ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Sonata Arctica et sa jeunesse


C’est à un Tony Kakko ayant pris beaucoup de recul sur l’évolution de Sonata Arctica mais aussi sur lui-même que nous avons parlé il y a quelques jours, alors que le groupe s’apprête à sortir, le 18 mai prochain, son nouvel album Stones Grow Her Name. La notion-clé de cette interview est la jeunesse. La jeunesse qu’il faut préserver de l’irresponsabilité des générations précédentes. La jeunesse qui vous pousse à vouloir imiter vos idoles au prix de votre personnalité. La jeunesse qui vous caractérise sur vos premiers albums et que vous ne pouvez ni ne voulez reproduire par la suite. Tony Kakko relativise aussi sur les deux précédents efforts de Sonata Arctica, admettant être allé « trop loin » dans la complexité.

Ce nouvel album est par conséquent une réaction à cela et a été écrit avec le leitmotiv suivant : K.I.S.S. soit Keep It Simple, Stupid ! On parlait de jeunesse il y a quelques instants. Ce disque est aussi un clin d’œil aux premiers amours musicaux de groupe. Non pas au style speed metal d’Ecliptica mais à des influences encore antérieures.

Un entretien bourré de sagesse mais non dénué d’humour, notamment grâce à quelques vannes (voire quelques piques) et anecdotes bien placées.

« Sur Unia et Reckoning Night, nous avions jusqu’à six ou sept couches de claviers en même temps. C’était dingue, il n’y avait plus de place pour les guitares. On n’entendait qu’un bourdonnement en arrière-plan. »

Radio Metal : En janvier 2011, vous avez commencé à travailler sur votre nouvel album. Votre guitariste annonçait à l’époque que vous aviez déjà écrit des riffs assez sombres. Un an plus tard, en février 2011, vous déclariez que cet album n’allait pas vraiment être sombre, bien au contraire. Que s’est-il passé en un an ?

Tony Kakko (chant) : Il ne faut jamais croire ce que dit Elias, c’est n’importe quoi ! [rires] Quand il a dit ça, il venait d’entendre un titre avec des riffs assez extrêmes. Il était inquiet et se demandait comment cela allait s’accorder avec son jeu. Ce titre, « Somewhere Close To You », est le plus heavy de l’album. Il a peut-être basé sa déclaration là-dessus. Mais ce n’est pas la première fois qu’Elias dit quelque chose qui nous fait penser : « Putain, mais quoi ? » [rires] Il est comme ça !

Il y a toutefois quelques riffs assez heavy sur cet album…

Oui, l’album est plus orienté guitares et plus rock que les précédents. Avant, nous mettions l’accent sur le clavier. Maintenant, les guitares sortent du lot. C’est plus rock.

Penses-tu que les claviers et les arrangements orchestraux noyaient les guitares sur les deux albums précédents ?

Absolument, oui. Sur Unia et Reckoning Night, nous avions jusqu’à six ou sept couches de claviers en même temps. C’était dingue, il n’y avait plus de place pour les guitares. On n’entendait qu’un bourdonnement en arrière-plan. Mais nous avons beaucoup appris et, aujourd’hui, nous composons et réalisons les arrangements en nous basant sur un point de vue différent. C’est une chose que nous avons apprise après Unia. The Days Of Grays était déjà bien meilleur en termes d’arrangements. Aujourd’hui, nous avons supprimé encore plus d’éléments superflus. Tout est devenu aussi simple que possible.

Cela veut-il dire qu’Elias était frustré sur les deux albums précédents ?

Non, je ne crois pas. Je ne sais pas, personne ne m’en a parlé. Elias ne l’a jamais mentionné. Jani [Liimatainen, précédent guitariste] était peut-être frustré parce qu’il a commencé à faire n’importe quoi et qu’il a fallu le virer ! [rires] Mais je n’en sais rien, je pense que c’était dû à autre chose.

Ces riffs heavy sont très inhabituels chez Sonata Arctica. D’où vient cette influence ?

En tant que compositeur, j’essaie toujours de trouver des nouveautés pour chaque album et de changer certaines choses. On ne veut pas trop se répéter. J’écris au clavier mais j’utilise aussi beaucoup de logiciels de synthétisation. Il y a quelques années, j’ai acheté un synthétiseur de guitares. Le son est super, c’est très marrant de créer des riffs avec ce truc. Ensuite, Elias les joue sur une vraie guitare. Ça facilite vraiment la composition, ça permet d’obtenir l’atmosphère qu’il faut sur les démos. Quand je fais écouter les démos aux autres membres du groupe, ils savent que telle partie est censée être jouée à la guitare. C’est peut-être ce qui m’a emmené dans cette direction et qui nous a amenés à avoir plus de riffs.

As-tu écouté des albums particuliers pendant le processus de composition, histoire de trouver l’inspiration en termes de riffs ?

Lorsque je suis en pleine phase de composition, je n’écoute pas beaucoup de musique. J’essaie de me concentrer sur ce que je fais, de laisser la radio éteinte et de ne pas écouter d’albums. Mais, en tournée, les albums qui ont eu la plus grosse influence sur mon écriture sont ceux de monsieur Devin Townsend. Je ne suis pas certain que cette influence soit audible sur l’album, peut-être seulement sur certains passages. Je pense surtout à un album comme Addicted, du Devin Townsend Project, qui est plus doux.

Sur les deux derniers albums, tu étais apparemment très influencé par Queen. Penses-tu que cette influence se retrouve également sur ce disque ?

Je suis sûr que c’est là, quelque part. Ça l’a toujours été et ça le sera toujours, parce que Queen est le premier groupe à m’avoir vraiment marqué. Le groupe a eu un impact énorme dans mon apprentissage musical, autour de 1985-86. Pendant un temps, peut-être cinq ou dix ans, je n’ai pas du tout écouté Queen, mais je les ai redécouverts par la suite. C’était drôle, parce que j’ai plongé dans les albums que je n’aimais pas quand j’ai commencé à écouter leur musique. Je suis sûr que Queen sera toujours là, même si je ne cherche pas à ce que la musique ait un côté Queen. Ils seront toujours là parce que c’est un groupe avec lequel j’ai grandi.

« Je pense que nous sommes allés trop loin dans le progressif. C’était sympa, c’était un peu de la masturbation de compositeur ! [rires] […] Je m’efforçais intentionnellement d’écrire des chansons difficiles à appréhender.

Ce qui est frappant sur cet album, c’est que vous avez conservé les nouveaux éléments qui apparaissent sur les deux disques précédents, tout en revenant à une approche musicale plus simple et concise. Penses-tu que le groupe avait perdu son côté entraînant qui avait fait son succès et se devait de le retrouver ?

Je pense que nous sommes allés trop loin dans le progressif. C’était sympa, c’était un peu de la masturbation de compositeur ! [rires] J’ai écrit beaucoup de choses avec lesquelles je prenais mon pied, des choses qui me faisaient rire et sourire. Je m’efforçais intentionnellement d’écrire des chansons difficiles à appréhender. Je voulais ajouter et combiner des éléments surprenants, rendre les titres difficiles à écouter, même si cela voulait dire qu’ils étaient aussi difficiles à jouer. J’ai cherché à m’éloigner de ça. Pendant la dernière tournée, quand j’ai doucement commencé à écrire de nouvelles chansons pour cet album, j’avais ce fond d’écran qui disait : « K.I.S.S. – Keep It Simple, Stupid ! » Je voulais revenir aux origines du groupe. Et je ne parle pas d’Ecliptica, parce que même ça, c’était assez éloigné de nos origines. Quand nous avons fondé le groupe en 1995, nous étions très rock. Stones Grow Her Name est en fait plus proche des origines du groupe que notre premier album, Ecliptica ! C’est plutôt marrant.

« Quand nous avons fondé le groupe en 1995, nous étions très rock. Stones Grow Her Name est en fait plus proche des origines du groupe que notre premier album, Ecliptica !

Cet album est certes plus concis, mais vous n’êtes pas pour autant revenus au speed metal que vous jouiez avant. Penses-tu que ce style ait été associé à votre état d’esprit de l’époque, au fait que vous étiez plus jeunes ? Penses-tu que le speed metal soit davantage joué par des jeunes ?

Manifestement pas, parce que certains types de 40 ans ou plus continuent à jouer du power metal. C’est simplement quelque chose qui nous a passé. C’était très populaire à l’époque, j’étais vraiment fan en 1997. C’est à cette époque que notre style d’origine a évolué vers le power metal. Ça a été très sympa pendant des années mais nous avons fini par revenir petit à petit à ce qui nous plaisait (et à ce qui me plaisait) dans la musique, c’est-à-dire à un côté plus rock, moins progressif, même si nous avons passé du bon temps à faire ça. Nous avons appris beaucoup de choses, mais nous avons réalisé que nous n’étions plus des gamins. Par exemple, on commence à avoir l’air un peu bête quand on essaie de headbanguer ! [rires] Ça peut être douloureux, parfois ! Il m’arrive d’avoir mal au cou. J’aurai 37 ans dans quelques semaines, je ne suis plus un gamin ! Je ressens les années. Ce serait super de continuer à tourner, à sortir des albums et à être musicien jusqu’à mes 60 ans, et le seul moyen de continuer à faire vivre le groupe jusque-là, c’est de modifier notre style graduellement, de l’adapter à notre âge. C’est la même chose avec nos fans : quand nous avons commencé, la plupart d’entre eux avaient une vingtaine d’années. Aujourd’hui, ils en ont eux aussi une douzaine de plus ! C’est génial de savoir que ces gens continuent à nous suivre, sans doute justement parce que nous modifions et rafraîchissons de temps en temps notre style. Nous avons grandi en même temps que nos fans.

« Ce serait super de continuer à tourner, à sortir des albums et à être musicien jusqu’à mes 60 ans, et le seul moyen de continuer à faire vivre le groupe jusque-là, c’est de modifier notre style graduellement, de l’adapter à notre âge.

L’un des titres de l’album s’intitule « Shitload Of Money ». Est-ce une pique à destination de ceux qui vous accusent de vous être vendus avec les deux derniers albums ?

Non, c’était en fait le titre de travail de la chanson. La raison pour laquelle j’ai conservé le titre et écrit des paroles dans cette direction, c’est que la seule chose que je chantais sur la démo était « shitload of money ». C’étaient les seuls mots sur cette démo. Quand je l’ai fait écouter aux autres membres du groupe, ils ont apprécié, mais Henkka [Klingenberg, claviers] a dit : « Non, on ne peut pas l’appeler ‘Shitload Of Money’ ! » À ce moment-là, j’ai décidé que si, ça allait s’appeler « Shitload Of Money » ! Mais j’ai conscience que ça fait parler, de la même façon que « Victoria’s Secret » en son temps.

Le titre « Shitload Of Money » me fait penser à « Champagne Bath », issu de l’un de vos précédents albums. Y a-t-il un lien entre les deux ?

[rires] Non, absolument pas ! C’est l’histoire d’un ange qui descend à Las Vegas et vend ses ailes pour aller s’amuser un peu en ville le temps d’une nuit. Quand elle essaie de récupérer ses ailes, elle découvre que c’est impossible, parce que quelqu’un les a déjà rachetées. Le but est de dire aux gens qu’il ne faut jamais vendre ce qu’on ne pourra pas récupérer. En fait, il y a une morale derrière cette chanson idiote !

« Ta façon de penser change lorsque tu crois que l’album est prêt, que tu as suffisamment de chansons et que tu n’as plus besoin d’écrire. Tu peux te permettre de te détendre et de t’amuser. C’est là que tu as l’idée de quelque chose de totalement différent.

J’ai lu dans une interview que le titre « I Have A Right » avait été écrit à la fin du processus d’enregistrement de l’album et que son enregistrement avait pris quelque chose comme cinq minutes. Penses-tu que les meilleurs singles soient ceux que l’on écrit de façon très spontanée ?

Souvent, oui. Il y a beaucoup d’exemples, du moins ici, en Finlande. Je connais quelques titres qui ont eu un énorme succès alors qu’ils faisaient à la base office de bonus. Du genre : « OK, on a encore de la place sur le disque, on va meubler ». L’artiste a ensuite réfléchi pendant dix minutes, enregistré la chanson et celle-ci est devenue un gros succès. Ta façon de penser change lorsque tu crois que l’album est prêt, que tu as suffisamment de chansons et que tu n’as plus besoin d’écrire. Tu peux te permettre de te détendre et de t’amuser. C’est là que tu as l’idée de quelque chose de totalement différent. Il y a deux titres de ce type sur l’album, « Cinderblox » et « I Have A Right », que j’ai écrites après avoir dit aux autres : « Voilà, l’album est fini ». J’ai eu l’idée de ces chansons après coup. Je crois que j’ai passé deux nuits sur « I Have A Right ». Tommy [Portimo, batterie] m’a envoyé un texto qui disait : « J’ai fini l’album, je vais sortir boire une bière ». Je lui ai répondu : « Pas encore ! Regarde tes mails, je t’ai envoyé une nouvelle démo ». Sa réaction a été : « Enfoiré ! J’allais me boire une bière ! » [rires] Il a bu sa bière, lu ses mails, écouté la chanson et adoré. C’était bon à la première prise. Niveau batterie, ce n’est pas un titre très difficile.

Tu as déclaré que « I Have A Right » évoque les fardeaux que les générations passées doivent éviter de passer à leur progéniture. Penses-tu que les adultes agissent de façon irresponsable, sans penser à l’avenir des enfants ?

Bien sûr que oui. Mais ce sont surtout les petites choses auxquelles on ne réfléchit pas jusqu’au bout. Évidemment, on aime nos enfants et on veut qu’ils aient toujours le meilleur. Mais on peut leur transmettre des choses qui sont de l’ordre de l’inconscient, comme l’aversion pour une couleur. On ne se demande pas forcément pourquoi on déteste cette couleur ; parce que nos parents nous ont appris à la détester, par exemple. Nos parents nous inculquent que le rouge n’est pas une bonne couleur et c’est ce qu’on apprend ensuite à nos enfants, parce que ça a toujours été comme ça. Ça ne devrait pas se passer comme ça. On devrait apprendre à nos enfants à penser par eux-mêmes et à devenir des gens bien.

Cet album comporte les parties II et III de « Wildfire », qui font suite à la chanson du même nom sur Reckoning Night. Celle-ci n’avait à l’origine rien d’épique, contrairement aux parties II et III. Comment as-tu eu l’idée de ces suites ?

J’ai commencé à jouer avec le thème original de « Wildfire », qu’on peut maintenant entendre au début de « Wildfire II ». J’aimais beaucoup ce thème, mais pour une raison ou une autre, il avait un peu disparu dans le « Wildfire » d’origine. Je voulais l’exploiter à nouveau, et le seul moyen de le faire, c’était d’appeler la nouvelle chanson « Part II », ou « Sequel », ou « Revisited ». J’ai joué avec cette idée, ajouté de la matière, écrit des paroles dans la même veine. Dans le même temps, j’avais une autre chanson qui commençait à s’allonger et ce n’était pas une bonne idée d’avoir deux titres longs sur cet album alors que les titres faisaient en moyenne quatre minutes. Le seul moyen de conserver ce deuxième long titre était d’en faire « Wildfire Part III » et de le placer à la fin de l’album. Le résultat est sympathique, je trouve qu’il complète bien mon idée des humains et des animaux se battant contre la nature et détruisant la planète.

L’album est très direct, à l’exception de ces deux derniers titres. Les vois-tu comme une sorte de lien avec les deux albums précédents ?

Pas nécessairement. En tous cas, ce n’est pas ce que j’avais en tête. Ces chansons sont simplement arrivées. C’est comme ça que ça s’est toujours passé : je ne planifie pas les albums de façon excessive. Pour celui-ci, mon seul critère, c’était cette idée de « Keep It Simple, Stupid », que je n’ai manifestement pas réussi à respecter ! [rires] Ces deux chansons sont assez complexes, elles se composent de beaucoup d’éléments différents et sont plutôt progressives. Mais c’est une bonne chose, parce que, comme tu le dis, d’une certaine façon, elles relient effectivement Stones Grow Her Name aux albums précédents. Ça remet les choses en perspective parce que cet album marque un changement de style, comme Unia en son temps, mais dans la direction opposée.

Comment penses-tu que les fans réagiront à cet album ? Penses-tu que le groupe ait pu évoluer trop vite avec les deux albums précédents, et que ce nouveau disque soit un bon moyen pour eux d’accepter le changement plus facilement ?

Je crois que ceux qui nous suivent depuis le début de notre carrière sont encore là. Ils ont déjà remarqué que notre style n’était pas un modèle de stabilité et que nous essayions à chaque fois d’évoluer et de trouver de nouveaux moyens de nous exprimer. Ils sont habitués. Bien sûr, il y a toujours des gens qui n’aiment pas la nouveauté et qui voudraient voir le groupe revenir à ce que nous faisions sur notre premier album, comme AC/DC ou Motörhead. Ces groupes ont un style très solide et ils sont excellents dans ce qu’ils font. Mais notre style à nous change, comme celui de Queen : ils ont beaucoup évolué au fil de leur carrière. Même moi, je n’approuve pas forcément tout ce qu’ils ont sorti ! Mais quand on prend en compte la totalité de leur carrière, on se rend compte que ce n’était que des écarts passagers. L’ensemble de leur carrière est beaucoup plus coloré. Comme Queen, sur chaque album, nous avons des titres qui pourraient finir sur un best-of et qui sont cohérents en termes de style, même si le reste du matériel en est très éloigné.

L’album comporte une chanson intitulée « Don’t Be Mean » [ndt : « ne sois pas méchant »]. C’est trop mignon pour être metal ! [rires]

Non, ce n’est pas metal, mais nous avons toujours eu un pied dans un genre plus rock, plus doux. Je n’ai pas grandi en écoutant du metal. Le premier album metal que j’ai acheté, c’était un Stratovarius, en 1997. J’avais 22 ans, à l’époque. Je n’ai pas été élevé au metal et ça n’a pas été mon premier amour. Aujourd’hui, je pense que je suis suffisamment solide et suffisamment âgé pour faire ce que je veux, que ce soit en musique ou dans d’autres domaines. Je pense que nous pouvons mettre ce que nous voulons sur nos disques. Une ballade doit être précisément ça : une ballade. J’ai écrit deux titres assez lents pour cet album, l’autre fera office de bonus sur le digipack. Nous avons dû décider laquelle des deux finirait sur l’album parce que, après avoir écrit « I Have A Right » et « Cinderblox », il était évident que nous ne pouvions pas mettre les deux ballades sur le disque. « Don’t Be Mean » est une très belle chanson, je ne sais pas comment elle pourrait fonctionner avec des grosses guitares !

En fait, je pensais davantage à l’innocence qui se dégage du titre…

Ah, je vois. « Don’t Be Mean » – ne sois pas méchant… C’est un autre aspect des relations humaines et de l’amour. J’ai beaucoup parlé de haine, et il y a aussi de la haine sur cet album. Mais là on ne parle pas de haine ; on parle de la façon de faire face à une haine qui n’est pas méritée. Pas besoin d’être méchant, fiche le camp, point barre !

Penses-tu que les gens se montrent trop méchants ?

C’est assez évident ! Les humains sont tellement nazes sur tellement de points ! [rires] Il y a aussi des gens bien, mais de façon générale, l’humanité est pourrie.

« Sur les premiers albums, oui, j’ai beaucoup trop poussé ma voix. J’essayais d’être quelque chose que je ne suis pas. Sur Ecliptica, en particulier, j’essayais d’imiter Timo Kotipelto de Stratovarius.

Parlons un peu de ton chant. Ces dernières années, tu as été critiqué pour tes performances live. Penses-tu que tu as trop poussé ta voix sur les titres plus anciens ?

Sur les premiers albums, oui, j’ai beaucoup trop poussé ma voix. J’essayais d’être quelque chose que je ne suis pas. Sur Ecliptica, en particulier, j’essayais d’imiter Timo Kotipelto de Stratovarius. C’est ce que je voulais faire, ce que j’ai essayé de faire, mais ce n’était pas naturel. Sur les deux ou trois derniers albums, j’ai fait ce qui me venait naturellement, ce qui est vraiment moi, Tony. Mes performances vocales ont changé et évolué. Plus je vieillis, plus il devient difficile pour moi de chanter les anciens titres, parce que j’ai composé ces chansons une octave plus haut que je n’aurais dû, sans exagérer. Elles sont vraiment très aigües, et j’ai à peine pu les chanter en studio. Mais que veux-tu ? J’étais jeune, j’essayais d’impressionner les gens et de faire ce que je croyais cool à l’époque, c’est-à-dire chanter très aigu. Je n’avais aucune idée que nous allions finir par tourner et je ne savais pas ce qu’allait représenter une tournée, ce que ça peut faire à la voix. Je n’ai pas réfléchi à comment j’allais continuer à chanter ces titres dix ou quinze ans plus tard. Quand on vieillit, la voix devient naturellement plus grave. Mais c’est la vie, c’est normal.

Cela me fait penser à Edu Falaschi, le chanteur d’Angra, qui a déclaré plus ou moins la même chose : pendant des années, il a essayé d’être quelque chose qu’il n’était pas, un chanteur de speed metal. Il a récemment déclaré qu’il en avait fini, qu’il ne chanterait plus de speed metal et s’en tiendrait à des titres dans sa plage vocale. Cela fait-il écho chez toi ?

Oui, mais dans mon cas, je n’ai personne à blâmer : c’est de ma faute, c’est moi qui ai écrit toutes les chansons ! [rires] Mais je comprends un chanteur qui interpréterait un titre écrit par un autre artiste. Je connais certains cas où le compositeur est allé jusqu’à demander : « Jusqu’où le chanteur peut-il monter ? », et le résultat était aussi aigu que possible, sans prendre en compte la plage vocale grave de ce chanteur. Mais de mon côté, je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même. Mince !

Cela veut-il dire que tu aurais préféré écrire des chansons dans ta plage vocale, plutôt que des chansons qui te permettaient d’étendre cette plage ?

Ma plage vocale s’est beaucoup étendue, surtout dans les graves. Mais dans certains cas, j’arrive à chanter plus haut sur scène qu’il y a dix ans. Ma technique est carrément meilleure et, évidemment, plus de 600 concerts à son actif, ça fait des merveilles. Il faut apprendre à devenir meilleur, plus fort. Physiquement, je pense que je suis en meilleure forme aujourd’hui qu’il y a dix ou quinze ans. C’est bizarre, mais c’est comme ça.

Il y a quelques années, j’ai vu Sonata Arctica sur scène avec Gamma Ray. Je crois que c’était en 2003…

2001, en fait ! Je me souviens de cette tournée, c’était pour l’album Silence.

Oui, tu as raison. Quand j’ai quitté la salle, j’ai entendu une remarque amusante. Des fans de Sonata disaient que Gamma Ray avait repris une chanson de Sonata parce que le groupe avait joué le « I Want Out » de Helloween que vous avez également repris. Qu’en penses-tu ?

[rires] Génial ! J’adore ! Oui, ça arrive parfois, quand les gens n’ont pas une grande connaissance d’un certain sujet. Ils n’y connaissent rien, pour ainsi dire ! [rires] Ils connaissaient seulement notre groupe, ils ne connaissaient pas du tout Gamma Ray ou l’histoire du metal. Je pense que ça devait être des jeunes, ils n’avaient sans doute pas encore entendu le Helloween des débuts.

C’est tout pour nous. As-tu quelque chose à ajouter ?

J’espère que vos auditeurs écouteront notre nouvel album, Stones Grow Her Name. Il sortira très bientôt. Si vous aimez, envoyez-moi un e-mail. Si vous n’aimez pas, envoyez un e-mail à Henkka ! [rires] J’espère vous voir sur la tournée !

Interview réalisée le 29 avril 2012 par Spaceman et Metal’O Phil par téléphone

Retranscription et traduction : Saff’

Site Internet de Sonata Arctica : www.sonataarctica.info

Album : Stones Grow Her Name, sortie le 18 mai 2012 via Nuclear Blast Records



Laisser un commentaire

  • Je les suis également depuis leurs débuts et pour moi Unia est vraiment leur chef d’oeuvre. Certes un peu (faut pas exagérer…) plus compliquer à appréhender mais bien plus mature.
    Pas mal de titres de leurs premiers albums ont pas super bien vieilli…

    En tout cas ils sont droits dans leurs bottes.

    [Reply]

    LemanskyCurtis

    Pareil pour moi, je prends un pied pas possible à voyager sur « Unia » avec tous ces choeurs, ces orchestrations… De plus, niveau guitares, pour moi Tony a une analyse un peu étrange : elles n’ont jamais été aussi agressives et audibles que sur « Unia » (il suffit d’écouter l’intro du premier morceau). C’est pas comme si c’était le bordel en plus, les chansons sont très bien organisées, on s’y retrouve parfaitement. Je n’ai rien contre le fait que le groupe simplifie sa musique tant que ça reste tout de même du Metal et qu’il y a toujours moyen de se sentir voyager. Avec « I Have a Right », personnellement je ne suis pas convaincu, ça n’a rien pour me faire rêver, ceci dit j’ai tout de même confiance grâce aux extraits studio que j’ai entendus. Plus qu’une grosse poignée de jours et on pourra enfin écouter ça !

  • « Tony Kakko relativise aussi sur les deux précédents efforts de Sonata Arctica, admettant être allé « trop loin » dans la complexité. »

    Dommage, c’est les deux meilleurs…

    [Reply]

    Milowen

    Ah mon gout, c’était les 2 moins bons.

    Connaissant Sonata depuis leurs débuts, je les avais complètement mis de côté suite aux 2 précédents albums. J’espère être agréablement surpris avec celui là.

  • Arrow
    Arrow
    Mass Hysteria @ Transbordeur
    Slider
  • 1/3