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Chronique   

Sidilarsen – On Va Tous Crever


Le metal français compte de nombreuses figures de proue, dont l’une des plus éminentes reste indéniablement Sidilarsen. Le groupe originaire de Toulouse officie depuis 1997 et a récemment connu un certain essor avec Chatterbox (2014) puis Dancefloor Bastards (2016), exemple de mélange parfaitement maîtrisé entre dance-metal et indus, le tout avec des textes lourds de sens. Sidilarsen a profité de cette excellente dynamique pour célébrer ses vingt ans, en proposant le live In Bikini Dura Sidi (2018), et a décidé d’entretenir la flamme avec son septième opus sobrement intitulé On Va Tous Crever. Sidilarsen semble s’être rendu compte de son franchissement d’un palier et de la nécessité de retrouver de l’allant. On Va Tous Crever joue ce rôle, témoin d’une envie et d’une motivation renouvelées, d’une hargne réaffirmée voire grandie.

Le titre est lourd de sens. On Va Tous Crever fait honneur à la sincérité de Sidilarsen, et à un certain état d’esprit punk, toujours enclin à clamer haut et fort ce qu’il pense, de manière poétique ou brute de décoffrage. Le groupe le perçoit comme un nouveau départ en profitant de l’impulsion de Dancefloor Bastards. Symbole d’une envie de créer toujours présente, l’arrivée du nouveau bassiste Sylvain Sarrobert dont l’apport est indéniable, se fendant d’un slap bien senti sur « God’s Got Guns » ou s’offrant un final tout en délicatesse sur « We Come To Get It ». Le constat pessimiste de Sidilarsen s’ouvre par une toute petite voix d’enfant chuchotée sur « A Vif », avant de progressivement laisser place à des samples électro discrets, les voix complémentaires de David Cancel et Viber tantôt inquiétantes, tantôt offensives, donnant du poids aux « écorchés », et surtout un riffing rentre-dedans aux guitares burnées. C’est le premier point majeur de ce On Va Tous Crever : la production sonne massive, une nouvelle fois l’oeuvre de Plume, avec le master réalisé à New York par Drew Lavyne (Foo Fighters, Snoop Dog) ; les guitares sont beaucoup plus puissantes que sur Dancefloor Bastards. Il ne faut que quelques secondes pour se rendre compte que Sidilarsen a décidé de faire passer le message avec un certain aplomb. L’introduction tout en douceur de « Money Game » ne va pas tromper l’auditeur bien longtemps. Sidilarsen se laisse aller à un riffing indus coup de poing à la Clawfinger, avec toujours cette faculté à ciseler des couplets à la fois dansants et graves, combinaison dont le groupe a le secret. En ce sens, Sidilarsen marche sur les traces de Mass Hysteria qui n’a eu de cesse de durcir le ton en conservant tout de même des relations électroniques dans sa musique. Scander « si on cesse de se battre, c’est qu’on est prêts pour l’esclavage » suivi d’une montée en puissance fait indubitablement son effet. Sidilarsen se permet en outre quelques tempos plus lents, à l’instar d’« Interdit De Se Taire » et de ses accalmies rappelant la fibre de Rammstein (le chant rappé en plus).

On Va Tous Crever bénéficie grandement de cette énergie omniprésente. Il y a certes cette aisance à mêler guitares et rythmiques répétitives sans tomber dans le mauvais goût (« Zéro Un Zéro » dévoile par ailleurs le rôle primordial de la basse quant à cet aspect de la musique de Sidilarsen) ; c’est surtout le travail de concision de Sidilarsen qui mérite d’être relevé. On Va Tous Crever n’accuse aucun temps mort, de la première à la dernière note, et aligne les refrains mémorables. De là à affirmer qu’On Va Tous Crever ne contient que des hits, il n’y a qu’un pas : il n’y aura qu’à constater le succès live assuré de « We Come To Get It », hymne en puissance où le groupe parle d’offrir « un espace de libéré entre l’enfer et le ciel, tout le monde à égalité pour lâcher les décibels ». Certes, Sidilarsen n’est pas toujours élégant dans son approche de la musique mais il sait lever les foules et redonne un nouveau souffle au terme « antisocial ». Lorsque l’instrumentation électro prend les devants, le groupe sait conserver une forme de tension quitte à attaquer directement les politiques contemporaines (« Sommes-nous fiers de l’Europe ? » en parlant de ses frontières à travers « God’s Got Guns »). Certains reprocheront la monotonie de la formule Sidilarsen et ses trop grosses ficelles. Oui, le procédé est répété de nombreuses fois sur On Va Tous Crever mais le parti pris de privilégier l’intensité et l’agressivité fait vite oublier la légère standardisation des morceaux. Qui plus est, le riffing de Sidilarsen dévoile davantage de complexité que beaucoup de groupes indus, les guitares d’« On Va Tous Crever » en tête. La formule fonctionne de manière identique sur les titres plus mélodiques, tels que le deftonien « Dans Tes Bras ». On Va Tous Crever a cette force singulière de faire oublier sa propre analyse et d’entraîner l’auditeur avec lui, en dépit de ses leitmotivs.

On Va Tous Crever est la porte d’entrée parfaite pour ceux qui ne connaissent pas encore Sidilarsen : excellent riffing, paroles évocatrices et excellente dynamique. Les auditeurs familiers du groupe se raviront quant à eux d’un propos durci qui se traduit par une production metal de haute volée. La fusion des éléments indus, metal et électro prend des allures d’orfèvrerie sur On Va Tous Crever. Rien de tape-à-l’œil, simplement du travail d’une extrême qualité avec toujours le live en perspective.

Clip vidéo de la chanson « A Vif » :

Album On Va Tous Crever, sortie le 26 avril 2019 via Verycords. Disponible à l’achat ici



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    Dana Fuchs @ Massy
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