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Chronique   

Soilwork – Övergivenheten


« Övergivenheten ». Les non-Suédois préféreront peut-être désigner ce douzième album de Soilwork par sa signification, « l’abandon », mais ces titres font maintenant partie de la manière de faire de ces vétérans, menés par l’iconique chanteur Björn Strid. En plus de disposer d’un effectif à la stabilité croissante, cette formation s’est confiée pour la troisième fois d’affilée aux bons soins du producteur Thomas Johansson, avec qui le courant passe avec une facilité grandissante. Övergivenheten a vu le jour par étapes, au cours de sessions d’enregistrement de quelques jours, égrainées tout au long de l’année 2021. Une bonne chose pour quiconque souhaite conserver une certaine distance, du recul vis-à-vis des compositions, évitant du même coup de se trouver emporté par le flot, écrasé par la force des choses.

L’abandon, donc. À la fois celui subi voire simplement craint, mais aussi celui que l’on peut parfois infliger à autrui, plus ou moins malgré soi. Aucune de ces circonstances n’est connue pour être très réjouissante. On peut voir dans cette thématique une matérialisation des événements tragiques des dernières années, et de l’influence qu’ils ont eue sur les artistes – entre autres. Chaque membre a été confronté à son lot d’épreuves et d’émotions négatives, et s’est hissé le long de ses propres axes de développement personnel. Le produit de ce méli-mélo mental se retrouve dans la musique comme dans les paroles, qui résultent majoritairement d’un partage entre Björn et le guitariste David Andersson. Si le premier est parvenu à gagner en positivité, le second s’est laissé inspirer par des pensées plus sombres, en lien direct avec l’anxiété qui le taraude.

Cette dualité n’est qu’un des facteurs ayant contribué à maintenir un équilibre dans Övergivenheten, un équilibre vital pour entretenir l’attention de l’auditeur et préserver, non sans évolutions tout de même, l’identité de Soilwork. Parmi les objectifs affichés : rendre cet opus plus organique, avec une honnêteté à tous les étages : ouverture stylistique, production dynamique, et ajouts d’instruments plus variés sont de la partie. On remarquera bien vite, à cet égard, la délicate outro au piano d’« Övergivenheten », et les interludes (respirations bienvenues) tels que « Morgongåva / Stormfågel ». Parmi les éléments acoustiques saupoudrés aux quatre coins du disque, un violon vient apporter un peu de légèreté aux blast-beat de « This Godless Universe ». Violon que l’on trouve également sur « Electric Again » dans un solo folk, certes, à l’arrivée abrupte mais fort élégant. Cette piste remplit un rôle analogue à celui que tenait « Stålfågel » sur l’album précédent : une ambiance « mélancolique mais énergique » qui semble s’installer dans ces récentes productions, et qui contrebalance agréablement les morceaux plus traditionnels du groupe. Nous autres Français ne manquerons également pas de noter la présence de notre chère langue, dans le titre même de « Nous Sommes La Guerre » et dans des passages narrés par une voix féminine, y compris sur l’épilogue de l’album, le plus long et alambiqué « On The Wings… ».

Les amateurs noteront des riffs et une mélodie à la Amorphis dans l’intro, après plus d’une minute d’ambiance cinématographique aux arrangements de chœurs que n’aurait pas reniés Nightwish… Parallèlement à tout cela, certains accuseront Soilwork de laisser The Night Flight Orchestra, autre projet notable des deux principaux compositeurs-paroliers, déteindre sur certains morceaux (mélodies suaves, claviers rétros…), tandis que d’autres s’en réjouiront. Toujours est-il que cela n’empêche manifestement pas le groupe de distribuer de bonnes vieilles torgnoles lorsque l’envie lui prend : Björn, fidèle à lui-même, jongle entre attitudes agressive et réconfortante, un peu comme un parent attentionné qui s’adapte et sait punir comme récompenser. La chanson titre rafle la mise et se pare d’un des refrains les plus mémorables de l’album, mais doit faire face à une concurrence féroce : un lot de mélodies façon Björn pur jus (souvent doublées de chœurs growlés en sourdine), plus accrocheuses les unes que les autres. Ajoutez à ce cocktail quelques éléments heavy metal et vous commencerez à distinguer le contour d’Övergivenheten. Ces aspects ont ici un rôle tout particulier à jouer, car si le fond thématique est assez sombre, l’espoir subsiste. Soilwork souhaite revigorer l’auditeur, surtout pas le pousser à se morfondre ou paniquer, qui plus est dans un monde plus menaçant encore qu’il y a quelques années.

En définitive, même si le « moule Soilwork », avec ses structures à base de couplets agressifs et de refrains mélodiques, serait une cible facile pour les caricaturistes musicaux (moyennant tout de même un certain talent), l’efficacité reste. Övergivenheten parvient à garder une tension quasi constante. Sur les quatorze titres de ce long opus (un peu plus d’une heure), il semble cependant inévitable que chacun trouvera l’un ou l’autre oubliable voire encombrant, mais l’offre est là. La vision s’affine tandis que le périmètre de chasse de Soilwork s’agrandit. Par là même, Övergivenheten peut se targuer d’un dynamisme prononcé, mais reste dense et pas forcément évident, de l’aveu même de Björn, à digérer d’une traite.

Clip vidéo de la chanson « Dreams Of Nowhere » :

Clip vidéo de la chanson « Nous Sommes La Guerre » :

Clip vidéo de la chanson « Övergivenheten » :

Album Övergivenheten, sortie le 19 août 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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