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Interview   

Sonic Syndicate : Nathan J. Biggs se confesse


Nathan J. Biggs - Sonic SyndicateCombien de fois a-t-on parlé de spontanéité artistique dans ces colonnes ? Elle est une idée très populaire, souvent opposée à l’idée de créer de manière plus cérébrale ou, comme certains le caricaturent, « se prendre la tête ». Mais ne confondons pas spontanéité et automatisme. Créer instinctivement peut conduire un artiste à une routine dans laquelle il ne se reconnaîtrait plus.

Eviter cela à tout prix, toujours se poser la question de ce que l’on veut vraiment exprimer artistiquement est la priorité de Nathan J. Biggs et Robin Sjunnesson. Ils sont les seuls rescapés d’une importante vague de départs au sein Sonic Syndicate, faisant d’ailleurs de Robin l’unique membre fondateur encore présent dans le groupe. Ce qui les a fait continuer, c’est l’idée de pouvoir via chaque nouvel album s’exprimer honnêtement plutôt que d’écrire par habitude. Le résultat est un nouvel album au titre – Confessions – et aux textes particulièrement évocateurs de cet état d’esprit, et à la musique marquant une évolution nette. En effet, les influences électro/pop, déjà présentes par le passé, prennent une place plus importante, tandis que le metal se met un peu en retrait.

Nous avons discuté dans l’interview ci-après avec le chanteur Nathan J Biggs de cette démarche.

Sonic Syndicate 2016

« Être dans un groupe tout court est… Je ne le recommanderais à personne ! [Rires] […] J’ai toujours pensé que ça demandait un [état d’esprit] particulier et bizarre pour apprécier cela. »

Radio Metal : L’an dernier, Karin est partie pour se concentrer sur sa famille. Et cette année nous avons appris que John Bengtsson était parti pour les mêmes raisons. C’est arrivé seulement quelques années après les départs Roger et Richard Sjunnesson. Comment avez-vous vécu ces départs consécutifs ?

Nathan J. Biggs (chant) : Je ne vais pas te cacher que ça a de lourdes conséquences sur un groupe, mais avant tout, ça nous a fait réaliser ce que nous voulions faire, et à quel point nous voulions encore faire de la musique, et que c’était ce qui importait le plus. C’était un mal pour un bien, vraiment. Ça nous a encore plus rapprochés, Robin et moi. Nous avons toujours été meilleurs potes, mais de faire cet album a été quelque chose que nous n’aurions jamais pu faire avec les membres précédents et le type de feeling qu’il y avait dans le groupe. Toute l’aventure, en quelque sorte, qu’a représentée cet album est un reflet de tout ce que nous avons traversé, donc ce sont ces expériences passées qui nous ont amenés là où nous sommes actuellement. Donc bien sûr, nous n’aurions jamais pu le faire avec les membres précédents parce que nous ne serions pas dans cette situation. Il y a tellement de choses qui nous sont arrivées, changer de label, élargir notre spectre musical, etc. Et Michel [Bärzén], le bassiste actuel, désormais membre à temps-plein, il est exactement sur la même longueur d’ondes que Robin et moi. Donc tout arrive pour une raison.

Est-ce que d’être dans un groupe comme Sonic Syndicate est trop exigeant pour quelqu’un qui aspire à une vie de famille normale ?

Être dans un groupe tout court est… Je ne le recommanderais à personne ! [Rires] C’est tellement imprévisible, c’est fou, il y a le summum du summum, quand tu es tellement heureux, et le fond du trou, quand tu te sens complètement seul. Mais c’est ça la vie, de manière générale, dans la musique. Tu es loin de chez toi tout le temps, tu n’as pas une vie normale, je suppose, mais j’ai toujours pensé que ça demandait un [état d’esprit] particulier et bizarre pour apprécier cela, et nous l’avons.

Peux-tu nous en dire plus sur le recrutement de Michel Bärzén et de Peter et comment ils ont ajouté leur touche personnelle à l’album et Sonic Syndicate en général ?

En fait, Peter n’est pas un membre à part entière du groupe. Le groupe, c’est moi, Michel et Robin. Nous avons fait toute la composition ensemble. C’est ça Sonic Syndicate. Peter est en fait l’un de nos amis, mais c’est un musicien de session qui travaille à l’une des écoles de musique de Stockholm. C’est un super batteur, il est parti en tournée avec de super groupes… Donc il a enregistré l’album avec nous, et il va faire la tournée avec nous également, mais ce n’est pas un membre en tant que tel. Michel est venu remplacer Karin dans le groupe quand elle ne pouvait pas tourner parce qu’elle s’occupait de son premier enfant pendant le Diabolical Tour Of Art, qui a suivi notre album sans titre. Elle a fait une courte tournée européenne avec nous, et à ce moment-là, nous savions plus ou moins que Karin ne pourrait plus tourner à temps plein, ça semblait aller dans ce sens. Ensuite elle est tombée enceinte, a eu un autre bébé, nous en avons longuement parlé, mais nous étions dans une situation où, si nous voulions continuer en tant que groupe, alors il fallait que nous soyons tous concentrés à cent pour cent, sinon, nous n’allions pas pouvoir le faire. Il faut que nous ayons un engagement à cent pour cent de la part de tout le monde, et John et Karin ne pouvaient pas s’engager sur les tournées. Ils mettent leur vie de famille en priorité, ce qui est tout aussi louable, et nous l’avons totalement respecté, mais cela voulait dire qu’ils ne pouvaient plus être dans le groupe. En sachant ça, nous avons évidemment demandé à Michel de rejoindre le groupe, et il a clairement apporté une contribution immense au son, dans le sens où nous sommes tous les trois de très proches amis et nous avons exactement le même but et le même engagement. Rien que par rapport à notre amitié, elle est vraiment revivifiée. Je ne connais le gars que depuis moins de deux ou trois ans, mais c’est comme avoir un frère dont j’ignorais l’existence jusqu’à présent. Tout ce qui s’est passé était mal pour un bien. Je crois que tout peut arriver pour une bonne raison, ça dépend de toi, dans la vie, comment tu façonnes les choses, quelles décisions tu prends et comment tu avances dans cette vie, mais je pense que clairement, des choses t’arrivent dessus. Michel était juste une bénédiction. C’est un gars tellement cool, et il nous a simplement rapprochés, Robin et moi. Nous trois ensemble, c’est incroyable !

Penses-tu que Peter pourrait finir par devenir un membre du groupe à part entière ?

Je ne veux pas tellement penser à ça en particulier ou trop en parler. Je veux dire, c’est un super gars et il était super sur l’album, c’est un batteur très talentueux, c’est exactement le genre de batteur dont nous avions besoin pour cet album. Il a un background assez progressif, il est vraiment fan de musique pop et tout ça, aussi, et c’est un batteur expérimenté, il a appris la batterie en école de musique, et il a eu un enseignement classique. Donc c’est juste un super performer. Il a vraiment amélioré l’album. Il est venu sur la tournée en Asie que nous avons faite pendant quelques semaines, et il viendra sur le reste de la tournée. Donc c’est un gars très talentueux, et c’est devenu un très bon ami, mais moi, Robin et Michel, nous sommes tellement unis à présent que nous ne voulons pas penser à faire rentrer un nouveau membre dans le tableau quand nous sommes très heureux en étant simplement à trois.

Après la série de départs que vous avez traversés ces dernières années, est-ce que Robin et toi avez ressenti une certaine pression, le futur de Sonic Syndicate étant entre vos mains ? En particulier Robin, qui est le seul membre fondateur restant…

Heureusement pour nous, nous faisons ça pour la musique et pour l’amour de la musique, et aussi pour jouer et se donner en live. A chaque fois que nous abordons l’étape suivante pour le groupe, c’est juste pour profiter de ce que nous faisons. Mais cette fois nous nous sommes assurés que nous étions à cent pour cent francs et honnêtes avec les fans. Nous avions vraiment la passion de faire ça, et c’est pourquoi nous continuons à faire de la musique. Nous écrivons tellement bien tous les deux ensemble que nous ne pouvons jamais imaginer d’arrêter de le faire.

Sonic Syndicate 2016

« Nous n’avons pas laissé les fans, ni l’ancien style de musique, ni les autres groupes et la musique autour de nous, nous influencer le moins du monde, nous étions juste à cent pour cent honnêtes avec nous-mêmes. »

L’album s’appelle Confessions, ce mot a un sens assez intime. Diriez-vous que c’est votre album le plus intime ?

Clairement, je veux dire que nous avons juste décidé de ne suivre aucune idée préconçue sur ce que les gens attendaient que Sonic Syndicate soit. Nous avons vraiment réduit ça à ce que nous voulions écrire. Nous n’avions aucune idée préconçue sur comment ça devrait sonner. Nous avons simplement commencé avec la voix et la guitare, et nous avons vu ce qui en sortait. Nous n’avons rien laissé influencer notre état d’esprit. Nous n’avons pas laissé les fans, ni l’ancien style de musique, ni les autres groupes et la musique autour de nous, nous influencer le moins du monde, nous étions juste à cent pour cent honnêtes avec nous-mêmes, et nous avons vu ce qui pouvait en sortir. Et je me suis assuré que je voulais vraiment me connecter à moi-même sur cet album, ne pas simplement écrire quelque chose parce que ça sonnait bien. Je ne dis pas que je l’ai fait par le passé, mais c’est juste que ça a commencé à sortir bien plus facilement cette fois-ci quand je parlais de choses personnelles.

Tu viens de dire que pour cet album, vous « aviez décidé de ne suivre aucune idée préconçue sur ce que les gens attendaient que Sonic Syndicate soit. » Est-ce que cela veut dire que dans le passé vous preniez en compte ces idées préconçues ?

Nous avons toujours essayé de faire quelque chose d’un peu différent avec chaque album. Ça a toujours été l’état d’esprit du groupe, même avant que j’en fasse partie, ils voulaient progresser. Mais, tu sais, ça arrive assez lentement, disons. Je ne dirais pas que nous avons essayé de suivre quoi que ce soit de ce que les fans pensent, mais nous faisons plus ou moins partie d’un style de musique, nous admirions vraiment nos influences comme In Flames, Dark Tranquillity, beaucoup de groupes de metalcore et de groupes de death metal mélodique suédois, et nous nous étions en quelque sorte engouffrés dans ce sous-genre. C’est très facile de continuer plus ou moins à suivre la même voie. Tu connais plein de potes dans des groupes, tu passes un bon moment, tu bosses avec les mêmes producteurs, tu as le même label avec toi, les mêmes personnes qui t’entourent, et c’est très facile de rester coincé dans une spirale. Ça ne veut pas dire que tu essaies de suivre un certain chemin ou un certain style de musique. Ça devient simplement une partie de toi et ce qui t’entoure. Mais nous n’avons jamais vraiment fait une pause pour dire « cette fois, montrons vraiment ce que nous pouvons faire en tant que compositeurs et musiciens, et jouons ce que nous voulons, sortons du genre, pensons juste à nous et ce que nous voulons jouer. »

Au final, qu’est-ce que tu confesses avec cet album ?

Tout ! [Petits rires] Nous avons fait un voyage tellement long avec le groupe. Comme nous venons d’en parler, nous avons changé de label, de membres, et je pense que beaucoup de groupes essayent juste de cacher les faits et comment ils se sentent en réalité quand quelque chose comme ça arrive. Ça nous a affectés sur un plan émotionnel, mais je pense que la moitié du but, qui est de pouvoir continuer, vient de la force que ça te demande de te secouer et vraiment reconnaître ce que tu veux, et pouvoir aller de l’avant et vraiment te mettre à nu pour atteindre ces buts. C’est notre histoire mise en musique. Mais aussi, ça parle de la vie en général. Je pense que la vie est courte et tout le monde ici doit vraiment faire ce qu’il veut dans cette vie. Personne ne provoquera un changement à ta place. Si tu veux que quelque chose soit fait différemment de ce que tu fais pour l’instant, alors tu dois être honnête avec toi-même, tu dois confesser ces choses, sinon tu passeras à côté de la vie, comme ce que je disais à propos de se retrouver coincer sur un chemin dont tu as l’habitude. Ça peut arriver très facilement à tout le monde dans la vie de tous les jours, dans le travail. Tu te retrouves en quelque sorte coincé dans une spirale, sans le vouloir ; ça ne veut pas dire que tu es nécessairement malheureux, mais tu pourrais être plus heureux si tu avais les tripes d’admettre face à toi-même que tu veux confesser les choses qui ne vont pas dans ta vie et du coup changer pour pouvoir arriver à ce que tu veux.

« Starting A War » parle d’oser rêver. Est-ce ce que tu ressens de ta carrière musicale ?

“Start A War” est un peu le premier single que nous ayons fait, c’est un peu un commentaire sur le groupe, notre musique, le fait que la vie est vraiment courte. J’ai eu des proches qui sont décédés et des proches qui sont tombés très malades récemment, et ça m’a juste plus ou moins fait réaliser que la vie est courte et que tu devrais seulement la passer avec les gens que tu veux, à faire les choses que tu veux. A chaque fois qu’il y avait un moment où nous ne pensions plus que le groupe continuerait, la réponse était « il continuera », parce que j’adore simplement être avec Robin et Michel, et nous avons encore tant à donner musicalement, et nous voulons nous battre pour qui nous sommes et ce que nous voulons faire. C’est un peu de là que vient le titre “Start A War”. Tellement de choses arrivent dans la vie, si tu laisses faire, alors ça t’arrivera. Tu dois vraiment prendre le contrôle et la responsabilité de ton propre destin. Si tu n’es pas heureux dans la vie, avec la façon dont les choses se passent, alors tu es le seul à pouvoir faire la différence, à pouvoir changer les choses. Et ça marche aussi bien pour la musique que pour chaque personne dans le monde, avec le boulot, la famille, les relations… c’est un peu une métaphore, chacun doit commencer sa propre guerre s’il veut voir changer quelque chose dont il n’est pas heureux.

Vous avez toujours eu des influences pop et électro, mais cette fois elles sont vraiment dominantes, et vous abandonnez tous les éléments plus metal que vous aviez. D’où cela vient-il ? Qu’est-ce qui vous a fait changer de style ?

Je ne suis pas sûr de ce que c’est. Peut-être que c’est le fait que nous soyons désormais basés à Stockholm en tant que groupe. Stockholm a une scène house et électro très influente. Je ne pense pas que ce soit cela mais peut-être qu’inconsciemment, à un certain niveau… Je pense que c’est juste symptomatique du fait que nous sommes très actuels dans la musique que nous écoutons, dans beaucoup de genres de musique différents, et nous voulions juste vraiment nous amuser avec la production. C’est juste ressorti de façon vraiment très moderne, et nous avons toujours apprécié avoir ces types d’éléments électroniques et ces sons que nous avions toujours eus par le passé. Nous avons seulement fait les choses de la meilleure manière, et la plus moderne possible. J’apprécie énormément de groupes comme Pvris, Don Broco et des trucs comme ça. Je ne sais pas comment ça s’est passé mais ça sonnait bien ! Et rien ne nous a fait changer de style. Nous avons juste commencé à écrire les chansons [petits rires] et c’est ce qui en est sorti. Par-dessus tout, je pense que nous sommes dans une situation très positive aujourd’hui. Nous sommes très heureux ensemble, en tant qu’amis, et la positivité s’est transférée à la musique, au message que nous amenons avec cet album. Les claviers ne sont qu’un autre instrument, et nous travaillons vraiment dur pour en faire plus avec chacun des instruments que nous utilisons.

Sonic Syndicate - Confessions

« Les gens m’ont écrit beaucoup d’e-mails disant qu’ils avaient écouté la chanson ‘My Own Life’ et que ça les a empêchés de se suicider. Et j’étais là, genre, c’est beaucoup de responsabilités à prendre ! Tu influences la vie de quelqu’un pour qu’il n’y mette pas fin. Je pense que les paroliers et les chanteurs doivent être conscients de ça. »

Cet album a un son très moderne. Est-ce important pour vous de sonner très actuel, contrairement aux vagues de groupes aux sonorités vintage des années 60/70 que nous voyons en ce moment ?

Ouais. Je veux dire que nous aimons tous la production musicale, comment la musique sonne, et je pense qu’il y a tellement de choses que nous pouvons encore faire avec le son, la façon dont nous écoutons la musique. Et je pense que beaucoup de groupes essayent d’avoir un son vintage, renvoyant à comment le genre dont ils font partie a plus ou moins démarré. Ils essayent de sonner comme leurs prédécesseurs, alors que nous essayons juste de trouver le son qui nous convient le mieux. A chaque fois que nous écrivons un album, nous nous en rapprochons un peu plus.

Michel a dit dans une interview que « maintenant, [vous] sav[iez] dans quelle direction [vous] voul[iez] tous aller. » Cela veut-il dire qu’il y a eu des moments de doutes à propos de la direction musicale du groupe ?

Ouais. Je veux dire qu’à chaque fois que quelque chose arrive à un groupe, comme un membre qui part, quand tu en viens à écrire un nouvel album, il y a tellement de pression sur toi, en tant que musicien et compositeur. Tu ressens vraiment une responsabilité envers toi-même et les fans, c’est genre : « Qu’est-ce que je devrais faire ? » C’est très facile de rentrer dans une routine où tu écris ce que les gens attendent que tu écrives. Je ne dis pas que nous l’avons fait consciemment, mais tu veux contenter les fans, des choses comme ça. Mais je pense qu’à moins que tu le fasses pour toi-même, alors après un moment, les auditeurs peuvent voir entre les lignes, que c’est du réchauffé, que ce n’est pas à cent pour cent ce que tu apprécies et ce que tu es à présent. Je connais beaucoup de groupes, j’ai beaucoup d’amis dans des groupes, je ne donnerai pas de noms mais ils peuvent être très coupables [petits rires] de ça, juste sortir album après album et… Ça peut être bien, mais tu peux te rendre compte qu’ils suivent la même route et qu’ils marchent sur le même chemin. Je pense que c’est là que la qualité de certains groupes commence à souffrir ; ce n’est pas leur meilleur album. Tu dois rester amoureux de la musique et de ce que tu fais.

Tu as dit que vous étiez “très actuels dans la musique que [vous] écoutez, dans beaucoup de genres de musique.” Et cela se reflète évidemment dans votre musique. Dirais-tu que l’époque que nous traversons actuellement est plus favorable à l’éclectisme ? Penses-tu que la nouvelle génération est prête à passer du metal extrême à des choses plus pop ?

Carrément. Juste en tant que fans de musique, je pense que tout le monde à travers tous les genres et dans la musique en général, les gens consomment beaucoup plus de musique, ils apprécient beaucoup plus de styles, que peut-être nous le faisions il y a dix ou quinze ans. Avec la musique digitale et Spotify, nous pouvons écouter énormément de styles en seulement quelques secondes. Tu cliques juste sur les artistes similaires et les chansons que tes amis t’envoient sur ton téléphone, et en quelques clics, tu es passé du metal extrême au jazz à la pop, et tu traînes toutes ces choses qui sonnent bien et que tes oreilles apprécient. Ce n’est pas comme “oh, est-ce que ce style est pour moi ?” ou “est-ce que c’est mon groupe préféré ?” “Je suis metalleux, est-ce que ça rentre dans mon genre de musique ?” Les genres se confondent, la musique devient floue, et les gens remplissent leurs playlists de trucs qui les rendent heureux ou qui les font se sentir d’une certaine façon, comme ces énormes playlists qu’ils ont à la maison et qu’ils emmènent partout. Donc ouais, je pense vraiment que comme public, comme fans, comme consommateurs, nous nous diversifions énormément. J’adore le heavy metal, le thrash metal, le metalcore et toutes sortes de trucs heavy, mais j’écoute aussi du hip hop, de la dance et de la pop. Tu sais, j’écoute du rock n’ roll, de la fusion et tout ce qu’il y a entre les deux.

Quels sont les deux artistes les plus opposés que tu apprécies d’écouter ?

En rentrant de ville tout à l’heure, j’écoutais Emmure, Whitechapel, Upon A Burning Body, et ensuite j’ai écouté du Tom Waits, Swedish House Mafia, Infest de Papa Roach… Oh et j’ai aussi du Cheryl Crow sur ma playlist [petits rires]. Donc ouais, c’est dingue à quel point ça peut être des trucs différents !

L’évolution que vous avez entreprise avec Confessions peut rappeler l’évolution d’un groupe comme Bring Me The Horizon. Te sens-tu proche de leur évolution musicale ?

Je n’y ai jamais vraiment pensé. Je pense que la nôtre est juste venue d’un catalyseur interne. Nous avons traversé beaucoup de choses et c’est simplement que nous sommes honnêtes avec nous-mêmes et le type de musique que nous aimons écouter. Nous pensons à cela en tant que fans de musique, et nous expérimentons. Je ne sais pas quel est le fil de leurs pensées avec ce qu’ils sortent. Je suis d’accord que leur… Je suis fan de Bring Me The Horizon depuis leur dernier album. En comparaison avec leur premier album, il y a un énorme changement dans le son, et ils ont traversé un changement, donc j’imagine qu’il y a des similarités de ce côté-là, ouais.

Il n’y a que du chant clair sur cet album et tout le chant saturé a complètement disparu de votre musique. Trouves-tu le chant clair plus stimulant et épanouissant ?

Ouais. Je voulais juste voir ce que je pouvais réussir au niveau vocal. J’adore… Ce n’est pas du chant saturé, c’est plutôt chanter aux limites des cordes vocales, genre avoir une voix très rauque sans avoir à crier. Et, avec ce dont nous avons parlé, les paroles et l’ambiance des chansons, ça semblait plus approprié d’explorer ce que je pouvais faire mélodiquement avec du chant clair. Je pense que nous pouvons toujours avoir des parties très heavy et des parties qui tapent vraiment fort. Je ne pense pas que tu aies besoin de crier pour faire ça. C’est un album très honnête et émotionnel, donc je pouvais transmettre ça beaucoup plus en chantant. Je n’ai jamais dit qu’il n’y aurait pas de cris sur cet album. En fait, j’ai dit aux gars : « Si ça amène quelque chose à la chanson, alors j’y mettrai des cris, mais si ça n’apporte rien, alors nous n’en aurons pas. » Mais plus nous creusions et moins ça semblait compléter la musique ou les chansons ; il n’y en avait pas vraiment besoin. Donc je ne voulais pas en mettre juste parce c’est ce qu’on attend de moi.

Sonic Syndicate 2016

« Nous avons trouvé que nos fans étaient plus des auditeurs de musique moderne. Ils écoutent tous les styles. De nos jours, à l’ère digitale, il n’y a pas de plaisir coupable. Tu n’es pas obligé d’écouter que du metal. »

Qui est la femme qui chante avec toi en duo sur “Still Believe” ?

C’est une fille qui s’appelle Madyx (note : de son vrai nom Michelle Blanchard). Elle était dans un groupe qui s’appelait Life Down Here, de Los Angeles. Ils ont tourné avec The Used et Paramore, ils ont fait le Van’s Warped tour aussi. Donc ils ont plus ou moins commencé à se faire un nom dans l’underground. Et maintenant elle a une carrière solo. J’ai écrit cette chanson et j’ai toujours voulu essayer d’écrire dans la dynamique d’avoir une voix féminine ayant une vraie présence dans une chanson, parce que je ne l’avais jamais fait. J’essaie de nouvelles choses et j’ai toujours voulu entendre ma voix avec une autre voix féminine, et surtout créer une histoire, un dialogue entre les deux personnages. Donc notre label et nous, nous cherchions des groupes avec des chanteuses. Notre label est entré en contact avec le sien d’une manière ou d’une autre. Nous avons entendu ses trucs et nous avons pensé que c’était vraiment cool. Nous l’avons fait venir de Los Angeles et nous avons enregistré la chanson. Elle s’y est vraiment retrouvée. La chanson parle de perdre un proche d’un cancer, malheureusement. C’est basé sur deux choses qui me sont arrivées, et elle a perdu son père d’un cancer, donc nous nous sommes vraiment retrouvés sur un niveau émotionnel. On peut l’entendre dans la voix. Ça a tellement bien fonctionné.

L’atmosphère de l’album est très positive. Voulez-vous transmettre de l’énergie positive à l’auditeur à travers votre musique ?

Carrément. C’est exactement ce que je veux faire et c’est la seule chose que je veux faire. Même si ça parle de quelque chose de très négatif, comme la douleur ou la mort, alors je veux quand même montrer la lumière au bout du tunnel. J’ai eu cette espèce de révélation depuis quelques années maintenant, et je voulais juste vraiment faire passer cet élément de positivité. Depuis que nous avons fait We Rule The Night, en 2010, les gens m’ont écrit beaucoup d’e-mails disant qu’ils avaient écouté la chanson “My Own Life” et que ça les a empêchés de se suicider. Et j’étais là, genre, c’est beaucoup de responsabilités à prendre ! Tu influences la vie de quelqu’un pour qu’il n’y mette pas fin. Je pense que les paroliers et les chanteurs doivent être conscients de ça. Ils ont une certaine influence. Donc je pense que s’il y a une chance de pouvoir s’en servir pour le mieux, pour rendre la vie de quelqu’un meilleure, alors je pense que tu devrais le faire.

La musique électro pop est beaucoup plus populaire que le metal. Je sais que vous avez fait cet album avec beaucoup d’honnêteté, mais était-ce quand même dans un coin de vos têtes que cela vous permettrait d’agrandir encore plus votre fan base, en mettant encore plus en avant ces éléments électro pop ?

Non [petits rires]. Je veux dire, nous n’écrivons pas pour les fans d’électro pop, nous n’écrivons pas pour les fans de metal. Nous écrivons juste pour nous et ce que nous aimons faire.

Est-ce que vous craignez les réactions des fans plus conservateurs ? Je veux dire, des groupes comme In Flames sont très critiqués pour leur changement de son, pareil pour Opeth lorsqu’ils ont abandonné le chant death metal…

Non, je ne le crains pas. Et tu as tapé dans le mille, là. In Flames est un pilier du metal mélodique suédois et ils font des changements, ils font face à des réactions violentes et négatives des fans. Pareil pour Mikael Åkerfeldt et Opeth, il décide de ne plus crier et, ouais, ces fans qui sont fans depuis des années commencent à se plaindre auprès de lui sur Internet. Mon avis, c’est : peu importe ce que tu fais, il y aura toujours des gens qui t’aiment et des gens qui te détestent pour ça.

Pour être honnête, je pense que les fans ont un peu vu que c’est de la musique vraiment authentique, et que c’est ce que nous voulons écrire. Donc que ce soit à leur goût ou pas, alors… En fait, nous avons eu énormément de soutien rien qu’à cause de ça. Bien sûr, il y a eu de la controverse de la part des fans plus old school qui appartenaient à cette scène de death metal mélodique, à l’époque où Sonic Syndicate tournait plus avec In Flames, Soilwork et tous ces groupes, et c’est leur style de musique, ce qu’ils veulent entendre, et ils ne seront pas comblés avec cet album. Mais en général, nous avons trouvé que nos fans étaient plus des auditeurs de musique moderne. Ils écoutent tous les styles. De nos jours, à l’ère digitale, comme nous le disions, il n’y a pas de plaisir coupable. Tu n’es pas obligé d’écouter que du metal de nos jours. L’auditeur lambda dans la scène rock et metal, écoute énormément de genres différents, et nous sommes un groupe de cette génération, nous écoutons de tout.

Donc, bien sûr, il y aura des gens de la vieille école qui veulent un autre album de death metal/metalcore, et ils n’aimeront peut-être pas cet album. Avec un peu de chance ils l’écouteront et ils aimeront quand même la manière dont c’est composé et ça fera son chemin. Mais ce n’est pas ceux que nous visons. Nous nous visons nous-mêmes et combien nous avons aimé la musique. C’est la seule façon pour, je pense, qu’un album puisse A, sonner authentique, et B, avoir une chance de passer l’épreuve du temps, être un album qui pourrait traverser l’histoire et pour lequel on se souvient de toi. Si tu l’écris juste en pensant à ce que tes fans de la première heure pensent, alors ça ne sera jamais ton meilleur album. La seule manière dont tu peux t’affranchir de ce que tu as déjà fait, c’est simplement en écrivant pour l’amour de la musique.

Interview réalisée par téléphone le 27 septembre et 5 octobre 2016 par Philippe Sliwa et Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Traduction : Aline Meyer.

Site internet officiel de Sonic Syndicate : www.sonicsyndicate.net

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