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Interview   

Skunk Anansie : du chaos à l’ordre


Mark Richardson - Skunk AnansieLe nouvel album de Skunk Anansie est tout en contrastes : par son titre Anarchytecture opposant chaos et ordre, par son habile mélange musical entre rock brut et sonorités électro ou encore par des textes très intimes, se démarquant de ceux plus globaux, bien qu’également très sombres – comme la chanteuse Skin nous l’évoquait à l’époque – du précédent disque Black Traffic.

Batteur de la formation, mais aussi chercheur et sportif à ses heures perdues, Mark Richardson nous a parlé de ce chaos organisé que représente l’écriture d’un disque de Skunk Anansie. C’était également l’occasion d’aborder la participation en tant que jury de la chanteuse Skin a la version italienne de l’émission X-Factor ainsi que les recherches auxquelles Mark collabore, avec l’université de Chichester, sur les bénéfices de la pratique de la batterie sur le corps et l’esprit humain.

Skunk Anansie

« Nous sommes de toute façon tous des personnes assez chaotiques. En disant ça, ce que je veux dire, c’est que nous nous amusons beaucoup, donc c’est difficile de faire en sorte que le travail soit fait [petits rires]. »

Radio Metal : Votre album précédent, Black Traffic, était votre première sortie indépendante via votre propre label. Avez-vous été satisfaits de cette décision ?

Mark Richardson (batterie) : Ouais, nous sommes très contents de la façon dont nous avons tout enregistré nous-mêmes, tout payé par nous-mêmes et puis sorti l’album. Ça fonctionne très bien. Dans le climat actuel des choses, lorsque tu as une aussi grosse communauté de fans que nous, ça n’a aucun sens de signer sur une grande maison de disque. Nous sommes vraiment contents de la façon dont les choses évoluent.

Le nouvel album s’appelle Anarchytecture, qui est un titre intéressant en raison du contraste entre le côté chaotique de l’anarchie et celui plus ordonné et organisé de l’architecture. Peux-tu nous en dire plus sur le sens de ce titre ?

Il signifie différentes choses aux différents membres du groupe. Nous étions en Italie et, comme d’habitude, nous avons attendu la dernière minute pour trouver un titre et notre manageur disait : « J’ai besoin d’un titre ! J’ai besoin d’un titre ! » [Petits rires]. C’est comme ça que ça se passe pour chaque album. Quelques mots sont venus en discutant. L’un d’eux était « anarchy », qui n’a pas beaucoup d’intérêt tout seul, et l’autre était « architecture », qui là aussi n’a pas beaucoup d’intérêt tout seul. Mais Skin a eu l’idée de fusionner les deux. Ce que ça signifie, pour moi, c’est le fait de construire un album à partir d’une situation chaotique, car Skin avait beaucoup de boulot en Italie cette année, à essayer d’apprendre l’italien et ne pas toujours être au studio, et nous avions pour la première fois un producteur… Et puis nous sommes de toute façon tous des personnes assez chaotiques. En disant ça, ce que je veux dire, c’est que nous nous amusons beaucoup, donc c’est difficile de faire en sorte que le travail soit fait [petits rires]. Donc, pour moi, le titre met en avant le fait que cet album a été construit autour d’un contexte chaotique. Pour Skin, je sais qu’elle décrit ça comme le fait d’essayer de construire une maison de verre autour d’une émeute ; l’émeute étant sa vie et la maison de verre représentant la volonté de créer un environnement sûr. Pour Cass, il y aurait un penchant politique, surtout par rapport aux événements récents et, de façon générale, l’état du monde. Je ne sais pas comment Ace verrait ça mais ce serait probablement quelque chose en rapport avec les guitares [petits rires].

Lorsqu’on regarde les paroles de cet album, l’amour est l’un des thèmes importants mais abordé sous un jour très sombre, avec des chansons comme « Love Someone Else » et son clip décadent ou « Death To The Lovers ». Pourquoi avoir choisi de parler de ce thème d’une façon aussi sombre ?

Je pense que c’est simplement l’état d’esprit qu’avait Skin cette année. Elle admet ouvertement que c’était une année très difficile pour elle, personnellement. Je ne peux pas rentrer dans les détails parce que je ne les connais pas mais il était évident, en lisant les paroles, que c’était une année très dure émotionnellement et ça se reflète sur l’album. Celles-ci sont parmi mes paroles préférées qu’elle ait jamais écrite. De bien des façons, elle semblait extrêmement vulnérable, plus profondément qu’auparavant, je pense, surtout sur la dernière chanson « I’ll Let You Down », qui est une façon incroyable de finir l’album, sur une note légèrement triste. Selon moi, c’est plein d’espoir parce que pour quiconque, le fait d’être aussi honnête et ouvert vis-à-vis de ce qu’il ressent, ça représente une porte qui s’ouvre et qui peut lui permettre d’avancer vers de nouveaux horizons. C’est quelque chose de très positif, je trouve. Je pense qu’en comparaison, Black Traffic était surtout une vue du monde, alors que cet album est surtout une vue personnelle. Il y a quelques chansons, comme « Bullets » ou « We Are The Flames », qui sont plus orientées politique et social, mais de façon générale, c’est un album bien plus personnel sous la perspective de Skin.

Skunk Anansie - Anarchytecture

« [L’album] semble moins trafiqué, ce qui est étrange parce qu’il y a bien plus de programmation ! »

Musicalement, cet album possède la diversité de Black Traffic, mais avec une approche plus directe et rock. La production de l’album paraît très organique, ce qui accentue ce sentiment. Peux-tu nous en dire plus sur l’approche que vous avez eue pour cet album ?

Je suis complètement d’accord sur le fait qu’il paraît plus organique, même s’il y a plus d’électronique sur cet album. Il semble moins trafiqué, ce qui est étrange parce qu’il y a bien plus de programmation ! L’approche sur cet album était différente. Nous avons pris un peu de temps libre et nous avons écrit pendant cette période, mais nous écrivions pendant deux semaines et ensuite nous ne nous voyions pas pendant six semaines, puis nous avions une autre semaine d’écriture et encore six semaines à ne plus se voir. Nous avions donc beaucoup de temps pour voir quelles étaient les meilleures chansons. Nous continuions à travailler sur celles que nous trouvions collectivement super et nous pouvions jeter celles qui de notre point de vue n’allaient nulle part. Comme d’habitude, nous avions quelque chose comme cinquante idées, riffs et petits bouts qui nous ont donné vingt chansons, nous en avons enregistré quatorze et dix ont trouvé leur place sur l’album. Je pense donc que, vu sous cet angle, le processus d’écriture était similaire mais la différence était que nous avions le temps de réfléchir à ce que nous écrivions, ce qui est rare.

Comme tu l’as dit, l’album paraît très organique alors qu’il y a beaucoup d’électronique. Comment êtes-vous parvenus à équilibrer les choses pour obtenir ce résultat ?

Je pense que par le passé nous équilibrions trop les choses, justement. Il est certain que Skin et moi étions très déterminés à avoir une influence plus électronique sur l’album. Il y avait beaucoup d’électronique sur Black Traffic mais ce n’était pas bien mixé, ça a soit été retiré du mix, soit mixé faiblement, ou peu importe. Mais sur cet album, il était très important que ça soit une part importante du son. Skin a beaucoup travaillé avec Nick Sheldon sur la façon dont ça allait sonner au final et ils ont été très jusqu’au-boutiste par rapport à ça. Ensuite, comme nous le faisons toujours, nous avons essayé de ramener un peu ça entre ce que Skunk Anansie est naturellement et la direction que nous voulions emprunter. Mais « Love Someone Else » et « Death To The Lovers », en particulier, ont pris une tournure très électronique, ce qui est ce que nous voulions accomplir. Ce n’est pas un producteur qui a pris nos chansons et en a fait ce qu’il voulait. Tom Dalgety, qui a produit l’album, était un mec génial, très vif, avec de très bonnes idées, quelqu’un de très sympa. En gros, il a pris les instructions que nous lui avons donné et nous a dit si elles étaient bonnes ou pas [petits rires]. C’est un très bon baromètre, c’est un très bon moyen de jauger ce que l’on fait en studio.

Il y a une courte instrumentale intitulée « Suckers ! » sur l’album. Quelle est l’idée derrière ça ?

[Rires] Ce n’est vraiment juste qu’un riff, pas une chanson. Je veux dire que c’était une chanson mais c’était quelque chose que nous aurions écrit dans les années quatre-vingt-dix. Ça aurait été parfait sur le premier album. Nous l’avons mise là-dessus pour, disons, vous attirer, attirer les gens et ensuite, ça se termine sans chant, sans chanson et sans rien du tout. C’est un peu comme si nous voulions dire : « On vous a eu ! » alors qu’en gros, tout ceux qui écoutent cette piste pensent que nous allons jouer une chanson dans la veine de ce que nous aurions fait dans les années quatre-vingt-dix [rires]. Mais c’est très ironique, ce n’est pas du tout méchant.

Skin a été membre du jury de X-Factor en Italie. Est-ce que vous avez parlé de cette expérience et ce que ça lui a apporté en tant que musicienne ?

Je ne pense pas que nous ayons vraiment parlé de ce que ça lui apporte en tant que musicienne mais plutôt de ce qu’elle apporte à l’émission en tant que musicienne. En Italie, c’est une émission très différente, il y a beaucoup de groupes qui y passent, il y a des jurons, c’est bien plus cru, et c’est de façon générale une émission très cool à faire. La raison pour laquelle on a demandé à Skin de faire ça, c’est évidemment parce qu’elle est la chanteuse de Skunk Anansie et qu’elle connaît très bien la musique rock, et la musique de façon générale. Le fait de l’avoir dans cette émission a rendu celle-ci bien meilleure. Ce qui a été difficile pour elle, c’était qu’elle a dû enregistrer un album et apprendre l’italien la même année, ce qui représente une quantité phénoménale de travail. J’ai essayé d’apprendre l’italien pendant six semaines et c’était trop pour moi, et pourtant je n’ai pas la moitié de la charge de travail qu’elle a. Je ne sais même pas comment elle a fait, pour être franc ! Mais ouais, je pense que c’est plus une question de ce qu’elle apporte à X-Factor que de ce que X-Factor lui apporte.

Skunk Anansie

« C’est bien de jouer correctement sur le kit de batterie plutôt que d’essayer constamment de le défoncer [rires]. »

Tu travailles avec l’Université de Chichester sur le Clem Burke Drumming Project qui étudie les effets psychologiques et physiologiques de la batterie. Peux-tu nous en dire plus sur ces recherches ?

Au milieu des années quatre-vingt-dix, il y avait divers tests, technologies et ce genre de choses, qui ont évolué et ont gagné en complexité au point où ils peuvent désormais mesurer différentes choses dans le cerveau. Le dernier test auquel j’ai pris part était une scanographie du cerveau qu’ils m’ont fait avant la tournée et une autre après, et il y avait des parties de mon cerveau qui ont été activées grâce à la pratique de la batterie. Ils peuvent précisément déterminer que c’est la batterie qui provoque ça. Ils ont fait un autre test avec des enfants autistes qui ont pris des cours [de batterie] et d’autres qui n’en ont pas pris. La différence était que ceux qui jouaient de la batterie étaient bien plus sociables, ils communiquaient, s’amusaient et jouaient. Les enfants qui n’ont pas eu de cours de batterie étaient comme d’habitude, isolés, il n’y avait aucun changement. C’est encore en cours, et ils ont également passés des scans de leur cerveau, ils ont tous passé des IRM et des choses ont été découvertes dont je ne peux malheureusement pas parler parce que ça n’a pas encore été rendu publique, mais ce sont des découvertes vraiment palpitantes à propos de toutes sortes de choses. La chose principale est que, physiologiquement, la pratique de la batterie est bonne pour toi parce que ta fréquence cardiaque augmente et tu utilises quatre membres différents sur différentes parties du kit de batterie. Du coup, ton cerveau s’active bien plus qu’avec d’autres instruments. La conclusion est que c’est un très bon instrument pour maintenir sa ligne et, de façon générale, pour le bien-être. Nous allons faire encore plein d’autres choses l’année prochaine, mais pour le moment, ils ont besoin de trouver plus de financements parce qu’évidemment, ces choses coûtent beaucoup d’argent.

Tu as grandi en jouant au golf et au rugby – tu as joué au rugby pour le Yorkshire de l’Est. Tu es aussi connu pour être un passionné de vélo. Comment comparerais-tu la musique et le sport, en termes de sensations et d’émotions ?

Je pense que la musique est une activité bien plus émotionnelle et qui requiert bien plus de discipline mentalement, mais bien moins physiquement que le fait d’être un sportif [petits rires]. Je veux dire que j’en suis arrivé à un stade où j’ai choisi la musique plutôt que le rugby parce que je me disais que ce serait bien plus amusant et facile. Je n’aimais pas trop les entraînements à l’époque, je trouvais ça très dur. Je suis sûr d’avoir pris la bonne décision mais… [Rires] c’est quand même beaucoup de travail ! La musique était vraiment ce que je devais faire.

Les gens disent souvent que jouer de la batterie est un sport…

Je suis d’accord. Je pense que la raison pour laquelle j’ai choisi d’être batteur est parce que j’étais également quelqu’un de très porté sur les sports physiques. Je pense que j’aurais toujours besoin de faire quelque chose pour libérer mon énergie [rires], évacuer le stress, etc. et la batterie permet assurément de faire ça.

Tu as dit au cours d’un entretien que plus tu prends de l’âge, plus tu veux t’entraîner sur ton instrument. Ce qui est intéressant, parce que souvent, c’est plutôt l’opposé qui arrive aux musiciens expérimentés…

C’est plus une question de jouer sur des chansons, vraiment. Je veux dire que je ne suis pas le genre de musicien qui se pose pour effectuer avec assiduité des exercices huit heures par jour. Je ne suis pas comme ça. Je n’ai pas la discipline et je n’ai pas la patience. Lorsque je devais m’entraîner lorsque j’étais gosse, j’avais pour habitude de jouer par-dessus mes albums préférés, et c’est ce que je fais aujourd’hui. J’essaie de trouver un album que j’aime et je joue par-dessus. En ce moment, je joue par-dessus le nouvel album de Foals (What Went Down, NDLR). C’est un bon album à jouer, ils ont plein de styles différents dessus. Je trouve que c’est aussi bien de s’entraîner ainsi que n’importe quelle autre méthode.

Tu as fait une tournée avec Amy Macdonald, juste après une tournée acoustique avec Skunk Anansie. Ce sont des expériences où tu as dû jouer d’une façon plus subtile. Comment est-ce que ça a affecté ton jeu ?

Ça m’a fait me demander pourquoi j’ai commencé à jouer de la batterie avec un jeu orienté heavy [rires], parce que c’est énormément de boulot ! C’était très appréciable et je préfère largement jouer que fracasser. Malheureusement… « Malheureusement », est-ce que j’ai vraiment dit ça ? [Rires] C’est bien plus dur de jouer comme je joue dans Skunk Anansie. Et évidemment, plus je vieillis, plus ça devient dur, mais tant que je garde la forme et la santé, ça va. C’est bien de jouer correctement sur le kit de batterie plutôt que d’essayer constamment de le défoncer [rires].

Interview réalisée par téléphone le 7 décembre 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Gabriel Jung.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Skunk Anansie : www.skunkanansie.net.



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