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Chronique   

Somali Yacht Club – The Space


À l’heure où les sorties artistiques ukrainiennes se font incertaines, c’est une bouffée d’oxygène que de voir arriver un nouvel album de Somali Yacht Club… si tant est qu’il y ait de l’oxygène dans les confins étoilés où le trio souhaite cette fois-ci nous emmener. Après les sonorités sablonneuses des débuts et celles, aquatiques, de The Sea, le bien nommé The Space adopte une approche plus aérienne, avec une pesanteur fort variable. De quoi mettre en avant les côtés plus post-rock du groupe tout en gardant sous le coude la lourdeur propre à certains des nombreux genres affectionnés par la formation, née d’un désir de jouer « un mélange de math rock, post-hardcore, stoner et post-metal ». La formule s’est affinée, et le cadre quelque peu réduit, mais le trio, fraîchement signé chez Season Of Mist, revendique toujours le même amour des oppositions.

Le ton est vite donné, avec un début que l’on voudrait qualifier tour à tour de planant et de pesant. On nous invite clairement au voyage, mais on doit pour cela affronter diverses turbulences. De la même manière qu’une expédition spatiale devra traverser un vide apparent avant d’atteindre les astres, Somali Yacht Club demande parfois à l’auditeur de puiser dans les passages plus légers pour n’apprécier que davantage les pics de tension et d’énergie. Si on aurait parfois tendance à oublier que Somali Yacht Club n’est pas un groupe instrumental, les lignes de chant accrocheuses dont ils ont le secret ne sont jamais bien loin – elles ne sont tout simplement pas martelées à outrance. De la même manière, les aspects psychédéliques ne se font pas envahissants, et ne rebuteront pas ceux pour qui ce n’est pas la plus grande des tasses de thé. On a en somme affaire à deux groupes en un, qui forment un ensemble cohérent ; les parties instrumentales se montrent aussi aptes que le reste à faire avancer le récit. Le groupe considère toutefois que les instruments restent le plus important dans son œuvre, et assume le fait de ne pas tenter de raconter quoi que ce soit d’extrêmement précis. On a davantage affaire à des métaphores qu’à des titres à interpréter littéralement.

Somali Yacht Club met un point d’honneur à ne pas perdre son auditeur : rien ne s’impose à lui. Même les plus grosses montées en puissance se font par paliers plutôt qu’en invoquant brutalement un mur de son. On trouve dans The Space une certaine retenue, un sens de la mesure, comme avec le groove qui pose « Pulsar » sur sa rampe de lancement sans être ostentatoire. Même les mesures asymétriques qui font irruption au milieu de rythmes plus classiques sur « Echo Of Direction » s’apprivoisent avec aisance si on laisse la musique couler en soi – la complexité devient transparente quand d’autres la préfèrent apparente. À cela s’ajoutent quelques notes de claviers bien senties, qui ouvrent la voie pour les offensives majeures (la fin d’« Echo Of Direction ») ou soulignent au contraire les passages plus pacifiques. Somali Yacht Club joue à faire beaucoup avec peu, signe d’une cohésion acquise à travers leurs répétitions régulières. Les membres commencent à bien se connaître, et les morceaux se déroulent plus naturellement, à l’instinct. Les superpositions de voix et autres échos pourront lasser si on y prête trop attention. Cependant, cette approche va de pair avec l’accent mis sur les atmosphères plutôt que sur des refrains accrocheurs. « Obscurum » en est un exemple parmi d’autres, et dévoile la face plus introspective, nostalgique, de Somali Yacht Club, déjà esquissée sur The Sea. On comprend alors pourquoi certains fans parlent de « doomgaze », et on peut être amené à se remémorer les débuts de Jesu.

« Gold », seule piste passant sous la barre des cinq minutes, propose une mise en bouche pour le morceau final, tout en défendant son statut de chanson à part entière. L’introduction de « Momentum », plus sludge, presque inquiétante, laisse finalement le côté aérien revenir au galop. Les deux pôles du son de Somali Yacht Club finiront par se joindre graduellement, tressant méticuleusement les douze dernières minutes de l’album. Il nous sera donné dans ce morceau de traverser diverses couches atmosphériques, chacune avec sa propre texture. Des passages fort minimalistes servent de dernières marches avant de se jeter dans le bouquet final. Somali Yacht Club livre alors une fin très post-metal ; pour ceux qui n’ont encore jamais headbangué sur ce groupe, c’est l’occasion idéale. Somali Yacht Club a ajouté des cordes à son arc, avec une attention suffisante pour ne pas trop malmener celles déjà présentes. Le trio offre des émotions plus diverses, moins monotones. C’est d’ailleurs ce que l’on en tirera, à défaut de nécessairement avoir des refrains coincés dans la tête comme cela avait pu être le cas par le passé.

Album en écoute :

Album The Space, sorti le 22 avril 2022 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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