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CR De Festival   

Sonisphere France 2013 : fil rouge de la journée du samedi 8 juin


C’est parti ! Le Sonisphere 2013 démarre aujourd’hui et, comme nous avons pu le faire ces dernières années au Hellfest, vous allez pouvoir le suivre en direct via ce fil rouge qui sera fréquemment mis à jour de midi à 2h du matin ! Suivez-nous donc dès maintenant via nos trois plate-formes éditoriales – le site de Radio Metal, notre page Facebook et notre compte Twitter – pour tout savoir sur cette nouvelle édition du Sonisphere et obtenir nos impressions à brûle-pourpoint. Nous vous conseillons donc de recharger cette page régulièrement pour ne rien manquer de ce récit métallique.

Par ailleurs, sachez que les live reports de ce fil rouge pourront être enrichis quelques jours après le festival et nous vous proposerons également, a posteriori de l’événement, des galeries photos entièrement consacrées aux prestations des artistes.

« Salut les copains ! »

10h21 : Notre équipe est déjà bien installée. Notre stand est posé au Metal Market, où on commence déjà à retrouver quelques copains (c’est aussi ça la valeur des festivals : un weekend entre potes) comme Christian Bivel d’Adipocere (photo ci-dessus). L’autre bonne nouvelle du jour : la météo. De bon matin, on profite d’un ciel bleu sans nuages. De quoi nous réjouir avant une (très) longue journée au Snowhall.

13h25 : Dagoba va dans quelques minutes fouler la scène Saturn. Croisé plus tôt, avant le début du fest, le groupe, dans le stress des préparatifs, semblait légèrement tendu.

13h32 : Headcharger vient de quitter la scène Apollo au bout d’une demi-heure d’un set qui a réveillé le Snowhall. Pas mieux pour ouvrir un festival que leur stoner metal très rock’n’roll. Une énergie qui va de pair avec la météo : pêchue et lumineuse. La voix de Seb (chanteur) montre quelques limites mais ne manque jamais de coffre. En tout cas, on sent le groupe en confiance, la scène est leur jungle et ils s’y font respecter.

Kerry King or not Kerry King ?

14h03 : Dagoba ne s’encombre pas d’une intro et monte directement sur scène pour saluer son public et profiter de l’ovation. Par contre, tout le monde devra souffrir un moment d’un son absolument immonde, avec une batterie même pas sonorisée au début, des larsens sur le chant et une guitare… bin, elle est où la guitare ?! On ne l’entend pas ! Puis, soudain, le son s’allume, et la grosse caisse surmixée au possible donne des hauts le cœur. Ça commence mal pour la scène Saturn… Mais Dagoba a toujours le même problème en live : trop de basses dans le mix qui empêche de capter la mélodie.

En dehors de ça, le stress aperçu plus tôt est oublié, le groupe est fier, avec de la prestance, et proche de son public. Les discours de Shawter semblent parfois un peu trop préparés mais sont efficaces et le chanteur ira jusqu’à descendre dans le public pour réclamer un wall of death : « Les gars, on n’est pas là pour jouer aux billes ! ». Franky Costanza (batterie) se lève régulièrement pour voir la foule et a une gestuelle très visuelle. Werther (basse) prend de temps en temps le micro pour haranguer les fans. Z, le nouveau guitariste n’est pas très expansif et reste concentré sur son jeu. Et dans l’ensemble, le groupe paraît soudé et souriant.

La setlist, dès le début, est très axée sur les morceaux les plus énervés de leur répertoire. « Black Smokers » et son refrain en chant clair arrive comme l’éclaircie dont ce show avait besoin, bien que le chant clair sonne un peu faux. Mais on soupçonne les problèmes de son d’être le coupable dans cette dernière impression car cela s’améliorera vers la fin.

Globalement, un set coup de poing parfait pour faire grimper l’intensité après Headcharger avec un public qui est là pour ça et se montre très réceptif. Direction Crucified Barbara sur l’Apollo pour une dose supplémentaire de rock’n’roll…

Crucified Barbara et soleil : un excellent cocktail.

14h39 : Entre deux concerts, Metal’O s’offre un peu de détente à l’espace VIP : « Petits fours et boissons à volonté. C’est bon de faire ce métier. » Pour tout message d’insulte, appelez le 06 12… Heureusement qu’il y en a pour suivre les concerts : c’est donc Amphisbaena qui, sous une chaleur étouffante, nous relate l’arrivée sur la Apollo de Crucified Barbara, groupe idéal à voir en pleine journée car les Suédoises rayonnent et ravissent le public. Et rien de tel qu’un bon « Motorfucker » épique et accrocheur sous le soleil de juin. D’un autre côté, Karnivool reçoit un accueil plutôt froid, pour ne pas dire glacial. On sait que les Australiens ne sont pas très connus en Europe mais c’est sans doute la première fois que le public se laisse aussi peu emporter par un concert aujourd’hui. Le chanteur est très en voix mais son langage corporel, ses danses sur la musique polyrythmique du combo et la basse à contretemps ne sont pas appréciés. Peut-être pas un groupe à découvrir en festival malgré un set très propre et des musiciens expressifs.

La bière RM : un concept d’avenir.

15h39 : Cela ne fait pas trois heures que le festival a commencé et quelques problèmes se font déjà sentir. Sans revenir sur le fait qu’un fest sur du goudron et du gravier, avec de la caillasse par ci par là, ce n’est pas le paradis, ce sont surtout les soucis d’organisation qui sautent aux yeux. Il est effarant qu’il soit aussi difficile de se repérer, la mauvaise signalisation faisant qu’il est facile de se perdre en arrivant. Et si en plus on se trompe d’entrée entre celle des festivaliers et celle de la presse, c’est un quart d’heure de marche pour trouver le bon accès. Mais au moins, à l’entrée presse, malgré le temps d’attente et le début de l’ouverture assez tardif, l’accueil est parfait, avec même des plateaux repas pour nous recevoir. Et une fois sur place, plus de problème pour se repérer malgré la taille du site. On pense néanmoins à ceux qui auraient gagné un pass via certains concours et qui se font balader parce qu’on ne les retrouve pas dans les listes d’invitations…

Sinon, on est reçu comme des rois à l’espace VIP. L’espace presse est parfaitement organisé, avec des boxes pour s’isoler et les gens de l’organisation sont très disponibles malgré le fait qu’ils soient très sollicités. Des conditions parfaites pour travailler. Au Metal Market, l’ambiance est au top, avec des exposants qui n’hésitent pas à s’entraider en cas de besoin. Et au camping, l’alcool offre depuis la nuit dernière ses premières grosses manifestations d’ébriété.

16h54 : Micro interview avec Werther de Dagoba, alors que la pression retombe. Comme sur scène, l’homme est souriant, détendu, l’atmosphère au sein du groupe semble être définitivement plus sereine et enthousiaste. Il commente leur prestation « coup de poing », basée essentiellement sur des titres agressifs : « Sur une presta d’une demi-heure comme ça, il faut envoyer et ne pas endormir le public en leur proposant trop de nouveaux titres qu’ils ne connaissent pas. »

Discussion avec Franky (Dagoba) : [audio:interviews/Sonisphere2013 – Dagoba.mp3|titles=Discussion avec Franky (Dagoba)]

Nergal (Behemoth) a sa propre méthode pour se protéger du soleil d’Amnéville.

17h15 : « It’s good to be alive ! » Punch-line banale mais qui n’a jamais eu autant de sens que quand elle est prononcée par Nergal, frontman de Behemoth, aujourd’hui guéri d’une leucémie. Sur scène, même en plein soleil, le show des Polonais reste une atmosphère de messe noire, tribale et incantatoire assez jouissive. On aurait pu croire que ça se passerait mal dans la clarté de l’astre du jour mais, paradoxalement, tout ça se marie bien. Musicalement, le déluge de violence death metal plonge le spectateur dans une ambiance de guerre apocalyptique, les harmonies dissonantes tracent un paysage de champ de bataille, le tout dans une atmosphère d’après-carnage et exécuté par un groupe élégant, avec énormément de charisme. A la fin, Nergal salue le public rapidement mais y met beaucoup de chaleur et de classe, les deux mains jointes, avant de se retirer.

17h55 : Rien de tel que les hymnes guerriers de Sabaton pour faire remuer le public de la Saturn déjà très réactif. Le chanteur, Joakim Brodén, ne cache pas sa joie d’être là et fait en sorte que ce soit le cas pour tout le monde en faisant chanter son audience. De l’autre côté, devant la scène de l’Apollo, le metalcore de Bring Me The Horizon attire un public plus jeune pour un set intense et énergique. Il est à regretter que le son de leur basse écrase tout le reste. Le combo montre aussi qu’il appartient à une vague descendant directement du néo metal – ne serait-ce qu’en raison du public visé par le style – en rendant hommage à leurs aînés : Korn et Limp Bizkit qui joueront plus tard ce soir. Mais avant la fin, le public délaisse BMTH pour partir de l’autre côté où vont bientôt œuvrer les vikings d’Amon Amarth, de toute évidence très attendus.

18h50 : Le public est surexcité dès le début par les hymnes médiévaux des Suédois. Johann Hegg (chant) harangue la foule de sa voix grave impressionnante d’assurance et lui demande de chanter. Inutile de trop prier les fans : les bras se lèvent d’ailleurs sans qu’on les y encourage à chaque break et refrain. La chaleur fait souffrir les Hommes du Nord qui rougissent et suent à grosses gouttes mais sont portés par les acclamations continues de la foule et le spectacle ne ralentit pas. Le ton est résolument guerrier et Amon Amarth ne partira pas sans avoir vaincu. Hegg monte sur la proue de drakkar qui orne la scène avant de faire exploser sa fureur dans un cri dantesque. Intense et épique. Alors qu’une pluie rafraichissante se déclenche, le groupe pousse un « Death In Fire » qui fait un carton. Ont-ils déclenché la colère des dieux qui envoient ce gros nuage, ou ceux-ci les bénissent-ils pour ne pas se déshydrater et inonder le Sonisphere de leurs chants à leur gloire. En tout cas, côté public, cela ne fait pas de mal au milieu de cette très chaude journée, la foule est beaucoup plus nombreuse devant les scènes… et le nuage semble être complètement passé.

Au final, Amon Amarth termine son set sur les chapeaux de roues avec un enchaînement de hits et rappelle qu’ils seront en tournée en novembre. Pour les spectateurs, la préoccupation est maintenant de se précipiter vers Motörhead.

Sonisphere côté public.

Discussion avec Raphaël (Mass Hysteria) : [audio:interviews/Sonisphere2013 – Mass Hysteria.mp3|titles=Discussion avec Raphaël (Mass Hysteria)]

19h13 : Parmi la foule, on croise aussi des gens qui, il y a un an, étaient de l’autre côté de la crash-barrière, comme des membres de Bukowski ou Mass Hysteria. On en profite justement pour tailler le bout de gras avec Raphaël Mercier, batteur de Mass. Les gars sont arrivés à 14h et n’ont donc pas pu voir nos compatriotes Headcharger allumer la scène, mais ils ont bien vu Behemoth, que Raph a trouvé énorme. Quant à Sabaton : « C’est pas ma came. Tant qu’à faire, je préfère voir Accept ». On continue autour de quelques rafraichissements. Raph attend Slayer avec impatience malgré la disparition de Jeff Hanneman (« Pour moi, c’est lui Slayer ») et l’absence de Lombardo. Lombardo, pour lui, a inventé le jeu de batterie thrash avec Lars Ulrich. Même si tout le monde critique ce dernier parce qu’il joue moins bien de nos jours : « C’est quand même lui qui a fait Kill’Em All ». Du coup, il va s’enchaîner Motörhead et Slayer, et « ça va être parfait ».

Discussion avec Raphaël (Mass Hysteria) – partie 2: [audio:interviews/Sonisphere2013 – Mass Hysteria2.mp3|titles=Discussion avec Raphaël (Mass Hysteria) – partie 2]

Quand on lui demande son avis sur le festival lui-même, il se dit très content, il a été très bien accueilli, et trouve que le système des deux scènes qui se font face est très pratique. Il se satisfait aussi de l’absence de pluie… quand, quelques secondes après, il se met à pleuvoir. « Attends, rallume ton enregistreur, on la refait », plaisante-t-il et ajoute, toujours sur le même ton, que ce doit être dû à la présence de Megadeth (référence au DVD du Big Four où les groupes rient à propos du fait qu’il pleut tout le temps lors d’un concert de Megadeth) ainsi qu’au fait qu’Amon Amarth joue à ce moment-là « Twilight Of The Thunder God ». Ce par quoi il conclut : « God Hates Us All ».

19h56 : Les petits poussent aussi à l’ombre des grands. Plus tôt dans la journée, on a croisé Yann, directeur du Motocultor, qui, dans l’enceinte du géant fait de la promo pour son festival à la popularité grandissante… et qui dépasse même les frontières : il nous avoue qu’il atteint des mexicains et des australiens (des touristes qui viennent en Europe et avait envie de se faire un festoche pas trop gros) à Saint-Nolff au mois d’août.

20h04 : Un événement vient de gâcher la joie des festivaliers : les concerts ont dû être momentanément interrompus, une personne ayant été victime d’un « grave arrêt cardiaque ». Au moment où vous lisez ces lignes, le festival a repris mais on espère sincèrement que ce n’était pas plus grave.

20h12 : Alors qu’In Flames démarre, les pompiers sont là pour ce spectateur, mais, après avoir tenté sans succès un massage cardiaque, la sécurité ne semble pas très optimiste. On croise les doigts.

Celui qu’on ne présente plus.

20h56 : On dit souvent de Motörhead qu’ils jouent en pilote automatique depuis quelques années. Et le fait est que Motörhead tourne énormément. Il est donc normal que des automatismes de jeu ou scéniques se soient développés avec l’habitude. Et dans les jours sans, on aura l’impression d’avoir affaire à une machine sans âme. Doit-on pour autant voir Motörhead comme un groupe sans passion ?

Blasphémateurs ! Bien sûr que non. Tout d’abord parce que Motörhead n’a pas besoin de tourner autant. C’est bien par envie qu’ils le font. Et toutes rodées qu’elles soient, les prestations de la bande à Lemmy ne manquent pas de groove et de feeling. Motörhead vit son show, même si, à faire autant de concerts dans l’année, la motivation et la bonne vibe scénique sont forcément moins fortes certains soirs.

Motörhead est bien là, l’exécution est en place sans être clinique. Phil Campbell s’applique pour donner à ses soli la justesse et le feeling dont ils ont besoin, Mikkey Dee appuie ses coups et se donne physiquement. Et Lemmy est éternellement Lemmy. Attend-t-on vraiment de Lemmy qu’il ait le dynamisme d’un Dickinson ? Attend-t-on vraiment de Lemmy qu’il ait l’air de s’intéresser à nous ? L’homme dont on ne comprend rien à ce qu’il dit au micro, l’homme désinvolte qui semble se ficher complètement du fait d’être sur scène, mais qui balance deux, trois vannes de temps à autre, l’homme à la voix inimitable. Un homme et une voix qui certes, commencent à fatiguer, mais qui sont bien là.

Cracher sur Motörhead parce qu’ils commencent à montrer des signes de vieillesse ou parce qu’ils ont de la bouteille, c’est cracher dans la soupe, car l’on parle de sexagénaires qui sont sur scène toute l’année.

Motörhead envoie toujours, Motörhead joue toujours avec intention et passion, et Motörhead est toujours aussi rebelle. Point.

Anders Fridén (In Flames) a de quoi être fier.

21h10 : In Flames a commencé son set en le plaçant directement sous le signe de l’excellence technique, avec un chant au top sur les anciens morceaux du groupe. Pour ceux qui n’auraient pas vu le groupe sur scène depuis 2011, l’absence de Strömblad ne se fait pas sentir. En fait, comment trouverait-on le temps de s’en apercevoir ? Les musiciens se donnent comme jamais, les sourires sont de sortie et les gars bougent sur scène, grimacent… Et le tout sans artifice : fini les jeux de lumières ultra-élaborés, la pyrotechnie… Les Suédois ne se reposent que sur une chose : leur propre talent.

Pour le public venu se masser nombreux devant la scène, c’est donc LE grand show de ce début de soirée. La double pédale et l’attitude hardcore d’Anders Fridén donnent un rendu brut et agressif mais excitent aussi la foule qui pogote sévère et part dans un gros circle-pit. Les solos de guitares, qui bénéficient d’un son bien meilleur que dans la journée, ne gâchent rien à l’ambiance générale. Les rythmiques sont lourdes, le son massif. Le set n’est pas fini. Le public réclame « Only For The Weak »… Mais ne l’aura pas… Mais ne se plaindra pas : le show est énergique jusqu’au bout de cette heure. Tout le monde est ravi par ce set du feu de dieu.

Au tour de Slayer…

21h24 : En attendant, on ne manque pas une occasion de discuter avec les musiciens qu’on peut croiser sur le site ou à l’espace VIP. Samir d’Arkan nous parle de leur tournée acoustique qui s’est très bien passée et qui les encourage même à faire un album avec des réenregistrements en acoustique de leurs chansons tout en préparant leur nouveau « vrai » album pour la fin d’année. Plus tôt, les gars de Bukowski nous avouaient être très contents des ventes de leur nouvel album, Hazardous Creatures, et de leur contrat avec VeryCords.

Cette fois, on en est sûr : c’est le vrai Kerry King.

21h34 : Spaceman vient de nous envoyer le message suivant : « Waaaaaaaaaaaaaarrrrr !!!!!!! ». Slayer est sur scène et « putain, c’est toujours aussi jouissif… ».

22h25 : Slayer déploie un backdrop hommage à Hanneman, rappelant une étiquette de bière (vous vous rappelez probablement du logo sur une de ses guitares) avec inscrit les mots : «  »Angel Of Death – Hanneman – Still Reigning – 1964 – 2013 ». Chaque concert du groupe est une messe à la mémoire du disparu actuellement et chacun vient s’y recueillir mais certainement pas en silence.

23h44 : Une sensation étrange nous envahit à la vue du concert de Slayer, qui aura eu tout pour nous ravir et qui aura d’ailleurs été l’un des moments les plus fédérateurs du festival à voir le nombre de bras levés.

L’essentiel était bien de la partie. Il y avait tout d’abord ces chansons, ces hymnes du thrash irrésistiblement virulents, efficaces, aux riffs mémorables ou encore ces mid-tempos aux mélodies solennelles tout aussi intemporelles. Il y avait ce jeu de scène et ce charisme imposant de ces quatre mecs qui ne rend que trop nécessaire la grandeur de la scène. A aucun moment on ne les trouve minuscules, écrasés par l’espace qu’ils occupent. Il y avait ces longs silences que le groupe aime cultiver pour installer de la tension et de l’impatience. Il y avait cette impeccable exécution des titres avec le renfort d’un Gary Holt toujours aussi motivé et très à l’aise dans son rôle au sein de Slayer et d’un Paul Bostaph en place bien que discret scéniquement et caché par ses fûts (certes, tout comme peut/pouvait l’être Dave Lombardo). Enfin, il y avait ce cadre idéal pour une prestation de Slayer, à savoir un soleil couchant donnant au ciel une rougeur guerrière et sanglante parfaite pour « Raining Blood ».

Pourtant, par moments, on aura eu l’impression qu’ils n’étaient pas vraiment là. Les sourires de Tom Araya ne dégageaient pas la même plénitude. Les headbangings de Kerry King ne semblaient plus avoir la même fureur. Comme un groupe dont la rage et la passion avait été anesthésiée. On sentait Araya et King terriblement seuls malgré la présence de Holt et de Bostaph.

Mais peut-être est-ce notre esprit qui était conditionné par le récent décès de Jeff Hanneman et qui s’attendait tellement à être déçu qu’il en a affecté notre jugement.

En résulte une sensation schizophrène. Lors de ce concert, on pouvait à la fois être déçu, sentir que quelque chose était mort en Slayer et être à la fois réjoui de voir le groupe toujours là, porté par sa classe scénique et sa musique.

Et vous, spectateurs du Sonisphère, avez-vous vu le verre à moitié vide ou à moitié plein ?

Dans les deux cas, ce concert de Slayer, à l’atmosphère unique, nous aura profondément émus, malgré la difficulté à mettre un mot sur cette émotion particulière. Pour une fois, la setlist ultra classique (avec quand même de bonnes surprises comme « Stain Of Mind »), qu’on serait tenté de trouver exaspérante quand on la vit pour la énième fois, sonnait comme une sorte d’hommage à leur défunt camarade.

23h52 : Metal’O Phil s’achète des caramels. Parce que c’est bon les caramels. Et parce qu’on n’a pas tous les jours l’occasion de s’acheter des caramels à 23h52.

Korn en très grande forme.

23h55 : Le concert de Limp Bizkit vient de commencer mais parlons d’abord de celui de Korn.

Après la furie Slayer sur la scène Apollo, Korn arrive sur la Saturn. Avec Head. Nombreux sont ceux à être venus pour eux et pour assister à cette réunion de famille. Mais pas le temps de faire dans le sentimental : le combo attaque directement avec « Blind », explosif, qui est salué comme il se doit par le public. Et l’effet se fait vite sentir : Korn avec Head, c’est autre chose ! Les deux guitares se répondent parfaitement et l’espace scénique est totalement occupé. Ca enchaîne avec « Twist », « Ball Tongue » et un « Falling Away » à l’ancienne. Le très bon « Dead Bodies Everywhere » s’invite lui aussi à la fête avec le même aspect glauque qu’autrefois. Que du vieux pour le moment mais la réalisation est impeccable, les musiciens sont tous hyper concernés, la voix de Jonathan Davis est irréprochable et on retrouve toute l’intensité des morceaux qui ont marqué l’adolescence de bien des spectateurs ici présents. Seuls quelques nouveaux arrangements de batterie de Ray Luzier ne collent pas exactement avec les souvenirs mais c’est loin d’être dégueu… On serait presque tenté de dire qu’on est face à la bonne surprise de la soirée.

Puis, au milieu de ce concert best-of, dont aucun fan hardcore ne se serait plaint, vient un interlude dubstep, puis une coupure du son de la guitare. L’ambiance est plombée d’un coup. Le public tire la tronche… Jusqu’au couple « Coming Undone » et « Did My Time » qui redonne de l’énergie à ce show. C’est bon, c’est groovy et énervé à la fois. Fieldy se démène sur sa basse. Puis, frisson dans le public : un son de cornemuse, « Shoots And Ladders ». Korn n’a pas pu s’empêcher d’être fidèle à lui-même en piochant dans l’album Path Of Totality et de rappeler qui il est et ce qu’il fait, sans honte, sans souci de la désapprobation populaire, mais il ne manque pas de ressource pour frapper juste et rappeler pourquoi il est toujours là.

Puis ce sera un sans faute jusqu’à la fin, tambour battant avec « Got The Life » et « Freak On A Leash ». Le groupe est à fond, le public aussi, et finalement on a assisté à un très bon set d’un Korn en très grande forme qui signe, et même grave profondément son retour. Bizkit va devoir faire fort pour imposer sa vision du néo metal au Sonisphere.

Mais c’est quoi cette barbe Fred ?!

02h13 : Vous est-il jamais arrivé de détester un groupe, mais, à l’approche d’un de leurs concerts, de vous sentir enthousiaste à l’idée d’oublier tout ce que vous savez d’eux et de leur donner une seconde chance ?

C’est ce qu’il s’est passé pour ce concert de Limp Bizkit. Cette sensation est d’autant plus agréable lorsque cela se justifie. Car c’est peut-être de l’expérience live dont on avait besoin pour comprendre et adhérer à l’univers si particulier et mal aimé de Limp Bizkit.

On est tout d’abord surpris de voir le concert démarrer avec des titres plus axés sur l’atmosphère étrange et hypnotique distillée par les arpèges et les leads de guitare, ambiance renforcée par la nuit. A côté de ça, le groupe se complait dans des riffs néo-metal dont l’aspect tellement primaire et racoleur que l’on trouve tellement pauvre que l’on a du mal à assumer l’irrésistible réaction physiologique qu’ils entraînent. Le meilleur exemple reste le riff de « Break Stuff », répété interminablement en milieu de set et sur lequel il est impossible de ne pas secouer la tête.

« Etrange » serait le meilleur terme pour qualifier le jeu de scène du groupe. Le chanteur Fred Durst parvient à maintenir en permanence le doute sur le second degré de son personnage. On ne sait pas s’il s’est inventé ce personnage de mauvais goût, si c’est du premier degré ou si c’est un mélange des deux. Ses interventions sont tantôt absurdes, comme lorsqu’il s’interrompt soudainement pour faire chanter « La Marseillaise » au public, tantôt psychédéliques, tantôt énergiques. A certains moments, Fred Durst semble incarner son personnage et à d’autres, il semble se moquer de lui même. Nouveau signe de cette ambigüité du personnage : cette barbe, tellement décalée, qui le vieillit comme jamais, alors qu’il déclame des chansons à l’esprit très adolescent.

A ce titre, la force de Limp Bizkit se trouve dans son mauvais goût et son côté primitif assumé, efficace et que l’on aurait honte d’apprécier, autant qu’elle se trouve dans le doute permanent que le groupe procure au spectateur sur la démarche parodique ou non de sa musique et sa prestation. Et elle se trouve aussi dans l’efficacité de titres comme « Take A Look Around » et « Rollin » qui clôturent le concert avec pêche avant, sans prévenir, d’enchaîner en toute cohérence avec l’absurdité de certains instants du concert sur une bande son de « Staying Alive » des Bee Gees. On notera la déception des fans de l’absence d’un hit attendu comme « The Nookie » ; mais qu’est-ce que c’est qu’une chanson quand on a pu ainsi s’amuser dans un trip générationnel, régressif, mais qui n’en demeure pas moins une expérience assurément prenante et puissante, parfaite pour une clôture nocturne de cette première journée.

Et maintenant, au dodo ! Rendez-vous à nouveau ici quand le soleil sera à son zénith.



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  • Je n’aurais pas mieux dit pour Motorhead, une setlist plus hard que rock’n’roll, Phil Campbell qui a été étincelant dans ses solos. C’est le meilleur concert pour moi de Motorhead ces dernières années. Slayer était meilleur qu’au 1er show à l’impact fest de Varsovie mardi dernier, où il était flagrant que le groupe n’avait pas répété vu les contre temps de Bostaph (qu’il a réitéré à de nombreuses reprises au Sonisphère, visiblement il n’a plus le niveau tant physique que technique, j’ai l’impression que la batterie court après les guitares, alors qu’avant c’était plutôt l’inverse!). Objectivement si ce concert était correct, on est très loin du niveau habituel, beaucoup d’imprécisions (sur les premiers titres…) et plus de frissons quant l’intro retentit…

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  • Gregdevil666 dit :

    Globalement satisfait de cette journée, la prestation des groupes ont été dans l’ensemble toutes maitrisé.

    Mention special à KoRn et Behemoth.
    Un petit peut déçu de la prestation de Paul Bostaph lors du set de Slayer. Tellement l’habitude de Lomabardo…

    Un gros coup de gueule pour le site : des montés en veux-tu en voilà, un terrain en beton et graviers et qui plus est en pente ! C’est mal indiqué, même pas de panneaux WC !!!!

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  • Azrathorn dit :

    Grosse journée que celle du Samedi.
    Les concerts que j’ai le plus apprécié ce jour là, c’était Dagoba, avec une grosse ambiance en fosse, Sabaton, qui avait la pêche, Slayer qui ont envoyés du bois, et Korn, où c’était la folie dans la fosse, une fois de plus.
    Motörhead, par contre a été ma déception de la journée. Je ne les avais jamais vu, et ne savais pas à quoi m’attendre. Le « show » est très statique, et c’est pas la folie dans le public.

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  • MALANDAIN dit :

    Merde à ceux qui critiquent Lemmy et sa bande!!!Beaucoup de jeunes « cons » ne seraient pas là si ils n’avaient pas existé.

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  • Elsassgromit dit :

    Incroyable ! Vous avez aimé un live de Limp Bizkit ! Prenez la température de la personne qui a chroniqué ce concert, on voudrait pas d’un autre incident malheureux. La barbe sur Fred Durst choque, il ressemble à Neil Fallon comme ça XD. Bon perso j’ai toujours été tenté pas Limp Bizkit en live et ça me donne envie de les voir ce report.

    Le report sur Korn me tenterai presque de les voir au Hellfest mais bon face à Morbid Angel et Bad Relligion (entre lesquels il faut déjà faire un choix) Korn est pour moi tout petit et pas du tout une priorité.

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  • vous ne parlez pas du tout de l’ambiance sur le fest et en terme d’affluence

    [Reply]

  • « sexagénères »
    À moins d’un jeu de mot particulièrement réussi, il me semble que ça s’écrit « sexagénaire »

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    C’est pas faux. On corrige.

  • Etant donné que j’étais en fest les années précédentes quand vous faisiez ce type de report, je n’ai jamais pu tester le coup de l’article qui grandit au fur et à mesure que le temps passe… et en tout cas, je trouve ça bien cool. C’est bien si le show de Behemoth s’est bien passé, parce qu’avec le soleil, j’avais peur que ça rende bizarre…
    Ah, et sinon, pour In Flames, petite coquille, c’est Only For The Weak, et non Only The Weak.

    *F5 F5 F5 F5 F5 F5 F5 F5 F5 F5 F5 F5 F5*

    [Reply]

    Exact. Le titre a retrouvé son intégrité.

  • Am'staff88 dit :

    On en sait plus sur le gas et sa crise cardiaque?

    [Reply]

  • Sonisphere côté public : un beauf et 2 ado catin

    [Reply]

  • Tiens, j’aurais pas pensé qu’un groupe du calibre de Motörhead joue aussi tôt…

    [Reply]

    Skilver

    C’est devenue asssez courant pour Motörhead en fest de passer sous TA et avoir droit a une heure de show. Vu que le groupe est sans surprise, certaines personnes ayant deja vu Motorhead s’en passe car ils ont déja vécu l’expérience. Donc on va rarement prendre le risque de mettre Motorhead en TA. Ils ramenent du monde mais ce sont surtout des habitués plus qu’autre chose.

  • Breakspir dit :

    Vive le Motocultor Fest quoi 😮

    [Reply]

  • Vous savez, il y a tellement de titres qui se ressemble que ils peuvent se tromper…

    [Reply]

    Toedaem

    Vous savez, il y a tellement de titres qui se ressemblent que ils peuvent se tromper…

    Musstaki

    Je ne suis pas un fan hardcore d’Amon Amarth, loin de là, mais ce genre d’erreurs me saute aux yeux. On parle du morceau le plus connu de leur discographie tout de même

    Merci, on corrige. C’est un peu le rush de mettre tout ça en ligne alors désolé si vous voyez un p’tit truc qui cloche parfois.

  • « Alors qu’une pluie rafraichissante se déclenche, le groupe pousse un « Death In Hell » qui fait un carton »
    Cherchez la coquille….
    Un bon report est fait par quelqu’un qui connait un minimum le groupe dont il parle, non?

    [Reply]

  • Elsassgromit dit :

    Pas mal le fil rouge, étant qu’il soit si dur de se répérer avec deux scènes … il y a tant de choses entre ces deux scènes ?
    Pas très étonnant pour le son de Dagoba malheureusement, la grosse caisse souvent surmixée en fest ne les épargne jamais il faut croire.

    Pour Amon Amarth c’est pas plutôt Death in Fire ?

    Bon fest, vivement la chronique de Limp Bizkit !

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    Elsassgromit

    étonant*

    Breakspir

    Ouais jtrouve ça bizarre aussi le Death In Hell ^^

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