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Chronique   

Sonata Arctica – Talviyö


Personne ne peut nier la réussite de la carrière de Sonata Arctica. Considérés à leur début comme un clone de Stratovarius, les Finlandais sont vite devenus l’une des figures de proue de la scène scandinave et du power metal, en se permettant quelques variations d’orientation musicale avec des albums tels qu’Unia (2007) ou The Days of Grays (2009) avec l’incorporation d’éléments progressifs. Talviyö, « nuit d’hiver » en finlandais, est le dixième opus de la formation et représente l’un de ses trois grands cycles selon elle : les quatre premiers albums puis d’Unia à Stone Grows Her Name (2012) et enfin celui amorcé par Pariah’s Child (2014) dont Talviyö fait partie. Ce dernier fait presque office de synthèse de la carrière de Sonata Arctica, une conjugaison d’éléments heavy et d’arrangements progressifs, le tout avec la science de la mélodie qui a fait la renommée du groupe.

Le procédé de Sonata Arctica est resté le même : c’est le chanteur Tony Kakko qui est à l’origine de toutes les compositions, du riffing aux paroles. La seule réelle différence sur Talviyö est la présence d’un producteur supplémentaire en la personne de Mikko Tegelman, ingénieur sonore du groupe en live. Talviyö a effectivement le mérite de respecter scrupuleusement l’identité sonore de Sonata Arctica en enregistrant pratiquement tous les instruments en simultané. De fait, Talviyö n’accuse pas une surproduction malgré la pléthore d’arrangements et, fait suffisamment rare dans le genre pour être noté, intègre élégamment la basse dans le mix grâce à l’ingérence de Pasi Kauppinen dans ce dernier. L’introduction « Message From The Sun » (en référence aux aurores boréales), et ses airs de conte nordique (la mélodie guillerette des premières secondes y est pour beaucoup), est un renvoi assumé au Sonata Arctica des premières heures avec un riffing dans la pure tradition du heavy-speed classique. Le titre est relativement trompeur quant à la tonalité générale de l’opus, davantage en phase avec les derniers efforts du groupe. « Whirlwind » à l’atmosphère plus sombre vient justement contraster avec son prédécesseur, revenant à des gimmicks plus rock et un travail sur la mélodie plus appuyée via le jeu d’Elias Viljanen et un refrain qui se démarque par son ralentissement. L’aspect fédérateur de la musique des Finlandais reste le premier dessein : le binaire de « Cold » fait presque office de titre FM aux relents pop-rock et aux sonorités légèrement eighties.

Sonata Arctica ne s’est pas pour autant livré à une simplification excessive de son discours. Les sept minutes de « The Raven Still Flies With You » prend des airs de rock progressif avec une véritable progression lyrique en guise d’introduction : mélodies de clavier et superposition de chants. La tonalité change radicalement au milieu de la chanson pour proposer une véritable tension (ponctuée d’une curieuse intervention instrumentale enjouée) avant de s’en libérer grâce aux élans de Tony Kakko. « Storm The Armada » bénéficie de l’inspiration d’Elias et de Pasi pour simuler un temps Dream Theater. Sonata Arctica ne recule pas non plus devant l’expérimentation avec l’instrumentale « Ismo’s Got Good Reactors », ses gammes orientales (et ses quelques errances en territoire celtique) et son solo de clavier plus qu’enjoué… Sur le plan de l’écriture, Sonata Arctica prend le soin de rendre Talviyö aussi dynamique et en phase avec le statut actuel du groupe que possible. En réalité, ce qui pèche est une sous-production massive de la batterie qui ne peut s’empêcher de conférer l’impression d’une « boîte à rythmes » de luxe et de brider radicalement la puissance des compositions. Si Sonata Arctica a pris le pari de se rapprocher du son live, il en paie les frais. Le groupe semble poussiéreux par endroits, poussif à d’autres (même lorsqu’il se veut hargneux à l’instar de « Demon’s Cage ») et l’effusion de sentiments omniprésente et explicite ne suffit pas à privilégier l’immersion. Une impression renforcée par les deux ballades, « The Last Of The Lambs » et « The Garden » (qui a le mérite de clore l’opus, musicalement, à l’exact opposé de sa chanson introductrice mais dans un même esprit de conte nordique), aux allures de berceuse, jolies mais soporifiques.

Talviyö est exactement ce que Sonata Arctica voulait : un album avec suffisamment d’éléments différents pour ne pas donner l’impression de se répéter, sans dévier de la trajectoire de son prédécesseur The Ninth Hour (les nostalgiques des débuts speed en seront encore pour leurs frais). Il y a toujours un soin certain apporté à l’écriture et aux lignes mélodiques, et si l’on ne peut pas aller à l’encontre de l’inspiration des musiciens, il faut reconnaître que la recette ne fonctionne qu’à moitié. Talviyö illustre la carrière d’un groupe sûr de sa formule, avec quelques éclairs progressifs bienvenus, mais qui commence à accuser de sérieux coups de fatigue dès que l’on met de côté l’affectif.

Clip vidéo de la chanson « Cold » :

Lyric-vidéo de la chanson « A Little Less Understanding » :

Album Talviyö, sortie le 6 septembre 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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