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Chronique   

Soilwork – Verkligheten


Que ce soit au sein de The Night Flight Orchestra ou Soilwork, Björn Strid et David Andersson sont très loin de voir leur inspiration disparaître. Si récemment c’est The Night Flight Orchestra qui permettait de les voir s’illustrer cette année avec Sometimes The World Ain’t Enough, le successeur du plébiscité The Ride Majestic (2015) était déjà en gestation. Verkligheten (« Réalité » en suédois) est l’occasion pour le groupe de revenir à certains fondamentaux, en dépit de changements majeurs dans le line-up. Exit le batteur Dirk Verbeuren parti rejoindre Megadeth et le bassiste Markus Wibom qui ne peut plus assurer les tournées pour raisons familiales. Malgré ces mouvements, Verkligheten dégage un sentiment de certitude quant à l’orientation musicale de ses auteurs.

Certains avanceront que The Night Flight Orchestra a nécessairement influencé la composition de Verkligheten. Il est évident que deux œuvres musicales issues des mêmes personnes entretiennent des complémentarités, même si ces dernières ne sont pas nécessairement recherchées. Ce qui incite la comparaison est la volonté de Soilwork de revenir à une approche plus directe, plus heavy et hard rock dans l’esprit, ce qu’ils ont fait en se réunissant tous ensemble en studio pour enregistrer l’opus. À l’ancienne donc. Le groupe a sollicité les services du producteur Thomas Johansson pour la première fois, producteur de metal et surtout de pop (notamment des artistes de l’Eurovision). Les sonorités de piano, la simple pulsation et la ligne de guitare de l’introduction « Verkligheten » sont un premier indice de l’attention immense aux mélodies, au cachet très scandinave, dont a fait preuve Soilwork sur cet opus, tout aussi présentes que sur The Ride Majestic mais plus entêtantes et moins exubérantes d’une certaine façon. L’arrivée du nouveau batteur Bastian Thusgaard y est pour beaucoup. Celui-ci privilégie un jeu épuré par rapport à la virtuosité parfois excessive de Dirk (qui a pourtant été son professeur), nourri d’influences rock, même si ses capacités techniques sont loin d’être en reste. Soilwork n’a toutefois pas délaissé son penchant le plus agressif : « Arrival » a des allures de titres de death mélodique classique que le groupe maitrise à la perfection, avec ses gimmicks de guitare, un blast beat frontal et des soli appuyés. Le riffing de Soilwork est aussi entrainant que possible, il suffit d’entendre les accents les plus agressifs de « Bleeder Despoiler » pour être convaincu de la force de Verkligheten. En outre, Soilwork se permet une ouverture qui rajoute une dimension épique à la composition. Les Suédois ne délaisseraient leur statut de figure de proue du death mélodique scandinave pour rien au monde – la dualité du chant de Björn y est pour beaucoup, que ce soit sur les growls lourds de « When The Universe Spoke » ou les envolées mélodiques dont il a le secret.

Il faut attendre « Full Moon Shoals » pour comprendre ce que Soilwork entend par approche plus « directe ». Le riff d’ouverture semble issu du heavy traditionnel. La structure respecte scrupuleusement les aspects les plus élémentaires de la composition rock avant d’évoluer vers des plages plus complexes et aboutir à un refrain parmi les plus entêtants du répertoire du combo. Cette méthode, riff rock et bases épurées qui incorporent des élans progressifs, se retrouve à de nombreuses reprises. Le riffing hard rock du couplet de « Nurturing Glance » semble être tout droit issu d’un album d’Accept, avant de dériver vers un florilège de notes que l’on associe plus facilement à du Soilwork traditionnel. Cette volonté de créer des accroches familières et simples se ressent jusque dans l’approche vocale, à l’instar de la très catchy « Stålfågel » qui voit Björn littéralement calquer ses paroles sur la rythmique. Surtout, Soilwork n’a pas froid aux yeux devant les arrangements qu’il propose, que ce soit par d’ingénieuses transitions (« Witan » offre un vrai florilège) et digressions (l’accalmie aux consonances cosmiques à la fin de « When The Universe Spoke ») ou l’ajout d’un violoncelle qui apporte une texture supplémentaire à plusieurs titres (ce que faisait déjà, dans une moindre mesure, The Ride Majestic). « You Aquiver » est qualifié de « disco-metal » par Björn Strid : à raison, de par son hybridation entre death metal abrasif, rythme de batterie entraînant typiquement disco et refrain très « eighties » qui, sans les interventions de growl, n’aurait pas dépareillé dans une chanson de The Night Flight Orchestra.

Soilwork n’a pas adouci son propos (« Needles And Kin » avec la participation de Tomi Joutsen d’Amorphis, et son growl profond, entérinera ce constat). Il a cependant choisi de le livrer avec plus de simplicité et tempère ses ardeurs (à relativiser, tout de même…). L’influence du jeu de batterie de Bastian Thuusgard est indéniable et représente la philosophie actuelle du groupe : tout le monde se met au service de la mélodie et de la chanson. Soilwork ne fait pas d’étincelles, il puise dans ce qui fait une composition rock réussie en l’agrégeant à son propre metal. Verkligheten est certes moins endiablé que certains de ses prédécesseurs, dont The Ride Majestic, il n’en est pas moins ciselé.

Clip vidéo animé de la chanson « Stålfågel » :

Clip vidéo de la chanson « Full Moon Shoals » :

Chanson « Arrival » en écoute :

Album Verkligheten, sortie le 11 janvier 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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