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Metalanalyse   

Soulfly retourne à l’état sauvage


A l’heure de la création de Soulfly, dans l’urgence d’un départ précipité de Sepultura à l’issue d’un conflit avec Andreas Kisser dont nous sommes récemment revenus sur les raisons, Max Cavalera songeait avant tout à un exutoire pour ses pensées les plus noires et un débouché pour ses idées, à l’époque novatrices dans le metal, à savoir une approche quasi « world music » du genre, mettant en avant un mélange de diverses musiques traditionnelles et un thrash groovy dont il a le secret. Cette recette, il l’avait déjà solidement expérimentée avec Sepultura, notamment par le célèbre album Roots. Que reste-t-il de cette vision en 2013 ? L’essentiel de Soulfly et ses éléments les plus caractéristiques sont toujours là, les routes empruntées ont quelque peu divergé. Et si Max reste plus que jamais attaché à ses premiers amours thrash, il continue néanmoins à explorer la sphère metal sous différents contours.

Ce n’est pas un mince exploit pour Max Cavalera et ses compagnons de route, dont le très important Marc Rizzo depuis 2004, d’avoir réussi à conserver un semblant d’unité et de continuité dans Soulfly. Pourquoi ? Pas forcément à cause des divers changements de line-up, car c’est un fait qui touche bien d’autres groupes, mais plutôt parce qu’un très grand nombre de morceaux importants de la carrière du groupe sont fondées sur des collaborations avec d’autres artistes. Depuis les débuts de Soulfly avec l’éponyme en 1998 qui contenait déjà une dizaine d’invités, Max a fait appel à pléthore de chanteurs, guitaristes et batteurs pour interpréter sur album, voire en live, ses compositions. Ce dernier opus n’échappe pas à la règle et perpétue ainsi une sorte de tradition qui veut que Max aime faire chanter ou jouer les artistes qu’il affectionne sur ses compositions. C’est un sentimental, Max, et pour lui beaucoup de projets musicaux sont des histoires de famille et de potes. Et de nouveau, sur ce dernier opus, c’est un autre membre de la famille qui est là à plein temps. Après avoir joué avec son frère Igor derrière les fûts dans Sepultura et Cavalera Conspiracy, c’est au tour de son fils Zyon d’œuvrer à la batterie sur ce Savages. Et aussi à Igor Junior, son beau-fils, de l’accompagner au chant sur le titre « Bloodshed ».

Max a beau arguer qu’il a choisi Igor Junior pour interpréter avec lui « Bloodshed » parce qu’il cherchait à faire un chant punk-rock qu’il ne pouvait pas assurer lui-même et qu’Igor possédait la voix idéale pour le faire, on sent bien qu’il est heureux d’inclure encore un peu plus la famille dans ses affaires. La dynastie Cavalera, c’est quelque chose. Il faut en tout cas admettre que le fils prodigue Zyon assure avec dextérité et à propos la tâche rythmique qui lui est revenue. Ça sonne comme du Cavalera, ou comme du Soulfly. Comment aurait-il pu en être autrement ? Le fiston a grandi à bonne école. Force est de constater qu’il ne décevra pas les fans de Soulfly par son jeu et contentera même les fans de l’originel Roy Mayorga, qui doit très sûrement avoir inspiré le jeune Zyon.

Mais passons à la musique à proprement dit. Le bond thrash dans le passé qu’incarne « Cannibal Holocaust » placé en deuxième position est en quelque sorte une fausse piste : si on pourrait se croire revenu en plein époque Beneath The Remains de Sepultura, ce n’est qu’une impression passagère. Max Cavalera, même nostalgique de ses élucubrations thrash auxquelles il revient tout de même souvent sur l’album, est bien ancré dans le metal moderne et ses différentes composantes. Si l’univers global est moins violent ou brutal dans les compositions que le précédent Enslaved et sa sombre thématique sur l’esclavage, Savages n’en porte pas moins bien son nom. Les compositions renforcent un côté plus instinctif, primitif voire animal. Il suffit de voir les structures des titres, plus simples, d’entendre ce son de guitare à certains moments quasi sludge ou Max presque grogner ses paroles qu’il scande souvent en rythme comme une litanie tribale. D’un autre côté, Marc Rizzo s’étant un peu calmé sur les passages techniques virtuoses par rapport aux deux précédents albums où le jeu tournait parfois à la démonstration, les titres ont, d’une certaine manière, gagné en accessibilité. Comment ne pas voir également, dans cet aspect plus accessible, la patte de Terry Date ? L’ingénieux producteur, que Max avait rencontré en 1997, dans ses heures sombres où il était venu faire le featuring culte « Head Up » sur l’album de Deftones Around The Fur, s’était vu promettre qu’un jour, le patriarche Cavalera réaliserait l’une de ses œuvres en sa compagnie. Et quand il a sollicité son aide, celui-ci a immédiatement accepté. Et ressort de cette collaboration un son très cohérent tout au long de l’album à travers des titres qui déclinent le parti pris dans des directions musicales diverses.

Ainsi l’intense « Fallen » emmène l’auditeur dans les brutales sphères d’un death metal à la Cannibal Corpse, où la touche technique de Marc Rizzo se mêle au chant destructeur de Jamie Hanks de I Declare War, sur fond de groove typique à la Soulfly. Mais le très surprenant « Ayatola Of Rock’n Rolla » n’hésitera pas, lui, à graviter autour du metal sudiste et le stoner sur quelques portées avant de retourner vers des sphères plus connues qui évoquent un peu l’univers de Primitive, le tout en compagnie de Neil Fallon, le chanteur de Clutch et ami de longue date de Max, les deux s’étant retrouvés sur la route lorsque Max était dans Sepultura dans les années 90. L’expérience « El Comegente » est aussi à souligner, au moins pour la petite histoire qu’elle conte : l’avant-dernier titre de l’opus, chanté en espagnol et en anglais, où le bassiste Tony Campos exerce ses talents vocaux sur une composition que Max voit comme un hommage à Meshuggah par ses notes dissonantes, raconte l’histoire de Dorangel Vargas, que l’on appelle le « Hannibal Lecter des Andes », un cannibale vénézuélien qui a tué, cuisiné et mangé certaines parties d’une dizaine de personnes. L’un des « Savages » que Max décrit dans cet opus, mais aussi le titre qui contient le seul moment calme et progressif, grâce à des notes de guitares acoustiques qui vont plus lorgner du côté de Led Zeppelin que de la musique traditionnelle dans laquelle Max et Marc Rizzo vont habituellement chercher ces moments de plénitude musicale, même si certains pourront y voir une évocation de la musique brésilienne.

Les dix titres relativement longs de Savages aux orientations éparses trouvent ainsi une unité par une approche sonore et des textures communes et le style Soulfly, quelque part entre thrash, rythmes groovy ou un peu tribaux. Et bien évidemment, la part donnée aux participations est importante mais ne dénature ou défigure pas pour autant l’album. Après tout, cette volonté de faire participer des membres éminents de la sphère Metal au-delà des membres du groupe est inscrite dans les gènes de Soulfly, et Max, même s’il mène toujours les débats par des compositions à la patte immédiatement reconnaissable, veut garder cet esprit de famille et de partage musical.

Album Savages, sortie le 4 octobre 2013 chez Nuclear Blast Entertainment.



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