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Chronique   

Sodom – Genesis XIX


Imaginez tout ce que l’industrialisation de la Ruhr a d’attirant et vous comprendrez pourquoi Tom Angelripper a fondé Sodom. La formation d’Altenessen est devenue l’un des pionniers du thrash allemand et a résisté aux multiples assauts du temps, avec Tom Angelripper comme seul et inamovible membre original restant. Aujourd’hui, Sodom a révisé sa formation : il accueille pour la première fois un deuxième guitariste. Frank « Blackfire » Gosdzik est de retour, déjà à l’œuvre sur l’album iconique Agent Orange (1989), rejoint par Toni Merkel à la batterie et Yorck Segatz à la six-cordes, le tout évidemment orchestré par Tom Angelripper. Genesis XIX est le premier album de Sodom réalisé avec cet effectif. De quoi faire miroiter les possibilités offertes par une deuxième guitare et s’en référer à la réputation d’Agent Orange.

Dès lors que les premiers assouplissements des règles du confinement ont été en vigueur en Allemagne, Sodom s’est attelé à la tâche sans perdre de temps avec la volonté d’en découdre. Selon les dires de Tom Angelripper, Genesis XIX est l’album le plus « dur et varié » enregistré par Sodom. Ce que l’introduction « Blind Superstition » laisse seulement entrevoir, c’est ce cachet vieux jeu légitime du son de Sodom. Le grain des guitares prend le dessus sur la plupart des éléments, la basse métallique se fraie un chemin difficile dans le spectre sonore. Un classique pour le genre. Le traitement de la batterie de Toni Merkel fleure bon l’authentique, quitte à opter pour une caisse claire omniprésente. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise : « Sodom & Gomorrha » pose les bases et fonce tête baissée. Le morceau introduit tout de même un break plus typé death qui assouplit le propos de Sodom avant de repartir à un train d’enfer. « Euthanasia » obéit à une logique similaire, l’essence du morceau est un speed-thrash inépuisable, qui s’accorde tout de même un break rock assumé et un solo qui nous ramène quarante ans en arrière, lorsque la seule dextérité était suffisamment excitante et inédite. Là où intervient réellement la notion de « diversité », c’est sur un titre tel que « Genesis XIX ». Sodom y fait l’effort d’étoffer ses arguments en se permettant des atmosphères lugubres avant d’adopter un riffing plus lourd et grandiloquent. Des variations que l’on retrouve sur « Nicht Mehr Mein Land » qui emprunte les codes mid-tempo d’un hard rock « méchant », infiniment plus rugueux.

Si Genesis XIX distribue du riff à tout-va, il a tendance à submerger l’auditeur. Si on enlève l’introduction, Sodom propose onze titres dont deux excédant les sept minutes, le tout suivant exactement le même procédé (une variation de tempo qui s’assimile à un changement de registre). L’enthousiasme de Yorck et Frank se retourne contre eux-mêmes. Pris d’une traite, Genesis XIX peine à faire émerger des articulations marquantes. Un trait accentué par le timbre monolithique de Tom Angelripper. C’est lorsque Sodom cherche à ciseler des atmosphères qu’il interpelle, à l’image de l’introduction malsaine de « Dehumanized » (procédé répété sur de nombreux titres) ou des mouvements rock d’« Occult Perpetrator » et de ses leads dissonants, foncièrement plus marquants que le thrash-punk générique d’« Indoctrination » par exemple. « Glock’n’Roll » se démarque également en s’inscrivant dans la lignée plus moderne d’In War And Pieces (2010) ou d’Epitome Of Torture (2013). Les changements de rythme y sont les bienvenus et son refrain sombre porté par un arpège saturé en fait le terreau idéal pour une performance vocale habitée. « Friendly Fire » qui clôt l’album démontre toutefois que la brutalité peut aussi s’avérer jouissive.

Genesis XIX fait se côtoyer deux facettes de Sodom. L’une profondément ancrée dans le thrash sans artifice prônant l’endurance et l’absence de compromis, motivée par un Yorck Segatz inconditionnel du genre. L’autre est une recherche de variété sans doute apportée cette fois par Frank Gosdzik, prompt à introduire des éléments et des accroches issus du rock qui permettent d’esquiver la monotonie. Genesis XIX a assurément de quoi séduire les nostalgiques et ceux qui recherchent en Sodom un défouloir à l’ancienne. Pour les autres, il a une générosité louable mais force à faire le tri. Il le mérite néanmoins.

Lyric vidéo de la chanson « Indoctrination » :

Lyric vidéo de la chanson « Sodom & Gomora » :

Album Genesis XIX, sortie le 27 novembre 2020 via SPV/Steamhammer. Disponible à l’achat ici



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