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Chronique   

Slayer – Repentless


Slayer - RepentlessGiuseppe Tomasi Di Lampedusa avait admirablement prédit la sortie de ce onzième effort studio de Slayer : « il faut que tout change pour que tout reste comme avant. » En trente-quatre ans de carrière, ces dernières années ont sans doute infligé l’une des plus dures épreuves aux Californiens : le décès de Jeff Hanneman le 2 mai 2013. Slayer a continué de tourner, « afin de voir si cela faisait sens », pour reprendre les dires de Kerry King. Ce Repentless est issu d’un paradoxe : l’environnement de Slayer a radicalement changé, avec pour seul dessein de pratiquer la musique qu’ils ont toujours incarné. Repentless est une réponse finale aux interrogations du groupe : « jouer » est une chose intangible.

Outre le décès de Jeff Hanneman, les six années qui séparent World Painted Blood (2009) de Repentless ont été le théâtre de nombreuses autres évolutions. Dave Lombardo n’officie plus derrière les fûts, laissant la place au bien connu Paul Bostaph (les albums Diabolus In Musica, God Hates Us All). Gary Holt, officiant au sein d’Exodus et ami de longue date du groupe, a remplacé Jeff. Les deux musiciens étaient donc déjà affiliés à Slayer. Sur le plan business, mais aussi indirectement artistique, le groupe a décidé de se séparer d’American Recordings après vingt années de collaboration au profit de Nuclear Blast. S’ensuit l’accueil d’un nouveau producteur en la personne de Terry Date (Pantera, Soundgarden) qui vient détrôner Rick Rubin aux manettes. Pour faire simple, malgré l’absence évidente d’Hanneman dans le processus de composition (seul « Piano Wire » contient des riffs de ce dernier), le contexte est propice à de nouvelles impulsions.

Ainsi, Slayer fit du Slayer. quarante minutes de thrash sans compromis.

Repentless n’aura peut-être pas le cachet d’un « classique », mais délivre une fougue que Slayer semblait perdre petit à petit. L’introduction « Delusions Of Saviour » se charge de créer une tension autour de la wah-wah de Kerry King avant d’amorcer le titre éponyme et d’enchaîner « Take Control », parangons de la tradition « Slayerienne » du riff thrash et de la batterie cavalière. À ce titre Paul Bostaph réalise une œuvre sans failles, moins diligent que Dave Lombardo à la double-pédale mais renouant avec un groove metal plus présent dans le Slayer de la fin des années 90, à l’image de « Vices » qui a des airs de Machine Head époque Burn My Eyes (1994). « When The Stillness Comes » apporte une touche de lourdeur bienvenue, usant d’une ambiance glauque, marque de fabrique de Slayer, et rappelant dans une certaine mesure le classique « Seasons In The Abyss » (1990). Tom Araya privilégie l’agressivité à la mélodie et fait taire les détracteurs : il est peut-être le véritable pilier derrière la crédibilité de Repentless. Les couplets de « Chasing Death » lui doivent beaucoup et dans l’ensemble, les lignes de chant de Repentless font presque office de best-of tant elles rappellent divers aspects de la discographie du groupe. Quant à Kerry King, il s’est attribué l’essentiel du riffage, ne laissant que peu de place au jeu de Gary Holt. En résulte un aspect punk hardcore peut-être moins présent que du temps d’Hanneman, mais que l’on retrouve tout de même sur des titres comme « Implode » ou « Atrocity Vendor ». Enfin intervient « Pride And Prejudice ». Bas du front, lourd, brutal, une amorce de solo rentre-dedans et une grosse caisse massive. Un véritable voyage dans le metal des années 90 que seul des groupes comme Slayer peuvent désormais proposer. Relentless s’achève sur cet argument de poids : les Californiens ont encore des comptes à régler.

Repentless ne convaincra peut-être pas les fans les plus bornés du groupe, mais affirmer que ce dernier opus n’a pas les attraits que l’on cherche dans la musique de Slayer serait de la mauvaise foi. Pas de surprises, pas de déceptions. Peut-être même un soulagement. Hanneman n’est plus, Slayer existe toujours. Si l’on regrette le premier, on accueille à bras ouverts le second.

Voir le clip de « Repentless » et écouter « When The Stillness Comes », « Cast The First Stone » et « You Against You » :

Album Repentless, sorti le 4 septembre 2015 chez Nuclear Blast.



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  • Excellente critique. Pas d’accord sur tout, un mot sur l’incontournable « Cast the First Stone » me paraît nécessaire, mais je suis globalement d’accord avec l’esprit et je trouve la critique très synthétique. Merci RM 🙂

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  • True Metalhead dit :

    Le clip de la chanson « Repentless » déchire sa fucking mère !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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  • Cet article résume parfaitement ce que je pense.
    Quand on me demandera ce que je pense du dernier Slayer je répondrais « toi tu lis pas Radiometal »

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  • C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupe !

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    Alice

    Étant donné que « soupe » désigne parfois de la mauvaise musique, je n’arrive pas à savoir s’il s’agit d’un commentaire positif ou négatif…

    Mr Claude

    Il s’agit bien sur de très bonne soupe.

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