ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Live Report   

Sólstafir arrache des larmes


Alors qu’on vient d’entrer de bien pied dans l’été, Sólstafir joue au CCO de Villeurbanne dans une chaleur infernale et brûlante. Ce soir, jeudi 22 juin, les Islandais sont de retour à Lyon pour défendre et débattre de leur nouvel album fraîchement sorti, Berdreyminn. Après une performance de Lodz qui semble avoir conquis le public, Sólstafir monte sur les planches de manière silencieuse et respectueuse.

« Silfur-Refur » résonne au loin et ouvre le bal de ses accords. Descendants directs des Vikings, les tenues du groupe sont comme un hommage à leurs légendes païennes. Le chanteur, costumé de sa grandeur, porte un gilet en cuir alors que le bassiste à droite de la scène, laisse retomber sur ses épaules d’abondantes tresses rousses. Le guitariste, coiffé de son chapeau, ondoie sur la gauche pendant que le nouveau batteur appuie la formation discrètement.

Artiste : Sólstafir
Date : 22 juin 2017
Salle : CCO
Ville : Lyon [69]

Sólstafir au CCO (juin 2015)

Lorsque les premières notes d’ « Ótta » bourdonnent, l’étonnement de l’audience est réel. En effet, l’ordre de la playlist peut surprendre lorsque l’on constate que l’un des tous meilleurs titres du groupe est interprété dès le deuxième morceau. Lorsque les derniers arpèges s’effacent, c’est « Love Is The Devil (And I Am In Love) » et ses mots d’anglais qui suivent à l’instar de « She Destroys Again ». La température monte au sens propre comme au figuré et l’atmosphère chaude et délicate propre aux concerts des Islandais est désormais palpable. Le guitariste appuie sa voix sur celle du chanteur et la fureur s’empare de la salle. Le public danse, frappe des mains, tape du pied. Le rythme énergique et audacieux de « She Destroys Again » poussant encore un peu plus le mercure du thermomètre.

Il fait si chaud que les vêtements collent à la peau et nos yeux nous brûlent. De la vapeur s’élève de la fosse. De là, quelques éventails viennent caresser les dernières molécules d’air subsistantes. Entre certains titres, Aðalbjörn Tryggvason demande si certains dans l’assistance les ont déjà applaudis auparavant à Lyon. Son charisme est éblouissant et l’ondulation qui l’habite lorsqu’il danse nous fait imaginer une plume basculée par le vent. Svavar Austmann et Sæþór Maríus Sæþórsson demeurent quant à eux plus discrets voire en retrait. Quelle place leur est-il laissé lorsque le chanteur déploie ses ailes ? « Náttmál » s’évanouit contre les murs humides du CCO et « Ísafold » s’engage avec la même aisance. Le public est soumis, dociles. Entre les titres, les applaudissements jaillissent. « You are the best » lance l’un d’entre nous. Impérieux, le chanteur demande le silence et s’engage. Il patiente jusqu’à n’entendre que son propre soupir et commence.

Il explique alors qu’il y a près de dix ans, l’un de leurs amis s’est suicidé. Fous de peine, ils se sont appelés et ont composé la prochaine chanson. Dans un silence religieux, il nous explique que chacun de nous sommes susceptibles de connaitre quelqu’un de fragile, sur le point de tomber. « Si tu crois que l’un de tes amis est capable de faire ce genre de chose alors va le voir et parle-lui. » « Si c’est toi, alors tu devrais en parler à l’un de tes amis. » Lorsqu’un badaud s’esclaffe alors au fond de la salle, Aðalbjörn s’interrompt et lui demande avec véhémence en quoi ce qu’il dit est drôle.

Sólstafir au CCO (juin 2015)

« Sérieusement ! Ce que je dis est des plus importants. » Notre ventre est serré et l’on s’interroge. Et si ce même homme qui rit au fond de la salle avait attendu des mois le concert de ce soir, catharsis de ses propres peines ? Une purge dans le rire et l’amusement. « Necrologue » frappe en ses premières notes. Nous pouvons toucher la lourdeur de l’atmosphère. On peut la sentir sur ses épaules et sur son dos. On sent notre violence car ce soir beaucoup parmi nous sont justement venus cuver leur tristesse et celle-ci se met à grandir en nous. Les paroles crèvent dans sa bouche. Les accords arrachent leurs doigts. Des larmes voient le jour ici et là…

C’est un nouveau titre de Köld, « Pale Rider » qui s’enchaîne à présent. La justesse des notes est infaillible et la voix comme prête à se briser en lames. « Fjara » s’envole et nous annonce la fin. Les applaudissements bondissent et éclatent. Ils deviennent comme hypnotiques et transcendants. L’auditoire, masse informe, se mue en un rugissement et hue lorsque la fin se manifeste. Ils sont prêts à recevoir encore plus de Sólstafir. Et pourtant, « Goddess Of The Ages » sonne le glas. Douze dernières minutes s’articulent autour de ces riffs lancinants, captivants.

Cette fois-ci, c’est vraiment la fin.

Setlist :

Silfur-Refur
Ótta
Love Is The Devil (And I Am In Love)
She Destroys Again
Náttmál
Ísafold
Necrologue
Pale Rider
Fjara
Goddess Of The Ages

Texte : Virginie Mardirossian.
Photos : Nicolas Gricourt (CCO, juin 2015).



Laisser un commentaire

  • Concernant le « badaud », mon hypothèse est qu’il ne pigeait rien à ce qui était alors raconté en anglais.
    Concert sympa qui m’a prouvé que ce n’était pas si terrible d’aller voir un groupe seul et donc motivé pour sortir de chez moi un peu plus souvent. Le chant m’a semblé infiniment plus stylé qu’en studio. o( o_o )o

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    Rival Sons + MNNQNS @ Cenon
    Slider
  • 1/3