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Interview   

Slash : l’esprit et l’attitude


Slash a beau s’être rabiboché avec Axl Rose et avoir réintégré en 2016 les rangs du mastodonte Guns N’ Roses – il est d’ailleurs revenu en décembre d’une longue tournée –, il n’en continue pas moins son petit bonhomme de chemin avec Myles Kennedy et les Conspirators. Un groupe qui lui permet de vivre sa passion pour le rock n’ roll en toute simplicité, sans prise de tête, sans grosse machine derrière lui, car c’est ça son moteur : la musique, son énergie, son esprit.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a toujours cherché à enregistrer ses albums dans une configuration proche des concerts. S’il a toujours essayé d’aborder le studio dans la tradition du rock n’ roll, son nouvel album 4, avec l’aide du producteur Dave Cobb, est le premier qu’il a pu enregistrer en véritable condition live en studio. Autre fait notable concernant l’album : il s’agit du premier à sortir sur le label Gibson Records, créé par la célèbre marque de guitare. Il n’y a rien d’étonnant : difficile de faire plus emblématique que Slash et sa Les Paul.

Dans l’entretien qui suit, le guitariste chapeauté nous raconte la conception de 4, mais aussi son rapport avec Gibson, remonte le temps et remet les pendules à l’heure quant à sa conception du rock. Le temps et le succès ne l’ont visiblement pas détourné de ses valeurs…

« Je suis un traditionnaliste, dans le sens où j’aime la bonne vieille guitare six-cordes réduite à sa plus simple expression. »

Radio Metal : Avec la pandémie, ce nouvel album de Slash And The Conspirators, intitulé 4, a été créé dans un contexte que tu n’avais, évidemment, jamais connu auparavant. Comment est-ce que cela a influé sur votre approche à faire cet album ?

Slash (guitare) : Tout bien considéré, c’était à peu près comme ce que nous faisons en temps normal. La seule différence était lorsque j’ai composé la musique. Je n’ai pas fait venir les autres gars pour jammer dessus dans mon studio. J’ai dû faire les démos moi-même, donc c’était un petit peu différent mais ça a bien marché. Une fois que nous avons passé cette phase, les restrictions sanitaires ont été un peu allégées. Puis tout le monde est venu dans mon studio à Los Angeles et nous avons fait deux semaines de préproduction avant d’aller au studio d’enregistrement.

Quatre membres du groupe ont fini par attraper le Covid-19. Comment avez-vous géré le fait de tomber malade en plein enregistrement de l’album ? Myles a d’ailleurs fait remarquer qu’on peut entendre qu’il est congestionné sur le morceau d’ouverture, même si je ne suis pas sûr de l’entendre…

Moi non plus, je ne l’entends pas. Mais je suppose que dans l’esprit, ça renforce la nature spontanée de l’album. Heureusement, nous l’avions fini avant que Myles nous annonce qu’il était malade. Il ne savait pas, il pensait juste avoir un rhume, donc il a continué. Nous avons enregistré l’album en live, donc nous l’avons fait très vite. Ça n’a pris que cinq jours pour faire dix chansons. Myles n’a été testé positif qu’au sixième jour, donc nous avons eu beaucoup de chance d’avoir été au bout de l’album, avec le chant et tout le reste avant ça. Quand il a été testé positif, tout le monde a dû se faire tester et il s’est avéré que Brent [Fitz], Todd [Kerns] et l’un des ingénieurs du studio étaient également malades. Tout le monde a dû se mettre en quarantaine et là, il n’y avait plus que Frank [Sidoris], moi-même, Dave Cobb et un ingénieur. Donc nous avons fait quelques overdubs et nous nous sommes dit : « Merde, qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? On a tout le chant, donc on peut commencer à mixer. »

Dave a commencé à travailler sur un mix préliminaire et ensuite, je suis allé me faire vacciner. Un ou deux jours plus tard, j’ai été testé positif. Je n’avais pas de symptôme, donc je me suis mis en quarantaine pendant cinq jours, mais Myles et Todd commençaient à se sentir mieux, donc nous avons fait envoyer du matériel du studio à la maison d’hôtes où nous résidions, et les gars ont fait les chœurs là-bas. Nous avons terminé les chœurs et nous les avons renvoyés au studio, et Dave a continué à travailler sur son ébauche de mix. Enfin, j’allais mieux et nous sommes tous retournés au studio et avons fait les percussions. Ensuite, nous avons manuellement réalisé le mix tous ensemble, ce qui est une première. Je veux dire que plus personne ne mixe quoi que ce soit manuellement. Nous avons utilisé sa vieille console API, nous déroulions la bande et tout le monde touchait les faders et faisait des changements. C’était vraiment cool ! C’était une super expérience avec quelques hauts et quelques bas à cause du Covid-19. Mais dans l’ensemble c’était très amusant.

Vous avez donc enregistré avec Dave Cobb. C’est un producteur réputé pour ses productions old shcool, très organiques et analogiques, et 4 porte clairement sa marque. Est-ce que ça émanait d’un désir de revenir à la source, et donc une réaction à votre expérience avec Living The Dream, qui était le premier album que tu as enregistré sur la station de travail digitale Pro Tools ?

C’est une bonne question. J’ai toujours essayé de faire des albums de la façon la plus organique que possible. L’approche peut être plus ou moins organique suivant le producteur auquel on fait appel. Mais dans l’ensemble, j’ai tout fait en analogique et à la vieille école. Nous avons fait l’album Living The Dream de façon plus numérique que tous les autres albums, ce qui, tout bien considéré, n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Aujourd’hui, je ne suis plus autant contre le numérique que j’ai pu l’être, simplement parce que le numérique sonne bien mieux et n’a de cesse de s’améliorer avec le temps. Mais le truc important pour moi est que j’ai toujours enregistré les pistes de base live en studio, juste pour obtenir l’énergie du groupe qui joue tous ensemble. Puis je repassais dessus et refaisais les guitares dans la salle de contrôle parce que je déteste le son des casques. J’ai donc toujours voulu installer le groupe comme nous le ferions dans une petite salle de concert et l’enregistrer comme ça. Dans toute ma carrière, je n’avais encore jamais rencontré un seul producteur disposé à le faire. J’ai parlé à Dave Cobb au début quand j’étais en train de chercher qui allait produire cet album et c’était le premier gars à qui j’ai parlé qui a dit : « Ouais, faisons ça live en studio. » J’étais là : « Putain, tu déconnes ?! Ça serait super ! » C’est ce qui a consolidé la relation entre Dave Cobb et moi, et c’était tout ! Quand nous sommes arrivés à Nashville, nous avons installé le matériel comme dans une salle de concert, les guitares, la basse, la batterie alignées au fond et les retours devant nous. Nous avons joué comme ça toutes les chansons et nous avons enregistré live. C’était vraiment une expérience excitante et libératrice. C’était vraiment cool. Nous avons aussi utilisé du super matos, des vieux trucs analogiques. C’était quelque chose dont j’avais envie depuis longtemps et que j’ai enfin eu l’occasion de faire.

« On peut faire en sorte que ça ait l’air joli et décorer avec des fanfreluches et tout le tralala, mais vraiment, l’essence, c’est cette énergie primitive et galvanisante. Et je reste proche de ça parce que quand je m’en éloigne, je m’égare. Ça n’a plus de sens. »

De même, une des raisons pour lesquelles Dave m’intéressait était que… Je ne connaissais pas bien son travail avant de commencer à me pencher sur différents producteurs et à écouter leur discographie. Je ne connaissais pas Dave à ce moment-là, mais quand j’ai écouté ses albums, ils avaient ce son très organique, épuré, brut, très humain. Généralement, la musique country passe désormais par le même filtre mainstream que tout le reste, tout sonne pareil, mais Dave lui donne un cachet vraiment authentique. C’est ce qui m’a convaincu chez lui. Il a aussi enregistré un groupe qui s’appelle Rival Sons que je trouve sonner extraordinairement bien. Voilà pourquoi j’ai fait appel à lui. Quand il a dit qu’il voulait faire ça live dans son studio, j’ai dit : « C’est bon, je veux que ce soit toi ! »

Était-ce une façon de vous rapprocher du son de Slash & The Conspirators en concert ? C’est pour ça que ça te tenait à cœur ?

Pour sonner aussi authentique que possible, la seule façon vraiment d’enregistrer un groupe de rock n’ roll est de le faire en live. C’est l’essence même du rock n’ roll : un groupe, et tout le monde joue ensemble. Tu n’as pas la batterie qui joue toute seule, puis le bassiste qui arrive et ajoute ses parties, puis les guitares qui arrivent et ajoutent leurs parties, puis le chant, car ce qu’il se passe, c’est que l’esprit de tout le monde qui jamme ensemble se perd. On peut quand même faire un super album de cette façon, mais il manque intrinsèquement une qualité. L’auditeur moyen ne sait pas ce que c’est, mais c’est une énergie qui ressort quand tout le monde joue ensemble. Donc depuis que j’ai débuté à la fin des années 80, j’ai toujours enregistré tout le groupe en live, même si je refaisais les guitares ensuite parce que je détestais les casques. J’allais dans la salle de contrôle pour enregistrer les guitares super fort sur les retours, mais l’esprit de de la section rythmique était enregistré live avec tous les autres, donc nous capturions ça. C’est ainsi que j’ai procédé durant pratiquement toute ma carrière. Mais le fait de faire jouer les amplis et tout le monde dans la même pièce, et ce son, je crois que c’est quelque chose que j’ai toujours cherché à faire depuis le début. J’étais vraiment excité d’enfin y parvenir. Mais comme je l’ai dit, la raison, c’est vraiment pour capturer cet esprit et cette attitude rock n’ roll, avec toutes les imperfections que ça comprend. Je trouve que c’est très important. Dans la musique commerciale, ça s’est tellement éloigné de ça que le rock n’ roll, en tant que genre musical, s’est retrouvé très édulcoré par les nouveaux producteurs et les gens qui essayent de prendre des raccourcis. De même, un tas de nouveaux groupes ne savent même pas jouer, donc ils doivent faire de l’assemblage. Bref, c’est ça l’idée de jouer live.

La majorité des musiques sur 4 ont été écrites durant la tournée de Living The Dream, et c’est généralement ce que tu fais : tu as tendance à composer en tournée. Beaucoup de musiciens nous disent qu’ils n’arrivent pas à le faire parce qu’il y a trop de distractions, mais dans ton cas, est-ce parce que la tournée et l’énergie qui s’en dégage stimulent ta créativité ?

Non. Tu sais ce que c’est avant tout ? J’ai pendant des années fait partie de ces musiciens qui n’arrivaient pas à composer en tournée parce que j’étais trop occupé à faire la fête, à m’envoyer en l’air et tout le reste. Depuis que je travaille avec ces gars et que je suis sobre, je ne passe plus autant de temps au bar. Donc je me retrouve dans des chambres d’hôtels à ne rien faire, et c’est là que je compose. Ça m’évite les problèmes. Partout où je vais, je prends ma guitare. Je compose dans les chambres d’hôtels et dans les loges avant les concerts. Je prends les idées que je trouve et je jamme dessus avec les gars tous les jours lors des balances, et c’est ainsi que nous commençons à développer la musique. Ensuite, quand la tournée est finie, nous nous réunissons et nous prenons toutes ces idées que nous avons écrites sur la route, et nous peaufinons les arrangements, nous commençons la préproduction, nous allons au studio et nous faisons un album. Ça a été le cycle depuis 2011, quand les Conspirators ont vraiment commencé. La seule chose, c’est que tout ce processus a été chamboulé par la pandémie, ça l’a un peu modifié, mais en gros, c’est ainsi que nous faisons.

Néanmoins, une partie des musiques sur cet album a aussi été écrite chez toi durant la pandémie. Penses-tu qu’il y a une différence entre les chansons que tu composes sur la route et celles que tu composes à la maison ?

Ce n’est pas la première fois que je fais ça. Il y a des musiques dans pratiquement tous les albums que j’ai composés pendant des périodes de repos quand nous n’étions pas en tournée. Pour cet album, j’ai composé une tonne de chansons pendant la pandémie, mais j’ai décidé que toute cette nouvelle musique serait pour le prochain album. Mais il y a deux ou trois chansons que j’ai écrites qui étaient très influencées par la pandémie à l’époque, donc je les ai incluses dans cet album. Mais pour ce qui est de l’approche, il n’y a pas de différence visible entre le fait d’écrire sur la route et écrire à la maison.

« Tous les trucs de dingue qui résument l’expérience du rock n’ roll au fil des années, la plupart sont assez stupides [rires]. Que Dieu les bénisse, ceci dit, car j’adore faire partie de tout ça et j’adore tout ce que ça représente, mais on a perdu plein de gens simplement parce que ce n’est pas forcément la manière la plus intelligente de vivre sa vie. »

L’artwork est très simple et la police de caractère de ton nom ainsi que du numéro 4 a un côté vintage, très fin des années 70, début des années 80. C’est à peu près l’époque où tu as commencé la musique. As-tu une nostalgie pour cette époque ?

Non [rires]. Je n’y ai pas nécessairement pensé comme étant années 80. Je cherchais simplement une police de caractère un peu nouvelle, rafraîchissante et différente, pour changer de ce que nous avons utilisé sur les deux derniers albums. La raison de cette simplicité, c’était que nous avions vécu une période tellement importante, folle, pleine de crises, clivante que je ne pouvais trouver aucun concept, image, phrase ou quoi que ce soit capable de vraiment encapsuler tout ce putain de chaos que nous avons traversé ces deux dernières années. J’ai donc dit : « On fera simple, pas de titre, et on appellera l’album 4. » Et puis, comme ça, tout le monde saura que nous avons fait trois autres albums [rires]. C’est à peu près tout.

Tu as été nommé ambassadeur global de la marque Gibson et 4 est le premier album à sortir sur Gibson Records. C’est très symbolique, vu que tu es l’un des guitaristes les plus emblématiques à jouer sur Gibson. Mais qu’est-ce que ça signifie pour toi, personnellement ?

Quand ils m’ont contacté pour cette histoire d’ambassadeur global, tu sais, c’est un titre tellement imposant que je ne savais pas exactement ce qu’il voulait dire ou comment l’accepter. Mais le truc, c’est que j’ai vraiment une super relation avec Gibson et je suis très fier d’être associé à cette entreprise, surtout maintenant qu’ils ont mis en place le nouveau management. J’adore le fait qu’ils reconnaissent ça et qu’ils apprécient que je sois là, donc c’est cool. Le fait que ce soit un label et que je sois le premier artiste à sortir un album chez eux était un grand honneur et c’était aussi excitant parce que je pense que, même si Gibson est une assez grande entreprise, ça reste très organique et très terre à terre. Je n’ai pas été sur un label depuis Velvet Revolver. J’ai été mon propre label depuis. Donc c’est cool d’être allié à une entreprise qui est beaucoup plus centrée sur la musique que toutes ces énormes maisons de disques et qui, en tant que label, en revient un peu aux bases. C’est cool et je suis excité de voir où ça ira, par exemple quels autres artistes ils signeront, et, j’espère, de faire partie du processus.

Qu’est-ce qui te plaît tant dans les guitares Gibson et plus particulièrement la Les Paul ?

Evidemment, il y a plein de marques de guitares différentes et plein de styles de guitares différents. Je pense que ce qu’il se passe, c’est que tu trouves un instrument avec lequel tu es à l’aise à plusieurs niveaux, celui dont le poids te paraît bien, que tu trouves beau, dont le manche est agréable, et plus important encore, qui a un son qui t’excite. C’est là que la Les Paul me va bien. J’ai tout essayé au début de ma carrière. J’ai commencé avec une copie de Les Paul parce que j’étais complètement ignorant sur tout ce qui était en rapport avec le côté technique des guitares, ou les sons particuliers que produisaient des guitares spécifiques, ou les associations d’amplis et de guitare, je ne connaissais rien de tout ça. J’ai donc commencé avec une Les Paul simplement parce que, esthétiquement, j’aimais bien ces guitares. Mais quand j’ai commencé à m’intéresser aux marques de guitare de qualité, je les ais toutes essayées et j’ai fini par revenir à la Les Paul. C’est juste la guitare avec laquelle je suis le plus à l’aise.

Te souviens-tu de la première fois que tu as tenu une Les Paul entre tes mains ?

Une vraie tu veux dire ? [Rires] La première que j’ai eue dans les mains était la Les Paul de Tracii Guns. Tracii Guns est le guitariste de LA Guns. Il faisait originellement partie de Guns N’ Roses quand nous avons débuté. Lui et moi nous connaissions avant que je me mette à la guitare. Il a commencé à jouer de la guitare avant moi. Il avait une Les Paul noire, une vraie Gibson. Je m’en souviendrai toujours parce que c’était la toute première que je voyais en vrai et tenais dans les mains. Ensuite, après ça, j’ai travaillé dans un magasin de guitares, donc j’en ai vu un paquet, mais la suivante dont j’ai été proche était en fait la toute première que j’ai possédée. C’était une Les Paul Standard noire qui était vraiment géniale, et je n’ai aucune idée de ce qui lui est arrivé. Les guitares vont et viennent, on ne se souvient même pas exactement où elles disparaissent.

« Le mode de vie fou du rock n’ roll, ce n’est pas quelque chose que tu fais exprès de suivre. C’est juste quelque chose dans lequel tu tombes parce que tu en as la liberté. »

Remontons plus loin encore : peux-tu nous raconter ta première expérience avec une guitare ? Et quand cet instrument a-t-il provoqué un déclic chez toi ?

Ma première vraie expérience avec une guitare, d’après mes souvenirs, c’était avec une guitare que ma grand-mère m’a donnée quand, tout d’un coup, j’ai eu envie d’en avoir une. Je sais que j’avais vu une guitare acoustique traîner quelque part et j’ai demandé à ma grand-mère où elle était. Elle était enfouie dans un placard de son appartement. Je l’ai donc déterrée de là et c’était ma première guitare, je m’en souviens assez clairement. Mais quand j’étais gamin, j’étais toujours aux côtés de musiciens. J’ai été élevé en côtoyant l’industrie musicale et j’étais souvent en studio avec mes parents ainsi qu’en répétition. Nous allions aussi dans plein de salles de concerts quand j’étais gamin. J’étais toujours fasciné par les installations et le matériel. J’étais vraiment subjugué par les guitares, surtout les guitares électriques. Je ne savais pas que j’allais aspirer à devenir guitariste, mais j’avais clairement une fascination pour tout ça.

Initialement, je faisais des courses de BMX, c’était ma vie à l’époque. Puis j’ai rencontré Steven Adler un jour et tous les deux, nous sommes devenus des amis fidèles. Il m’a emmené où il vivait à l’époque. Il avait une guitare électrique et il mettait des albums sur sa petite chaîne bon marché et mettait le volume à fond. Ensuite, il branchait sa guitare et, en gros, il envoyait la sauce dessus [rires]. Il était vraiment excité par tout ça et moi de même, donc je me suis dit : « D’accord, donc on va créer un groupe », et je ne savais rien sur les groupes ou toutes ces conneries. Je me suis dit que j’allais jouer de la basse parce qu’il jouait déjà de la guitare. Je suis allé dans une école de musique locale, je n’avais pas d’instrument, donc je me suis pointé là-bas et le prof de guitare me demande : « Donc, est-ce que tu as une basse ? » J’ai répondu : « Non » [rires]. Il avait une guitare avec lui à ce moment-là et il était en train de jouer « Sunshine Of Your Love » de Cream. Il a joué la partie solo et j’ai dit : « C’est ça que j’ai envie de faire. » Et il m’a dit : « Eh bien, ce n’est pas une basse, c’est une guitare électrique. » C’est à cet instant que je suis passé de la basse à la guitare, et c’est ainsi que tout a commencé.

Selon toi, la créativité sur une guitare est-elle intarissable ? Et est-ce que cet instrument te comble toujours autant qu’au premier jour ?

Oui. Enfin, ça vaut pour n’importe quel instrument. Mais pour ma part, la guitare est une source infinie d’inspiration et de nouvelles choses. C’est extraordinaire comment un instrument peut produire autant de choses différentes. Je suis totalement fasciné par la guitare et elle m’excite autant aujourd’hui que la première fois que j’en ai eu une.

Au fil du temps, la guitare a beaucoup évolué. On a vu l’avènement des sept-cordes, des huit-cordes et plus, des guitares fretless et ainsi de suite, mais tu es toujours resté fidèle à la bonne vieille six-cordes, à l’approche traditionnelle des riffs et à la gamme blues. Du coup, quel est ton regard sur les guitares et les techniques de jeu modernes ?

C’est très naturel d’avoir de nouvelles découvertes, inventions et idées en rapport avec la guitare. Je trouve ça très intéressant de regarder comment ça évolue et voir ce qui apparaît. Je me souviens de la première fois où j’ai entendu parler des guitares sept-cordes, j’étais là : « D’accord ! » Mais je suis un traditionnaliste, dans le sens où j’aime la bonne vieille guitare six-cordes réduite à sa plus simple expression. Je ne le fais pas beaucoup, mais j’aime les accordages ouverts et différentes choses qu’on peut faire dans les limites d’une guitare normale. Il m’arrive de m’intéresser à certains trucs plus fous qui se font, surtout en termes d’avancées technologiques, pour voir si c’est intéressant. On ne sait jamais, il y a des choses qui peuvent me brancher. C’est amusant de voir ce qui se fait et ce que les gens inventent.

Tu es l’un des plus grand guitaristes de rock n’ roll et, à la fois, comme le prouve ce nouvel album, tu est très attaché à la tradition. As-tu parfois l’impression d’être un dinosaure à notre époque ?

Non, je n’y avais même jamais réfléchi. Je fais ça depuis longtemps, mais l’inspiration pour le faire a toujours été la même. Je m’y tiens, c’est vraiment mon moteur. Quand tous les autres font autre chose, je suis toujours resté fidèle à ce que je connais et ce que j’aime parce qu’il n’y a rien qui peut le remplacer. On peut faire en sorte que ça ait l’air joli et décorer avec des fanfreluches et tout le tralala, mais vraiment, l’essence, c’est cette énergie primitive et galvanisante. Et je reste proche de ça parce que quand je m’en éloigne, je m’égare. Ça n’a plus de sens. Donc je me tiens à ce qui m’inspire et à ce qui me stimule.

« Maintenant, une grande partie des jeunes groupes qui jouent de cette musique le font pour toutes les bonnes raisons. Ce n’est pas à la mode. Ce qui compte, c’est l’attitude, la musique et l’esprit du truc. Ils se foutent de savoir ce qui est acceptable ou pas, et comment ça devrait être. C’est ça le rock n’ roll. »

Je te posais aussi cette question parce que je sais que tu as plein de figurines de dinosaures et Myles nous avait raconté que des dinosaures en metal entourent ton Snakepit Studio. Peux-tu nous parler de ta passion pour les dinosaures ?

C’est drôle ! Depuis aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été intéressé par les dinosaures et les animaux en général, mais quand j’étais en Angleterre, j’avais l’habitude d’aller souvent au Musée d’Histoire naturelle ainsi qu’au Crystal Palace, qui est un parc légendaire dans l’est de Londres où ils ont installé des dinosaures grandeur nature mais erronés anatomiquement. Ils ont l’air d’être vivants et en liberté dans le parc. Ça date de la fin des années 1800 et du début des années 1900 quand ils ont découvert pour la première fois ces animaux et ne savaient pas ce qu’ils étaient. C’est un super parc. Bref, j’ai toujours été branché dinosaures, reptiles et animaux. J’ai passé beaucoup de temps au zoo à Londres et dans tous ces trucs, et ça m’est resté. Je continue de me tenir au courant de toutes les découvertes paléontologiques, et il y en a beaucoup en ce moment. Et quand je suis en tournée, je vais dans des musées partout dans le monde, je regarde leurs collections et tout. Je connais des paléontologues dans chaque pays [rires]. Je suis un petit peu un intello en ce sens.

Pour revenir à la musique, tu as mentionné tes parents tout à l’heure. Ta mère était une styliste et une costumière et ton père était artiste, il créait des pochettes d’albums pour les musiciens. Tu as donc grandi dans un environnement très artistique. Comment est-ce que ça a façonné ton sens artistique ?

C’est ce que je disais tout à l’heure. C’est la raison pour laquelle j’étais exposé à autant d’artistes, studios d’enregistrement, salles de concerts, arènes et autres quand j’étais gamin, à cause de ce que faisaient mes parents. Et c’était super ! Je dois leur rendre hommage : mes parents étaient vraiment cool et très artistiques. Ils m’ont montré plein de trucs vraiment sympas que j’aime toujours aujourd’hui. Ils m’ont fait aimer plein de super musiques avec lesquelles ils m’ont élevé. Mais quand j’ai déménagé à Los Angeles, ma mère était jusqu’au cou dans le stylisme pour les artistes, musiciens, célébrités de la télé, etc., et mon père travaillait pour Asylum Records sous la direction de David Geffen. Mon histoire avec Geffen remonte donc jusqu’à Asylum Records. J’étais immergé dans tout ça et c’était à une époque où avait lieu une explosion créative très saine dans la musique contemporaine. Il y avait des artistes extraordinaires à Los Angeles et une scène fantastique. J’avais donc beaucoup de chance d’être élevé au milieu de tout ça. Je pense que c’est très lié à la façon dont les choses ont évolué plus tard. Ça m’a assurément permis d’acquérir des connaissances dont je n’avais pas forcément conscience à l’époque. Quand j’ai commencé à travailler avec des groupes, ça m’a offert des connaissances inestimables sur l’industrie dans laquelle j’étais en train de mettre les pieds, ainsi que sur la musique, les artistes et l’importance de l’intégrité musicale, le fait d’être soi-même et de ne pas suivre les recommandations ou les règles d’autres gens. Donc ce que je suis devenu vient en grande partie de ma relation avec mes parents et de ce qu’ils faisaient dans la vie.

On parlait de guitare, et dans ta génération de rockeurs, les groupes reposaient beaucoup sur un lien artistique fort entre le guitariste lead et le chanteur. Myles et Axl ont été les deux chanteurs de ta vie : comment comparerais-tu tes relations artistiques avec eux ?

On me pose la question de temps en temps, et le fait est que je ne compare pas. J’ai travaillé avec Axl et ma relation avec lui est vraiment unique. C’est une combinaison remarquable qui ne s’applique à rien d’autre. Ma relation avec Myles est indépendante de ça, c’est incomparable. Ma relation avec Myles est elle-même, à sa façon, unique et spéciale. Elles n’ont rien à avoir l’une avec l’autre.

Les gens disent que l’époque folle du rock n’ roll est révolue. Quel est ton sentiment à ce sujet ? N’as-tu pas l’impression que cette musique est devenue beaucoup plus sage et sérieuse ? Et est-ce un bien ou un mal ?

Je ne sais même pas. Si tu te poses pour vraiment réfléchir à tous les trucs de dingue qui résument l’expérience du rock n’ roll au fil des années, la plupart sont assez stupides [rires]. Que Dieu les bénisse, ceci dit, car j’adore faire partie de tout ça et j’adore tout ce que ça représente, mais on a perdu plein de gens simplement parce que ce n’est pas forcément la manière la plus intelligente de vivre sa vie, mais c’était amusant. On ne peut que grandir avec l’expérience. Si tout le monde avait continué à faire ce qu’ils faisaient dans les années 1960, on aurait beaucoup moins de gens sur la planète ! Tout le monde se serait rendu coupable d’être complètement idiot. Donc ça évolue, les gens apprennent de leurs erreurs, ils grandissent et c’est comme ça. Le mode de vie fou du rock n’ roll, ce n’est pas quelque chose que tu fais exprès de suivre. Ce n’est pas quelque chose que tu fais intentionnellement. C’est juste quelque chose dans lequel tu tombes parce que tu en as la liberté. Mais je pense qu’après plus de cinquante ans de rock n’ roll, les gens ont appris deux ou trois trucs et ne répètent pas une grande partie de leurs erreurs. Donc comme je l’ai dit, c’est comme ça, que ce soit bien ou mal.

« Dans les années 80 et ensuite dans les années 90, j’ai croisé un grand nombre de mes pairs et de mes contemporains, et ils se souciaient tous de trucs on ne peut plus stupides, ça m’a écœuré. »

Avec la façon dont fonctionne l’industrie aujourd’hui, on dirait que la jeune génération a perdu toute forme d’innocence et d’insouciance…

C’est dur à dire. On dirait qu’on a tout fait et tout vu, donc c’est difficile d’imaginer des manières de faire quoi que ce soit qui pourrait choquer qui que ce soit [rires]. Les temps ont changé et les gens font des choses différentes. C’est très dur de ne serait-ce que prendre du recul, se poser et estimer la différence entre aujourd’hui et comment c’était à l’époque. Je pense que la seule chose sur laquelle il est important de vraiment se concentrer dans ce domaine, c’est le fait de faire de la bonne musique.

Le rock n’ roll n’est plus vraiment à la mode dans l’industrie aujourd’hui. Autant ça peut paraître négatif, autant le bon côté est qu’il n’y a personne pour te mettre la pression, te dire de composer des tubes ou d’avoir tel look. Le rock n’ roll n’est-il pas devenu plus authentique et libre en étant démodé ?

C’est très important que tu mentionnes ça parce que c’est un peu ma manière de voir les choses. Quand je repense aux années 50, je me dis que l’industrie musicale – en tout cas pour le rock n’ roll – est revenu à ce que c’était à l’époque. Il faut juste faire son propre truc et ça ne veut pas forcément dire qu’il va y avoir un retour en force. Il faut le faire parce qu’on aime le faire, ne pas en démordre et ne pas laisser quiconque nous bousculer. Je pense que c’est ce que plein de jeunes font aujourd’hui. Plein de gens ne les connaissent même pas parce qu’ils ne sont pas dans le hit-parade, ils n’ont pas de succès commercial. Je pense que le rock n’ roll n’aura pas un succès commercial avant un bon moment. Je pense que cette musique repose vraiment sur les gens qui la pratiquent pour son esprit et ensuite, il y aura des clics pour les gens qui font cette musique mais ça ne deviendra pas mainstream. Ceci dit, le problème avec le rock n’ roll, depuis l’époque où j’ai été élevé jusqu’aux années 80 et dans les années 90, est que c’était devenu tellement gros et tellement mainstream et qu’il a eu tellement de succès qu’il s’est cannibalisé lui-même. En gros, c’est devenu une coquille vide de ce que c’était au début. Je pense que c’était le business lui-même qui l’a tué. Après, les gens ont essayé de faire semblant, mais tout le monde cherchait à savoir comment être plus célèbre et comment gagner plus d’argent et toutes ces conneries. Je pense que ça ne fonctionne plus, donc maintenant, une grande partie des jeunes groupes qui jouent de cette musique le font pour toutes les bonnes raisons. Ce n’est pas à la mode. Ce qui compte, c’est l’attitude, la musique et l’esprit du truc. Ils se foutent de savoir ce qui est acceptable ou pas, et comment ça devrait être. C’est ça le rock n’ roll.

Tu as une approche très saine et modeste de ton groupe solo avec les Conspirators : tu ne cherches pas à devenir le plus grand groupe du monde ou à révolutionner quoi que ce soit. Ta seule ambition est de faire ce que tu aimes. Penses-tu que l’ambition est ce qui mène les groupes à peut-être devenir gros à un moment donné mais aussi à finir par se désagréger ?

Ce qui est important, c’est la nature de cette ambition. Quand je suis arrivé, je n’avais aucune sorte d’aspiration ou d’ambition à être riche et célèbre ou de m’envoyer plus souvent l’air ou de devenir plus populaire. C’était juste parce que j’aimais vraiment la guitare. Je ne savais pas grand-chose de ces conneries quand je suis arrivé dans ce milieu, malgré le fait que je l’avais côtoyé pendant des années, je n’y avais simplement jamais prêté attention. Donc ensuite, quand tu es en plein dedans, tu commences à voir ce qui s’y passe. C’est amusant et j’ai fait un tas de trucs débiles, et je n’en ai aucun regret, mais ce qui comptait, ça a toujours été la musique. C’est vraiment ce qui était important pour moi. Mais dans les années 80 et ensuite dans les années 90, j’ai croisé un grand nombre de mes pairs et de mes contemporains, et ils se souciaient tous de trucs on ne peut plus stupides, ça m’a écœuré. Je ne citerai aucun nom, mais leur motivation pour faire ce qu’ils faisaient était totalement matérielle. Ils étaient ambitieux pour l’argent et je ne l’ai jamais compris. Je pense que l’ambition doit être quelque chose d’assez pur. Elle doit impliquer un certain niveau d’intégrité artistique. Ce ne peut pas être juste vouloir acquérir des nouveaux machins, gagner plus d’argent, être populaire et avoir plus de likes, ça ne fonctionne pas.

Pour finir, quels sont tes plans pour cette année ?

Les Conspirators vont faire une tournée américaine à partir de février pendant deux mois et ensuite Guns N’ Roses va faire une tournée européenne de rattrapage, une tournée australienne de rattrapage et une tournée sud-américaine de rattrapage. Ça va prendre la majorité du reste de l’année. Puis je vais revenir avec les Conspirators et faire une tournée internationale début 2023, donc il y aura l’Europe, l’Asie, l’Australie et l’Amérique du Sud. Si le Covid-19 le permet, bien sûr ! C’est difficile d’établir des plans concrets maintenant…

Interview réalisée par téléphone le 12 janvier 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Austin Nelson.

Site officiel de Slash : www.slashonline.com

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  • un de mes guitaristes préférés, si ce n est mon préféré.

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  • Super interview, comme d’hab’ !
    Ce mec est vraiment l’incarnation de l’humilité, pas prise de tête, il vit sa passion à fond, et est très lucide sur comment fonctionne le monde (que ce soit celui d’aujourd’hui, ou celui d’avant).
    J’ai trouvé très sympa qu’il n’y ait quasiment aucune question concernant GN’R ; on a tous forcément envie de savoir plein de trucs, mais ça n’aurait pas été respectueux vis à vis de Slash et son nouvel album. 👍🏻

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