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Chronique   

Soen – Tellurian


Soen fait partie de ces groupes dont le talent n’a malheureusement d’égal que leur manque de notoriété (mais avec véritablement seulement quatre années d’existence, ça a le temps de changer). Leur premier album, Cognitive (2012) laissait entrevoir une véritable parenté avec Tool, David Bottrill ayant forgé leur son (Aenima, Lateralus…). Le groupe de Martin Lopez (ex-Opeth) revient avec un nouvel opus intitulé Tellurian, marqué par le départ de Steve DiGiorgio remplacé par Stefan Senberg à la basse, claquante et voluptueuse. Si Cognitive pouvait dérouter par ses accents « toolesques » peut-être trop prononcés, parfois même sous un vrai mimétisme, affirmer que Tellurian délivre une palette sonore des plus diverses est un euphémisme. Tellurian est opulent, distingué et prône humblement l’excellence.

« Komenco » est une introduction parfaitement à propos, familiarisant l’auditeur aux influences sud-américaines qui parcourent l’album. « Tabula Rasa » et « Kuraman » font de Martin Lopez le premier à démontrer dans l’élégance de son jeu la pluralité du discours de Soen, capable d’évoluer d’une agressivité tribale vers une mélodie cathartique portée par le chant de Joel Ekelöf (Willow Tree). Ce dernier se rapproche d’ailleurs davantage de vocalises proches des derniers efforts d’Opeth ou d’Haken que de celles de Maynard James Keenan. « Koniskas » est à ce titre troublant. Tellurian semble avoir honni le terme de « monotonie », chaque segment a sa propre évolution, toujours complexe mais jamais hors de portée. Certaines atmosphères ne toléreraient aucune interruption externe à l’écoute, le pont de « Pluton » fige tout simplement le temps et l’espace. C’est là le propre du talent de composition de Soen, l’oscillation entre plusieurs états de leur musique qui se reflètent directement chez l’auditeur. L’oppressant « The Other’s Fall » parvient à se délivrer de sa propre atmosphère par un riff de clôture dont la signature rythmique rappelle la complexité de la musique d’Intronaut.

Tellurian a cette cohérence qui distingue les grands albums de metal progressif. Chaque membre a l’occasion de s’exprimer dans un cadre subordonné à la composition. Aucune démonstration technique, aucune fioriture, aucun arrangement malvenu. Le mot d’ordre est la pertinence. Les derniers titres de l’album, « Ennui », « Void » et « The Other’s Fall » semblent former un triptyque qui démontre que Tellurian ne fait pas se succéder ses parties sans les accorder entre elles : Soen maîtrise son argumentation et laisse pressentir que tous les chapitres de l’ouvrage servent un dessein préalable.

La musique proposée par Soen à travers Tellurian est en effet organique. Elle est mouvante et cherche toujours l’essentiel, même dans les chansons les plus longues. Elle existe surtout sous différentes formes. En fonction du contexte dans lequel Tellurian est écouté, ce dernier ne délivrera pas le même propos. Pourquoi Tellurian a-t-il ce cachet d’excellence ? Parce qu’il suscite l’effort. Soen démontre simplement et purement que sa musique est à même de soutenir les appréhensions singulières de ses auditeurs, aussi diverses soient-elles.

Voir le clip pour le morceau « Tabula Rasa » :

Album Tellurian, sorti le 4 novembre 2014 chez Spinefarm Records.



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