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Interview   

Une singularité nommée Tid


Depuis qu’il s’est fait connaître grâce à son passage de six ans dans Ghost, on a découvert en Martin Persner un esprit créatif bouillonnant. Nous avions évoqué avec lui son groupe Magna Carta Cartel qu’il a remis sur les rails suite à son départ de Ghost, mais il est un autre de ses groupes, sans doute plus étonnant encore, Tid, avec qui il a sorti son troisième disque fin 2016, baptisé Fix Idé. Étonnant par la singularité de sa musique, de son format, mais aussi de son univers tout entier, avec des inspirations puisées dans des sphères très larges, allant de l’Inde aux aventures d’Astérix le gaulois !

Du coup, comme nous avions le guitariste sous la main, nous n’avons pu résisté à l’interroger sur Tid, pour en savoir plus sur cette étrange mais non moins passionnante entité musicale. Et ça tombe bien : les trois disques Bortom Inom (2007), Giv Akt (2010) et Fix Idé (2016) viennent tout juste d’être réédités.

« Tu connais le chien Idéfix, le petit chien d’Astérix ? Si tu mets ce mot à l’envers, ça devient Fix Idé […]. C’est de là que vient le titre [petits rires]. »

Radio Metal : Tu as sorti l’année dernière l’album Fix Idé avec Tid, et la musique sonne un peu comme un étrange mélange de groupes tels que Samael, Rammstein et même Ghost, d’une certaine façon, avec un côté gothique. Comment vous-êtes vous retrouvés avec ce mélange et ce son originaux ?

Martin Persner (guitare) : Tout d’abord, je n’ai jamais écouté Samael ! Je suis sérieux ! Et j’ai découvert qu’ils avaient une chanson qui s’appelle « Year Zero » [petits rires], qui est un peu similaire à notre « Year Zero » (chanson de Ghost écrite par Martin, NDLR). Et c’est vrai, je ne l’avais jamais écoutée. Je ne sais pas, peut-être que les humains sont ce qu’ils sont et au bout d’un moment l’imagination atteint ses limites. Mais Rammstein, absolument ! J’adore Rammstein parce que je les trouve très classieux. J’aime une grande partie de leur musique. Mais l’idée derrière Tid, lorsque nous avons commencé, c’était censé être heavy et très ésotérique, et très atmosphérique. Mais pour ce dernier album, Fix Idé, nous… Tu connais KLF, le groupe britannique, Kopyright Liberation Front ? Ils ont sorti un album, The White Room, et ensuite ils ont commencé à faire des singles de transe à partir de chaque chanson, et il y a une chanson qui s’appelle « Last Train to Trancentral ». J’adore cette chanson parce qu’elle sonne comme si tu étais debout dans le vent, ça souffle et c’est comme si quelque chose d’important était en train de se produire. Donc je voulais essayer de faire ça parce que… Je viens d’une famille avec quatre frères ; deux de mes frères ont toujours écouté que de la musique électronique ; c’est comme ça que je me suis mis à Jean-Michel Jarre, Vangelis, Koto, etc. Donc j’ai beaucoup de cette influence dans ma musique. Avant je me battais contre eux lorsque j’étais jeune, en disant que ce n’était pas de la vraie musique, mais lorsque j’ai grandi, j’ai compris qu’évidemment, si, c’était de la vraie musique. Peu importe si ça vient de Beethoven assis seul dans une pièce à écrire des partitions ou si c’est un mec devant son ordinateur, ça reste de la musique. Mais je voulais avoir ce sentiment d’urgence et comme si quelque chose d’important était en train d’être dit.

Donc nous avons essayé de faire le mélange le plus dégueulasse que nous pouvions pour le morceau d’ouverture de Fix Idé « Dumhetens Gudinna », « La Déesse De La Stupidité », pour que ça sonne comme un morceau de disco européen joué par Neurosis [petits rires], plus ou moins. Et par rapport à la façon dont nous sommes arrivés à ce mélange, je ne sais pas. Simon et moi avons écrit cette chanson il y a peut-être dix ou onze ans, lorsque nous faisions nous-mêmes la fête chez nous, et nous l’avons baptisée « La Fête D’Anniversaire Des 30 Ans Des Voisins » parce qu’elle sonnait comme une chanson que tu n’avais pas envie d’entendre à travers le mur chez tes voisins qui font la fête, comme une putain de chanson horrible et dégueulasse [petits rires]. Ensuite nous avons eu l’idée : « Pourquoi n’essayons-nous pas de la faire avec Tid pour que ça sonne comme une discothèque futuriste dégueulasse où tu n’as pas envie de te trouver ? » [Petits rires]. Donc nous avons fait ça, parce que ça sonnait cool ! Et ça sonnait différent. Pas différent juste pour être différent. Nous aimions la chanson parce que nous n’arrêtions pas de revenir dessus, genre « c’est un bon riff, c’est une bonne chanson. » Donc nous avons commencé comme ça. Mais je ne sais pas trop pour ce qui est du mélange, vraiment, parce que c’est… Imagine une vieille église abandonnée, d’abord c’était une église, ensuite McDonalds l’a rachetée et a fait un MacDonalds dedans pendant trente ans, et ensuite c’est devenu autre chose et maintenant c’est une fiesta avec plein de… Comme une discothèque dans Mad Max! C’est comme ça que cette chanson est censée sonner.

Et puis les autres chansons, comme « Aurora Surrealis », ça a été fortement influencé par la musique de film contemporaine à la Hans Zimmer, notamment une bonne partie de sa musique pour Inception. Nous voulions faire quelque chose de complètement… Rien ne changeait durant la chanson, tu ne fais que prendre le même riff et faire plein de choses différentes avec, comme Refused l’avait fait sur l’album The Shape Of Punk To Come, ils avaient le même riff pour une chanson et ils ont fait, genre, cinq versions différentes de ce riff et ensuite c’est devenu la chanson. C’est marrant ! Tid est plus facile et plus libre. C’est plus facile de composer pour ce groupe parce que je n’essaie pas d’imiter autre chose. En un sens, évidemment que si. Tu parles de Rammstein, bien sûr que ça m’évoque Rammstein, ce sont des guitares heavy et un gars qui chante en suédois au lieu de l’allemand, bien sûr que ça sonne comme Rammstein en un sens, mais à la fois, je ne sais pas…

Comme tu viens de nous parler de deux des chansons, peux-tu nous parler des deux autres ?

Bien sûr, « Solens Nya Namn », celle-ci, nous avions un vieux riff… Parce que j’écoute beaucoup d’Hector Berlioz, un vieux compositeur classique, et j’ai fait ce que j’appelais un riff à la Berlioz, et ensuite nous avons commencé à mettre ça en place dans une chanson, et nous étions influencés par de la musique de film pour celle-ci également – en fait, je ne me souviens plus quoi pour cette chanson en particulier. Et aussi, tu connais les vieux films français d’Astérix ? En gros, il y en a un où il fait les douze travaux et il se rend à Rome, ou peu importe, et la musique dans ce film était tellement étrange… C’était de toute évidence de la musique originale faite pour ce film, mais elle avait des sons tellement étranges et il y avait des parties, lorsqu’ils vont sur l’ile avec les déesses sexuelles et tout, et c’est de la musique pop avec des violons très années 60, mais il y a une atmosphère étrange ! Donc nous avons mis la tête là-dedans pour voir ce qu’ils y faisaient, comprendre pourquoi ça sonne si étrange et pourquoi est-ce que ça me plait autant. Donc nous avons utilisé un peu de ça pour les couplets, lorsque nous avons fait appel à Fia Kempe – de The Great Discord, un très bon ami à nous – plus ou moins comme un synthétiseur, genre : « Fia, peux-tu faire des harmonies comme ci et comme ça ? » donc c’était ça l’idée de cette chanson. Et en fait, c’est pour ça que… Tu connais le chien Idéfix, le petit chien d’Astérix ? Si tu mets ce mot à l’envers, ça devient Fix Idé, une « idée fixe » (« fixed idea » en anglais, NDT), ce qui est un super titre. C’est de là que vient le titre [petits rires].

« Nous venons d’une petite ville et ça te rend rêveur. […] Ça vient d’une envie de s’évader, d’être ailleurs et de rêver du monde, et de mettre ça sur papier et en musique. »

« Demimond », évidemment, c’est le mot français pour demi-monde ou bien c’est aussi un vieux mot pour « pute » (demi-mondaire, NDLR). A la même époque où j’ai écrit « Sway », j’ai écrit une autre chanson baptisée « Demimond » qui n’est jamais sortie, c’était bien avant MCC et tout, car « Sway » est plus vieille que MCC. Et nous avons utilisé cette vieille démo pour créer une nouvelle chanson, et je crois qu’en fait, c’est ma chanson préféré parmi toutes celles que j’ai faites, « Demimond » ! J’adore cette chanson ! Je trouve que c’est la meilleure chanson que j’ai jamais écrite, pour plein de raisons. J’aime les paroles et tout. Elle a été conçue en ayant « Hey Jude » des Beatles ou « One Day Like This » du groupe britannique Elbow comme modèle – en gros, tu pars dans un voyage vraiment très monotone pour ensuite, au final, qu’on t’ouvre les portes pour te récompenser – des mélodies et du mouvement. J’ai toujours aimé ce genre d’arrangement dans les chansons. Comme une histoire. J’ai le sentiment que cette chanson a quelque chose de magique en elle, plus encore que nos autres chansons.

Et vous avez aussi une intro et une outro, « Bom Shiva » et « Nadir »…

Ouais, « Bom Shiva » est ce qu’ils disent en Inde lorsqu’ils prient Shiva, « Bom Shiva », « merci Shiva », qui est le dieu de la destruction et aussi celui du renouveau. Et « Nadir » est l’opposé du zénith – c’est peut-être un petit calembour, je ne sais pas. Le zénith est lorsque le soleil est au plus haut et nadir est lorsqu’il est de l’autre côté, lorsqu’il est le plus sombre, de l’autre côté de la Terre, genre à minuit, le noir total. Et « Nadir » est juste une prolongation de « Demimond », c’est la même chanson mais avec d’autres paroles. L’idée est que « Demimond » est une histoire qui commence par parler du futur et d’espoir, et on passe à travers une porte au milieu de la chanson, lorsque ça devient heavy, pour penser au passé qu’on ne peut pas changer, et l’enfer de vivre avec les mauvais souvenirs du passé qui ne s’estomperont jamais. Et ensuite, tout d’un coup, la chanson devient une machine, avec des synthétiseurs, ça devient digital. Et après ça, tu reviens soit cinq cent ans avant la guerre nucléaire ou cinquante ans après, il y a un feu de camp et tu es assis et tu chantes à nouveau cette vieille chanson dans « Nadir », comme si tu te remémorais le bon vieux temps, dans un certain sens. Donc « Nadir » n’est qu’une version en berceuse de « Demimond ».

Es-tu souvent influencé par d’autres cultures ? Je veux dire que tu as mentionné l’Inde, le mot français « demi monde » ainsi que les références à Astérix…

Ouais, absolument ! Tout le temps ! En fait, le monde est génial. Ce n’est pas comme si je recherchais ça, vraiment, c’est juste que ça reste en moi. Parfois tu entends, ressens ou te souviens de quelque chose d’intéressant, mais ce n’est pas comme si je me posais dans une bibliothèque à essayer de trouver des trucs. Ce sont juste des choses que j’ai retenu. Donc ouais, absolument, les cultures différentes… En fait, nous venons d’une petite ville et ça te rend rêveur. Si j’avais été né à New York, j’aurais probablement… Il y a de supers musiciens qui viennent de New York, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit [rires], mais pour ma part, je pense que ça vient d’une envie de s’évader, d’être ailleurs et de rêver du monde, et de mettre ça sur papier et en musique, ça aide beaucoup. Mais d’un autre côté, ce n’est que ce que j’aime dans ces cultures. Ce n’est pas comme si je connaissais énormément de choses sur la culture indienne globalement. Je n’ai jamais été en Inde, je ne pense pas… [Réfléchit] J’y ai été ? Non, je ne sais plus [rires].

Tid est assez inclassable. Etait-ce votre but : proposer quelque chose de frais et nouveau ?

Lorsque nous écrivons pour Tid, c’est très tentant d’être… Genre « merde, ça sonne vraiment bizarre ! » Et au début, tu dis peut-être : « Oh, on ne peut pas faire ça. » Et ensuite tu dois te demander pourquoi on ne pourrait pas faire ça ? « Oh, parce que peut-être que telle ou telle personne n’aimera pas. » Et ensuite, tu es là : « Rien à foutre ! C’est intéressant, j’aime bien ! » Donc non, ce n’est pas comme si nous essayions d’être étranges et différents, ce n’est que ce que nous pouvons proposer, et si nous aimons, alors nous aimons. Ce n’est pas comme si nous nous posions avec une calculatrice à essayer d’être spéciaux et différents, et genre : « Oh, essayons d’être bizarres ! » C’est plus que nous avons une idée, et ça peut être une idée que nous avons piqué à une émission pour enfants des années 70, ou une idée née autour d’un film d’Astérix ou peu importe. Tid est très amusant en ce sens parce qu’il n’y a pas de limite. Mais évidemment, ça sonne limité parce que c’est fait avec des instruments normaux, c’est-à-dire du chant crié, des guitares, etc. mais si tu écoutes bien la musique, et si un orchestre classique la jouait, ça sonnerait assez étrange, je pense. Je ne sais pas ! Mais l’idée principale a toujours été de faire de la musique que nous aimions et qui dépeignait cette chose étrange et sérieuse… Comme une autre dimension !

L’album est assez court, était-ce une intention spécifique qu’il fasse moins de trente minutes ?

Ouais, absolument. A chaque fois. Nous avons sorti trois albums, ou trois EPs, avec Tid. Tous sont courts parce que pour moi, personnellement, et pour Simon, Arvid et tous les gars dans le groupe, je pense que nous nous accordons tous sur le fait que… Car la musique, tout du moins pour nous, c’est comme plonger dans un autre monde, et personnellement, j’ai un très… Je suis très frénétique, je suis toujours pressé et tout, j’ai beaucoup de mal à rester intéressé pendant plus de quatre ou cinq chansons. Donc pourquoi présupposer que quelqu’un d’autre serait capable de rester intéressé plus longtemps que ça ? Je préfère quitter quelqu’un et que celui-ci souhaite plus, plutôt qu’il ne souhaite moins [petits rires].

« A une époque où tu peux tout savoir sur tout le monde, ce qu’ils mangent au petit-déjeuner, qui ils baisent ou pas, avec qui ils sont mariés et autre, peut-être que c’est très rafraîchissant de ne pas tout dire à tout le monde et laisser les gens fantasmer un peu. »

Qu’est-ce qui te fait qualifier Fix Idé comme un album plus qu’un EP, comme les deux premiers ?

Je ne sais pas ! C’était la maison de disques qui voulait que nous appelions ça un album [petits rires]. Moi j’appelle ça un EP ou un single, je ne sais pas. En gros, c’est un EP.

Tu as déclaré que l’illustration est un élément important de l’album. Peux-tu nous parler de cette interconnexion entre l’illustration et la musique ?

Pour l’illustration du dernier, qui a été fait avec Claudio, j’avais une idée et je lui ai dit que je voulais avoir quelqu’un qui se tient debout devant un énorme portail. J’imaginais que tu puisses à peine voir la personne, comme s’il était une petite fourmi sur la pochette mais ensuite, il a essayé, et il est bien plus malin que moi pour ce qui est des illustrations et tout, et il m’a dit que sur la pochette d’un CD, on ne pourra pas voir ça. C’est en gros une personne devant un portail vers autre chose. Mais ça nous a toujours intéressé de mélanger une atmosphère futuriste avec des vérités anciennes, d’une certaine façon. Donc c’est pourquoi toutes nos pochettes sont plus ou moins pareilles, car c’est un mélange entre Alien ou Predator et l’Egypte… Certaines personnes pourraient mentionner Stargate mais je n’aime pas Stargate [petits rires], donc je ne dirais pas ça. Il y a quelque chose d’intéressant avec l’espace, le futur et aussi les anciennes vérités sur Terre ou peu importe. Car, Claudio écrit une partie des paroles et j’en écris une autre, et c’est toujours écrit comme si tu avais trouvé un vieux manuscrit suédois datant de centaines et centaines d’années prédisant le futur, comme si ça venait d’un monastère ou quelque chose comme ça. C’est censé sonner comme du vieux suédois qui parle de malheur pour le futur, de la peur de celui-ci et de ce qui va se produire. Donc c’est toujours écrit dans un suédois très simple et intelligible avec des rimes, mais c’est volontaire.

Claudio est aussi réalisateur de films. Comment ceci impacte son travail dans Tid ?

Je le connais depuis bien avant qu’il ne tienne une caméra, plus ou moins, donc je ne sais pas ! C’est difficile à dire parce que j’étais à ses côté depuis qu’il a commencé à filmer des documentaires. Il a fait quelques documentaires… Il a fait un documentaire sur Erik Danielsson de Watain, tu devrais le regarder ! C’est un très bon documentaire personnel sur Erik. Mais en fait, c’est difficile à dire parce que, toujours, lorsque nous écrivons de la nouvelle musique pour Tid, nous nous asseyons et parlons de ce que ça doit nous faire ressentir, ce dont ça doit avoir l’air et tout, et Claudio est grandement responsable de ça mais par rapport à ses films… Je ne sais pas. Le tout premier clip qu’il ait jamais fait pour nous était pour « Aurora Surrealis ». Je ne sais pas quel impact ça a eu mais c’est en phase avec ce que nous faisons, avec les forêts, le côté mystique… En gros, le sentiment de quelque chose d’ancien, et pourtant étrange et nouveau. Je suis désolé, ça sonne comme quelqu’un qui est défoncé, mais je ne suis pas défoncé, peut-être que je l’ai trop souvent été, je ne sais pas [rires].

Il y a ce grand symbole qui apparaît sur l’illustration, et on dirait que vous le construisez d’album en album…

Ouais, c’est le cas ! Nous l’avons développé, donc c’est de plus en plus… La première fois, c’était juste un symbole qui avait l’air très tranché et minimaliste, juste TID, un T, un I et un D. Pour le suivant, nous avons ajouté un triangle et le cycle lunaire. Et maintenant, nous avons aussi ajouté X, Y, Z, qui sont les trois dimensions, et le T du temps, qui est la quatrième dimension, tout du moins pour nous. Donc ouais, nous continuons à le développer.

Qu’est-ce que ce symbole représente pour vous ?

Ce symbole représente tout le bien que ça fait d’écrire de la musique, et que c’est un havre de paix pour créer et m’exprimer. Et je suis sûr que c’est pareil pour tous ceux qui sont impliqués. Parce que c’est palpitant et on ne sait pas ce qui va se passer, et on ne sait pas au préalable comment ça a va sonner. C’est un terrain de jeu. Voilà donc ce que ce symbole signifie pour nous : la liberté d’expression, tout du moins pour nous.

On sait à quel point Ghost également se repose beaucoup sur les symboles. Est-ce le côté mystique des symboles que tu apprécies ?

J’adore ! Bien sûr, absolument. C’est une des raisons principales. Le côté mystique. Ça interloque. A une époque où tu peux tout savoir sur tout le monde, ce qu’ils mangent au petit déjeuner, qui ils baisent ou pas, avec qui ils sont mariés et autre, peut-être que c’est très rafraîchissant de ne pas tout dire à tout le monde et laisser les gens fantasmer un peu. Car je pense que c’est ce que les gens veulent sans le savoir.

T’es-tu intéressé aux anciens écrits qui employaient des symboles, comme en Egypte, etc. ?

Ouais, bien sûr. Il clair que je lis beaucoup sur le sujet mais j’aime tous ces types de choses, Sumériens, Egyptiens, etc. Toutes les anciennes cultures. Car, bien sûr, même si tu considères les sorcières brûlées en Europe au XVIIème siècle, nombre de ces personnes étaient probablement simplement très douées pour soigner les gens et avaient de vieilles compétences pour naturellement le faire, et ensuite, ils les ont tué, et ils ont surement éliminé énormément de savoir. Si c’était resté, peut-être qu’aujourd’hui les choses seraient différentes. Le savoir des différentes cultures, c’est très intéressant parce que peut-être qu’ils savaient quelque chose qui est mort avec eux.

« Je ne veux pas vraiment passer ma vie dans le monde de Tid [petits rires]. C’est un exutoire pour moi, ça sert à échapper à tout le reste, mais je préfère passer mon temps et mes idées dans MCC, c’est plus agréable d’y vivre. »

Dans la vidéo de la chanson « Sway » de Magna Carta Cartel, on peut voir un autocollant Tid sous la télé. Y a-t-il une raison particulière pour ce clin d’œil ?

Ouais, parce que nous voulions que les gens voient que nous sommes également dans Tid [rires]. Non, c’était plus comme un message secret, mais ouais, voilà.

Tu travailles avec ton frère Arvid dans MCC et Tid. Peux-tu nous en dire plus sur ta relation avec ton frère ?

Nous avons plus ou moins les mêmes goûts musicaux, ce qui est une bonne chose et aussi parfois une mauvaise chose, parce que ce serait… Mais il écoute un peu plus de pop que moi, je pense, dans la musique contemporaine. Ce n’est pas forcément qu’il aime ça mais ça l’intéresse pour les idées. Donc, absolument, c’est une bonne chose. D’un autre côté, c’est très dur d’être frères et de travailler dans le même groupe, parce que plus tu es proche de quelqu’un, plus tu peux te comporter comme un connard avec lui quand les choses deviennent stressantes ou autre. Donc c’est une bonne et une mauvaise chose.

Et qu’est-ce qui t’a poussé à prendre une guitare et lui la batterie ?

Il est plus jeune que moi de huit ans. Il avait six ans quand il a eu son premier kit de batterie, je crois ; il était bien plus jeune que moi. J’ai commencé à jouer de la guitare lorsque j’avais environ dix ans. Comme notre père était professeur de musique, il y avait des guitares et des vinyles partout dans la maison. Donc je n’ai pas joué avec Arvid avant qu’il n’ait… Je crois qu’il a commencé à jouer avec nous lorsqu’il avait dix-sept ans, et ensuite, nous avons joué ensemble pendant très longtemps. J’ai choisi la guitare simplement parce que ça m’intéressait. Mais il joue aussi de la guitare, bien sûr. Je pense que c’est juste qu’il voulait jouer de la batterie quand il était gamin, donc on lui a acheté un kit.

Vous n’avez joué qu’une seule fois avec Tid en live. Ça ne vous a jamais intéressé de faire plus de concerts ?

Ouais, mais c’est dur lorsque tu es en Amérique et que Tid est en Suède. Depuis 2010, nous étions constamment sur la route avec Ghost et lorsque tu avais du temps libre, ce n’est pas comme si tu avais envie d’aller chez toi, commencer à répéter avec Tid et faire un concert, non, ça ne donnait pas du tout envie. Maintenant, depuis que nous avons sorti Fix Idé, nous en avons un peu discuté. Mais je pense que la majorité de mon énergie, et notre énergie, car c’est plus ou moins les mêmes personnes dans les deux groupes, va dans MCC aujourd’hui. Mais je pense que tout le monde est très intéressé pour jouer live avec Tid parce que c’est vraiment amusant.

Qu’est-ce qui te pousse à te concentrer davantage sur MCC que Tid ?

Parce que Tid est une chose pour laquelle je, ou nous, ne pouvons pas trouver… je veux dire que nous avons sorti trois albums de Tid sur une période de sept ans. Alors qu’avec MCC, nous faisons de la musique et trouvons des idées tout le temps. Tid est plus difficile à entretenir et nourrir avec des idées. C’est un projet bien plus lent. Parce que je n’ai pas tant de musique sombre qui sort de moi que ça – et ça vaut aussi pour les autres. Ça ne vient pas vraiment comme ça… Je pourrais sans doute me poser là tout de suite pendant un mois et écrire un nouvel album de Tid mais je ne suis pas certain qu’il sera bon. Ça vient plus lentement, c’est tout. Pour cinq chansons de MCC, il se peut qu’il n’y ait qu’une chanson de Tid – ou peut-être dix chansons de MCC pour une de Tid. MCC, je pense, est plus proche de mon cœur pour ce qui est de ce que je veux faire au quotidien, alors que Tid est une chose vers laquelle tu peux t’échapper, comme un refuge. Il y a une différence dans l’écriture et l’atmosphère. Si je devais choisir, je choisirais probablement MCC mais je n’ai pas à le faire, donc tout va bien ! Mais je préférerais faire une carrière musicale avec de la musique que j’écoute tous les jours. C’est aussi ça le truc, car MCC reflète la musique que j’écoute tous les jours, plus ou moins, alors que je n’écoute presque jamais de musique plus heavy, très sombre et agressive. Evidemment que j’en écoute de temps en temps mais pas autant que j’écoute Vangelis, ABBA, Jean-Michel Jarre et Mike Oldfield. Et en partie parce que je ne veux pas vraiment passer ma vie dans le monde de Tid [petits rires]. C’est un exutoire pour moi, ça sert à échapper à tout le reste, mais je préfère passer mon temps et mes idées dans MCC, c’est plus agréable d’y vivre.

Interview réalisée par téléphone le 6 mai 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Tid : timeisdivine.com.

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