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Chronique   

Soen – Imperial


Imperial était déjà presque intégralement composé avant que la pandémie ne survienne. Presque une « aubaine » pour Soen, profitant d’un calendrier libéré pour passer une douzaine d’heures quotidiennes à peaufiner les détails de son dernier opus. Imperial s’est réalisé sous le sceau de la continuité, ce malgré le départ du bassiste Stefan Stenberg remplacé par Oleksii Kobel. Peu d’incidence sur les compositions, étant donné que Martin Lopez écrit l’essentiel des morceaux et des parties avant l’enregistrement. Imperial réemploie le guitariste Cody Ford arrivé au terme de la composition du prédécesseur Lotus (2019), une première depuis Tellurian (2014). Le dessein d’Imperial est limpide : il est toujours le terrain d’expression de choix de Martin Lopez et Joel Ekelöf, en quête permanente de la plus grande fluidité possible.

Ce qui démarque Soen de la plupart des formations de metal/rock progressif est cette obsession pour le groove et l’accessibilité donnée à des structures alambiquées. Le riffing coup-de-poing qui introduit « Lumerian » ou celui plus nuancé de « Deceiver » – qui servent tous deux des jeux de dynamique – le confirment : Soen obéit toujours à la même philosophie depuis Lykaia (2017) en privilégiant la concision et l’efficacité au détriment d’élans plus expérimentaux. Il semble avoir trouvé l’équilibre souhaité en termes de production, œuvre du groupe et d’Iñaki Marconi (et en partie David Castillo). Le groupe a tout de même réfléchi aux moyens de faire évoluer son identité sonore en requérant les services de Kane Churko (Ozzy Osbourne, Papa Roach, Five Finger Death Punch…) pour le mix et le mastering. Un choix loin d’être instinctif, révélateur de cette volonté de clarté dont le groupe est avide. Imperial se doit d’être facile à appréhender malgré la multitude de ses articulations, en témoigne la complexité rythmique d’« Antagonist » que le jeu épuré et franc de Martin permet de saisir sans effort. Un désir qui influe sur le cachet sonore, Imperial est plus « cru » que son aîné, plus proche d’un son live avec des guitares plus tranchantes et une batterie plus organique. Le groove de « Deceiver » devient ainsi entêtant et le titre profite d’une structure classique gouvernée par Joel Ekelöf (parfaitement à l’aise sur quelques arrangements de claviers de pop psychédélique). Soen s’est définitivement détaché de toute volonté démonstrative : le déroulement de la chanson est placé sur un piédestal. Les huit pièces d’Imperial dégagent une impression de cohérence très forte, chaque titre avoisinant les mêmes durées et empruntant les mêmes codes en jouant sur l’intensité (à la douceur de la ballade « Illusion » s’oppose, par exemple, le punch de « Dissident »). « Monarch » présente les différentes facettes que Soen parvient à conjuguer avec élégance : un riffing agressif et rythmique, une délicatesse mélodique et une qualité d’écriture éclatante lors des refrains. Le tout en intégrant des arrangements bien sentis, à l’instar des violons de l’outro de « Monarch » ou de la conclusion grandiloquente « Fortune », quasi orchestrale.

Ce qui dérange avec Soen, en revanche, c’est l’impression de déjà-vu très forte qui se dégage de sa musique depuis Lykaia. La conséquence directe de l’écriture aux mains d’un seul homme. Les évolutions de production n’y changent rien. Soen ne surprend plus vraiment, fait même du réemploi et on regrette parfois les moments de grâce que l’opulence de Tellurian permettait de déceler. Il y a toujours des plages poignantes, à l’instar d’« Antagonist », justement plus complexe dans sa construction. Elles ne sont cependant que des vestiges. Le prix à payer pour la fluidité. Sur ce point, Imperial est réalisé de main de maître. Tout s’enchaîne et s’imbrique sans porter préjudice une seconde à la dynamique de l’ensemble. Le trio basse-batterie-chant de « Modesty » prouve que l’orientation musicale de Soen se défend aisément et que mettre en lumière les prouesses de Joel Ekelöf s’avère être un choix judicieux.

Imperial entérine définitivement l’avènement de ce Soen « à portée de main ». La production aux allures brutes et l’écriture très cadrée sont entièrement soumises à cette exigence. Un objectif légitime puisque Soen loue les vertus thérapeutiques de sa musique pour lui-même et dans une certaine mesure pour autrui. L’émotion avant l’intellect (et toujours l’excellence) dans le premier rapport à sa musique : c’est peut-être le choix que Soen a fait depuis toujours et qui se réalise finalement avec Imperial. Et si l’on creuse en profondeur, on constate que les deux n’ont rien d’antagoniste. L’empereur est mort, vive l’empereur.

Clip vidéo de la chanson « Monarch » :

Lyric vidéo de la chanson « Antagonist » :

Album Imperial, sortie le 29 janvier 2021 via Silver Lining Music. Disponible à l’achat ici



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