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Interview   

Smith/Kotzen : les liens du rock


L’annonce du projet Smith/Kotzen a pu intriguer voire surprendre. Il faut dire qu’Adrian Smith et Richie Kotzen sont deux musiciens aux carrières très différentes. L’un est britannique, l’autre américain. L’un a fait carrière dans l’un des plus gros groupes de heavy metal au monde, l’autre a surtout œuvré en solo de manière plus confidentielle. Pourtant, ceux qui se sont notamment intéressés de plus près à la carrière d’Adrian Smith savent qu’il a toujours aspiré à tâter d’autres terrains en marge d’Iron Maiden, en particulier dans le domaine du rock bluesy. Et c’est bien là que les deux musiciens se rejoignent : un amour inconditionnel pour le classic rock et le blues.

Dans l’entretien qui suit, Adrian Smith nous parle de cette rencontre et du premier album du tandem. Une occasion pour lui de concrétiser une envie qui le travaillait depuis de nombreuses années, celle de renouer avec ses racines. C’est donc avec un guitariste épanoui que nous avons échangé, ce qui n’a pas toujours été le cas au vu de son passé parfois un peu compliqué, qu’il évoque également avec beaucoup de franchise.

« La première fois que J’ai entendu ces groupes [de classic rock], j’avais quinze ans. […] Ça a changé ma vie, littéralement. Une fois qu’on est tombés dedans, ce type de musique ne nous quitte plus. »

Radio Metal : Richie et toi êtes deux musiciens ayant des parcours très différents : comment vous-êtes vous rencontrés à l’origine et avez-vous fini par nouer des liens créatifs ?

Adrian Smith (guitare & chant) : En effet, nous avons des carrières assez différentes. Je vis la majeure partie de mon temps au Royaume-Uni, mais j’ai acheté une propriété à Los Angeles il y a quelque temps. Je passe un peu de temps là-bas, j’y ai de la famille, la mère de mon épouse y vit. Il y a une grande communauté de musiciens là-bas, tout le monde finit par se connaître. J’avais entendu parler de Richie. Enfin, je savais qu’il avait été dans Poison et qu’il avait une assez longue carrière solo – je crois qu’il a sorti une vingtaine d’albums. J’avais entendu quelques trucs, mais j’ai vraiment eu l’occasion de le connaître il y a probablement sept ou huit ans et j’ai entendu ce qu’il faisait actuellement, c’est-à-dire une sorte de blues rock un peu sale que j’ai beaucoup aimé. Nous sommes devenus amis, nos épouses s’entendent très bien, nous nous fréquentions, puis nous avons commencé à jammer et à bien nous entendre. Nous avons en commun un amour pour le classic rock et le blues. Ma femme, qui me co-manage sur ce projet, a dit : « Pourquoi vous n’essayez pas d’écrire quelque chose en ensemble ? » Donc nous l’avons fait et ça a super bien collé. Voilà comment ça a démarré !

Tu as été très actif et as beaucoup tourné avec Iron Maiden, ce qui signifie que ça fait des années que tu passes une grande partie de ton temps avec les mêmes musiciens. A quel point ça fait du bien de découvrir une nouvelle alchimie avec un autre musicien ?

C’est génial ! C’est super de collaborer en dehors du groupe. J’adore ce que je fais dans Iron Maiden, mais ça faisait bien quinze ans que j’avais dans un coin de ma tête de faire un album de hard rock avec peut-être une touche de blues. En fait, quand je suis revenu dans Iron Maiden il y a une vingtaine d’années, durant les quelques mois de pause que nous avions entre nos longues tournées, j’en profitais pour me réunir avec des copains pour jouer du blues, des trucs que tout le monde connaît et qu’on n’a pas besoin de répéter, histoire d’entretenir mon jeu. Ça m’a replongé dedans, j’ai eu envie d’en écouter plus, notamment des gars comme Joe Bonamassa, et ça a fini par déteindre sur moi en tant que guitariste. Il y a donc cette facette de mon jeu et puis j’aime bien chanter un peu. Du coup, m’associer à Richie semblait être une bonne opportunité. Evidemment, il est spécialiste de ce style et c’est un super chanteur. Je ne me qualifierais pas forcément de chanteur, mais je chante et nos voix se combinent assez bien. Enfin, Richie se charge de la majorité, mais… Ça produit une collaboration intéressante. Sur le papier, c’est une combinaison improbable, mais dans la réalité, c’était vraiment inspirant de travailler avec Richie. Nous nous sommes mutuellement poussés à nous dépasser sur le plan créatif. Ce n’est pas le genre d’alchimie qu’on trouve tous les jours. Je trouve le résultat très intéressant. La façon dont nous avons composé est que nous nous sommes posés ensemble, chacun avait un microphone et une guitare, et ensuite j’avais une idée… La première chanson que nous avons écrite s’appelait « Running ». J’ai apporté l’idée du couplet – j’avais une idée de mélodie pour ça. Il l’a écoutée : « Ouais, super. Maintenant, j’ai une idée pour le refrain. » Ça a plus ou moins servi de modèle pour ce qui a suivi. L’un de nous apportait une idée et l’autre avait quelque chose pour aller avec, et ensuite nous confectionnions la chanson comme un jeu de construction. Nous voulions que ce soit de vraies chansons, plutôt que d’en faire un album de guitare, ce que nous aurions pu faire… Nous voulions que les chansons soient à l’épreuve du temps et, avec un peu chance, que les gens puissent les retenir.

Comment décrirais-tu vos complémentarités en tant qu’artistes ?

Evidemment, Richie est un excellent chanteur, il a une grande tessiture. J’ai un certain grain de voix, mais je n’ai pas sa tessiture. Souvent j’arrivais avec le couplet et Richie chantait le refrain qui était dans un registre plus aigu. Ça fonctionnait très bien. A la guitare, Richie a sa propre technique, il n’utilise pas de médiator, ce qui lui donne un son particulier, et il est capable de faire du shred, il peut jouer vite. Moi, j’ai tendance à jouer de manière un peu plus mélodique, donc ça crée un bon équilibre. Nous avons le même type de sensibilité quant à ce que nous cherchons à accomplir, je pense. Quand nous jammions ensemble avant de faire l’album, nous faisions des reprises de Bad Company, Free, Humble Pie, Stevie Ray Vaughan, tous les vieux classiques que nous aimons jouer. C’était le point de départ, l’inspiration.

C’était donc un retour aux sources…

Oui, j’ai grandi avec ça. La première fois que J’ai entendu ces groupes, j’avais quinze ans. Ma grande sœur avait un petit copain qui jouait dans un groupe et un coup, il lui avait laissé l’album Machine Head de Deep Purple. En traînant dans sa chambre, je suis tombé dessus et je l’ai écouté. Quand j’ai entendu « Highway Star », je n’en croyais pas mes oreilles. Ça a changé ma vie, littéralement. Une fois qu’on est tombés dedans, ce type de musique ne nous quitte plus. Je continue d’en écouter, j’aime toujours autant. Je ressens un besoin de créer du nouveau hard rock, si tu vois ce que je veux dire. Je trouve qu’il y a encore de la vie dans cette musique ; c’est intemporel. Donc, en effet, on peut dire que c’est un retour à mes racines !

« Je ne sais pas si c’est un défaut dans mon caractère, mais je ne suis jamais content. Je veux toujours faire mieux encore et encore. Ce n’est pas près de changer et c’est ce qui me stimule. « 

As-tu parfois regretté de ne pas pouvoir davantage exploiter cette facette de tes affinités artistiques durant les années passées ?

Si tu écoutes bien ce que je joue dans Maiden, les solos… Mon jeu est le même, si tu vois ce que je veux dire. Ce qui change, c’est juste la musique sur laquelle je joue. Peut-être que mon jeu est un petit peu plus metal dans Maiden, mais Maiden est très mélodique aussi. Il y a un petit peu plus d’espace dans ce que Richie et moi faisons, il y a un peu plus de groove ; c’est plus orienté groove. C’est aussi un peu plus terre à terre, par opposition au côté fantastique. Les chansons parlent des expériences de vie, comme « Scars » qui se passe d’explication – ce genre de chose nous arrive tout au long de notre vie. Tu atteins un certain âge et ces cicatrices te suivent et elles affectent ta manière de vivre. Tout le monde peut s’identifier à ça. « Running » parle peut-être plus de l’abus qu’on peut faire des bonnes choses de la vie et de quelqu’un qui se fuit lui-même, parce qu’il ne peut pas se regarder dans la glace. C’est ce genre de truc. Nous avons passé beaucoup de temps sur les textes aussi. Nous voulions qu’ils aient un peu de profondeur.

Dans Iron Maiden, tu dois partager les parties avec deux autres guitaristes, et tu as Steve Harris qui, même si c’est un bassiste, prend beaucoup de place. Cet album était-il aussi une manière de te faire plaisir à la guitare et peut-être montrer un peu plus ce dont tu es capable et qui tu es vraiment en tant que guitariste ?

Oui. Evidemment, si tu fais un projet parallèle… Il n’y a que Richie et moi, ce n’est pas un groupe au complet, donc tu as un peu plus de marge pour changer des choses et jouer des parties que tu ne jouerais peut-être pas en temps normal. Mais comme je l’ai dit, j’adore ce que je fais dans Maiden. Nous avons trois guitares, mais il faut avoir en tête que de nombreuses chansons font douze minutes [petits rires]. Donc nos mains sont tout le temps occupées, on ne peut pas se la couler douce dans Iron Maiden, il y a constamment plein de guitare. Mais encore une fois, j’aime le rock bluesy, donc avec Richie, ça me donne l’occasion d’en faire et peut-être de tester mon jeu dans un contexte différent. De même, je n’ai aucun problème à partager le feu des projecteurs. Au fond, j’ai un esprit d’équipe. Ce qui est super dans le fait de travailler avec Richie, c’est que nous avons tous les deux fait des projets solos auparavant, mais c’est difficile parce qu’il faut prendre toutes les décisions seul. Tu n’as personne avec qui échanger. Alors que si vous êtes deux, comme dans le cas présent, vous pouvez rebondir sur ce que dit l’autre sans qu’il y ait non plus quatre autres avis, plus celui du producteur, etc. C’est sympa, à cet égard. Tu as donc le luxe d’avoir plus d’espace pour toi, mais tu as quand même le luxe aussi de pouvoir échanger avec quelqu’un sur le plan créatif.

Pour les gens, tu es surtout connu comme étant un guitariste et je crois que la seule fois où tu as été le chanteur lead dans un groupe – en dehors de la face B d’Iron Maiden « Reach Out » – c’était pour ton projet ASAP en 1989. L’expression vocale, par opposition à l’expression guitaristique, était-elle quelque chose que tu souhaitais développer ?

J’ai démarré comme chanteur. J’ai rencontré Dave Murray – l’un des autres guitaristes de Maiden – qui était déjà bon guitariste quand nous avions quinze ou seize ans. A notre connaissance, nous étions les seuls gamins du quartier à aimer le hard rock. Nous écoutions Deep Purple, Black Sabbath, Status Quo, Thin Lizzy, Humble Pie – Steve Marriott, un de mes héros ! – et ce genre de chose. J’ai trouvé que Dave était un personnage intéressant et je lui ai dit : « Ecoute, montons un groupe et je serai le chanteur. » On dit que le chanteur c’est juste celui qui se dévoue pour prendre le micro et chanter. C’est ce que j’ai fait. Puis j’ai appris à jouer de la guitare sur le tas, principalement avec Dave. Je suis devenu un genre de guitariste-chanteur et j’ai fait ça pendant cinq ou six ans dans des groupes, à faire mes preuves, voyager en van, monter sur scène même quand je ne me sentais pas bien et que j’avais mal à la gorge, etc. J’ai fait tout ça, mais quand j’ai intégré Maiden, évidemment, ils voulaient juste que je joue de la guitare. Alors j’ai dû mettre mon chant de côté et me concentrer sur mon jeu de guitare. Je n’ai plus fait de chant jusqu’à la fin des années 80 avec ASAP. Puis quand j’ai quitté Maiden, j’ai eu quelques groupes et j’ai chanté durant les années 90 – en tout cas la première partie. J’avais un groupe qui s’appelait The Untouchables et nous faisions un rock plus bluesy, pour être honnête, mais j’étais le leader du groupe et je chantais. Donc j’ai un peu chanté à cette époque. Puis j’ai rejoint le groupe de Bruce [Dickinson] et j’ai remis de côté le chant pour me reconcentrer sur la guitare. Puis j’ai réintégré Maiden. Mais tu sais, quand je suis chez moi, j’écris des chansons, j’en fais des démos et je les chante. Donc je suis à l’aise quand je chante. Quand je joue de la guitare, je suis un peu plus limité avec le chant, mais ça me va bien. Je suis probablement un guitariste en premier lieu, mais qui chante un peu. J’aime faire les deux.

« Je n’ai pas vraiment apprécié Maiden durant la première période où j’en ai fait partie. Je l’apprécie beaucoup plus maintenant. J’étais une autre personne à l’époque. »

Nicko McBrain joue sur la chanson « Solar Fire ». Vous aviez évidemment Richie qui sait jouer de la batterie et Tal Bergman qui a aussi l’habitude de ce style bluesy-groovy. Du coup, pourquoi avoir impliqué Nicko sur cette chanson ?

Quand nous composions, nous avions un kit de batterie installé au studio, et Richie se posait derrière. C’est un batteur plutôt bon. C’est un batteur de base mais il a un très bon sens du rythme. Donc parfois, pour composer, j’étais à la guitare, tandis que Richie jouait la batterie, et nous enregistrions une piste de batterie. Richie faisait du bon boulot, donc nous nous disions : « Bon, ça paraît bien, autant laisser comme ça. » Du coup, sur cinq chansons, la batterie est jouée par Richie. Puis nous avions une chanson qui s’appelait « Solar Fire », qui était une chanson à tempo rapide et nous avions besoin d’un peu plus d’étincelles, si tu vois ce que je veux dire. Nicko était la première personne à laquelle nous avons pensé. J’ai toujours été fan de Nick, même avant qu’il ne rejoigne Iron Maiden, quand il était dans le groupe de Pat Travers et, bien sûr, Trust. Nous l’avons connu par le biais de Trust. Nous avons tourné avec Trust et nous regardions Nick jouer tous les soirs, c’était un sacré personnage. Bref, nous avons envoyé la chanson à Nick et il a posé sa batterie dessus. Il a fait du super boulot, il a vraiment mis le feu à la chanson. Voilà comment nous l’avons impliqué. Nick aime bien faire des choses en dehors du groupe. Au fil des années, en tournée, il nous arrivait d’être à l’hôtel et un groupe jouait au bar, et neuf fois sur dix, il allait jouer avec le groupe ! C’est un musicien très naturel. Tout le monde sait que Nick est un super batteur de metal, mais il a grandi en jouant du jazz. Il a fait partie du groupe de jazz de son père à l’âge de quinze ans ; son père était trompettiste. Si tu l’entendais jouer du funk, il est extraordinaire ! Fais-le monter et jouer « Superstition » ou un truc comme ça, il te surprendra, il a un super feeling. Donc il sait faire plein de trucs différents. Il adore jouer, tout simplement.

L’album a été enregistré aux îles Turques-et-Caïques. Ça semble être un endroit assez inhabituel pour enregistrer un album. Penses-tu qu’enregistrer là-bas a eu un impact sur le côté feel-good de la musique ?

Oui, peut-être bien ! Ceci dit, il n’y a pas non plus du reggae dans l’album… J’ai passé pas mal de temps là-bas durant les dix dernières années. Je crois qu’après qu’Iron Maiden ait fait l’album Final Frontier à Nassau, dans les Bahamas, j’ai eu un peu de temps libre et ma femme et moi avons décidé de découvrir les îles Turques-et-Caïques, et depuis j’y retourne tous les ans. J’adore absolument cet endroit. Donc je me suis dit que ce serait sympa de décamper là-bas et d’y enregistrer. Enfin, tout ce dont on a besoin de nos jours, c’est un ordinateur portable, deux ou trois micros, quelques guitares et tu as un studio. C’est ce que nous avons fait. Nous sommes allés là-bas, nous avons loué une maison, nous avons installé un studio, nous avons branché les guitares quasi en direct dans l’ampli et c’était parti !

En dehors de certaines parties de batterie et du mixage qui a été réalisé par Kevin Shirley, Richie et toi avez tout géré vous-mêmes, y compris la production. Ayant œuvré toutes ces années au sein d’une grosse machine comme Iron Maiden, est-ce que la manière plus modeste et DIY de faire de la musique t’avait manqué ?

Oui. Je veux dire que c’était très différent d’un album d’Iron Maiden. Avec Iron Maiden, nous sommes tous au studio, nous jouons live, et ensuite nous faisons juste quelques corrections, peut-être quelques overdubs de chant… Avec Richie et moi, c’était complètement différent. Nous avons construit les chansons de zéro. Nous avons tout joué nous-mêmes. Richie a fait la majorité de la batterie, j’ai joué la basse sur environ trois ou quatre chansons, nous avons tous les deux géré le chant, évidemment la guitare… C’était très différent, très focalisé, juste lui et moi dans un studio. Nous pouvions nous concentrer sur ce que nous voulions faire. Parfois, dans un groupe, il y a huit personnes dans le studio. Il y a les ingénieurs, le producteur, le groupe… C’est super quand ça colle bien, mais parfois ça bouffe beaucoup d’énergie. Disons que notre manière de faire à Richie et moi est un peu plus détendue. De même, si tu joues live, il y a plus de pression quand il faut bien faire les choses, donc il y a cette tension. C’était beaucoup plus relax sur cet album, et c’est ce que nous recherchions, car c’est plus porté sur le groove que sur cette énergie frénétique qu’a Iron Maiden. J’apprécie les deux, mais tu as raison, c’était sympa de faire autre chose.

« Quand nous partions en tournée, nous prenions des cannes à pêche avec nous. Je trouvais que c’était un bon antidote pour la vie de dingue en tournée. On peut se poser au bord d’une rivière, c’est sympa, calme et relax. C’est comme de la méditation. »

En parlant de pression, quand tu fais un album avec Iron Maiden, il y a évidemment de grandes attentes. Est-ce aussi un soulagement de faire un album sans qu’il y ait de véritable attente du public ?

Il y avait quand même un peu de pression. Tu ne peux pas juste sortir n’importe quoi de ton chapeau, il faut que ce soit bon. Je suis le genre de personne qui se donne toujours à fond, que ce soit en studio ou en live. Je ne sais pas si c’est un défaut dans mon caractère, mais je ne suis jamais content. Je veux toujours faire mieux encore et encore. Ce n’est pas près de changer et c’est ce qui me stimule. Ces choses ne se font pas toutes seules. Elles viennent des tripes, d’une raison que tu as de les faire. J’essaye toujours de me dépasser. Je ne suis jamais complaisant. Même si c’était détendu et amusant, il faut à la fois un peu de pression pour se pousser à produire le meilleur. Mais en effet, il n’y avait pas de véritable pression extérieure. Je dois dire aussi que nous avions une super équipe. Nous avons un super management qui a fait un boulot fantastique pour promouvoir et faire en sorte que les gens aient connaissance de ce projet. J’étais tellement épaté par la musique que je n’étais pas inquiet par rapport aux gens ; je me suis dit qu’ils allaient aimer. Enfin, je suppose que d’abord tu fais de la musique pour toi-même. Si tu en es content, tu te demandes : « Pour quelle raison les autres n’aimeraient pas ? » Je pense que plein de gens aiment le classic rock. On n’en entend pas beaucoup à la radio, c’est un peu underground, mais je sais pertinemment que des gens de ma génération, voire un peu plus jeunes, s’y intéressent. Il y a encore des millions de gens qui adorent ça, même si ce n’est pas représenté aux Grammys ou à la radio en journée. Alors pourquoi ne pas faire de la nouvelle musique et la sortir ? Ils disent : maintenons le blues en vie. Moi je dis : maintenons le rock en vie. D’ailleurs, nous voulions jouer l’album en live, nous avions prévu de faire des concerts pour sa sortie, mais malheureusement, la pandémie en a décidé autrement.

Tu as déjà tenté d’autres aventures musicales par le passé, notamment durant ton absence d’Iron Maiden, avec ton projet ASAP et Psycho Motel. As-tu été déçu que ces années-là n’aient pas été plus fructueuses, niveau carrière ?

Oui. Peut-être un petit peu. J’ai toujours été content de la musique que j’ai faite, mais peut-être que je n’ai pas été aussi assidu que j’aurais dû l’être. J’ai fait ASAP quand j’étais encore dans le groupe. C’était presque de l’AOR, c’était très différent de Maiden à l’époque. Puis j’ai fini par quitter Maiden et c’était en grande partie la raison de mon départ, car j’avais envie de faire ce genre de musique. Puis il y a eu des histoires politiques avec la configuration que j’avais dans ASAP et il a fallu que je dissolve le groupe, les gars avec qui je jouais, et ensuite que je tente quelque chose de nouveau. Ça faisait presque dix ans que j’étais dans Maiden, à partir sur les routes et tourner comme des acharnés, je n’avais aucune vie, et honnêtement, je voulais faire une pause plutôt que de me lancer directement dans une carrière solo. C’est donc ce que j’ai fait. Je n’ai rien fait du tout pendant deux ans. Puis j’ai monté quelques projets solos. Psycho Motel, c’était plus au milieu des années 90. Oui, j’ai tenté de faire quelque chose avec ce groupe, mais le timing était… Le grunge est arrivé et quand tu faisais du rock, on te dédaignait. C’était dur de percer ; je n’arrivais pas à susciter de l’intérêt. C’est le principal. C’était donc surtout une question de timing. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que j’ai toujours été content de la musique que j’ai faite, qu’elle ait eu du succès ou pas, commercialement parlant. C’est sympa d’être téméraire, mais la raison principale pour laquelle on fait ça, c’est pour sa propre satisfaction. Je trouvais que ce que je faisais était bien.

Nous avons eu une discussion dernièrement avec Christopher Johnson du groupe Therion. Il nous parlait de ce qu’il appelle « le syndrome d’Adrian Smith », se demandant : « Comment Adrian Smith a-t-il pu quitter Iron Maiden au sommet de leur carrière ? » Et il a fait l’analogie suivante : « Si tu n’as jamais volé en première classe, c’est extraordinaire quand tu le fais pour la première fois, mais si tu voles en première classe à chaque fois pendant cinq ou dix ans, ça revient juste à prendre l’avion, ça n’a plus rien de spécial. » Dirais-tu que tu étais blasé à un moment donné ?

Oui. Je n’ai pas vraiment apprécié Maiden durant la première période où j’en ai fait partie. Je l’apprécie beaucoup plus maintenant. J’étais une autre personne à l’époque. J’étais très jeune quand j’ai intégré le groupe, je n’avais que vingt-trois ans. Tout me submergeait, pour être honnête, car avant de rejoindre Maiden, je n’étais même pas dans un groupe qui fonctionnait, il n’y avait que moi et un autre gars, et nous avons fini par splitter. Nous ne faisions que des concerts dans des pubs. J’allais aux concerts avec ma guitare et un sac en plastique contenant ma pédale wah wah et du matériel, je montais dans un bus, j’allais au pub, je jouais pour environ cinq livre sterling et je retournais dans mon petit studio. J’étais vraiment dans la dèche. Puis Maiden est arrivé et tout d’un coup, je me retrouvais à jouer dans des stades. C’était un sacré saut pour moi. J’ai eu pas mal de chance. Le truc avec Maiden, c’est que tout ce temps que j’étais dans le groupe, c’était comme si tu faisais partie d’un feuilleton ou d’une émission de télé que tout le monde connaît. Les gens t’associent toujours à ça. C’est dur de s’en détacher. Donc tout ce que j’ai fait après ça était comparé à Iron Maiden et les gens disaient : « Bon, ça ne sonne pas comme Iron Maiden. C’est ceci, c’est cela. » C’est à double tranchant. Maintenant, c’est différent parce que nous sommes plus âgés et les gens ont un regard plus ouvert, ils peuvent accepter que je fasse quelque chose comme Smith/Kotzen. Que ce soit du hard rock, du metal… Je suis de ces gars qui aiment juste jouer.

Tu as une autre passion, la pêche. La pêche et la musique, ce sont deux activités très différentes, mais est-ce qu’elles se nourrissent mutuellement d’une quelconque manière ?

Je me suis remis à la pêche au début des années 80, ironiquement quand j’ai intégré Iron Maiden. J’ai toujours pêché quand j’étais enfant, mais j’ai arrêté vers l’âge de quinze ans, quand j’ai commencé à jouer de la musique, car je me suis dit : « Il faut que je me consacre à la musique. Je ne vais plus aller à la pêche ni jouer du football. » J’ai donc fait ça pendant près de dix ans jusqu’à ce que je rejoigne Iron Maiden et l’un des gars dans Maiden, Clive Burr, était un pêcheur, donc nous avons commencé à pratiquer à nouveau. Quand nous partions en tournée, nous prenions des cannes à pêche avec nous. Je trouvais que c’était un bon antidote pour la vie de dingue en tournée. On peut se poser au bord d’une rivière, c’est sympa, calme et relax. C’est comme de la méditation, et c’est super pour moi. C’est la paix et tranquillité que j’aime.

Interview réalisée par téléphone le 18 mars 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : John McMurtrie.

Site officiel de Smith/Kotzen : www.smithkotzen.com

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