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Chronique   

Sólstafir – Endless Twilight Of Codependent Love


Alors que la période hivernale couvre doucement l’Hexagone, que le temps s’assombrit et que les journées laissent plus rapidement place à la nuit, un vent glacial venu tout droit d’Islande précipite l’œuvre de la nature. Qui d’autre que Sólstafir pour venir à la fois obscurcir et éblouir de son « rayon crépusculaire » une atmosphère encore partiellement brumeuse depuis Berdreyminn en 2017 ?

Maintenant loin du black metal quelque peu éclairci au rock de leurs premiers albums, Endless Twilight Of Codependent Love s’inscrit tout de même dans la continuité d’un post-rock saturé aux accents sombres et aux aplats atmosphériques, paisibles et éthérés, que poursuit le groupe depuis ces six dernières années, à ceci près que cette ambivalence semble toujours plus poussée et recherchée. Pour cause, dans son travail de composition, Aðalbjörn « Addi » Tryggvason (cofondateur du groupe) ne cesse d’expérimenter, s’affranchissant de toute règle en termes de style, et permettant ainsi au groupe de s’approprier différents genres musicaux en les alliant avec justesse à son identité.

Les premières notes d’Endless Twilight Of Codependent Love ne trompent personne : Sólstafir possède une sonorité qui lui est propre, tant par la teinte particulière qui émane des guitares que par le ton ambiant qui transcende leurs œuvres récentes. « Akkeri » annonce la couleur et résume presque à lui seul l’étendue des variations d’énergie qui parcourent l’album. Par une entrée en matière très pondérée, au riff de guitare tendre et accrocheur, on discerne très nettement une ligne de basse intrigante, témoin de l’influence des Beatles (que le groupe compte parmi ses références) et rappelant à s’y méprendre celle de la bande originale de Picky Blinders. Très vite, la machine s’emballe dans une alternance de motifs hard rock et de tremolo-picking acharnés, offrant à répétition des riffs aux bends sulfureux. Un interlude particulièrement vaporeux, et tout à la fois mystérieux, vient scinder le morceau en deux avant de repartir de plus belle, entraînant, cloche à l’appui. « Drýsill » a sensiblement la même approche, faisant preuve d’une utilisation astucieuse de dessins mélodiques à la guitare. A la fois hypnotisants et captivants, ils permettent à l’univers élégiaque dressé de s’infiltrer dans les pensées de l’auditeur jusqu’à y faire croître un monde rempli de beauté et de pathos, alors qu’un « Alda Syndanna » dévoile, lui, des leitmotivs plus vifs et indomptés, aux véritables airs post-rock, tout comme la structure même du morceau qui s’avère plus chaotique et moins symétrique. Ce sont par ailleurs des motifs assez groovy, aux penchants plutôt stoner, que l’on retrouve dans un « Úlfur » à la fois rêveur et explosif.

« Dionysus » est le titre qui scelle une union retrouvée et bienvenue du groupe à ses racines black metal, dans une approche plus affinée et mature tout de même, alors que la voix de Tryggvason se laisse aller passionnément et furieusement, écoutant plus ses tripes à la manière d’un punk qu’il ne cherche à conformer son hurlement aux conventions du genre. Cette rage qui s’en dégage puise sa source dans le thème de l’opus qui traite des maladies mentales et particulièrement de la douleur de voir ses proches succomber à de telles pathologies. Contrastant radicalement, l’enchaînement de douceur et de sérénité qui émane de « Til Moldar » fait l’effet d’une dose de sérotonine et en est presque déconcertant. La mesure est lente et semble s’étirer, de telle sorte que chaque seconde se trouve comme déployée en une vie à part entière, autorisant une réelle prise de recul. Le paysage sonore s’allège et délaisse toute guitare, faisant place à des mélodies plus léthargiques, en recherche de profondeur émotionnelle, sur un tapis de piano et de synthé. A l’instar de « Til Moldar », « Rökkur » dépeint une ambiance instrumentale immersive. Des effets de delay, de sons psychédéliques et d’accords plaqués s’étalent en un arrière-plan sonore fluctuant et enrobent l’auditeur pour le plonger dans l’introspection. Le chant, quasiment parlé voire pleuré, offre un moment intimiste propice aux réminiscences névralgiques.

« Or » sort immanquablement du lot. Ses motifs mélodiques gras et lancinants, habilement placés sur un rythme ternaire discret, joueraient presque sur la corde de la séduction. Le piano, qui introduit le titre sous des airs fins et raffinés, n’a de cesse d’apporter des gimmicks swingués tout du long, avec élégance. Le tout offre un rendu blues soigné qui prend d’abord son temps. C’est suite à une rupture à mi-parcours que la simili-ballade se transforme en une soirée sombre et hors de contrôle. L’ascendant émotionnel – qu’on perçoit tant dans les cris que dans les tremblements de voix – finit par prendre le dessus, avec le rythme qui s’emballe. Autre singularité, « Her Fall From Grace », seul morceau de l’œuvre chanté en anglais, est le plus personnel d’après son compositeur. Il traite avec une grande délicatesse de la disparition de proches malades qu’Addi apparente volontiers à la triste transformation de personnalité que peut engendrer l’Alzheimer. Son timbre nasal et parfois relativement aigu possède cette capacité à toucher et à transmettre la compassion avec poésie, peu importe la langue. Le titre dégage un vrai sentiment nostalgique, invitant à une écoute reposée et impliquée afin d’en optimiser le potentiel cathartique.

Endless Twilight Of Codependent Love varie les styles avec aisance, cohésion et créativité, illustrant ainsi les principales composantes de l’esprit humain : la fluctuation de l’humeur, sa fragilité et ses changements irréversibles. Alliant à cela un panel d’affres et de textures musicales granuleuses, Sólstafir nous revient familier, toujours aussi triste, mélancolique et résigné, sans pour autant troquer la lumière et la vitalité charismatique qui l’animent.

Clip vidéo de la chanson « Her Fall From Grace » :

Clip vidéo de la chanson « Drýsill » :

Chanson « Akkeri » :

Album Ellengæst, sortie le 6 novembre 2020 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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