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Chronique   

Sleep – The Sciences


2018 s’annonçait déjà une année enthousiasmante pour les fans de doom, qu’on pense au retour de Mournful Congregation en mars ou au nouvel album de Yob qui se profile. Mais personne n’aurait pu s’attendre à un miracle tel que celui qui s’est produit le 20 avril dernier, lors de LA journée des stoners (à l’américaine, on l’écrit 04/20) : presque sans effet d’annonce, les Américains de Sleep ont dévoilé au monde The Sciences, sorti sur le label de Jack White, Third Man Records, comme pour donner à tout le monde une raison de plus de se frotter les yeux. Il s’agit du premier album du trio depuis le légendaire Dopesmoker enregistré il y a pas moins de 20 ans (et sorti bien plus tard, après pas mal de déboires qui ont conduits le groupe à l’arrêt). Malgré la sortie du single The Clarity en 2014, un nouveau Sleep semblait plus tenir du fantasme que de la réalité. Quand bien même cette sortie impromptue n’a pas laissé le temps aux fans de nourrir des attentes démesurées, on écoute tout de même The Sciences pour la première fois avec un mélange d’enthousiasme vorace et d’appréhension, les réunions de groupes des années 90 étant pléthores en ce moment et pas toujours motivées par les raisons les plus nobles. Mais comme pour parachever le miracle, le trio ne déçoit pas.

The Sciences commence comme la plupart de leurs concerts, par quelques minutes de larsens et de ce qui ressemble à des réglages sonores, sur un sentiment de familiarité pour les fans donc, qui s’accentuera au fur et à mesure de l’album où l’on retrouve, pour la première fois dans toute leur splendeur, « Sonic Titan » et « Antarcticans Thawed », deux morceaux anciens massifs déjà joués en live voire trouvables en bootleg. Une manière d’établir une continuité après des années de silence relatif, de revisiter son passé, The Sciences empruntant autant à Holy Mountain et ses hymnes imparables qu’au titanesque Dopesmoker, mais aussi de montrer le chemin accomplit par les musiciens, que ce soit en matière de production ou dans la maîtrise de leurs arts respectifs. En effet, entre temps, Sleep s’est pratiquement transformé en supergroupe, chacun de ses membres ayant brillé dans des projets parallèles : le guitariste Matt Pike s’en est donné à cœur joie avec High On Fire, Al Cisneros à la basse nous a gratifié de quelques albums splendides de doom méditatif et orientalisant avec Om, et Jason Roeder à qui a incombé la tâche difficile en 2009 de remplacer Chris Hakius n’est autre que le batteur de Neurosis. On entend un peu de tout ça dans The Sciences, mais cet album est surtout la formule Sleep – soit une ouverture lente et lourdissime avant que le rythme s’intensifie, une voix qui commence ses psalmodies au bout de quelques minutes, et des solos planants et habités qui attendent souvent la dernière partie du morceau pour se faire entendre – portée à son apogée.

Thématiquement aussi, le groupe revisite ses obsessions favorites – la fumette, Black Sabbath et les pèlerinages quelque part au Proche Orient – et les entremêle pour un résultat vaporeux plein de trouvailles enfumées franchement drôles : on entend parler, entre autres, de « rifftuels », d’« hashtéroïdes », de « Pentecôte Iommique » et de ptérodactyles (!). The Sciences est une sorte de kaléidoscope, de réarrangement perpétuel des mêmes éléments qui se combinent en passages stoners enlevés (« Maryjuanaut’s Theme »), en groove imparable (« Giza Butler », où on entend des échos de Om), ou encore en solos bluesy épiques (« The Botanist », peut-être le morceau le plus unique et novateur du disque). Des paysages fantastiques se déploient lors d’une succession de voyages intérieurs uniques, parmi des étendues cosmiques, le désert égyptien, des calottes glaciaires, et bien évidemment les replis de notre psyché, en passant si possible par quelques épiphanies et autres révélations mystiques. Les morceaux du trio ne sont plus simplement pensés pour accompagner la consommation de leur drogue douce favorite, mais pour pratiquement s’y substituer : les sciences de Sleep sont infinies, et leurs voies d’accès à la connaissance irremplaçables.

Album The Sciences, sorti le 20 avril 2018 via Third Man Records. Disponible à l’achat ici



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  • Sleep: La quintessence du stoner doom.

    [Reply]

    Inark

    Et ils nous sortent un grand album.

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    In Flames @ Lyon
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