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Live Report   

Sigur Rós aux Nuits De Fourvière : Lyon sous les fumerolles islandaises


Comment aurions-nous pu rater le passage de Sigur Rós dans la capitale des Gaules, qui plus est dans le superbe Théâtre Antique de Fourvière ? Voilà un des artistes les plus passionnants de la scène alternative de ces dernières années. Une personnalité à part, un puissant vecteur d’émotions, voilà quelques unes des raisons qui permet à l’esthétique de Sigur Rós d’attraper de plus en plus d’adepte dans ses filets. Preuve de ce succès : ce concert plein de promesses complet plusieurs mois avant le jour J.

Pas de première partie. Le groupe est seul à investir les planches. En même temps, vu tout le barda présent sur scène, on se doute qu’il aurait été compliqué de trouver un bout de scène pour y faire jouer un autre groupe. Cela offre un avantage : la possibilité d’aborder le set du groupe l’esprit frais et entièrement disponible. Et ce n’est pas un moindre mal : l’œuvre des Islandais mérite toute notre attention.

Artistes : Sigur Rós
Date : 30 juillet 2013
Salle : Grand Théâtre de Fourvière
Ville : Lyon

Il y a des paysages qui marquent les artistes qui y prennent naissance. L’Islande et le groupe Sigur Rós sont de ceux là. C’est ce que mettent en évidence leurs œuvres mais c’est aussi ce qui frappe d’autant plus lorsque l’on va assister à l’un de leurs concert, là où tout, chaque émotion, y est accentué. C’est ainsi que la musique de Sigur Rós baigne dans une atmosphère aux premiers abords froide mais réchauffée par de nombreux points chauds. Ces bassins de chaleur, on y plonge notre âme et on en savoure les vapeurs, donnant ainsi l’illusion exquise de nager à travers les nuages. Sigur Rós, ce sont les paradoxes de l’Islande transcris sur partitions. Il y a quelque chose de parfaitement réconfortant dans cette musique lente, organique, qui progressivement évolue en vagues d’intensité et embaume le somptueux théâtre antique. Et dans le même temps, une force magmatique gronde sous son écorce. C’est l’impression que peut donner cette masse épaisse d’instrumentations qui s’enchevêtre et dont on ne distingue pas toujours les composantes isolées, en particulier dans les moments où l’intensité culmine et où on se laisse dominé par les majestueux sommets.

Car pour interpréter la musique de Sigur Rós, c’est toute une armada qui se déplace : un pianiste, un guitariste, un bassiste, un batteur, un percussionniste, un duo de cordes et un autre de cuivres dont certains des membres usent également de leur voix. Et puis il y a Jón Þór « Jónsi » Birgisson, l’ange à la voix cristalline. Un chanteur véritablement époustouflant tant dans les hauteurs, la résonance que la justesse de sa voix. Aucun faux pas, aucun défaut, sans conteste plus impressionnant encore de visu que sur album. Le temps et le souffle des spectateurs sont suspendus à ses cordes vocales, en particulier lorsqu’il tient, dans un parfait silence, cette interminable note au beau milieu de « Festival ». Impressionnant. Et puis il y a cette manière avec laquelle il joue de sa guitare à l’aide d’un archet, à l’image de Jimmy Page, pionnier en la matière. Pourtant Jónsi pousse cet art plus loin que Led Zeppelin ne le faisait dans son fameux « Kashmir », en s’adjoignant l’usage d’effets sur son instrument. C’est ainsi qu’il parvient à ces passages déchirants, intenses, comme si la terre se soulevait sous nos pieds.

Tous les ressentis que procurent la musique de la formation sont accentués par un jeu de lumière très travaillé. Aveuglantes dans les moments les plus intenses. Intimistes, au contraire, lorsque la musique se fait plus douce, voire nocturne lorsque ces multitudes de petites LED éparpillées sur scène s’illuminent au bout de leurs piliers, tantôt comme des étoiles dans le ciel, tantôt comme des cierges, conférant un aspect religieux à la prestation. Pour compléter l’expérience, au fond, un écran géant diffuse des images esthétiques, tour à tour abstraites, organiques, humaines, géologiques, etc.

Fort d’un nouvel album intitulé Kveikur, il n’est pas étonnant de voir ce dernier bien investi dans la setlist. Un album imposant, à l’image de son « Brennisteinn » introductif, interprété ce soir avec brio, que ce soit sa première partie presque caverneuse dans ses effets saturés, que les hauteurs émotionnelles qu’emprunte sa seconde partie. Encore là, Sigur Rós est un artiste de contrastes. Et les chansons tristes ou celles plutôt sombres de son répertoire (la chanson-titre du dernier album par exemple) ne manqueront pas de cohabiter avec d’autres aux atmosphères plus positives, comme l’entêtant et pop « Ísjaki » ou le naïf « Hoppipolla ».

C’est la coutume dans ce théâtre de Fourvière, le lancer de coussin n’aura pas épargné Sigur Rós, même si un peu hâtif puisque le groupe n’en a pas encore fini avec son set principal. Excès d’enthousiasme ou illusion de fin ? Cela reste toujours bon enfant, même si cette fois-ci, et à ce moment précis, le jeu paraît un peu décalé et hors de propos. D’autant plus que Jónsi est connu pour souffrir de cécité sur son œil droit : comme il ne doit pas être simple dans ces conditions de jouer de la guitare avec un archet, chanter et… tenter d’éviter des coussins qui vous foncent droit dessus ! Mais cela n’empêchera pas Sigur Rós de poursuivre son show comme il l’entend, maintenant le niveau de l’interprétation et des émotions jusqu’au bout.

Et le bout c’est le traditionnel « Popplagið »: un voyage extatique et hypnotique, propulsé par cette longue montée en puissance qui laissera le public totalement vidé. Sigur Rós est une expérience à vivre, si tant est qu’on ne soit pas hermétique aux musiques contemplative. L’effort pour rentrer dans l’esthétique unique de cette formation offre en tout cas de somptueuses récompenses. Les trois mille personnes présentes sur les marches de l’amphithéâtre antique ce soir-là en sont témoins.

Setlist :

Yfirborð
Brennisteinn
Glósóli
Vaka
Ísjaki
Sæglópur
Olsen Olsen
Hrafntinna
Varúð
Hoppípolla
Með Blóðnasir
Kveikur
Festival

Rappels :
Svefn-g-englar
Popplagið



Laisser un commentaire

  • WayOfEvasion dit :

    Ambiance et magie du groupe totalement retranscrite.
    Pour coussins jetés pendant Med Blonasir, pour y avoir assister, c’était simplement l’enthousiasme et la magie de leur musique qui a fait ce qui s’est produit.
    A jamais dans ma mémoire tous comme les précédents à Arles et Toulouse

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  • Dire que j’ai raté ça…

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  • Ce soir là, j’étais hermétique, donc pas du tout vécu le même concert.

    A part que ça manque de riff (pour un métalleux) c’est dur d’avoir des repères dans cette musique. Beaucoup de montées en puissance à répétition, ce fond sonore de guitare jouée à l’archet et un chant très onomatopesque (ouhououuhhhhouuuoooooohhouooh)

    Sinon un magnifique cadre, une très belle mise en scène et des musiciens au poil.

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