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Interview   

SOULFLY : ENTRETIEN AVEC MAX CAVALERA


Radio Metal : Max, bienvenue sur Radio Metal ! Tu es ici ce soir pour la promo du dernier album de Soulfly, Conquer. Comment se passe ta tournée ?

Max Cavalera : C’est long (rires), mais très bien ! Comme tu peux le voir, voici les dates (il montre une liste longue comme le bras…). C’est quelque chose comme cinquante-huit dates… Mais c’est une très bonne tournée, avec pas mal de shows à guichets fermés. De plus, sur scène, nous avons reçu un très bon accueil des fans pour Conquer, mais aussi pour tout le matériel plus ancien de Soulfly. On a joué d’ailleurs un peu de Cavalera Conspiracy, de Nailbomb, de Sepultura. Soulfly, c’est comme une grande fête du metal ! C’est vraiment cool.

Tu as déjà tourné avec Cavalera Conspiracy cette année. Te sens-tu fatigué ?

Oh, non… et puis c’est encore quelque chose de nouveau ! Tu sais, rejouer avec Iggor était fantastique. C’était quelque chose que j’attendais depuis dix ans donc je ne me sens pas du tout fatigué. Je suis en train de voir pour revenir sur les festivals cet été, avec les deux groupes. Par conséquent, c’est plutôt de l’excitation ! C’est bon de jouer de la musique, tu sais !

Qu’est-ce que tu voulais conquérir ?

Je pense que c’est un titre ouvert. Quand je l’ai composé, cet album parlait de la peur, peu importe le type de peur que tu as… Conquérir sa peur… c’est un sujet très profond. C’est difficile de conquérir ses peurs. Mais je pense que ça peut changer : tu peux conquérir la musique, les obstacles que tu rencontres, les problèmes… Tu peux conquérir le metal (rires)… Oui vraiment, c’est un concept ouvert, comme l’était Arise par exemple. Qu’est-ce qui surgit ? Qui surgit ? Et puis Conquer, c’est juste un nom tu sais. C’est mieux de faire comme ça. De nombreux fans ont leur propre idée de ce que sont les albums Arise et Conquer.



(Max) : « Rejouer avec Iggor était fantastique. C’était quelque chose que j’attendais depuis 10 ans… »

Ta musique et ta vie semblent constamment référer à l’idée de tribu. Comment tu le conçois avec Soulfly ?

C’est une de ces choses qui se développe, encore et encore, et devient plus grosse tout en continuant à grandir. C’est un processus d’évolution, cette année, l’année d’après… Nous grandissons tous : le show, la foule, ce sentiment collectif de tribu. Je lis beaucoup de live reports sur les shows de Soulfly, et j’ai beaucoup aimé le dernier que j’ai lu. C’était en Angleterre et le journaliste a fait la même comparaison : les fans de Soulfly viennent aux shows, comme une tribu, avec ses tatouages, des drapeaux brésiliens, des treillis camouflage… comme notre propre tribu. J’aime ça. Ca nous rapproche tous.

A l’intérieur de Soulfly, comment retrouve-t-on cette idée de tribu ?

C’est partout… Dans les chansons par exemple. Soulfly a – bien plus que Sepultura – des morceaux qui parlent de ce thème. « Tribe », c’est la chanson parfaite pour ça : elle exprime ce sentiment de tribalisme avec les fans. Mais la chanson « Last Of The Mohicans » dit « notre tribu s’agrandit partout ». Je pense qu’ils savent de quoi il s’agit. Ils le sentent. A la minute où le show commence, tu peux sentir, grâce à l’atmosphère, que c’est parfait. C’est une connexion. Les gens qui l’ont déjà vu attendent de pied ferme le groupe. Ceux qui le voient pour la première fois vont apprécier. Je peux voir leurs visages surpris – c’est vraiment chouette, dans le genre « C’est quelque chose de nouveau, je n’ai jamais vu ça avant ». Et peut-être à ce moment précis, ils deviennent fans. C’est très excitant de voir quelqu’un qui n’était pas fan le devenir devant soi. Toutes ce choses me plaisent énormément.

Il y a beaucoup d’invités sur chaque album de Soulfly. C’est important pour toi de multiplier ce genre d’expériences musicales ?

Oui, l’idée des invités, pour moi, c’est faire partie d’une entité. Tu donnes aux fans un petit extra par rapport à ce qu’ils reçoivent d’habitude. J’aime bien voir ça comme une sorte d’amitié, de non-compétition. Les musiciens devraient être plus amis et moins compétiteurs, comme tous ces styles de musiques qui se tirent la bourre. Je pense au metal, plus comme quelque chose que tu partages avec tes amis musiciens. D’ailleurs j’ai beaucoup d’amis dans plein de groupes, donc j’ai décidé de bosser avec eux. Je fais ça depuis longtemps et c’est génial. J’ai rencontré des gens géniaux et je suis fan de ces mecs : Slayer, Morbid Angel, aussi les brésiliens de Chico Science… c’est énorme de travailler avec eux. Tu apprends beaucoup en jouant avec d’autres musiciens… Tu apprends de nouvelles choses pour toi, et eux apprennent de toi. C’est un bon échange d’influences. Je suis vraiment fier de ça, surtout sur le dernier album, la chanson avec Dave Vincent (Morbid Angel), « Blood Fire War Hate », c’est une de mes préférées. Je la trouve puissante, c’est la chanson qui débute le show. Oui je pense que j’aurais toujours des invités car c’est quelque chose que j’adore.

Depuis l’album « 3 », tu es le producteur de Soulfly. Pourquoi avoir pris cette décision et en quoi cela influence tes compositions ?

En fait, c’est venu d’une frustration, car « Primitive » était le dernier album que quelqu’un d’autre a produit. A cette époque certaines personnes ont essayé de trop changer Soulfly et Max. La goutte qui a fait déborder le vase était que le producteur a essayé de corriger mon anglais, mon accent quoi…Là je me suis dit « ok, ça ne va pas. C’est moi, avec cet accent, c’est Max. Si tu changes ça, ce ne sera plus jamais Max… » J’ai pensé alors qu’il était peut-être temps pour moi de produire, pour pouvoir rester fidèle aux racines de Max, et de ce que je fais. C’est la vraie raison qui se cache derrière cette décision de produire. Je ne suis pas vraiment un producteur ! (rires) Mais j’ai senti que c’était une obligation envers mes fans de rester honnête dans ma musique. Donc je l’ai fait. Et il semble que les gens apprécient la production, donc je continue sur cette voie…

Nous parlions des autres musiciens… Comment as-tu proposé à Joe, de Gojira, de travailler avec toi sur Cavalera Conspiracy ?

C’était très simple… Ce n’était pas mon idée ! C’était celle de Gloria (ma femme et manager). Elle a une très bonne oreille et une bonne vision des gens avec lesquels je pourrais travailler. Je me souviens lui avoir dit, lorsque je montais Cavalera Conspiracy, que j’aimerais bien avoir un membre venu d’ailleurs… Marc est américain, Iggor et moi du Brésil… ç’aurait été cool d’avoir quelqu’un venu d’Europe, par exemple. Gloria a suggéré Joe, de Gojira, et je pense que c’est un très bon choix. J’aime beaucoup ce groupe, je pense que Gojira est ce qui se fait de mieux, parmi tous ces nouveaux groupes, et Joe est un type excellent. Il a beaucoup bossé sur l’album de Cavalera Conspiracy, c’est un super travail.

Tu as entendu d’autres productions de Gojira ?

Oui !

Qu’est-ce que tu en penses ? Qu’est-ce qui fait la différence entre Gojira et les autres groupes ?

Les paroles, celles de Joe sont différentes. Les thèmes, les noms des chansons sont différents. C’est cool, la façon dont il mélange les influences : j’ai entendu comme du Morbid Angel sur certains riffs, mais ils les jouent à leur sauce… pas une copie, juste une influence. Ma chanson préférée, c’est « Backbone ». C’est un morceau énorme !

Tu es très attaché à ton pays, sa culture et son passé. Pourquoi est-ce une part aussi importante de l’inspiration et de la musique de Soulfly ?

Eh bien… C’est différent du reste. C’est unique. Nous somme le premier groupe de metal là-bas. Les premiers musiciens metal à être sortis du Brésil. C’est un sentiment spécial. Et grâce à cela, je me sens, au travers de toutes ces années, comme une sorte d’ambassadeur Brésilien du metal et du rock, faisant rayonner le monde du Brésil ailleurs… Mais pas avec patriotisme, juste comme une sorte de fierté. Je pense que le Brésil est intéressant à découvrir pour les européens et les américains. C’est dans cette optique que je le fais.

Justement si je te dis « Ordem e Progresso », qu’est-ce que ça représente pour toi ?

C’est la devise sur le drapeau brésilien. J’aurais souhaité que ce soit plus comme ça en réalité… Tu sais, « Ordre et Progrès »… c’est une chose difficile au Brésil (rires)… parce que c’est très chaotique ! « Désordre et Régression » aurait été mieux (rires). Mais c’est là tout la réalité… le chaos.

Tu penses que les choses ont changé depuis l’arrivée de Lula au pouvoir ?

Peu à peu, c’est meilleur que cela n’était. Nous avons eu de très mauvais présidents, Collor était le pire (NDLR : président de 1990 à 1992). Nous avons aussi eu la dictature, dans les années 70, des militaires. Lula vient du Parti des Travailleurs, il est plus proche du peuple. Mais au Brésil, il y a tellement de problèmes que ça va prendre un certain temps pour que cela devienne un pays fort. Mais je pense que d’ici deux ou trois cents ans – on ne sera plus là pour le voir, le Brésil sera un grand pays. On deviendra l’un des plus grands pays du monde… mais ça va prendre du temps (rires).

Question difficile : quel est le futur de Soulfly ?

Soulfly est un groupe très discipliné, qui garde le cap et continue d’avancer. On se fiche de ce qui se passe dans le monde de la musique, comme ce qui se passe dans le monde de la pop. On continue ça comme une mission, un concept militaire. On continuera de jouer… (rires)

Tu considères cela comme ton projet principal ? Ou bien Cavalera Conspiracy ?

Oui, c’est Soulfly le principal. J’aime aussi Cavalera Conspiracy, mais Soulfly reste mon groupe principal.

Pour conclure, je te laisse le mot de la fin…

Merci aux fans, pour Conquer, et merci pour cette interview…!

NB : Radio Metal remercie sincèrement Theresa, Alex, Trixi et Cyril.

Entretien réalisé le 25 février 2009.

MySpace Soulfly : myspace.com/soulfly



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