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Metalanalyse   

Sodom se dévoile sous la torture


L’hymne thrash « In War And Pieces » résonne encore dans le caisson de votre serviteur au moment où il écrit ces lignes. Il faut dire que Sodom a visé droit dans le mille lorsqu’il a sorti en 2010 l’album du même nom. Certains osaient même parler d’une sorte de « black album » du trio allemand, en raison de sa quantité de riffs heavy portant les titres à bouts de bras, sa production puissante, ses compositions matures et travaillées, etc. Seulement, Sodom avait aussi conservé une rugosité qui pour certains fait défaut à la référence des Four Horsemen. Bref, Sodom avait en quelque sorte trouvé la bonne recette et réussi à offrir un album majeur à sa discographie. Et après tant d’années de services, à l’image de Motörhead et son Inferno il y a neuf ans, par exemple, il y a là quelque chose de remarquable.

Ceux qui s’étaient cassé la nuque sur In War And Pieces s’attendent forcément à en faire de même, à retrouver les mêmes caractéristiques, avec le suivant, Epitome Of Torture, qui arrive cette année. Pourtant, ce n’est pas toujours dans les faits ce qui se produit ; un artiste, même dans le thrash teuton musclé, étant généralement là pour avancer. Surtout que le meilleur moyen d’éviter l’écueil de la comparaison est d’assumer au moins quelques différences.

Alors non, Epitome Of Torture n’est pas qu’une simple copie de son prédécesseur bien qu’il dévoile de nombreuses similitudes. Dès le premier contact, l’auditeur retrouve un même type d’amorce avec une introduction ténébreuse avant de faire parler la poudre et puis il y a cette production coup de poing, très comparable, qui flatte et saute aux oreilles. En revanche, pas vraiment d’équivalent au brûlot « In War And Pieces », même si les bases ont été transmises, les tubes de l’album se démarquant sous d’autres caractéristiques. A vrai dire, en regardant la discographie récente de Sodom, il y a deux titres, deux classiques, que l’on peut extraire pour expliquer la tournure de cette nouvelle fournée thrash de Tom Angelripper et sa bande. Le premier est « Buried In The Justice Ground », issu de l’album éponyme de 2006 qui avait vu Sodom injecter une forte dose de mélodie et d’harmonie dans son soufre, comparable dans une certaine mesure à ce que l’on peut trouver chez un groupe tel que Megadeth. L’autre, il a déjà été mentionné et est désormais une référence en matière de heavy thrash percutant qui prend aux tripes.

Certes Epitome Of Torture ne masque pas le fait que Sodom est en premier lieu l’un des trois piliers du thrash à l’allemande, réputé pour être sans concession. En ça il le rappelle avec des titres pied au plancher et directs comme « S.O.D.O.M. » ou le single « Stigmatized ». Mais Sodom met aussi de l’eau dans son thrash en sortant de son chapeau une moisson de riffs foncièrement heavy et mid tempo, du genre qui fait froncer les sourcils et faire une méchante grimace, à l’instar du pesant titre éponyme. Ce faisant, Sodom rappelle à notre bon souvenir les ficelles qui accentuent l’efficacité du thrash. Tout est une question de perspective : il ne s’agit pas de se borner dans des riffs à cent à l’heure, comme semblent le croire naïvement nombre de formations modernes, mais de savoir mettre en valeur à tour de rôle la vélocité et la lourdeur par leurs alternances. C’est cette dynamique qui rend le thrash si percutant et si vicieux, Slayer en a fait un des ingrédients clef de sa réussite. Et c’est ce qu’Epitome Of Torture a encore davantage développé par rapport à son prédécesseur qui, déjà, en avait fait un atout.

Même si certaines compositions, les plus thrash citées plus haut, font dans le basique et vont droit au but, Tom Angelripper lorgnant même occasionnellement du coté du death metal (« Stigmatized », « Shoot Today Kill Tomorrow »), Sodom fait aujourd’hui preuve d’une vraie maîtrise de composition. Après plus de vingt ans dans le circuit, normal diront certains, mais ce n’est pourtant pas une règle, loin s’en faut. Mais forts de cet acquis, les Teutons se permettent en sus aujourd’hui d’accroître le capital mélodie de leur musique, lui conférant une certaine hauteur, un pouvoir d’accroche accru. Dès le début, le refrain de « My Final Bullet » montre une allure qui, dans d’autres circonstances, après une cure d’amincissement, aurait pu se retrouver sur un album de Bad Religion. Sans compter des solos à l’ancienne misant sur une assimilation immédiate, voire pouvant être chantés. Mais c’est surtout dans la seconde moitié de l’album que Sodom dévoile vraiment son cap, avec les quatre derniers titres, tous portés par leur travail mélodique : « Katjuschka », « Tracing The Victim » et surtout, assurément les « hits » de l’album, « Invokating The Demons » et « Into The Skies Of War ».

De la vitesse, du mid-tempo, de la mélodie, etc. Sodom alterne les plaisirs tout au long de ce Epitome Of Torture qui non seulement conserve sa musculature guerrière mais également joue la carte de la diversité. In War And Pieces aurait très bien pu être une sorte de terminus dans l’évolution d’un groupe souvent considéré comme brut ou primaire. Or, Sodom confirme non seulement son aptitude à élaborer ses compositions mais également qu’il a davantage de ressources et de capacité de progression qu’il est généralement admis.

Album Epitome Of Torture, sortie le 29 avril 2013 chez SPV.



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