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Interview   

Sinsaenum : faire dégueulasse mais faire bien


Sorti de nulle part, Sinsaenum semble faire partie de cette vague de groupes nous ramenant aux bases du death metal : une musique crue et sans artifice, un exutoire pour déverser sa haine. Et pour sortir une telle musique c’est un plateau de choix que l’on nous remet, car il s’agit aux commandes de Frédéric Leclercq (Dragonforce) qui revient à la guitare, son premier amour (comme nous en parlions déjà la fois précédente), accompagné de Stéphane Buriez (Loudblast), du duo de chanteurs Attila Csihar (Mayhem) et Sean Zatorsky (Dååth), du bassiste Heimoth (Seth), et derrière la batterie : Joey Jordison (ex-Slipknot). Des musiciens qu’on ne présente plus et qui n’ont plus à faire leurs preuves.

Et malgré les emplois du temps de ministre qu’ont chaque membre du groupe, ils ont réussi à trouver le temps depuis 2016 pour sortir deux albums et un EP, et ils s’apprêtent à s’élancer dans leur première tournée sous la bannière Sinsaenum. Nous avons rencontré les deux guitaristes français en amont de la sortie de Repulsion For Humanity, pour discuter (sans langue de bois) de ce deuxième essai, qui voit à la fois la musique du groupe et son travail collaboratif évoluer, de la mise en retrait temporaire d’Attila, des influences du combo et de son avenir.

« Ce à quoi nous nous attachons aussi à fournir avec Sinsaenum, c’est de réinventer une histoire à chaque fois. Ce n’est pas d’avoir une recette et de la reproduire à chaque fois […]. Le premier album était peut-être plus encadré parce qu’il y a des règles de death metal que je voulais bien respecter, parce que c’était mon premier album de death aussi. »

Radio Metal : En 2016 vous avez sorti votre premier album, en 2017 vous êtes revenus avec un EP et en 2018 vous sortez votre second album. Quelle est l’origine de cette activité très régulière : simplement l’envie créative ou bien aussi la volonté de maintenir la présence médiatique du groupe ?

Stéphane Buriez (guitare) : En l’occurrence, Fred qui est le compositeur principal du groupe, a toujours un coup d’avance. Pour le premier album, c’était des morceaux qu’il avait déjà composés depuis un petit bout de temps. Il voulait faire cet album, un peu en hommage au death metal, avec les interludes, etc. Ce premier album est sorti avec des morceaux déjà existants, mais il avait encore composé des morceaux et avait déjà préparé l’EP. Nous nous sommes donc dit qu’il fallait sortir l’EP rapidement, parce que malheureusement, nous n’avons pas pu tourner avec notre premier album, car vu nos emplois du temps respectifs, déjà, nous ne savions pas si nous allions tourner. C’est quand nous nous sommes tous retrouvés ensemble que nous nous sommes dit que la magie fonctionnait et qu’il fallait que nous tournions. Mais l’EP était aussi une façon de faire patienter nos fans et de leur dire : « Voilà, on vous respecte, on sait que vous voulez nous voir en concert, on est là, ce n’est pas un superband comme on a pu le dire, c’est un vrai groupe, il va donc y avoir une suite à Echoes Of the Tortured ; Ashes vous donne un petit peu la lignée de ce vers quoi nous allons tendre pour ce nouvel album. » L’idée était aussi que nous avions de la matière, nous avions des morceaux, donc pourquoi attendre un an de plus alors que Fred avait déjà composé pratiquement tout l’album et nous avait déjà envoyé tous les titres ? Car nous bossons beaucoup via Internet, nous nous envoyons tous les fichiers ou autres, parce que nous sommes tous un petit peu éclatés aux quatre coins de la planète. Il y a deux Ricains, un Hongrois, et trois Français, c’est vrai que ce n’est pas facile de nous retrouver toujours tous ensemble. Donc l’idée était aussi de faire une suite assez rapide au premier album et à l’EP, qui est un peu de transition, pour rappeler aux gens que c’est un vrai putain de groupe et pas juste un projet. C’est un vrai groupe. Et un vrai groupe, c’est censé tourner et sortir des albums. Donc nous avons toujours nos groupes respectifs, que nous ne faisons pas passer après, mais nous nous arrangeons toujours pour que nos emplois du temps fonctionnent avec les emplois du temps de chacun.

As-tu participé malgré tout à la composition de l’album ?

J’ai composé un titre sur le nouvel album, qui s’appelle « Insects ». Ce qui est intéressant dans ce nouvel album, c’est que c’est une autre ère pour Sinsaenum. Je pense que nous avons vraiment trouvé notre truc. Autant le premier album était un premier album, avec des morceaux qui était déjà existants, autant sur Repulsion For Humanity, c’est ce que nous avions amorcé avec Ashes, qui était en quelque sorte l’introduction à ce que nous allions proposer sur ce nouvel album.

Et tu n’avais pas peur que le style de Loudblast, au niveau de la composition, prenne un peu le dessus ?

Pas du tout, parce que ça reste Fred qui compose la majorité des morceaux, et qu’en plus l’identité Sinsaenum est ce qu’elle est, c’est-à-dire que quand je cherche des riffs pour Sinsaenum, je ne pense pas Loudblast. C’est notre métier, nous sommes tous musiciens professionnels, et à un moment, tu sais aussi changer de casquette. Il ne faut pas qu’il y ait de vases communicants. Après, forcément, quand j’ai composé « Insects », Fred est repassé derrière pour changer des trucs, des harmonies, pour trouver une façon d’interpréter le titre, etc. C’est aussi important qu’il y ait cette deuxième lecture de chacun de toute façon, parce que tu n’as pas forcément toujours la bonne formule, et c’est comme ça que nous entreprenons de travailler avec ce groupe. C’est un travail commun, où chacun a une lecture, un avis à donner, et c’est aussi comme ça que nous avançons sur la carrière du groupe qui est une carrière de jeune groupe.

Entre chaque morceau du premier album on retrouvait un interlude, or ici ce principe a disparu. Par contre, on dirait que les éléments que vous exploitiez avant dans les interludes, vous les exploitez désormais dans les morceaux eux-mêmes. D’où vient cette idée de changer le travail sur les interludes ?

Frédéric Leclercq (guitare) : Nous l’avons fait sur le premier album, donc ça ne servait à rien de refaire la même chose. Nous ne sommes pas un groupe avec une formule établie, du genre à faire des interludes à chaque fois. Le peu qu’il y a, je ne considère pas ça comme des interludes, ce sont juste des morceaux qui se terminent, et ça arrive peut-être deux fois où il y a un son, comme à la fin de « Manifestation Of Ignorance » où ça part dans « Sacred Martyr ». Sinon non, il n’y a pas ce travail qui avait été fait sur le premier album. Et ça n’a pas été changé parce que les gens critiquaient, c’est juste parce que c’était déjà clair dans nos esprits, c’était clair dans ma tête qu’il n’y aurait pas d’interlude sur celui-là. Ça avait son propos sur le premier, qui racontait une histoire, qui était plus posé, très poli dans le sens travaillé. Là, c’est un album en colère, donc il n’y a pas tellement la place pour de belles transitions. Autant dans le premier album nous voulions emporter les gens dans une histoire, alors que là nous voulions juste leur foutre une claque dans la gueule.

« A la fin de ‘Forsaken’, le dernier morceau, c’est un long solo de guitare. Ça, c’est un dernier gros doigt d’honneur aux gens, en mode : ‘Vous venez de vous taper un album de death metal, maintenant, vous avez un solo d’une minute trente, avec du synthé derrière, allez tous vous faire enculer.' »

Le son des guitares semble très ancré dans un héritage de la scène floridienne du début des années 90, on y entend tour à tour les vieux Death, les vieux Morbid Angel, etc. C’est ça vos références non seulement en termes de musique mais aussi de son ?

Pas sur cet album-là, au contraire. Autant sur le premier album ça l’était, mais pas sur cet album-là parce que justement nous avons voulu changer. Ça reste quand même dans le style, à la base nous venons de la même école, ce sont des groupes qui nous ont influencés, donc forcément c’est normal qu’il y ait cette couleur dans l’harmonie, dans la manière de poser les choses. Mais au niveau du spectre du son lui-même, ce n’était absolument pas le but. Là, nous nous dirigions vers quelque chose de plus proche de Pantera sur The Great Southern Trendkill, s’il fallait citer quelque chose, plutôt que justement faire une prod floridienne, ou une prod de death metal standard. C’est ce que nous voulions sur le premier album, même si nous avions eu la chance de travailler avec Jens [Bogren], ce qui fait que de toute façon nous avons déjà eu un son qui avait une identité propre, qui n’était pas floridienne parce que de toute façon ça a été fait en Suède. Mais non, ce n’est absolument pas le cas. Peut-être par certains côtés, mais pas le son de guitare en lui-même.

Stéphane : Après, ce à quoi nous nous attachons aussi à fournir avec Sinsaenum, c’est de réinventer une histoire à chaque fois. Ce n’est pas d’avoir une recette et de la reproduire à chaque fois que nous sortons un album ou un EP. C’est aussi penser à l’évolution du groupe en termes d’identité sonore. Les groupes que nous aimons – tu citais Morbid Angel – à la fois, Morbid Angel, même étant dans des productions floridiennes du Morrisound, à chaque album ils se sont attelés à avoir une production différente, un son différent, parfois un peu gênant où tu te disais : « Merde, ça fait bizarre ce n’est pas aussi dynamique que sur les autres prod, mais il y a un truc qui se passe. » Je pense que c’est aussi là-dedans que nous trouvons les meilleurs albums, parce que justement, ils racontent une autre histoire. Ce n’est pas une énième prod qui sonne bien mais qui n’a pas d’identité.

Frédéric : Et l’exemple de Morbid Angel est clairement un exemple à suivre. Généralement, en tout cas au début, c’était un album sur deux : Altars Of Madness est très cru, le deuxième est très produit, ensuite il y a Covenant qui est très cru, ensuite Domination qui est très produit, et ça continue encore avec Formulas Fatal To The Flesh et Gateways To Annihilation. J’ai toujours trouvé ça très intéressant comme principe, bien que ça n’ait pas été calculé comme ça, il se trouve que le parallèle me plaît, je trouve que c’est bien de se réinventer à chaque fois, en surprenant la personne plutôt qu’elle se dise : « Ca y est, ils ont trouvé leur producteur. » Ashes, c’est différent, c’est un EP, donc là, c’était vraiment pour prendre la température, c’était un avant-goût. Mais sans trop m’avancer, je pense que l’album prochain sonnera encore différemment de celui-là.

Ce second album explore peut-être un panel plus large d’influences dans le death metal. Finalement le travail de remise en question et diversification que tu as opéré avec DragonForce, Fred, n’as-tu pas fait un peu le même avec Sinsaenum, d’une certaine façon ?

Peut-être, je n’ai pas vraiment fait le parallèle. C’est juste ma manière de voir la musique. Le premier album était peut-être plus encadré parce qu’il y a des règles de death metal que je voulais bien respecter, parce que c’était mon premier album de death aussi, donc peut-être que c’était important – ça, c’est l’analyse d’après, ce n’est pas pendant. Je pense que c’était aussi important de présenter une première carte de visite, et de dire : « Tu vois, je sais le faire. » Peut-être, en analysant, toujours est-il que pour cet album-là, pour ma part et pour ce que j’en ai composé, c’était plus le fait de savoir avec qui nous faisions l’album, de connaître les gens, passer du temps avec eux, ça aide à emmener quelque part, c’était ma première source d’inspiration, finalement, au-delà de la musique elle-même. La musique, comme tu le disais tout à l’heure, ça fait longtemps que nous avons digéré nos influences, donc elles ressortent. Là, nous ne nous sommes pas mis de barrière, nous ne nous sommes pas dit : « Je ne vais pas mettre ci, je ne vais pas mettre ça. » Nous choisissons une couleur au départ, c’est le death metal. L’idée, c’était plus que tout soit un vecteur pour exprimer tous ces sentiments négatifs et violents. Donc si ça se transforme en punk, en grind, en thrash… Ou par exemple, à la fin de « Forsaken », le dernier morceau, c’est un long solo de guitare. Ça, c’est un dernier gros doigt d’honneur aux gens, en mode : « Vous venez de vous taper un album de death metal, maintenant, vous avez un solo d’une minute trente, avec du synthé derrière, allez tous vous faire enculer. » Nous ne nous sommes pas mis de limite, à nous dire : « Ça, ça fait peut-être un petit peu trop rock’n’roll ; ça, ça fait peut-être un petit peu trop punk. » Au contraire, tous les moyens étaient bons, et je pense que c’est intéressant. C’est notre manière aussi d’aimer la musique. Si tu regardes notre playlist, ce n’est pas juste du death metal de A à Z et puis rien d’autre. Je pense qu’au bout d’un moment, il faut aussi arrêter d’essayer de se focaliser sur un genre.

Stéphane : Et puis surtout de mentir aux gens, parce que nous ne sommes pas comme ça.

Frédéric : Tout ce qu’on a en soi, on le ressort. Et du coup, avec Dragonforce, c’est la même démarche. C’est pour ça que l’album est varié, c’est parce que j’écoute des choses qui sont variées. C’est honnête. J’écoute plein de choses, donc quand vous écoutez ma musique, il y a forcément plein de choses.

Stéphane : C’est ça, Sinsaenum. C’est honnête.

« Pour Sinsaenum, ça vient très naturellement, c’est quelque chose qui me plaît, je suis inspiré par tous ces sentiments négatifs qui doivent ressortir, donc c’est un très bon exutoire. Pour Dragonforce, je vais peut-être un petit peu plus me forcer parce qu’il faut exprimer des choses un petit peu plus positives. »

Repulsion For Humanity a été enregistré pendant ce long hiver 2018 lorsque le groupe logeait ensemble dans une maison ; même Joey Jordison a pu enregistrer avec le reste du groupe cette fois. C’était important de faire ça à l’ancienne et d’être tous ensemble ? Quelle était l’ambiance en studio et dans cette maison ?

En amont, il y a déjà eu un travail. Comme je te le disais tout à l’heure, géographiquement nous ne sommes pas au même endroit, donc il y a déjà eu tout un travail en amont où Fred envoyait tous ses titres, où nous avons écouté, où nous avons dit : « Qu’est-ce que tu penses de ça ? » etc., pour trouver des arrangements; Fred arrivait avec ses idées d’orchestration, ou pas… Il y a toujours eu en amont ce travail qui a été fait. C’est vrai que nous programmons des batteries, mais il n’y a rien de tel que de se retrouver ensemble dans une même pièce, et là ce n’est pas pour se dire de buffer, c’est juste que quand tu as Joey en face de toi, tu lui dis : « Qu’est-ce que, toi, tu verrais comme roulement, qu’est-ce que tu ferais ? » Et donc il te propose dix roulements différents, et voilà, tu avances comme ça, tu structures tes morceaux comme ça. Et au bout de quinze jours, tu as l’album que tu rêvais d’avoir sans jamais vraiment avoir imaginé que ça serait comme ça. Tout simplement. Parce que le fait de confronter ses avis et d’avoir la personne en face de toi, ça provoque d’autres idées, ça provoque d’autres envies, et parfois ça ne marche pas le premier jour, et tu reviens le lendemain, tu dis : « Attends, pourquoi on n’a pas eu notre truc ? » Et le fait de vivre aussi comme ça, en vase clos, d’être tous ensemble tout le temps, nous vivions, nous mangions, nous buvions…

Frédéric : Nous chiions… Je pense que tu te retiens de le dire [rires].

Stéphane : Nous étions Sinsaenum, toute la journée, toute la nuit, nous n’avons fait que ça, c’est-à-dire que nous ne sommes même pas sortis. Nous n’avons rien fait d’autre pendant quinze jours que le studio et l’endroit où nous habitions. Heimoth et Sean nous ont rejoints en cours de session. Ce n’est pas une mince affaire avec nos emplois du temps à tous, mais nous avons réussi à tous nous focaliser sur cette période pour nous retrouver et pouvoir faire cet album.

Est-ce que le fait que ça ait été enregistré en hiver a changé quelque chose ?

Frédéric : Non, parce que ça a été composé en été [rires]. Donc j’imagine que si ça avait été composé en automne, ça aurait été encore pire ! Plus sérieusement, ça a été composé sur un an, peut-être. Il y a eu donc tous les temps. J’ai composé quand il faisait chaud, quand il faisait froid, la nuit, le jour, donc non, la haine est toujours là. C’est vrai que pendant l’enregistrement en lui-même, le fait qu’il fasse un temps de merde à Nantes a contribué, donc c’est cool, mais je ne pense pas que ça ait influencé énormément sur le résultat. Disons que sur le moment, tu te complais là-dedans, tu te dis : « Ah, génial, il fait moche, c’est exactement ce qu’il fallait ! » Là, c’était ça. Mais en fait, ça n’influence pas plus.

Stéphane : Nous n’avons pas besoin de ça pour avoir la haine.

En revanche, Attila Csihar n’a pas pu beaucoup participer à cet album car occupé sur d’autres engagements. Vous n’étiez pas inquiets de perdre une des spécificités du groupe, c’est-à-dire le chant à deux voix ?

Frédéric : Non. À la base, forcément, il était censé être sur l’album, mais nous en avons discuté dès les sessions de Ashes. Attila était chez moi, et il me disait qu’il pensait que ça allait être compliqué, parce que nous avions déjà un plan. Vu que tout le monde est occupé, nous sommes obligés de vraiment nous y prendre à l’avance. Donc nous discutions de ce que nous devions faire, et il disait qu’il pensait qu’il allait être pris car il avait beaucoup de choses à faire, et il m’a dit : « Mais ne m’attendez pas, il faut battre le fer tant qu’il est chaud, il faut en profiter, on ne va pas perdre plus de temps, on n’a pas réussi à tourner pour le premier album, là on va sortir un EP, il faut faire l’album, et il faut y aller. Donc ne m’attendez pas. » Donc je pense que vu que les morceaux étaient en train de se faire, inconsciemment, j’ai dû faire en sorte qu’il y ait peut-être moins de morceaux qui collent à Attila, donc je pense qu’on ne va pas ressentir ce manque parce que Sean fait un travail exceptionnel et je pense qu’à aucun moment les gens ne se diront : « Ah, ça aurait été mieux si Attila était là », parce que ce n’est pas le propos. Attila a quand même participé à des paroles, il a fait des backing, il fait toujours partie du groupe, mais simplement pas sur cet album-là et pas sur cette tournée-là. Nous aurions aussi pu arranger les choses, embellir pour ne pas essayer de perdre des fans, faire des photos – parce que nous avons fait des photos quand nous étions ensemble tous les cinq -, nous aurions pu les faire sur un fond noir et coller Attila par Photoshop, les gens n’y auraient vu que du feu, puis nous aurions enrobé. Là pour le coup, nous préférons expliquer les choses clairement comme elles sont, si les gens comprennent tant mieux, et s’ils ne comprennent pas tant pis.

Est-ce que ce n’est pas finalement le risque d’un tel groupe avec plein de projets à côté, est-ce que vous n’êtes pas voués à avoir constamment un membre indisponible par ci, par là ?

C’est le risque, oui.

Stéphane : Nous le savions au début de toute façon. Attila n’est pas sur l’album et ne sera pas sur la tournée, enfin, il est sur l’album mais pas en tant que chanteur principal comme il l’était sur le premier album, mais encore une fois, il y a des membres qu’on ne peut pas changer. Après, s’il y en a un qui ne peut pas être là, il ne sera pas là et ça sera comme ça. Nous connaissons les règles du jeu à la base.

« Répulsion pour l’humanité c’est exactement ce que ça veut dire, il n’y a pas de sens caché, c’est exactement ça. […] C’est exactement ce que nous ressentons tous les jours de notre vie. »

Au final, quel impact a eu sur Sean Zatorsky la mise en retrait d’Attila ?

Frédéric : Rien. Comme un poisson dans l’eau. Ça ne l’a pas stressé, il était plutôt content du challenge, et nous étions contents aussi. Je pense que ça serait vraiment être de mauvaise foi de dire « ça serait mieux si… ». Il a vraiment sa place comme il faut. Sur scène, il faudra adapter certains morceaux où il y avait la voix d’Attila, mais l’album n’a pas souffert de ça. Ça aurait été différent, mais ce n’est pas moins bien ou mieux, c’est juste différent. Pour en revenir à ce que nous disions avant, les gens doivent bien comprendre que Sinsaenum est une entité, et dans le concept de groupe, les gens sont vachement attachés au line-up, genre : « Oh là, là, si lui n’est pas là, ce n’est plus pareil ! » Alors qu’un restaurant continue à tourner quand il n’y a pas son serveur, ou alors il peut y avoir une saison dans une série où il n’y a pas tel personnage. Les gens ont d’autres impératifs, et ça n’empêche rien. Ce qui est important, c’est la musique. Quand les gens auront compris ça et qu’ils arrêteront de s’attacher à un line-up comme si c’était primordial, même si c’est important, je pense qu’à partir de là, les gens devraient être un petit peu plus souples. En tout cas, de notre côté, c’est comme ça que nous le voyons. Ce n’est pas ne pas attacher d’importance aux autres membres, parce que ce n’est absolument pas le cas. Nous sommes tous solidaires et tous très proches les uns des autres, et nous sommes justement assez proches pour nous dire, comme l’a fait Attila, « allez-y sans moi »…

Stéphane : Nous sommes tous au service du groupe. Et être au service du groupe, c’est aussi se dire parfois : « Je ne peux pas être là, je ne vais pas ralentir le groupe. » Ce n’est pas pour ça que je ne serai plus là après, c’est juste que, imagine que tu aies une tournée qui tombe en dernière minute et que tu étais engagé sur autre chose, voilà, c’est tout, tu te fais remplacer, il n’y a pas mort d’homme.

Frédéric : Donc si les gens le comprennent comme ça, on est bien. Et encore une fois s’ils ne comprennent pas, qu’ils aillent se faire foutre.

Stéphane : Oui. Et puis encore une fois, il est encore un peu trop tôt pour en parler, dans le sens où pour l’instant, nous sommes tous bien ensemble.

Fred tu as composé tout un album de Dragonforce que tu as sorti entre les deux albums de Sinsaenum. La composition, c’est quelque chose qui te vient facilement ?

Frédéric : Là, je suis en session pour composer le nouvel album de Dragonforce. Donc je sors d’un truc pour aller à l’autre. Ça vient facilement dans la mesure où quand ça me plaît, c’est peut-être parfois plus dur pour Dragonforce parce qu’il faut peut-être que je dirige un peu. Pour Sinsaenum, ça vient très naturellement, c’est quelque chose qui me plaît, je suis inspiré par tous ces sentiments négatifs qui doivent ressortir, donc c’est un très bon exutoire. Pour Dragonforce, je vais peut-être un petit peu plus me forcer parce qu’il faut exprimer des choses un petit peu plus positives, quoique le dernier album est un petit peu plus « noir », enfin c’est vraiment du blanc avec quelques touches de gris. Moi, l’art, je le préfère quand c’est négatif, triste, sombre, donc pour moi c’est plus naturel que ça sorte dans ce sens-là. Donc ce n’est pas une corvée en tout cas que de travailler sur les morceaux. Pour le moment, en tout cas, ça se passe bien, j’arrive à passer du coq à l’âne sans trop me poser de questions. On verra quand il sera temps de composer le troisième album. Là j’avoue que je n’ai pas composé de morceaux pour Sinsaenum depuis la fin de l’album, c’est assez récent.

Tu n’es jamais victime du syndrome de la page blanche ?

Non. Enfin pour le moment. On verra.

Fred, tu as dit au sujet de la musique que « c’est radical, c’est violent, c’est énervé, encore plus énervé. » Est-ce que ça vous rend plus serein dans la vie de vous défouler avec cette musique ? On parle souvent de thérapie…

C’est pour ça qu’on fait de la musique !

Stéphane : On serait déjà en train de t’égorger sinon… [Rires]

Frédéric : C’est pour ça que nous avons choisi la musique quand nous étions jeunes, c’est pour ça que tu l’as choisie aussi. Je pense que toi, par exemple, tu as tes raisons pour écouter ce style de musique, pourquoi tu n’écoutes pas ce qu’il y a à la radio ? Donc oui, pour nous c’est un exutoire, nous avons la chance de pouvoir nous exprimer artistiquement, ce n’est pas que par envie, c’est aussi par nécessité. Maintenant, oui, je trouve que c’est bien au final de le transformer en quelque chose de positif, et pour nous, et pour les gens qui apprécient ce style de musique. Comme tu l’as dit et comme je l’ai dit tout à l’heure, c’est un exutoire. Après, je préfère autant me retourner sur l’art, sur mes amis, mon entourage… Répulsion pour l’humanité c’est exactement ce que ça veut dire, il n’y a pas de sens caché, c’est exactement ça.

Stéphane : C’est exactement ce que nous ressentons tous les jours de notre vie.

Ce n’est donc pas un titre « pour faire » death metal…

Frédéric : Non, il n’y a pas de « pour faire ».

Stéphane : Nous faisons du death metal, parce que nous sommes death metal. C’est dans nos peaux.

Frédéric : C’est ça ! [Rires]

« Nous, c’est quelque chose d’organique, de dégueulasse, ce n’est pas un gros son pour faire sauter les minettes dans un festival. Nous ne faisons pas du Parkway Drive. […] Nous passons quand même beaucoup de temps à faire ça, à faire ce qui paraît dégueulasse, mais c’est juste que nous faisons ça bien, honnêtement, mais c’est vraiment à l’encontre des canons de ‘pour faire plaisir au public’. »

Fred, tu as aussi dit au sujet de l’album qu’ « il n’est certainement pas destiné à satisfaire la population de masse et à rentrer dans les playlists des radios. […] Vous ne trouverez rien de commercial. » Est-ce que le terme « commercial » est un gros mot pour vous ?

Frédéric : Non, ce n’est pas un gros mot. Ça dépend, en fait. C’est toujours pareil, il ne faut pas trop sortir ça de son contexte. Si je ne voulais pas être commercial, je n’aurais pas de maison de disque, je ne serais pas en train de te parler, je ferais de la musique que pour moi. Ce que je veux dire par « commercial », c’est faire les suites d’accords que tout le monde fait, quatre accords, ou rajouter de la mélodie. En fait, pas faire ça honnêtement. Nous, ce que nous faisons avec Sinsaenum, c’est honnête. Nous avons nos autres groupes à côté, nous n’avons pas besoin de Sinsaenum pour nous faire de l’argent ou quoi que ce soit, nous en avons besoin comme exutoire. C’est une démarche artistique. Ce que j’appelle « commercial », c’est juste mettre de l’eau dans son vin pour que ça plaise aux gens.

Stéphane : Nous aurions plutôt tendance à faire le contraire ! C’est-à-dire que s’il y a quelque chose qui à nos yeux a trop d’emphase, ce n’est pas pour Sinsaenum, en tout cas pas pour cet album-là. Nous sommes plutôt allés vers le truc d’en mettre moins, pour être vraiment efficaces et juste aller droit au but, sans fioriture, en tout cas pour certains morceaux. Là où nous avons voulu en mettre, nous en avons mis, et là où il n’y en avait pas besoin, nous avons enlevé.

Dans la bio promo il est mentionné que « Sinsaenum a affiné sa propre identité, très loin du typique deah metal ou du metal moderne que l’on peut entendre un peu partout ces derniers temps. » Est-ce que cette phrase reflète votre vision et si oui, que reprochez-vous au death metal d’aujourd’hui et au metal moderne ?

Frédéric : Je ne l’écoute pas…

Stéphane : …moi non plus…

Frédéric : …donc je ne peux pas te dire ! [Rires]

Stéphane : Il y a des groupes de death metal modernes ?

On avait par exemple parlé avec Patrick Mameli de Pestilence, qui crachait un peu sur les groupes de death technique, disons comme Archspire ou Rings Of Saturn…

Mais ce n’est pas du death metal, ça ! [Petits rires] Pour nous, ce n’est pas du death metal.

Frédéric : Je ne m’intéresse pas à ce qui se fait aujourd’hui. C’est juste que notre démarche est sincère, ce que j’entends par « death moderne », c’est au niveau de la production du son. C’est quelque chose de très travaillé en studio, très poli, alors que là, ce n’est pas du tout le cas. Nous, c’est quelque chose d’organique, de dégueulasse, ce n’est pas un gros son pour faire sauter les minettes dans un festival. Nous ne faisons pas du Parkway Drive. Je n’ai rien contre eux ! Je suis allé faire un festival, ils étaient en tête d’affiche le vendredi : très bien ! Nous, ce n’est pas ce que nous recherchons, ce n’est pas la démarche, que ce soit des paroles à la musique, à la pochette, c’est un ensemble. Et forcément, ça parle aux gens, ce n’est pas non plus un suicide commercial, parce que c’est travaillé, ce n’est pas non plus chier dans un micro et puis : « Tiens voilà », et trois cassettes copiées. Nous passons quand même beaucoup de temps à faire ça, à faire ce qui paraît dégueulasse, mais c’est juste que nous faisons ça bien, honnêtement, mais c’est vraiment à l’encontre des canons de « pour faire plaisir au public ». Ça ne fera pas forcément plaisir à des spécialistes, mais ce n’est vraiment pas pour faire plaisir à la masse.

Stéphane : Il faut d’abord que ça nous plaise. Après, si ça ne plaît pas, tant pis.

Il y a une chanson dans l’album qui s’intitule « My Swan Song », soit « mon chant du cygne ». Est-ce que c’est un morceau que vous aimeriez entendre à vos funérailles ?

Frédéric : Je n’entendrai rien ! [Rires] J’aurai choisi autre chose, je ne sais pas, je voudrais me faire cramer…

Stéphane : Pareil ! On entendra le bruit de crépitement de mes os en train d’éclater !

Frédéric : Je n’en sais rien, je prendrai un truc un peu plus gai. « My Swan Song » est un très bon morceau, mais je n’ai pas la prétention de vouloir m’écouter à mes funérailles, et que les gens disent : « Ah, c’était bien ce qu’il faisait ! » Ou alors : « Ce n’est pas génial… » Je ne fais pas de nombrilisme à ce point-là.

Comment est-ce que vous vous sentez par rapport à cette première tournée ? Est-ce que ça requiert une préparation particulière ou bien votre longue expérience à tous de la scène suffit ?

Stéphane : Nous avons forcément l’expérience des tournées, nous faisons ça depuis des années, toujours en groupe, mais c’est aussi une nouvelle expérience pour nous, en tant que nouveau groupe. C’est une première tournée, en plus, donc il y a une vraie préparation de ce que nous voulons aussi voir sur scène, et ce que nous ne voulons pas voir sur scène. Car Sinsaenum est un groupe qui va droit au but, ce n’est pas un groupe qui triche, donc c’est avant tout savoir jouer correctement nos titres. Et le gros du travail, c’est surtout du travail personnel chacun de son côté, à bien assimiler toute la setlist et vraiment être au top au moment où nous allons nous retrouver pour répéter. Mais il n’y a pas de fébrilité, nous sommes juste enthousiastes, ça fait depuis le premier album que nous attendons ce moment, donc nous voulons que ce soit un moment privilégié, surtout un moment où nous avons travaillé suffisamment en amont pour nous faire plaisir et faire plaisir aux gens, parce que c’est ce que nous cherchons avant tout. Même si pour le premier album nous n’avions pas vraiment pensé à tourner, quand nous nous sommes retrouvés tous ensemble pour préparer les deux clips à l’époque de Echoes Of The Tortured, nous nous sommes dit qu’il fallait que nous jouions en live. Ça s’est révélé obligatoire. Il y a une espèce d’alchimie qui a fonctionné tout de suite. Nous avons la chance de pouvoir enfin commencer à tourner sur une belle tournée européenne, dans de beaux endroits, donc oui, ça va se préparer, mais ça va être notre première tournée, donc il faut que nous la réussissions. Je n’aurais pas d’autre chose à te dire parce que ça paraît simple, mais à la fois, c’est énormément de travail en amont, parce que nous devrions partir pour près d’un mois et demi, donc il y a toute une logistique à mettre en place, avec des personnes qui viennent d’un peu de partout, à regrouper dans les équipes. Donc c’est un beau challenge, que nous allons relever à nouveau, parce que ça fait partie des choses qui te motivent quand tu es musicien. C’est justement le fait que ça ne soit pas toujours facile, le fait qu’à un moment, si un truc ne va pas rouler il faut que tu trouves la solution, et nous allons avancer comme ça jusqu’à ce que nous démarrions la tournée.

Avez-vous déjà pu répéter ensemble, ou est-ce que vous allez le faire ?

Frédéric : Là, nous allons le faire. Nous l’avions fait comme disait Stéphane, nous avions répété pour faire les deux clips. Mais là, depuis, nous n’avons pas répété. Nous avons jammé dans la mesure où nous étions ensemble dans la baraque, donc on prenait la gratte, on tapotait comme ça. Il n’y a pas eu de vraie répète dans une salle de répète, avec les amplis branchés, etc. Donc là, nous allons faire ça ensemble.

Interview réalisée en face à face le 5 juin 2018 par Matthis Van Der Meulen.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt.
Transcription : Robin Collas.
Photos : Anthony Dubois.

Site officiel de Sinsaenum : www.sinsaenum.com

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