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Chronique   

Sólstafir – Berdreyminn


On ne compte plus le nombre de formations qui ont démarré une carrière dans les années 90 en se faisant d’abord un nom dans la scène metal extrême, avant de mûrir et se tourner vers des compositions plus progressives et plus rock, souvent bien éloignées de leur style d’origine. Les Islandais de Sólstafir en font bien entendu partie, ayant quitté le viking/black metal pour s’aventurer vers un rock subtil et délicat aux légers accents post-metal, et avec brio si on en croit l’accueil réservé aux deux précédents albums : Svartir Sandar (2011) et Ótta (2014). Mais ce nouvel album Berdreyminn peut-il avoir le même impact que ses prédécesseurs ? Celui-ci s’annonçant cuisiné à la même sauce, reste à savoir si la recette émotionnelle des Islandais peut encore surprendre et garder la patte qui a fait leur succès…

C’est sur un son cuivré lointain et quelques notes de guitares, formant une ambiance western à la Sergio Leone, que démarre « Silfur-Refur » pour planter le décor et l’horizon, avant de basculer dans un rock énergique et dynamique. On retrouve ce rock pêchu – avec un jeu de batterie qui mise sur une certaine simplicité et efficacité – sur une bonne partie de l’album, à l’instar de « Isafold » qui ne manque pas de vitalité. Une chanson à la fois planante et entraînante, aux légers accents floydiens, avec cette basse aux effets de délai hypnotiques.

La force de Sólstafir réside dans sa facilité à montrer musicalement des paysages à travers une richesse sonore soignée et des hauteurs bien différentes. « Hula », dans sa formule, appuie le tournant mélodique du groupe évoqué en introduction, en prenant le temps de s’installer avec ses quelques chants lointains – y compris des chants féminins lyriques – et ô combien envoûtants, quasi religieux. La portée onirique des sonorités, empruntées aux musiques ambiantes, dessine également la richesse de l’environnement. Le chanteur nous raconte cet espace, d’abord sur un ton apaisé, voire éthéré, puis s’intensifiant à mesure que la chanson se déroule. Une certaine fragilité contrôlée du timbre de voix qui laissera la place à la transe lorsque les cordes prennent de l’ampleur sur le final. Démarrant dans la même veine, « Naros » et ses différents cycles laisse l’auditeur s’envoler. Ici les Islandais n’hésitent pas à bouleverser leur mélodie et de changer le rythme en allant vers une ambiance plus obscure et dramatique, quasi tonitruante ; comme ce ciel dégagé qui vire à l’orage, en un instant.

En dehors de son aspect panoramique, les musiciens portent une musique profondément humaine. Cela passe par des mélodies chargées émotionnellement, tout comme « Hvit Saeng » qui démarre sur quelques notes d’un piano désuet, avec cette impression d’être désaccordé, faisant penser à un instrument qui prend la poussière dans un garage, avant d’instaurer une atmosphère plus mélancolique. Le chant participe à la transmission de l’émotion de la chanson, marquée par un nouveau basculement qui oriente sa seconde moitié vers un post-metal plus vif. Le clavier de la lancinante « Dyrafjordur » promène ; la belle mélodie floydienne, une fois de plus, est appuyée notamment par du violon. Elle semble, avec ses ambivalences, représenter la discontinuité de l’état d’âme et la richesse des humeurs de tout un chacun. « Ambátt » se démarque par un côté jazzy assumé et une phase plus mélodramatique qui rythment comme des battements de cœur avec le couple basse/batterie. L’opus se conclut sur « Blafjall » où le groupe instaure une tension et une énergie qui montent progressivement, pour finir à coup de rythmique heavy propice au headbang, comme pour rattraper l’auditeur évadé au fil de l’opus. Cette conclusion peut d’ailleurs le laisser en appétit, laissant entendre que le voyage n’est pas terminé ou l’enjoindre à reprendre du début.

Avec une beauté certaine, une tristesse parfois, la musique de Sólstafir a assurément vocation à toucher. Si on peut y retrouver un son similaire aux précédents travaux, le groupe démontre que sa créativité n’est pas au point mort, bien au contraire. Toujours visuelles, les mélodies de Berdreydminn emmènent ceux qui veulent bien les suivre dans de vastes et mystérieuses contrées sauvages, comme l’illustre l’artwork d’Adam Burke. Des lieux où l’on se retrouve connecté à la nature, mais surtout face à soi. En cela, Sólstafir réussit à nouveau le pari de composer une musique unique et introspective.

Chanson « Silfur-Refur » en écoute :

Chanson « Bláfjall » en écoute :

Chanson « Ísafold » en écoute :

Album Berdreyminn, sorti le 26 mai 2017 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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