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Chronique   

Sorcerer – Lamenting Of The Innocent


Deux demos bientôt légendaires au tournant des années 80-90 et puis plus rien pendant près de vingt-cinq ans : la carrière de Sorcerer est pour le moins atypique. Ce n’est en effet qu’en 2015 que le groupe sort son premier album, In The Shadow Of The Inverted Cross, lorsqu’il est ressuscité par le chanteur Anders Engberg et le bassiste Johnny Hagel après diverses aventures musicales (au sein de Therion et Tiamat notamment). Un nouveau line-up est mis sur pied pour l’occasion, mais artistiquement, les Suédois reprennent exactement où ils s’étaient arrêtés, avec un doom épique marqué par les premiers Candlemass. Plus question cette fois-ci de s’évanouir dans la nature : le groupe part en tournée puis sort un deuxième album bourré de « hits », The Crowning Of The Fire King, en 2017, avec lequel Sorcerer s’affirme en tant qu’entité et affine son art. Pour Lamenting Of The Innocent, annoncé par pas moins de trois titres, « The Hammer Of Witches », « Dance With The Devil » et « Deliverance », les sorciers continuent sur leur lancée. Au programme : gros riffs, atmosphères tourmentées, nostalgie des années 80 et démesure…

Après une courte introduction à coups d’accords menaçants, « The Hammer Of Witches » nous plonge immédiatement dans l’ambiance : un riff qui, à n’en pas douter, fera un malheur en live pose le décor pour les vocalises théâtrales d’Anders Engberg – dont les envolées rappellent parfois celles de l’ex-Black Sabbath Tony Martin – et les solos endiablés de Kristian Niemann et Peter Hallgren, le tout mené tambour battant par Richard Evensand à la batterie et Justin Biggs à la basse. La production, assurée par le groupe lui-même, est très moderne et d’une grande clarté, faisant briller tous les éléments – voix, guitares, mais aussi chœurs et nappes de clavier – qui composent l’univers grandiloquent du groupe. C’est paradoxalement sur la power ballad « Deliverance », tout en arpèges de guitare acoustique et passages de violoncelle, que le groupe atteint l’apogée de l’« epicus doomicus metallicus », avec la présence en renfort au chant de nul autre que Johan Längqvist de Candlemass, la voix d’Epicus Doomicus Metallicus justement, accolade ultime à une influence évidente de la part de Sorcerer et manière aussi de boucler la boucle plus de trente ans après sa première démo.

Pour autant, Lamenting Of The Innocent offre plus qu’une variation sur les débuts de Candlemass ou même sur les opus précédents de Sorcerer. Tout en restant dans son périmètre, le groupe s’autorise une palette plus large que par le passé, notamment dans l’approche parfois plus heavy que doom (« The Hammer Of Witches », « Institoris », « Dance With The Devil »), et sous l’impulsion d’Evensand et Biggs, ses nouvelles recrues. Le bassiste – qui ne remplace pas complètement Hagel, toujours impliqué dans les affaires du combo – growle en effet sur quelques titres (« Lamenting Of The Innocent ») et compose une partie des paroles. Plus agressif par moments, l’album est aussi très mélodique et parfois plus progressif, comme le prouvent les solos épiques et virtuoses qui ouvrent « Path To Perdition », voire power metal sur certains refrains particulièrement enlevés, avec un certain sens du grandiose – en témoignent encore « Path To Perdition » et son final qui clôt l’album en intensité, avant de laisser place à une nappe d’orgue.

Finalement, avec ces variations sur un même thème, Sorcerer applique à sa propre formule le même procédé qu’au thème de l’album, la chasse aux sorcières, qu’il avait déjà traité à ses tout débuts (ses deux premières démos sont intitulées Sorcerer et The Inquisition). Grand classique du metal, la formation choisit non pas de privilégier un point de vue (ce qu’a fait, dans un tout autre genre, The Ruins Of Beverast sur Blood Vault, qui plongeait dans l’esprit du moine inquisiteur Heinrich Institoris) mais de les démultiplier : on retrouve celui d’Institoris, mais aussi celui de la sorcière (« Condamned ») ou des villageois (« The Hammer Of Witches »). Univers parfaitement raccord avec celui des Suédois, il leur permet de faire montre de toutes les facettes de leur talent. Si Lamenting Of The Innocent, à l’image de sa pochette, n’évite pas toujours le kitsch (après tout l’un des charmes du heavy/doom épique), il offre aux amateurs du genre dix titres virtuoses par un groupe passé maître dans son domaine.

Clip vidéo de la chanson « Deliverance » :

Clip vidéo de la chanson « Dance With The Devil » :

Clip vidéo de la chanson « The Hammer Of Witches » :

Album Lamenting Of The Innocent, sortie le 29 mai 2020 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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