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Chronique   

Sons Of Apollo – MMXX


Sons Of Apollo est définitivement l’œuvre de stakhanovistes de la musique avant d’être un super-groupe. L’énième projet de Mike Portnoy a, en l’espace de deux ans seulement, réalisé un premier album, Psychotic Symphony (2017) et un album live Live With The Plovdiv Psychotic Symphony (2019). 2020 voit la sortie du deuxième opus de la formation, sobrement intitulé MMXX, de quoi célébrer en grande pompe l’avènement de la deuxième décennie du millénaire. Tous les poncifs sont alors de mise dont le plus évident est « Sons Of Apollo revient encore plus fort ». C’est tout bêtement la volonté du groupe et ses propres dires, soit reprendre exactement les mêmes ingrédients du premier effort en profitant d’une alchimie accrue entre les membres.

MMXX délaisse l’image mythologique de son prédécesseur pour se concentrer sur l’idée de futur et ce qu’il évoque, quitte à utiliser des arrangements typés science-fiction des années 80 tout sauf discrets sur le premier single « Goodbye Divinity » – dont l’introduction résonne comme un écho du Dream Theater époque 95-99. MMXX est de nouveau produit par les Del Fuvio Brothers, qui n’est autre qu’un sobriquet désignant Mike Portnoy et Derek Sherinian. En résulte une production s’attachant à laisser suffisamment de spectre à tous les instruments. MMXX sonne très propre, et si le grain des guitares de Ron « Bumblefoot » Thal n’aura pas de mal à attirer l’oreille, l’exubérance des sonorités prônées par Derek Sherinian est toujours aussi clivante. Que l’on soit client ou pas, elles participent au moins à l’image enjouée et virtuose du groupe. Sons Of Apollo n’a pas altéré sa formule. Une formule à deux visages qui s’entremêlent : metal progressif et rock n’ roll en diable. L’aspect rock le plus direct s’incarne via les lignes de Jeff Scott Soto, supportées par des nappes de clavier typés seventies lors du refrain de « Goodbye Divinity ». Le jeu de Portnoy embrasse souvent une approche directe, à l’instar du binaire en introduction de « Wither To Black » et son riffing metal archétypal d’une redoutable efficacité, ainsi que le groove heavy qui supporte l’intégralité de « Resurrection Day » ; de groove il est également question avec « Fall To Ascend », entre riff néo-metal et rythme tribal. Sons Of Apollo privilégie parfois des sonorités moins convenues et plus agressives, à l’image du jeu de guitare sur « Asphyxiation » au grain « indus » et du traitement de la voix de Jeff Scott Soto volontairement plus « synthétique ».

A en croire Mike Portnoy, Sons Of Apollo serait avant tout un groupe de hard rock au sens strict, ponctué parfois d’éléments progressifs. Certes, Sons Of Apollo se démarque par son sens de l’énergie rock, mais contredisons ces propos en niant le caractère « ponctuel » des élans progressifs. Sans être la clé de lecture principale de l’album, ces derniers sont omniprésents, y compris sur le single « Goodbye Divinity » qui se voit gratifié d’un solo de clavier dans la pure tradition de Sherinian. Sons Of Apollo aime trop quitter les sentiers balisés pour se débrider : la moitié des cinq minutes de « Fall To Ascend » sert de réceptacle à des dédales de prouesses instrumentales et ses enchaînements quasi épileptiques. Même la délicate power-ballade « Desolate July » incorpore une petite élancée de clavier (encore une). Ce penchant est davantage assumé sur des titres longs tels que les neuf minutes de « King Of Delusion » et son duo piano-batterie aux deux tiers du titre qui ravira les fans de Dream Theater. Les seize minutes de « New World Today » illustrent la maîtrise chirurgicale des musiciens et leurs origines. Les leads de guitares et les nappes de clavier de l’introduction semblent issus des grandes heures du progressif, et en particulier de Rush (les clins d’œil au trio canadien sont légion dans MMXX, comme cet effet de clavier emprunté à l’intro de « Tom Sawyer » à 3:27 sur « Wither To Black »), incarnant pleinement l’univers rétro-futuriste que cherche à dessiner Sons Of Apollo. Le titre est sans doute le meilleur exemple de la fusion de deux approches musicales à l’opposé : l’efficacité de Jeff Scott Soto et Ron Thal (même si celui-ci nous gratifie également de son lot de plans ébouriffants) mêlée aux élucubrations de Mike Portnoy et Derek Sherinian ; Billy Sheehan, plus discret que ses comparses, brille par sa capacité d’adaptation, mais aussi par quelques mélodies (« Goodbye Divinity ») et ses sempiternels effets d’harmoniques. Le titre synthétise ce que représente Sons Of Apollo dans le paysage musical : une franche camaraderie entre virtuoses.

Après un premier album en forme de joli tour de chauffe, on pouvait s’attendre à ce que Sons Of Apollo passe la seconde et ouvre ses perspectives, voire nous surprenne. MMXX n’est, en réalité, pas vraiment davantage que son prédécesseur. Il en reprend les codes, délivre des riffs et des refrains qui ont le mérite d’entraîner et de donner le sourire, et enrichit ses structures de plans délurés et de soli. Ces derniers n’ont pas toujours la pertinence désirée et se heurtent aux parties à l’écriture plus directe, mais ils sauront à coup sûr apporter de la jouissance aux amateurs d’acrobatie instrumentale. MMXX entérine ce qu’on peut percevoir de Sons Of Apollo : une musique à l’appréhension facile effectuée par des gens brillants qui, peu importe les circonstances, voudront le démontrer à un moment donné et à tout prix.

Clip vidéo de la chanson :

Chanson « Goodbye Divinity » en écoute :

Album MMXX, sortie le 17 janvier 2020 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Mike pornoy envisagerait de rejouer avec J Petrucci…
    Y a t il des infos précises confirmées ou simplement du buz médiatique?!!

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  • excellente chronique. Curieux de voir sur scène en février dans le sud.

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  • ça ne serait pas plutôt l’avènement de la troisième décennie du millénaire? 😀

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    Metalmaniac

    Oui ce serai plutôt la troisième décennie…. sauf que celle ci commence
    en 2021.(le siècle a commencé en 2001)

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