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Interview   

Slave Machine n’a plus de temps à perdre


Il y a tout juste un an naissait Slave Machine, formation française certes jeune mais qui se trouve être constituée de membres dont l’expérience de la scène a déjà quelques années de vécu. Et de la scène, le groupe espère en avaler, au maximum. C’est l’un de leurs buts. Mais Slave Machine a aussi mis le paquet pour l’écriture et la conception de son premier album, Disconnected, car il n’aura fallu au combo que quelques mois pour écrire et enregistrer cet opus, même s’il a fallu, tous les jours, mettre du temps et de l’argent pour l’émergence de ce projet.

Enfin, le groupe peut maintenant lever le nez. Se déconnecter. C’est justement le sujet de ce disque : l’envie que l’on peut ressentir et désir à sortir de l’addiction à Internet, aux réseaux sociaux, et plus globalement à la technologie. Nicolas Faurie (chanteur) fait le point sur tout cela avec nous. L’occasion aussi de parler science-fiction ainsi que de la réalité financière entourant les groupes d’aujourd’hui.

« Disconnected n’est pas arrivé en one-shot. On a bossé un peu comme des chiens pendant un an. »

Radio Metal : Slave Machine est un groupe relativement récent, est-ce que tu pourrais nous en faire une rapide présentation ?

Nicolas Faurie (chanteur) : Slave Machine est un groupe qui a vu le jour il y a à peu près deux ans, en août 2011. A la base c’est David, le gratteux, et Kévin, le batteur, qui ont monté le projet. Ils ont répété pendant un an de leur côté pour écrire les morceaux. Moi je suis arrivé en septembre 2012, on a terminé les musiques, on a composé le texte, le chant, et à partir du moment où tout ça était plié on a décidé d’enregistrer Disconnected. Ça s’est passé en mars 2013 chez les frères Potvin (Lyzanxia, One-Way Mirror), et Guillaume, le bassiste, nous a rejoint à ce moment là.

Vous avez monté ce premier album très rapidement, est-ce que vous aviez eu d’autres expériences musicales par le passé ?

C’est allé très vite pour pas mal de raisons. On a tous la trentaine, en restant humbles, on a quand même pas mal d’expérience. Pour ma part j’ai un peu plus de dix ans de musique derrière moi, ce qui ne veut pas forcément dire que je suis super bon, mais cela permet d’avoir une certaine expérience de l’écriture, de connaître le délire de la maquette, et donc de pouvoir anticiper très rapidement tout ce qui se passe ensuite. Le projet était déjà pas mal abouti quand j’ai contacté David pour intégrer le groupe. Il savait exactement quoi faire, il avait déjà des dates arrêtées, des contacts pris dans les studios. En fait, la feuille de route était déjà mise en place, ce qui fait qu’il ne restait plus qu’à mettre les bons bonhommes derrière chaque instru pour que ça puisse avancer rapidement. Ça va bien plus vite que : tu te rencontres, tu deviens pote, tu répètes deux fois par semaine, tu bouffes du concert, et après tu enregistres… Le fait aussi qu’on ait tous un boulot permet d’aligner un peu plus rapidement du fric sur la table pour enregistrer.

Est-ce qu’il y a eu une volonté au sein du groupe de faire tout ça de manière très spontanée, sans réfléchir à l’excès ?

Comme je t’ai dit, quand on s’est rencontré les choses étaient assez clairs, pour moi l’idée c’était de bouffer de la scène au maximum. On sait très bien que les phases de compo ça prend pas mal de temps, on a voulu aller vite mais pas non plus se précipiter. Pour composer les musiques, on les a pas mal remaniées quand je suis arrivé, ça faisait quelques années que David travaillait là-dessus, dans sa chambre… (rires) Quand je maquettais, les deux autres venaient pour essayer d’être le plus objectif possible, pour critiquer au maximum, Disconnected n’est pas arrivé en one-shot. On a bossé un peu comme des chiens pendant un an. Pour faire très simple, tous les jours pendant un an j’allais au studio, j’achetais du matos pour maquetter le mieux possible et dans les meilleurs conditions. Le travail d’un groupe qui répète une fois par semaine, on a fait ça, mais tous les jours… Ça donne l’impression que c’est allé vite, parce que, effectivement, on s’est monté en septembre, en mars on enregistre chez pas n’importe qui – les Potvin c’est quand même des gens qui ont fait des belles choses, mais on a méchamment travaillé derrière. En termes de timing c’était assez short mais on a énormément bossé.

Tu parlais du fait d’avoir enregistré avec les frères Potvin, pourquoi ce choix ? Est-ce dû à la similarité musicale qu’il peut y avoir entre Slave Machine et leurs projets habituels, souvent punchy, modernes, syncopés…

Oui et non. Il y a plusieurs choses. La première, c’est que ce sont des gens qu’on adore. Alors, bien sûr, on ne va pas faire ceux qui les connaissent depuis cinquante ans, que c’est nos meilleurs potes, etc… On les a rencontrés à travers l’enregistrement, mais ce sont des mecs dont le son nous plaisait énormément. C’est surtout David qui les a démarchés, et ça a méchamment accroché. Ce sont des mecs ultra accessibles, qui ne se prennent pas la gueule, et ça s’est ressenti pendant l’enregistrement où ils étaient très présents. C’était très fun, on s’est donné du mal mais c’était vraiment une bonne ambiance. Les contacts qu’on a pu prendre avec d’autres personnes pour enregistrer n’avaient strictement rien à voir. On marche énormément à l’humain et au feeling, et c’est le genre de mecs que je recommanderais à la terre entière. Ils sont vraiment très cool et leur travail très bon. On l’a fait aussi et surtout pour le son.

« Je ne sais pas si tu imagines le délire, quand tu as l’habitude de faire ton son gentiment, sans prétention, et qu’on te dit que tu vas enregistrer chez les Potvin, et avoir quatre jours pour enregistrer tous les morceaux. Je t’avoue que je flippais un peu… »

C’est vrai que les frères Potvin ont vraiment cette image de mecs qui ne se prennent pas la tête, font les choses à la cool, qui déconnent énormément… Comment sont-ils lorsqu’il s’agit de travailler ?

(rires) J’ai envie de dire qu’être cool dans la vie n’empêche pas d’être sérieux. C’est à dire que, moi qui suis à la base un chanteur, donc un branleur pour faire dans le cliché, pour le coup j’étais en mode petite bite quand je suis arrivé dans le studio et vu David (Potvin) derrière les platines qui maîtrisait son sujet. Il n’y a aucune concession : soit ça passe, soit tu recommences jusqu’à te terminer les cordes vocales. Plus pour moi que pour les autres, puisque David et Kévin bossaient dessus depuis un moment, c’était un putain de challenge. Je ne sais pas si tu imagines le délire, quand tu as l’habitude de faire ton son gentiment, sans prétention, et qu’on te dit que tu vas enregistrer chez les Potvin, et avoir quatre jours pour enregistrer tous les morceaux. Je t’avoue que je flippais un peu… Mais, en fait, ils te mettent tellement à l’aise que ça le fait. Par contre, quand ils bossent, ils bossent, ils ne sont vraiment pas là pour rigoler et ne jouent pas à la dînette. (rires)

L’album s’appelle Disconnected, est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette thématique ? Est-ce une allusion à l’envie de sortir de l’addiction à Internet, aux réseaux sociaux, et plus globalement la technologie ?

T’as tout compris. C’est exactement le message qu’on voulait passer. On est conscient que ce sont des outils indispensables, qu’on ne peut pas les contourner. C’est un thème très important pour nous car aujourd’hui on se rend compte que tout le monde a un téléphone, le web, et ne fait plus trop grand chose en fait, maintenant tu as même des lunettes qui te permettent d’être connecté à Internet en permanence… Tu es connecté à la terre entière sauf que tu ne parles plus à personne, quoi. Tout ne devient plus que virtuel, c’était un peu le thème central, on est complètement déconnecté de l’être humain. On est complètement connecté aux machines, ce qu’on a voulu étayé. Il y a un côté très pratique mais aussi très choquant.

Au même titre que l’alcool ou la drogue, penses-tu qu’Internet puisse devenir une addiction grave au point de nuire à la santé ?

En fait, c’est déjà le cas. J’ai des potes qui ont des métiers de thérapeute ou autre, et ils rencontrent énormément de monde qui sont complètement addicts au web, aux jeux en réseaux, à Facebook… C’est une addiction qui est avérée aujourd’hui. Il y a une réelle, entre guillemets, « maladie ». Tu n’as qu’à regarder le nombre de potes que tu as sur Facebook, te poser la question : combien tu en connais réellement, et tu as le début de la réponse…

Beaucoup de films futuristes existent sur cette thématique, les trouves-tu crédibles ?

Je crois que généralement les films de science-fiction inspirent le monde réel. Regarde Terminator, cela a énormément influencé l’armée américaine pour créer des robots pour aller en territoire ennemi. Hier, je rigolais avec David et Kévin sur un sujet tout con, on est de la même génération tu as dû connaître Dragon Ball Z et les cyborgs avec leurs lunettes ?

« Aujourd’hui on se rend compte que tout le monde a un téléphone, le web, et ne fait plus trop grand chose en fait. […] On est complètement connecté aux machines, ce qu’on a voulu étayé. Il y a un côté très pratique mais aussi très choquant. »

Bien sûr, oui.

Quand j’ai vu les Google Glass, ça m’a fait penser à ça. Après c’est toujours pareil, il y a une utilité et une perversion à tout. En fonction de l’angle que tu vas prendre ça va être positif ou complètement de la merde. On a décidé de poser un point de vue, l’idée n’est pas de clore le débat, la question reste ouverte.

La pochette de l’album est extrêmement sobre, est-ce lié à votre thématique d’un retour à des relations plus simples, plus saines ?

C’est vraiment très rigolo que tu poses la question parce que je t’avoue que moi je n’avais pas vu les choses comme ça. (rires) Mais oui, ça peut être une bonne remarque et un bon argument. On a bossé avec un graphiste, Sam, qui a fait un super boulot. Au début on partait sur des choses trop alambiquées, et graphiquement ça ne correspondait pas vraiment à ce qu’on cherchait. Petit à petit on a voulu aller plus vers l’essentiel et quelque chose d’épuré. C’est pour ça qu’on a voulu mettre en avant le côté sobre sur la pochette, et le côté travaillé sur le CD, en arrière-plan. Mais oui c’est un très bon résumé, je n’aurais pas mieux fait. (rires)

En allant faire un tour sur votre merchandising, on constate que comme pour beaucoup de groupes vous devez vendre des produits autres que le CD pour vous en sortir, c’est un constat un peu triste quelque part…

C’est une histoire de réalisme. Après je ne suis pas un spécialiste et je n’aurais pas la prétention de te dire que je connais parfaitement ce milieu-là. Notre démarche a été simple, soit on frappait un grand coup et il fallait poser un peu de fric sur la table pour arriver à ce qu’on voulait, soit on y allait petit à petit, et il aurait fallu bouffer cinquante dates avant de commencer à sortir des T-shirts, de se faire connaître, et avant de pouvoir enregistrer. On a donc pris le parti de tout mettre d’un coup. Après évidemment ce sont les « produits dérivés » qui te permettent de te faire connaître, de payer tes répètes, et puis l’alcool aussi à l’occasion… T’as pas le choix. Regarde des groupes comme Slipknot, ou j’ai envie de dire même Michel Sardou, en dehors des concerts, il y a énormément de merch vendu, car ça permet d’étendre la communication, ce n’est pas juste une question de s’en sortir. Après, en France, avec ou sans merch, pour te faire connaître, faut s’arracher les couilles. Alors autant le faire avec du merch pour y arriver un peu plus. Je ne pense pas qu’on soit aidé sur le sujet en France, après je ne suis pas spécialiste, c’est peut-être pareil en Angleterre ou aux États-Unis…

Interview réalisée par téléphone le 30 octobre 2013 par Metal’O Phil.
Retranscription : Le Phasme.
Introduction : Alastor.

Site internet officiel de Slave machine : slave-machine.com

Album Disconnected, sorti le 1er octobre 2013 chez Dooweet Record.



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