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Live Report   

Sonata Arctica : des bisounours élevés à la vodka


Sonata Arctica, voilà un groupe qui a su ne pas stagner au fil du temps, évoluant, murissant, depuis ses débuts speed metal à la finlandaise fortement influencé par Stratovarius. La bande à Tony Kakko a su surprendre avec un Unia très adulte, confirmé par un The Days Of Greys riche, avant d’alléger le tout pour considérablement gagner en immédiateté sur son dernier opus Stones Grow Her Name. La question de l’impact sur les shows était donc posée.

Cette nouvelle orientation, qui semble particulièrement satisfaire le frontman, allait-elle prédominer voir phagocyter le reste de la discographie ? Quelle part pour le plus ancien répertoire du groupe qui a fait son succès et sa renommée en premier lieu mais duquel la formation s’est éloignée ? En ayant, qui plus est, en tête, les difficultés vocales que certains anciens titres imposent au frontman : « J’essayais d’être quelque chose que je ne suis pas. » Nous avouait-il à ce propos.

Cette tournée et ce show lyonnais étaient donc l’occasion de faire le point.

Artistes : Sonata ArcticaBattle Beast
Date : 19 novembre 2012
Salle : Transbordeur
Ville : Villeurbanne

Noora Louhimo ne change pas foncièrement la donne pour Battle Beast.

C’est la seconde fois en un an que Battle Beast foule les planches lyonnaises. La première, c’était en première partie de Nightwish à la Halle Tony Garnier. Deux concerts espacés de sept mois, c’est peu. Pourtant, les true-metalleux finlandais ont trouvé le moyen de venir avec une nouvelle tête dans ses rangs et pas des moindres, puisqu’il s’agît de sa nouvelle frontwoman. Nitte Vänskä s’en est allé. Bienvenue à Noora Louhimo. Eusse-t-elle été brune, plutôt que blonde comme son prédécesseur, nul n’aurait véritablement remarqué le changement. Même carrure, même masculinité serait-on tenté de dire, même type de présence scénique quelque peu caricaturale, même voix, ou presque. Bref, quand on fait du true-metal, la tradition c’est sacré, le changement pourrait presque s’assimiler à de la trahison. Alors, lorsque changement il y a, effectivement, le mieux est que cela passe inaperçu !

Les propos pour décrire la prestation de Battle Beast en avril dernier pourrait dans les grandes largeurs être recopiés ici. Cela démontre au moins que le sextet sait faire preuve de constance, qu’importe le contexte. La prestation écœurante de clichés, à la lisière du ridicule – si la limite n’est pas en réalité franchie – a le mérite de parfaitement divertir un public dont certains semblent déjà acquis à leur cause. S’il y a une chose qu’il n’est pas possible d’enlever à Battle Beast, c’est la grande implication et le plaisir évident dont font preuve ses membres. Un groupe à regarder, le sourire en coin, entre moquerie et divertissement, comme l’on regarde une énième production cinématographique à modeste budget de gros bras bien huilés.

Un Tony Kakko sympathique et plein de bonne humeur.

Comme évoqué en introduction, Stones Grow Her Name, dernier album de Sonata Arctica, inaugurait un nouveau virage artistique marqué par des compositions à la fois plus simples, plus concises, plus immédiates et plus posées. Et comme Sonata Arctica s’assume, la prestation du groupe en ce lundi de novembre au Transbordeur semble avoir été orientée selon cette tendance, ne serait-ce, peut-être, qu’inconsciemment. Autant le dire tout de suite : cette prestation a souffert d’une certaine « mollesse ». Pourtant le show a démarré avec une énergie plutôt prometteuse.

En admirant la scène il est possible de constater que le groupe s’est donné les moyens d’une belle production scénique : back-drop géant à l’image du dernier opus, une grande estrade avec, de part et d’autre, surélevées, la plateforme des synthétiseurs à gauche et celle de la batterie à droite, le tout recouvert des couleurs pâles et autres motifs du visuel de l’album et parsemé de spots de lumières dont on imagine déjà les beaux effets. C’est dans ce décors que déboule tonitruant le groupe pour enchaîner les énergiques « Only The Broken Hearts », titre d’ouverture de Stones Grow Her Name, et « Black Sheep », un classique de l’ancienne époque. Enfin, « tonitruant », un qualificatif à appliquer essentiellement au frontman Tony Kakko (qui n’a pourtant rien d’un truand ; ndlr : l’auteur de ce report est seul responsable de ce jeu de mots à deux balles), le reste de la bande se contentant de prendre position aux emplacements qui leur sont accordés. Le chanteur, lui, armé d’un pied de micro blanc immaculé (rappelant celui de Joey Tempest, chanteur d’Europe vu quelques jours plus tôt dans la même salle), est tout sourire, arpente la scène, pose le pied sur les retours ou même jambe écartées devant les photographes comme si les 80’s avaient pris possession de sa personne. L’homme est heureux d’être là, ça se sent, et donne du baume au cœur à un public enthousiaste – à en juger par les nombreux sourires – bien que peu expansif.

Une guitare légère comme le vent… Peut-être un peu trop.

Malheureusement, bien vite, la pression retombe d’un cran. Sonata Arctica enchaîne sur « Alone In Heaven », titre nettement moins tranchant et plus mielleux. Difficile à dire si c’est le manque d’expression corporelle de l’audience qui provoque cet effet ou si Kakko s’avère avoir donné son maximum dès son entrée, mais ce dernier paraît quelque peu lever le pied. A cet instant, les regards se détournent du frontman qui captait jusqu’alors toute l’attention. C’est l’occasion d’observer la contribution des autres membres du groupe au show. A droite, le bassiste Marko Paasikoski ne quitte pas ou peu son mètre carré, si ce n’est pour monter sur l’estrade à coté de la batterie et y tenir la pause, exécute le job et ne laisse transparaître que peu d’émotion sur son visage, si ce n’est, peut-être, une impression – avérée ou pas – de timidité. Qui parle d’un cliché sur les bassistes ? A gauche le guitariste Elias Viljanen se tient là, scotché derrière son retour, si ce n’est que, lui aussi, ira de temps en temps investir l’estrade centrale, avec une posture de guitar-hero, un sourire en coin et rafraîchi par la brise que lui envoie un ventilateur au visage et lui soulève les cheveux. Qui parle d’un cliché sur les guitaristes ? A l’arrière, barbe de Robinson et cheveux bouclés mi-long, Henrik Klingenberg s’érige en deuxième homme du groupe : très largement mis en avant par les lumières pendant ses nombreuses interventions solo, il descendra régulièrement rejoindre ses collègues, équipé d’une keytar (clavier porté avec une sangle comme une guitare) vert zébré en bandoulière. En outre, il saisira le micro à plusieurs reprises pour intervenir entre les morceaux et en annoncer quelques uns, tel un second frontman.

Aurait-on oublié quelqu’un ? Oui, mais lui, on ne le voit pas, comme tous ces batteurs mégalomanes qui remplissent leur kit de batterie plus qu’ils n’en ont besoin pour le prestige visuel. Mauvaise langue sommes-nous, car Tommy Portimo se lèvera de nombreuses fois pour saluer fièrement le public.

Un bassiste discret.

Ce qui a été redouté dès le troisième titre sera malheureusement confirmé sur la suite : la guimauve aura été le fléau de cette soirée. Une setlist largement axée sur le dernier album du groupe et ses compositions dont on ne se souvenait pourtant pas qu’elles fussent aussi mièvres sur leur version studio. Le single « I Have A Right », par exemple, dont le refrain répétitif et un peu niais donne ici la sensation d’une chanson pop destinée à un très jeune public. Même les titres tirés du répertoire plus ancien accusent un manque d’entrain même si, sur le papier, ils ont tout pour plaire : « Broken », « Replica », « Don’t Say A Word » qui, tous les trois, collent au nouveau répertoire du groupe. La faute, sans doute, à une trop forte homogénéité des choix et, surtout, l’absence globale de niaque d’une guitare qui peine à remplir l’espace. Les adeptes du speed metal à la finlandaise n’ont pu rester sur leur faim (seuls « Black Sheep » et « Full Moon » pouvaient prétendre au titre). Autant que ceux qui avaient été charmés par la richesse des, pourtant récents, Unia et The Days Of Greys, représentés par seulement un titre chacun.

Pourtant, difficile de reprocher quoi que ce soit sur le plan technique. Sonata Arctica assure le job en vrais professionnels. Beaucoup se souviennent encore des déboires vocaux de Kakko qui, à une époque, peinait – voire se vautrait – à reproduire en concert certaines lignes de chant. Mais le frontman a depuis quelques années cessé de se donner une tessiture qu’il n’avait pas. Résultat : les problèmes de restitution de son répertoire en live semblent désormais majoritairement derrière lui. Un frontman qui, après avoir repris, passé un temps, avec son groupe le classique « Still Loving You » de Scorpions, ose s’attaquer à un autre un monument des années 80 : « Wanted Dead Or Alive », l’hymne cowboy par excellence de Bon Jovi, concluant d’une belle manière l’aparté acoustique du show. Le résultat est plutôt convaincant avec, notamment, la voix grasse de Klingenberg aux chœurs qui dénote de celle de Richie Sambora sur l’original et confère au titre une tournure légèrement « redneck » appropriée.

Complicité entre Tony Kakko et ses musiciens.

Pour faire la transition entre le set acoustique et la reprise électrique du concert, Kakko demande à l’audience si elle connaît le jeu vidéo Full Throttle – un vieux jeu d’aventure signé Lucas Art qui place le joueur dans le rôle d’un biker très rock’n’roll – et se met à interpréter comme un pitre une chanson country délirante apparemment tirée de ce jeu. Moment très fun qui n’aura pas manqué d’amuser la galerie. D’ailleurs là est le grand atout de Sonata Arctica en live : son côté léger et déconneur. C’est ainsi que, entre deux titres, Kakko se met à regarder dans le vide, bras tendu et parle comme un illuminé d’une « lumière au bout du tunnel ». Devant la perplexité de l’audience, le chanteur explique avec un air un peu penaud qu’il essaie simplement d’introduire le prochain titre. Derrière lui, le batteur ne manque pas de se payer sa tête, avant que le frontman ne lui lance un « Fuck you » bien sec, puis reprend son introduction quelque peu théâtrale avec davantage de clarté.

Fort heureusement, cette bonne humeur aura en partie compensé le manque d’énergie et l’aspect bien trop lisse d’une bonne partie du set. C’est d’ailleurs l’esprit déconne qui aura eu le dernier mot, en clôturant le show – qui n’aura vu aucune coupure pour les traditionnels rappels – par un hymne à une boisson très finlandaise : la Vodka !

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt

A voir également :

Galerie photos de Sonata Arctica
Galerie photos de Battle Beast



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  • J’y étais ! C’était mon premier concert, et bien que j’avoue que par moment c’était un peu « mou », franchement l’esprit « déconne » -bien présenté dans cet article- et surtout cette bonne humeur apparente m’ont vraiment plus ! 😀

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