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Chronique   

Sinsaenum – Repulsion For Humanity


Les amateurs de death metal qui avaient préférer ignorer Sinsaenum jusque-là feraient mieux de réviser leur jugement : la formation all-stars passe aujourd’hui clairement un palier. Sinsaenum, formation de death metal emmenée par le bassiste de Dragonforce Frédéric Leclercq, s’est déjà illustrée via un premier album, Echoes Of The Tortured (2016), qui proposait un retour aux racines d’un death metal classique mais chiadé, entrecoupé d’interludes travaillés. Sinsaenum avait décidé d’ancrer sa présence au sein de la scène avec un EP plus direct intitulé Ashes (2017), avant de revenir désormais avec son second opus, sobrement intitulé Repulsion For Humanity. Tout est dans le titre.

Sinsaenum a des allures de super-groupe, mais ses membres mettent l’accent sur le fait que ce n’est pas qu’un projet annexe. Pour rappel, Frédéric Leclercq est assisté de Stéphane Buriez de Loudblast, du batteur Joey Jordison (ex-Slipknot), du bassiste Heimoth (Seth) et des chanteurs Sean Zatorsky (Dååth) et Attila Csihar (Mayhem). Sinsaenum n’est pas le premier groupe de ses membres, ce qui enlève le poids de la « rentabilité » qui pourrait exister pour ce dernier. Cela permet à ses membres de suivre une démarche sans entrave, radicale ; essentiel lorsqu’on s’adonne au death metal, le vrai, l’authentique. Ainsi, Repulsion For Humanity est sans compromis, sans fioriture. La production rappelle en partie la scène floridienne des années 90 – bien que le groupe revendique avoir voulu s’en détacher et se rapprocher d’un son à la Pantera sur The Great Southern Trendkill, il faut croire que les influences de base reviennent toujours au galop – avec ces guitares épaisses, incisives et arides, et une batterie mat aux harmoniques étouffées. Quoi qu’il en soit, le son de Sinsaenum n’a pas pour objectif de « faire sauter les minettes dans un festival », dixit Frédéric Leclercq. Repulsion For Humanity est violent, froid et direct. Il pue le mal et la haine. Il suffit d’apprécier la lourdeur oppressante de « Manifestation Of Ignorance » ou les vocaux bestiaux du titre éponyme en ouverture pour avoir un aperçu de l’atmosphère noire de l’album. Le groupe sait, cependant, faire parler sa polyvalence, que ce soit justement au travers de riffs massifs tels ceux à la Obituary de « Final Resolve » ou des très rapides « Repulsion For Humanity » et « Rise Of The Light Bearer ». A ce titre, il faut rendre hommage au jeu de Joey Jordison qui, s’il ne fera pas l’unanimité sur son choix sonore de batterie, semble être parfaitement à l’aise dans les compositions racées de Sinsaenum. Mention spécial au travail de roulement et aux blasts du très nordique et épique « My Swan Song ».

Il ne faut pas s’y tromper, le choix de recourir à une production organique et sans artifice ne dessert pas la musique de Sinsaenum et son intensité, bien au contraire. Certains y trouveront une forme de nostalgie, d’autres y verront la seule façon de produire le death metal véritable. Quoi qu’il en soit, tout ceci n’empêche pas un soin apporté aux compositions. « Final Resolve » voit la participation des Tambours du Bronx, appuyant la puissance rythmique et apportant une touche tribale. « Insect » est entrecoupé par une plage ambiante à donner la chair de poule. « Sworn To Hell » nous gratifie d’enchevêtrements de voix et de moments plus calmes, mais pas moins lugubres, illustrés par une voix susurrée – une vitrine pour l’impressionnant travail effectué par Sean Zatorsky en la quasi-absence d’Attila Csihar sur cet album. « I Stand Alone » reprend la panoplie d’arpèges et de chants en murmures sournois, avant d’atterrir sur un riff sludge que n’aurait pas renié Crowbar et qui aura de quoi donner des courbatures aux plus expressifs d’entre nous. A ce titre, le travail des guitares est à souligner : lorsqu’on tend l’oreille, chaque riff est accompagné d’une petite ligne mélodique qui empêche la brutalité de l’opus d’être totalement monolithique. En outre, les soli dévoilent toute l’inspiration des musiciens, que ce soit le florilège de notes malsain de « Nuit Noire » ou les exercices plus classiques proches du thrash de « Manifestation Of Ignorance ». L’album se conclut par le dantesque « Forsaken », neuf minutes d’une progression qui trouve son point culminant dans un solo de guitare d’une minute trente à donner des frissons, littéralement. Comme quoi la violence pure peut se revêtir une très belle parure.

Sinsaenum accentue ce que l’EP précédent pouvait indiquer : avec Repulsion For Humanity, le groupe a cherché à être plus rentre-dedans, en témoigne l’absence d’interlude. Cependant, en dépit de l’accent constant mis sur la fonction d’exutoire des compositions, Repulsion For Humanity profite d’une véritable variété et comprend une pléthore de moments qui touchent à l’orfèvrerie, ouvrant les horizons du groupe et l’empêchant de devenir une sorte de simple « death revival ». De toute façon, ce dernier s’en moque. Il fait ce qu’il aime avec une honnêteté inébranlable et un talent certain. C’est très simple, si on aime le death metal, Repulsion For Humanity est indispensable.

Lyric video de la chanson « Sacred Martyr » :

Clip vidéo de la chanson « Final Resolve », comprenant la participation des TAMBOURS DU BRONX :

Album Repulsion For Humanity, sortie le 10 août 2018 via earMUSIC. Disponible à l’achat ici



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