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Interview   

Sinbreed sort de l’ombre


Sinbreed est un vrai groupe à part entière, que cela soit dit ! Le guitariste Marcus Siepen insiste beaucoup sur cet aspect dans l’entretien qui suit, mais il faut dire que si Sinbreed propose aujourd’hui son second album, il s’agit en réalité de son premier composé en tant que véritable groupe, le précédent opus ayant été initié et constitué avant tout par l’autre guitariste, Flo Laurin. Sans compter que Sinbreed évolue aujourd’hui dans les interstices libres laissés par Blind Guardian, partageant avec ce dernier deux de ses membres, Marcus Siepen et le batteur Frederik Ehmke, tributaires du planning de leur groupe principal. Alors un peu de pédagogie pour affirmer le statut de Sinbreed, sa différence mais aussi sa motivation, ne peut pas faire de mal.

Siepen nous parle donc de ce second album, intitulé Shadows, et de la place de Sinbreed dans sa vie artistique et par rapport à Blind Guardian qui, par ailleurs, travaille en ce moment même sur le successeur d’At The Edge Of Time et sera en tournée européenne début 2015.

« Je crois que tout le monde devrait respecter Sinbreed comme étant un groupe à part entière. Ce n’est en aucun cas le clone de Blind Guardian ou le passe-temps, le projet ou quoi que ce soit de quelques membres de Blind Guardian. »

Radio Metal : Le groupe a été formé il y a quatorze ans mais le premier album When Worlds Collide est sorti en 2010. A la base, c’était censé être un projet parallèle mais il a évolué en un vrai groupe. Qu’est-ce qui a déclenché ce changement ?

Marcus Siepen (guitare) : Je crois qu’à l’époque l’idée de départ était que… Je dois dire que je me fie à ce qu’on m’a dit, car à l’époque je ne faisais pas partie du groupe, mais d’après ce que l’on m’a dit, Flo (Laurin) avait ces titres et il désirait en faire un album. Il en a donc parlé à des amis et leur a proposé de se joindre à lui pour créer l’album ensemble. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer Sinbreed. Ils ont réalisé cet album, fait quelques concerts, puis j’en suis devenu un des membres et soudainement nous avions un groupe à part entière. Ce n’était clairement pas censé être une sorte de projet ou quelque chose dans le genre. C’est un vrai groupe qui en est maintenant à son deuxième album et qui prévoit de tourner et faire des concerts pour promouvoir celui-ci. D’autres albums et concerts sont à venir. Sinbreed a clairement évolué pour devenir un groupe à part entière.

On dirait que Sinbreed est en train d’augmenter la cadence car il n’a rien produit entre 2000 et 2010. Et nous avons maintenant deux albums. Peut-on s’attendre à un troisième d’ici deux ou trois ans ?

Eh bien, le rythme de travail pour Sinbreed sera limité à cause de Blind Guardian, car évidemment Sinbreed ne peut être actif que lorsque Blind Guardian est inactif [rires]. Nous venons de faire l’album, nous donnerons des concerts cette année, mais Frederik et moi serons en tournée avec Blind Guardian l’année prochaine, c’est sûr… Je dirais pendant un an et demi, peut-être deux ans, je ne sais pas encore exactement, mais du moment que nous sommes en tournée avec Blind Guardian, il apparaît évident que nous ne pouvons pas faire grand-chose avec Sinbreed. Sinbreed ne pourra être actif à nouveau qu’une fois la tournée de Blind Guardian terminée. C’est le seul… Je ne peux pas vraiment appeler cela un problème, c’est juste que les calendriers des deux groupes doivent être ajustés l’un à l’autre. D’ailleurs, Blind Guardian travaille en ce moment sur un nouvel album, ce qui présage du travail en studio, mais il n’y a que peu de concerts prévus. Nous avons seulement confirmé deux concerts pour cette année et cela laissera bien assez de temps à Sinbreed pour jouer en live. Mais comme je l’ai mentionné, lorsque nous partirons en tournée avec Blind Guardian, nous n’aurons pas cette chance. Nous profiterons donc de cette année autant que possible. Nous voulons vraiment donner autant de concerts que possible. Et qui sait, il se pourrait que nous commencions déjà à travailler sur de nouvelles choses, cela dépendra s’il nous vient déjà de nouvelles idées. C’est le seul hic quand on joue dans deux groupes, il faut faire correspondre les calendriers. Et puisque Frederik et moi ne pouvons pas à la fois jouer dans Blind Guardian et Sinbreed nous devons faire pour le mieux.

Est-ce que les autres membres de Sinbreed sont impliqués dans d’autres projets comme vous ?

Herbie (Langhans), notre chanteur, travaille aussi avec quelques autres groupes mais cela reste très limité. Donc ajuster le calendrier n’est pas tant un problème. Le fait que Frederik et moi soyons dans Blind Guardian, disons que c’est cela le plus gros problème pour Sinbreed. [Rires] Je n’aime pas utiliser le mot « problème », mais il est clair que nous avons certainement les engagements les plus importants en dehors de Sinbreed. En clair, les autres membres n’ont pas les mêmes contraintes que nous.

Vous avez reçu des retours très positifs sur le premier album. Considérant cela, avez-vous ressenti une forme de pression durant l’enregistrement de ce second opus ?

Non, pas vraiment, parce que je ne considère pas ça comme une pression que des gens extérieurs au groupe nous impose. Nous nous la mettons nous-même parce que nous voulons évidemment surpasser notre dernier album. Nous voulons arriver à un résultat que nous considèrerions comme étant encore meilleur. Et, évidemment, ça nous met un peu de pression sur les épaules. D’un autre côté, l’approche globale pour la composition de ce nouvel album était complètement différente par rapport au premier, car, tu sais, Flo avait tout fait à l’époque. Comme je le disais, Sinbreed était une idée de Flo et c’est lui qui a écrit toutes les chansons du premier album. A l’époque Flo s’occupait de tout. Cette fois, c’est complètement différent parce que chaque membre du groupe a participé. Tous les membres ont composé. Frederik a fait une chanson. J’en ai fait trois. Alex en a fait deux. Herbie a fait certaines choses. Flo en a fait d’autres. Ainsi, différentes influences se retrouvent automatiquement intégrées aux chansons, mais je trouve que c’était une évolution très positive car la musique sonne encore comme du Sinbreed. Ce n’est pas comme si ça sonnait comme Blind Guardian ou quoi que ce soit d’autre. Mais pourtant la musique contient davantage d’éléments ou d’ingrédients, peu importe comment tu veux appeler ça. Je ne peux que parler en mon nom, mais lorsque j’écrivais pour cet album, je n’ai pas vraiment pensé au premier opus. Je n’ai pas vraiment pensé à quel type de chansons étaient dessus ou quelles genres de critiques il avait reçu à l’époque. J’ai essayé d’aller de l’avant et de me concentrer uniquement sur ce que, pour ainsi dire, j’avais en moi sur le moment. J’ai simplement essayé d’enregistrer tout ce qui sortait de ma tête et d’en faire quelque chose de bien.

Cet album est appelé Shadows. Est-ce une référence à des paroles plus sombres ?

La plupart des paroles parlent de thèmes fantastique ou mystique un peu sombre et évidemment ça renvoie à l’une des chansons intitulée « Shadows ». Et nous aimions ça en tant que titre d’album, car c’est un titre très simple qui reste facilement en tête. C’est juste que nous aimions l’idée que l’album s’appelle « Shadows ».

« Il existe deux types de musique selon moi, la musique que j’aime et celle que je n’aime pas [rires]. »

Il s’agit d’un album de heavy metal très traditionnel, musicalement, visuellement et au niveau des paroles. Peut-on dire que Sinbreed rend hommage aux codes traditionnels du heavy metal ?

[Il réfléchit] Je ne dirais pas ça comme ça car cela signifierait que nous nous limitons à certaines choses ou à certains styles de metal. Je n’aime pas être catégorisé. Quelqu’un a mentionné plus ou moins la même chose au cours d’une autre interview que j’ai fait plus tôt aujourd’hui. Quand j’ai commencé à écrire pour cet album, je voulais vraiment rendre mes chansons différentes de ce que je ferais normalement pour Blind Guardian. Et Blind Guardian étant dans un style très complexe, avec des tonnes de couches de guitares, des orchestrations et des chœurs, et ainsi de suite, j’essaye de m’éloigner de tout ça pour Sinbreed, car cela n’a aucun sens à mon avis de rejoindre un second groupe si c’est pour jouer la même chose que dans ton groupe principal. Tant qu’à faire, autant rester dans le groupe principal et continuer à le faire là. Je voulais donc que les choses soient différentes. Ainsi, c’est devenu peut-être plus… On peut qualifier ça de traditionnel ou de chansons metal plus directes et basiques, il semblerait effectivement que ce soit ce que nous faisons en comparaison de Blind Guardian. Mais je ne pense pas que nous devrions nous limiter à cela. Par exemple, pour le prochain album, je serai complètement ouvert à tout. Mon seul but est avant tout de me distinguer de Blind Guardian, car Sinbreed est un groupe différent, donc il doit également sonner différemment. Et je ne veux pas faire exactement deux fois la même chose, c’est pourquoi je veux que le prochain album soit différent. C’est le même comportement que j’adopte lorsque je travaille avec Blind Guardian. Et je n’aime pas que l’on se restreigne et dise : « ok nous sommes ce que l’on pourrait appeler un groupe de heavy metal traditionnel des années 80 » ou quelle que soit l’étiquette que les personnes nous attribuent. Je n’aime pas ces étiquettes. Tout ce que je peux faire, pour ce qui est de la composition et ce genre de choses, c’est prendre en compte ce que j’ai en moi sur le moment. Cela pourrait être quelque chose de traditionnel, de direct, du power metal. Ca pourrait aussi être quelque chose de progressif. Ou ça pourrait être une ballade ou quelque chose de beaucoup plus thrashy. Il s’avère donc que Shadows est devenu ce qu’il est et le prochain album pourrait bien être totalement différent, particulièrement à cause du fait que chaque membre du groupe compose. De toute façon les horizons s’élargissent car tout le monde ressent des choses différentes au moment où nous composons. Donc différentes influences sont mises en commun et notre boulot c’est de réunir tout ça dans une chanson de Sinbreed ou dans un album de Sinbreed. Je ne veux pas être limité au metal des années 80 ou celui des années 90 ou quel qu’il soit. Je veux toujours être en mesure de faire ce que j’ai envie de faire à l’instant donné.

Est-ce que tu as aussi des influences musicales qui ne sont en fait pas du metal ?

J’écoute toutes sortes de choses, tu sais. Mes goûts musicaux sont très simples. Il existe deux types de musique selon moi, la musique que j’aime et celle que je n’aime pas [rires]. Du moment que j’apprécie ce que j’écoute, je me fous de savoir que ce soit du metal, de la pop, du rock ou autre chose. A titre d’exemple, pour montrer qu’il y a beaucoup de choses en dehors de metal que j’aime vraiment : je suis un grand fan de Pink Floyd, un grand fan également de Dire Straits qui est un groupe qui a produit de grands classiques. J’aime aussi beaucoup Joe Bonamassa qui est un guitariste incroyable… Il a y une tonne de choses. J’ai toujours été fan des groupes comme Jethro Tull ou Bad Religion. Je suis totalement éclectique dans mes goûts et il est clair que toutes ces choses peuvent influencer mon travail. Pink Floyd peut être une influence quand je compose une chanson de metal alors même que cette dernière ne ressemblera en rien à ce que fait Pink Floyd. David Gilmour restera une énorme source d’inspiration pour moi, car il est juste un guitariste d’enfer. Ces personnes-là seront toujours là pour m’inspirer. C’est la même chose à propos de Joe Bonamassa ou de Mark Knopfler.

L’album comprend des apparitions de Joost van den Broek (After Forever) et Morten Sandager (Mercenary) aux claviers, et Thomas Rettke (Redkey, ex-Heaven’s Gate) au chant. Peux-tu-nous en dire plus sur ces invités ? Ces chansons étaient-elles écrites spécifiquement pour ces derniers, en ayant en tête qu’ils seraient présents dessus ?

Non. Rien n’a été écrit pour eux. Ce sont des personnes que nous connaissons depuis des années. C’est typique : je suis ami avec un groupe, alors on se dit : « viens jouer sur mon album et je jouerai sur le tiens lorsque l’occasion se présentera », et nous passons du bon temps ensemble. Mais rien n’a été écrit expressément pour eux. Quelles que soient les choses que nous avons composées pour cet album, tout a été composé pour les cinq membres de Sinbreed. Et si nous parlons stricto sensu du chanteur, alors on peut dire que tout a été composé pour Herbie. Les invités n’ont joué aucun rôle dans l’écriture des chansons ou quoi que ce soit. Et aussi, ce n’est pas vraiment quelque chose que nous avions planifié, donc lorsque nous avons commencé à composer, nous ne savions pas que ces gars joueraient en tant qu’invité. Ceci n’est arrivé que plus tard de manière spontanée. Ils n’ont eu aucune influence sur l’écriture des chansons.

Il y avait aussi quelques invités sur le premier album. Est-ce une chose que vous voulez systématiser ?

Eh bien, de toute évidence ça s’est fait ainsi avec le premier parce que Flo voulait faire l’album alors que Sinbreed n’était pas encore un groupe stable à l’époque. Maintenant, il y a des invités qui pourraient revenir sur le prochain. Je n’ai jamais eu de problème avec le fait d’avoir des invités. J’ai moi-même joué sur des albums d’amis. Je trouve que c’est quelque chose de sympa à faire mais il n’y a rien d’arrêté. Ce n’est pas comme si Sinbreed était voué à devenir le groupe qui aura toujours des invités. Ça pourra être le cas à nouveau la prochaine fois, comme ça pourra ne pas être le cas, je ne sais pas. Comme je l’ai dit, c’est quelque chose qui se produit spontanément. Ce n’est pas quelque chose que nous prévoyons dès le départ. Nous ne constituons pas une grande liste de gens que nous voulons voir apparaître sur l’album. Ça pourrait arriver, ou pas. Je ne sais pas encore.

Est-ce que le fait que deux membres de Blind Guardian soient présents dans le groupe a davantage attiré l’attention sur lui ?

Je crois que ça attire automatiquement l’attention sur Sinbreed, évidemment, car Blind Guardian n’est pas vraiment un groupe inconnu [rires] et beaucoup de gens nous posent des questions là-dessus. Il y a des gens qui ne peuvent pas s’empêcher de comparer et de rechercher des éléments propres à Blind Guardian dans les chansons de Sinbreed. Mais, comme je l’ai déjà dit, la chose qui est très importante pour moi, c’est que je ne veux surtout pas que Sinbreed sonne comme Blind Guardian. C’est pareil pour Frederik. Sinbreed est un groupe à part et nous prenons tout ceci très au sérieux. Evidemment les deux groupes jouent du metal et il y a des gens qui portent leur attention sur Sinbreed parce que deux membres de Blind Guardian y officient. Mais je crois que tout le monde devrait respecter Sinbreed comme étant un groupe à part entière. Ce n’est en aucun cas le clone de Blind Guardian ou le passe-temps, le projet ou quoi que ce soit de quelques membres de Blind Guardian. Il s’agit d’un vrai groupe que nous prenons très au sérieux. Bien sûr, il n’y a rien de négatif à proprement parlé si le fait que Frederik et moi venons de Blind Guardian peut rendre les gens conscients de l’existence de Sinbreed. Cependant les gens ne devraient tout simplement pas s’attendre à ce que Sinbreed soit un reflet de Blind Guardian. Il s’agit d’un groupe en tant que tel.

Interview réalisée le 26 février 2014 par Metal’O Phil
Retranscription et traduction : Thibaut Saumade et Spaceman
Introduction : Spaceman

Site Internet de Sinbreed : Sinbreed.com

Album Shadows, sorti le 28 mars 2014 chez AFM Records.



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