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Chronique   

Soulfly – Ritual


On peut dire ce qu’on veut, la longévité de Soulfly parle d’elle-même. Certes, le groupe emmené par l’inénarrable Max Cavalera accuse quelques inconstances dans sa discographie. On a souvent accusé la formation de changer trop souvent de registre, que ce soit le nu-metal des débuts en passant par une forme de death et ses erzats « sepulturesques ». Avec Archangel (2015), dixième album de Soulfly, Max avait voulu marquer le coup avec des thèmes bibliques, en cherchant à donner des allures plus « mystiques » à sa musique. Ritual, qui sort vingt ans après le premier opus, lui se « contente » de piocher dans ce que le frontman sait faire de mieux, tout en faisant un léger clin d’œil au passé…

Le line-up de Soulfly sur Ritual accueille pour la première fois en studio Mike Leon à la basse, arrivé en 2015. Pour le reste, Max Cavalera est toujours accompagné de Marc Rizzo à la guitare et Zyon Cavalera à la batterie qui officie depuis 2012. Cette continuité relative du line-up profite à Rituals, qui se repose solidement sur les acquis d’Archangel. Soulfly franchit un palier dans l’agressivité, à laquelle la production de Josh Wilbur (Lamb Of God, Trivium, All That Remains) rend parfaitement justice, notamment via l’impact des basses. Ritual s’ouvre justement par la chanson titre, qui laisse apprécier une nouvelle fois le goût de Cavalera pour la chose tribale. « Ritual » prend effectivement des airs cultuels avec ses chants mystiques en guise d’introduction, avant d’aboutir à un riff qui pourrait servir d’étendard au groupe, et un refrain en borborygmes tribaux. Surtout, ce dernier renvoie au Soulfly de la première heure qui, s’il conserve toute sa brutalité, instille par moments un groove propre au nu-metal, Korn en tête. C’est de cela dont parlait le frontman en interview : une fusion entre death, thrash, hardcore et cette touche très années 90 avec ce balancement à faire sauter les foules. « Dead Behind The Eyes » franchit une étape en termes de violence, parfaitement incarné par la participation de Randy Blythe (Lamb Of God). Les deux chanteurs se donnent la réponse avec ferveur, ce qui fait de « Dead Behind The Eyes » l’un des titres les plus marquants de l’opus, en particulier grâce à son effusion de riffs tous plus efficaces les uns que les autres, et son outro qui laisse Marc Rizzo s’illustrer à loisir avant de transitionner sur un riff massif aux growls corrosifs. Ritual semble être une progression dans l’agressivité puisque « The Summoning » et ses accents black en guise d’intro (via les trémolos de guitare), puis son final industriel à la Nailbomb, ne calme en rien l’intensité de Soulfly. En réalité tout s’accélère (mais non sans variations rythmiques bienvenues) jusqu’à atteindre le paroxysme avec « Under Rapture ». On a beau retourner toute la discographie foisonnante de Soulfly, « Under Rapture » se place sans doute comme l’une des compositions les plus acérées voire brutales du groupe (avec la participation de Ross Dolan d’Immolation justement), qui entérine les dires de Cavalera quant à ses inspirations récentes, essentiellement de la musique extrême.

Le déferlement de puissance de Soulfly tend néanmoins à s’estomper sur la seconde moitié de Ritual. Le groupe nuance davantage son propos, en introduisant des passages acoustiques tels que l’introduction de « Demonized », ce qui lui permet d’appliquer la formule « tension atmosphérique-gros riff qui tâche » sans forcer. Il ne faut pas s’y méprendre, Soulfly ne se perd pas en chemin, c’est simplement qu’il avait commencé très fort. Le riff qui succède à l’introduction à la flûte de pan de « Blood On The Street » n’a pas la même intensité de ceux qui l’ont précédé. Le titre prend des allures de thrash old-school un tantinet générique, si ce n’est pour la batterie qui termine seule le morceau, permettant d’apprécier le jeu du fiston qui a bien retenu les leçons de groove de tonton Igor. « Bite The Bullet » a le mérite de proposer un lead de guitare rafraîchissant en guise d’amorce mais là encore, le riff de refrain souffre à nouveau d’une approche trop « standardisée », bien que l’on puisse apprécier le renvoi au Sepultura des années 90 via le recours à des percussions tribales en arrangement. « Feedback ! » surprendra en revanche les habitués de Soulfly. Max Cavalera se mue en Lemmy le temps d’un titre qui doit tout à Motörhead. Intrigant, amusant, mais anecdotique au final. Évidemment, Ritual ne serait pas un album de Soulfly sans la traditionnelle instrumentale « Soulfly XI ». Là survient une question primordiale : pourquoi ce saxophone ? Libre à chacun d’apprécier l’intégration hasardeuse de l’instrument qui pourrait servir de bande-originale à des ébats langoureux…

Ritual est un athlète de haut-niveau mal préparé, qui démarre très fort et s’essouffle dans le derniers tiers de sa course. Indéniablement, Soulfly livre des titres d’une efficacité redoutable en assimilant parfaitement des influences plus radicales. Avec un départ aussi canon, l’impression que le groupe lève le pied en cours de route se fait sentir, même si finalement les compositions de Ritual n’ont pas autant de contrastes et d’inégalités que ce qui a pu être le cas lors de précédents efforts. Ritual prouve que Soulfly est en bonne forme générale, parfois impressionnant et quelquefois plus tiraillé.

Chanson « Dead Behind The Eyes », avec Randy Blythe (LAMB OF GOD), en écoute :

Chanson « Ritual » en écoute :

Chanson « Evil Empowered » en écoute :

Album Ritual, sortie le 19 octobre 2018 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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