt, affirme vraiment cette identité. C’est vraiment l’envie d’affirmer ce qu’est Sidi depuis le début. Après, le côté « Bastards » c’est un peu : oui, nous sommes des connards, mais nous sommes libres, nous faisons ce que nous voulons dans notre musique. C’est également un pied de nez aux événements tragiques qui s’en sont pris à la scène et à la culture, disons à la mode occidentale, en disant que nous serons toujours là, que nous sommes des résistants et que nous serons toujours des salopards du dancefloor. Nous sommes libres, nous faisons la musique que nous voulons, le public est là et ça n’est pas prêt de s’arrêter.

Je voudrais enchaîner sur le mélange musical que vous faites, qui est entre du rock et du metal avec des influences électro, voire indus par moments. En séance d’écriture, comment travaillez-vous ce mélange-là ?

Au cours de notre carrière, nous avons souvent évolué avec des méthodes. Nous aimons bien varier les méthodes pour éviter de tomber dans une routine. Après, nous faisons souvent ce que nous appelons des « ateliers », à deux, trois, voire tout seul pour des ateliers « solo », et puis nous confrontons nos idées, et ce qui est intéressant est que lorsque nous travaillons en petit comité, nous allons plus loin dans les idées, alors qu’à cinq, nous nous anesthésions un peu, vu que nous nous connaissons par cœur, ça a parfois tendance à lisser les morceaux. Le côté mélangé a toujours été là car nous avons toujours eu beaucoup d’influences. La difficulté est d’arriver à donner une cohérence à tout cela, à montrer que nous pouvons toucher à des univers différents, tout en ayant un son propre à Sidi et une espèce d’identité, de fil conducteur reconnaissable. Après, les recettes, je ne sais pas trop quoi te dire, car elles nous dépassent un peu nous-mêmes, nous avons nos façons de faire qui nous sont propres et cela donne les résultats que tu as pu entendre.

Tout à l’heure, tu parlais de votre envie de vous rebeller. J’imagine que tu faisais allusion aux attentats de Paris. Penses-tu que c’est vraiment la culture rock qui a été attaquée ce soir-là ?

Non, je ne pense pas. Je pense que c’est dangereux de trop vouloir analyser, parce que de toute façon, on a affaire à des fous furieux. Je pense qu’il faut comprendre que la problématique est très complexe et je pense aussi que ce sont des retours de bâton liés à des politiques, pas uniquement des pays occidentaux, mais on a aussi notre part de responsabilité sur le fait de vendre des armes en permanence et prétendre être le pays des libertés et de la démocratie. S’acheter une richesse sur le dos de pays beaucoup plus instables, de gens plus misérables et continuer à vendre des armes partout, c’est très contradictoire avec le fait de vouloir lutter contre le terrorisme, par exemple. Donc tout cela est très compliqué. Je ne sais pas s’ils ont voulu s’attaquer symboliquement à la scène rock ou metal, ce que je ne crois pas, mais je pense qu’ils ont plutôt voulu s’attaquer à la culture occidentale, symboliquement, à une salle où les gens sont libres d’écouter de la musique, au mode de vie à l’occidental, aux libertés, mais ils auraient pu choisir d’autres symboles. Je crois qu’ils sont à la fois très organisés mais en même temps très dans le « one shot ». C’est un très mauvais terme que j’utilise, mais très dans l’improvisation. Mais je me garderais bien d’analyser tout cela, car je crois qu’on ne peut pas vraiment savoir ce qui se passe dans la tête de ces gens-là.

Tu disais que c’est dangereux d’essayer de suranalyser les choses. Penses-tu que si on essayait un peu trop de comprendre les motivations de ces gens-là, on rentrerait dans leur jeu ?

Oui, je pense qu’il y a ça aussi. Mais après, je trouve qu’aujourd’hui, on veut trop commenter et analyser à chaud. Je pense qu’on commence à avoir un peu de recul sur ces attentats et aujourd’hui on peut davantage essayer d’analyser, mais il y a des gens qui ont trop voulu taper des théories tout de suite et je crois que, comme dans tous les conflits, quand tu regardes l’Histoire, de tout temps, les choses sont imbriquées et très complexes. Dans un conflit, ce n’est pas tout noir ou tout blanc et évidemment, ces gens-là, on les condamne à 100%, mais ce ne sont que des pions, des pauvres gens, des marionnettes. Ceux qui se font sauter, ce sont des pauvres types. Derrière, il y a des enjeux beaucoup plus compliqués. Si on essaye de trop comprendre, est-ce qu’on leur donne du crédit ? Je ne sais pas. Je pense qu’il faut éviter de vouloir tout expliquer trop vite, c’est ça qui me dérange. Il faut aussi que l’on fasse un travail d’introspection, en France et en Europe, il faut évidemment que l’on combatte ce chaos, cette menace, mais il faut aussi travailler sur le fond, pas juste sur le court terme. Il va falloir travailler sur le long terme. Cela fait trente ans que l’on ne travaille plus sur le long terme dans nos pays. Les politiques ne bossent pas sur le long terme, et ça craint.

Pour revenir sur votre album, on parlait tout à l’heure de rock et aussi d’électro. Quels sont les groupes qui, selon toi, ont réussi le mieux ce mélange-là, à faire discuter ces deux cultures ?

À l’échelle internationale, les groupes qui nous ont le plus touché sont Nine Inch Nails, qui déjà en 1989, je crois, étaient arrivés à quelque chose de déjà très réussi avec leur premier album. Après, il y a eu « The Downward Spiral » en 1994 qui était un putain d’album d’indus où tu avais des mélanges de machines, de guitares, de rock très intéressants. Il y a eu des groupes comme Ministry, il y a eu Prodigy qui est très électro mais qui amène une dimension punk et sale à l’univers électro et c’était une révolution quand ça a déboulé. Après, il y a eu des groupes qui ont peut-être moins marché mais qui, à un moment donné, ont fait du bruit, comme Static-X. Il y a Rammstein qui fait un beau mélange, selon nous, entre machines, univers indus, univers plus metal, etc. Et puis, dans les groupes français, il y a eu Spicy Box, qui mélangeait un côté très techno, pour l’époque, je peux vraiment utiliser le terme « techno », avec des guitares, avec une fusion vraiment intéressante, qui ont splitté un peu dans la foulée alors que les mecs tenaient quelque chose d’assez génial. Il y a eu Mass Hysteria, bien sûr, qui a su aussi mélanger ces univers-là, à qui nous sommes souvent comparés, mais ça nous fait rigoler. Des fois, nous en parlons avec Mouss de Mass, car nous savons à quel point nous sommes différents, bien que nous ayons des ingrédients communs. Quand nous avons découvert Mass, nous avons pris une gifle, mais nous faisions déjà ça dans notre cave, c’est juste que nous étions moins connus, mais nous faisions déjà ce genre de son et de mélanges.

Sidilarsen - Dancefloor Bastards

« S’acheter une richesse sur le dos de pays beaucoup plus instables, de gens plus misérables et continuer à vendre des armes partout, c’est très contradictoire avec le fait de vouloir lutter contre le terrorisme. »

Lorsque l’on prend ces deux cultures-là que sont l’électro qui a ce côté presque déshumanisé, très carré, et le rock qui se veut cette musique hyper organique, directe, spontanée, on pourrait se dire que ces cultures sont complètement opposées. Et pourtant, quand on voit des groupes comme le vôtre, Mass Hysteria ou autres Nine Inch Nails, on se rend compte que le mélange est très cohérent. Comment expliquer cela ?

Je pense que c’est un défi excitant. C’est pareil dans le rapport à la technologie, à Internet, tu peux en faire quelque chose de froid ou quelque chose d’humain, cela dépend de comment tu l’utilises. Je pense qu’il y a un peu un défi, au niveau musical, d’utiliser un aspect froid des machines, d’autant que nous aimons les rendre très froides, cela dépend des morceaux. Dans certains morceaux, elles vont colorer et amener une atmosphère justement plus organique. Dans d’autres morceaux, les machines vont amener un côté très froid, très sur la grille, très binaire, et c’est justement assez excitant de se demander comment nous allons bien pouvoir amener une énergie avec ces ingrédients-là. C’est à nous d’amener de la sueur, de l’énergie et du rock’n’roll. C’est excitant de confronter les choses et d’aboutir à une chanson. Effectivement, ça n’est pas toujours facile; parfois, ça ne colle pas bien et d’autres fois, nous arrivons à trouver le déclic, le groove qui va faire que ça va fonctionner. Ça ne se fait pas tout seul, c’est du travail.

On a pu remarquer dans le spectre musical que dans les années 2000, il y a eu une telle variété de styles qui sont apparus, qu’au bout d’un moment, ces styles ont chacun commencé à se séparer les uns des autres, et on a vraiment eu plein d’espèces de petites niches qui se sont créées, et forcément, cela nuit au métissage musical et vous, vous êtes complètement dans le métissage musical. Est-ce qu’il y a encore un état d’esprit qui permet de faire ça ? Trouves-tu qu’il y a encore des choses à se mettre sous la dent ?

Nous en parlions justement. Je pense qu’il y a des courants musicaux où il y a toujours de très bons métissages. Dans le metal, nous trouvons qu’il y en a un petit peu moins depuis une dizaine ou quinzaine d’années, il y a moins d’ambition de vouloir un peu sortir des clous, d’aller se frotter à d’autres univers. Nous trouvons les groupes de metal assez frileux, même si, évidemment, il y a de très bons groupes, des groupes pas connus qui essayent des choses fantastiques. Il y a aussi des groupes fers de lance, je citerais volontiers Gojira qui a toujours cherché à poser un univers très personnel, très ambitieux. Mais nous trouvons effectivement que dans le metal, il y a un petit repli, un petit côté « on surfe sur ce que les gens connaissent », et je pense que cela correspond aussi à un besoin du public. Le public demande ça en ce moment, il demande un peu d’être dans les clichés, dans les codes, peut-être parce que les gens ont besoin de se rassurer en ce moment, ils ont besoin de fondamentaux. Personnellement, ça me questionne. Quand je vois des vieux groupes comme Kiss, ou des vieux groupes comme ça, faire des têtes d’affiche au Hellfest et de savoir qu’il y a des gamins devant, c’est assez étonnant. C’est peut-être aussi les gamins qui demandent ce genre de repères, des fondamentaux du metal, du hard rock, du punk… Il y a un côté comme ça en ce moment, où c’est bien d’être dans les clous, de tel ou tel style, comme tu disais, il y a plein de niches, et il faut bien être dans les codes. C’est vrai que c’est l’inverse de notre parcours. Nous avons toujours voulu casser les barrières, ne jamais être enfermé dans quoi que ce soit, donc musicalement, nous n’en avons rien à foutre, des fois nous nous mettons en danger, des fois des gens n’aiment pas, ce n’est pas grave. Il y en a qui vont aimer un morceau et détester les autres morceaux, tant pis. C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de groupes qui métissent en ce moment, sur la scène metal, en tout cas. Mais je pense que cela reviendra, ce sont des phases. Je suis un peu nostalgique des années 1990, lorsque tous les ans ou deux ans tu prenais une gifle avec un groupe arrivant avec un nouveau son. C’est un peu moins le cas aujourd’hui, mais il y en a quand même, il ne faut pas non plus être trop négatif.

Il paraît que, pour cet album, vous avez souhaité avoir une approche plus organique et plus live. Comment avez-vous travaillé cela ?

En studio, nous avons vraiment bouleversé la démarche. Nous avons choisi de retravailler avec Plume qui avait fait Chatterbox qui était notre premier album avec lui. C’est un gars que nous adorons et avec qui nous sommes allés assez loin dans la production. Sur Chatterbox, nous avions un peu assouvi tous nos désirs de bonne production, bien faite, bien soignée, un truc qui sonne bien, tout est à sa place. Souvent, quand tu enregistres des albums, six mois ou un an après, tu as des petits regrets sur des détails, du genre « ça et ça, on aurait pu mieux le faire ». Pour Chatterbox, nous n’avons eu aucun regret, c’est le gros son Sidi, parfait. Le truc, c’est que pour Dancefloor Bastards, nous sommes dits : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On va pas refaire le même son, on va se remettre en danger. » Et là, il y a vraiment eu une envie de travailler beaucoup plus dans l’urgence, la spontanéité, et ce que Plume nous disait, c’était que de toute façon, cela sonnerait, qu’il ne fallait pas s’en faire, qu’il valait mieux aller chercher de l’émotion, des énergies de l’instant présent… Cet album, c’était vraiment ça, mettre l’instant présent au sommet de la hiérarchie et non pas le résultat final. On essaie de ne pas penser au résultat final, on essaie de penser : « Là, t’es en train de jouer de la guitare, vas-y, mets-y quelque chose dans ta prise, » le chant c’est pareil… Du coup, nous avons eu une nouvelle méthode, c’est-à-dire que nous avions tout câblé en studio afin d’avoir une config qui nous permette d’enregistrer tour à tour, que ce soit du chant, de la batterie, de la basse, de la guitare, des arrangements… Ce n’était pas l’usine : « Je fais toutes les prises de batterie, après on fait la basse, puis toutes les guitares et à la fin le chant. » Avec Viber, nous en avions un peu marre, au chant. À chaque album, tu arrives, au bout d’un mois de studio : « Allez, maintenant, c’est à toi, tu vas tout donner au chant ! » Tu as quatre ou cinq jours pour le faire, sauf que t’es déjà épuisé mentalement parce que tu as ressassé les morceaux dix mille fois, tu as participé activement à l’enregistrement parce que tu donnes ton avis sur tout… Donc nous avons pu casser cela, nous faisions du chant dès le début de l’enregistrement, une semaine après, quand nous le voulions, dès que nous en avions l’énergie :  » Aujourd’hui je suis chaud, je vais faire des prises chant. » Nous gardions beaucoup plus les premières prises que d’habitude. Nous avons travaillé sur l’intention et l’expressivité. Au final, je pense que ça rend l’album plus sauvage et plus organique.

Vous avez déclaré par le passé que votre musique était tellement axée sur l’efficacité qu’elle pardonnait assez peu les erreurs de tempo et que vous faisiez en sorte que vos sets conservent une bonne dynamique. Ce travail que vous effectuez en live, est-ce quelque chose que vous avez également essayé d’appliquer sur vos albums, histoire que cela soit homogène, mais quand même avec des variations, des montées et baisses d’intensité, etc. ?

Oui, bien sûr. C’est vrai que même sur l’album on s’en rend compte, c’est une musique qui pardonne assez peu. Disons que, surtout dans le choix de la tracklist, il y a des choses qui ne fonctionnent pas. Il y a des morceaux qu’on ne peut pas mettre n’importe où, parce qu’ils vont te paraître trop mous, ou trop énergiques. Il y a quand même des libertés mais quand, par exemple, tu envoies un morceau comme « Go Fast », c’est tellement millimétré, c’est un morceau très technoïde, certes avec des guitares, mais très formaté, et quand tu sors de là, t’es dans une espèce d’état de transe parce que cela t’a mis dans un tempo qui t’a vraiment pris et derrière, tu ne peux pas envoyer n’importe quel tempo ou n’importe quel morceau. On soigne toujours cela. L’homogénéité, quant à elle, vient plus de l’état dans lequel nous sommes lorsque nous faisons un album et là, je pense qu’il y avait un état particulier du début à la fin de l’album. C’est cela qui va créer l’homogénéité, tout simplement un état émotionnel. Même si les morceaux peuvent être très différents les uns des autres, il y a finalement des énergies communes dans chaque morceau.

Sidilarsen

« Dans le metal, il y a un petit repli, un petit côté ‘on surfe sur ce que les gens connaissent’ […]. Le public demande ça en ce moment, il demande un peu d’être dans les clichés, dans les codes, peut-être parce que les gens ont besoin de se rassurer en ce moment, ils ont besoin de fondamentaux. »

Il y a un morceau qui s’appelle « 1976 » dans cet album. Peux-tu nous parler de la signification de ce titre ?

Très basiquement, il s’agit de mon année de naissance et de celle de mon meilleur ami d’enfance qui est Viper, le chanteur et guitariste du groupe. Nous sommes tous les deux de 1976 et qui dit 1976 dit 40 ans en 2016. 40 ans, c’est un âge où tu commences à sérieusement te poser des questions sur ta vie, sur le temps que tu veux donner aux prochaines années, à la suite de ta vie, tu fais une espèce de bilan – c’est un gros cliché, c’est très banal, ce que je raconte, mais c’est quand même très vrai. Ça touche plus ou moins les gens, ça dépend de chacun, ça peut être à 30 ans, à 50 ans. Les 40 ans, je viens juste de les fêter et Viber les aura bientôt. Ce morceau parle d’une manière imagée de cette sensation d’être parfois un peu perdu aussi, alors qu’il y a d’autres jours où on ne l’est pas du tout. Tu peux retrouver cette thématique sur l’album mais sur celui-là, ça parle d’un moment où tu es un peu perdu, de ce que tu vas faire, d’où tu en es, de ce que tu as fait, pourquoi… Ce sont des questions tout à fait banales dans la vie d’un être humain. Ce morceau est un peu une photo à mi-parcours, une photo qui dit qu’on a des sensations, qu’on a envie d’accélérer certaines choses, d’où la fameuse phrase : « Accélère, accélère, tout laisser derrière ». Ce n’est pas abandonner le passé mais c’est des fois se délester un peu de certaines choses trop pesantes et parfois inutiles. C’est aussi accélérer sur les choses positives. C’est un peu ça l’album, au final. C’est un album où nous voulons affirmer Sidi, plus fort et plus vite maintenant, nous voulons que le groupe passe encore un cap où t’es entouré d’une équipe, là nous avons eu la chance de signer chez une maison de disques qui est bien derrière nous, il y a des choses qui avancent dans le bon sens, et c’est aussi ça, appuyer sur le champignon, parce que la vie est courte, très courte.

En fin d’album, il y a un morceau qui s’appelle « I Feel Fine » et qui est chanté en anglais. D’où vous est venue cette idée de chanter en anglais sur ce titre-là ?

Ça s’est fait avec beaucoup de naïveté, ça n’est pas réfléchi. Il y a un petit peu plus d’anglais sur cet album. Ce sont vraiment des choix artistiques basiques. C’est-à-dire qu’on trouvait que sur cette instru, cette chanson-là sonnait bien en anglais. C’est Viber qui a écrit ce texte, c’est sorti tout seul en anglais et nous ne nous sommes pas posé la question de l’écrire en français. Nous adorons écrire en français, c’est vraiment un gros défi, c’est compliqué car le français ne pardonne rien et sur du gros son de guitare, chaque mot doit être bien pesé, bien choisi, sinon ça ne marche pas. L’anglais est beaucoup plus malléable, beaucoup plus facile, et de temps en temps, cela nous ouvre d’autres portes, d’autres sonorités. Quand cela marche mieux en anglais, nous sommes ouverts. Mais ce qui est sûr, c’est que le français restera toujours notre langue maternelle et donc la langue que nous utiliserons le plus dans Sidi pour essayer d’être le plus sincère possible, donc forcément, nous chantons naturellement beaucoup plus en français.

Nous parlions du métissage qui est un thème important dans votre carrière, la question précédente nous amène là : étant donné que vous mélangez les styles, êtes-vous aussi tentés de mélanger les langues dans vos textes ?

Pourquoi pas. Là, c’est un peu le cas sur certains titres où il y a du français et de l’anglais mélangés. Dans le passé, nous avons même poussé le bouchon assez loin, vu qu’il y a fort longtemps, sur notre deuxième album, nous avions fait un featuring avec les Fabulous Trobadors. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de groupes de metal indus qui invitent des gars qui chantent en occitan sur un morceau… Je pense que ça n’a jamais été fait. Nous avions vraiment été assez tarés à cette époque. Une autre fois, sur « Machine Rouge », nous avions invité Soufiane Djaffer qui était venu chanter en arabe sur un morceau… Donc il y a déjà eu ce genre d’expérience et je pense qu’il y en aura d’autres, oui. Nous parlions de l’espagnol depuis quelque temps, nous n’en avons pas mis sur Dancefloor Bastards mais ça pourrait arriver. Il faut que ça se justifie aussi sur le plan artistique.

Je voudrais te faire réagir sur un truc que vous avez dit en 2014, et que tu expliques cela pour nos lecteurs. Vous avez déclaré : « Nous avons toujours pensé que le meilleur moyen d’aller à l’internationale était de chanter dans notre langue ». Peux-tu développer cela ?

Oui, nous avons dit cela, nous assumons. C’est une vision très personnelle, parce que nous pensons que l’exception est plus intéressante que la règle, et ce n’est pas parce que tout le système, particulièrement en France, te dit : « Si tu veux t’exporter, il faut chanter en anglais ! », que c’est forcément la bonne solution. Nous pensons que ça n’est pas la bonne. C’est un point de vue très personnel. Nous en avons la preuve avec un groupe comme Rammstein, qui a pris une dimension énorme en assumant complètement son identité et ses spécificités avec sa langue maternelle. Tous les groupes anglo-saxons cartonnent avec leur propre langue, et c’est normal. Après, c’est un peu illusoire d’être un petit groupe de Frenchies du Sud et de vouloir sonner en chantant en anglais. Gojira y parvient très bien mais il ne faut pas oublier que quelque part, Gojira a la double-nationalité. Du coup, ils utilisent aussi très bien l’anglais et ils ont fait quelque chose de magnifique avec cette langue. Nous, si nous sommes sincères et que nous voulons vraiment aller loin, c’est en français que ça se passe, et nous sommes persuadés que cela intéresse à l’étranger, car chaque fois que nous avons joué à l’étranger, le public n’en a rien eu à foutre de la langue, au contraire, il trouvait ça super intéressant. On nous disait : « C’est génial, vous sonnez comme personne ! » Ca n’a jamais posé aucun problème, il n’y a vraiment que les maisons de disques et les gens du business qui tapent ce genre de théorie parce qu’ils sont coincés dans de vieux schémas. Le jeune public est tout à fait ouvert. Aujourd’hui, le public est mondialisé, il s’intéresse à toutes les langues, il n’y a aucune barrière, seulement des barrières fixées par les normes et le business.

Y a-t-il justement des gens du business qui ont essayé de vous convaincre de changer, et de chanter en anglais ?

Oui, c’est arrivé à nos débuts, mais ils n’ont pas beaucoup insisté. Ils ont bien vu qu’ils ne pouvaient rien faire. Sidilarsen, personne ne peut rien influencer.

Fred Vervisch a fait une bande dessinée inspirée de votre clip « Des Milliards », d’où vous est venue cette collaboration ? Êtes-vous passionnés de BD ? Avez-vous d’autres idées pour étendre votre projet à d’autres formes d’art ?

D’autres idées, je pense qu’il y en aura. Là, nous ne les avons pas vraiment, mais nous y réfléchissons. L’été prochain, nous ferons un nouveau clip qui sortira pour l’automne. Cette idée est tout simplement venue du fait que nous voulions illustrer le titre « Des Milliards », le clipper, et clipper un morceau comme ça, c’est très piégeux parce que nous avons vraiment de petits budgets quand nous faisons les clips, donc nous sommes contraints par le budget. Mais parfois, les contraintes amènent à de bonnes choses, il ne faut pas toujours tout voir en négatif. Nous n’avons pas de blé, nous n’avons pas les moyens et là, le problème c’est qu’illustrer le propos d’un morceau comme « Des Milliards », c’est un propos tellement engagé que l’illustrer avec un court-métrage [avec des acteurs], ça allait être très cher et compliqué de faire quelque chose de bien et de crédible. Du coup, nous nous sommes dit qu’on pouvait peut-être imager le texte de manière intelligente. De là, nous avons eu le contact d’un dessinateur qui s’appelle Fred Vervisch, qui est dans le milieu de la BD, et assez vite a germé l’idée de faire une version clip et une version bande dessinée du clip, c’est arrivé comme cela. Nous sommes super contents du boulot réalisé qui met vraiment en valeur le dessin du gars.

Interview réalisée par téléphone le 19 avril 2016 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Site officiel de Sidilarsen : www.sidilarsen.fr



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  • ah ouais? dit :

    J’adore ce passage : « Gojira y parvient très bien mais il ne faut pas oublier que quelque part, Gojira a la double-nationalité »

    En gros s’ils réussissent c’est parce qu’ils ont des circonstances atténuantes..

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