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Chronique   

Soulfly – Totem


Retour aux fondamentaux. C’est le credo de Max Cavalera derrière la conception de Totem, la douzième réalisation de Soulfly. Outre cette volonté de renouer avec les méthodes qui ont fait le succès de Sepultura à ses débuts, Totem marque aussi un changement de taille : le départ du guitariste Marc Rizzo, à l’œuvre depuis Prophecy (2004). Max Cavalera a donc réalisé Totem avec son fils Zyon à la batterie, présent depuis 2012, et le bassiste Mike Leon. Totem a nécessité presque deux ans d’écriture, de longues sessions de jams où les riffs devaient s’imbriquer instinctivement. Totem est un album qui cherche à se reconnecter « aux esprits animaux, à la forêt, à l’environnement » si l’on reprend les dires de son géniteur. « Roots », vous avez dit…

Afin de concrétiser sa vision, Max Cavalera s’est aidé du producteur Arthur Rizk qui avait déjà travaillé sur Psychosis de Cavalera Conspiracy et du guitariste John Powers, camarade d’Arthur au sein de la formation Eternal Champion ; tous les deux signent les leads de l’album, ainsi que Chris Ulsh (Mammoth Grinder, Power Trip) sur « Spirit Animal ». L’inspiration sonore de ce Totem doit beaucoup à la scène underground, une sorte de metal crasseux, frontal, qui fusionnerait avec les affects tribaux de Max Cavalera. « Superstition » ouvre l’album par ces percussions tribales justement, dérivant très rapidement sur un riffing frontal, presque athlétique. Le jeu de Zyon remplit parfaitement son rôle : il insuffle une sorte de rage sans nuance aucune. Le solo qui survient rappelle les gimmicks heavy ultra-rapides des années 80. « Superstition » confine à l’optimisme car il met en exergue ce que Max fait de mieux : aller directement dans le vif du propos. « Scouring The Vile » introduit davantage de lourdeur dans sa première moitié, avant de repartir pied au plancher, et fait appel à John Tardy d’Obituary pour un duo détonant. Trois minutes à peine, qui doivent beaucoup au hardcore, au thrash slayerien et même au black. « Filth Upon Filth » utilise la même énergie : Soulfly a véritablement décidé d’en revenir à ces leads de guitare d’antan effrénés qui contribuent à créer une dynamique bienvenue lorsqu’ils côtoient la brutalité de certaines rythmiques. « Rot In Pain » synthétise la facette la plus extrême de Totem et mêle tout ce qui fait Soulfly aujourd’hui : du groove, des accélérations et la subtilité du chant de Max Cavalera.

« Subtilité » n’est pas seulement ironique. C’est justement l’une des forces presque inavouables de Totem, sans doute apportée par Arthur Rizk. Totem se pare d’arrangements qui évitent de se laisser aller à un metal de mule et paresseux dans sa conception. L’utilisation de soli « old-school » est l’un des principaux, tout comme certains arrangements vocaux à l’instar de ce cri écorché qui termine « Rot In Pain ». Totem est moins téléphoné que certains de ses prédécesseurs et maintient surtout la curiosité éveillée. Surtout, il se considère en deux parties : la première viscérale, la seconde plus expérimentale dans une certaine mesure. « The Damage Done » se charge de faire le lien, introduit par un riffing massif symbole du modus operandi de Max. Les variations rythmiques de « Totem » ont de quoi déboussoler légèrement au premier abord, tandis qu’« Ancestors » se pare d’un pont complètement cryptique, tentative de représenter un monde des esprits omniprésent. « Ecstasy Of Gold » se montre quant à lui plus ambitieux à son terme quant au riffing, qui laisse efficacement place à des arrangements mélodiques plus grandiloquents. Plus surprenante est la traditionnelle instrumentale « XII » qui doit beaucoup au goth type Sisters Of Mercy ou The Cure. Une respiration bienvenue avant la conclusion épique que constitue « Spirit Animal », le titre le plus long de Soulfly à ce jour, en avoisinant les dix minutes. Une sorte de transe comme le désirait Max, qui s’introduit par des cris d’animaux mystérieux, avant de conjuguer son riffing à des chants chamaniques, des percussions traditionnelles et un final complètement déluré – quelque part entre post-rock tribal et psychédélisme – jusqu’aux cuivres : l’ouverture spirituelle à la Cavalera qui profite de la voix claire de Nemanja Kojić alias Coyote d’Eyesburn, déjà présent sur Prophecy et Dark Ages (2005). Une conclusion pas si éloignée de ce que fait récemment Cynic.

Totem n’est absolument pas une révolution mais ses changements lui confèrent une place singulière dans la discographie de Soulfly. Il y a une forme d’enthousiasme dans les compositions qui se transmet à l’auditeur, comme si Totem voulait renouer avec l’essentiel : multiplier les riffs dans un garage à l’aveugle et conserver l’énergie des trouvailles. Totem n’est ni particulièrement technique, ni particulièrement véloce ou ambitieux. Il est en revanche parfaitement honnête et c’est amplement suffisant.

Clip vidéo de la chanson « Filth Upon Filth » :

Lyric vidéo de la chanson « Scouring The Vile » (OBITUARY) :

Lyric vidéo de la chanson « Superstition » :

Album Totem, sortie le 5 août 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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  • Max a composé l’album, mais les riffs il les a composés sur une seule corde ou avec une seule main? sait il encore chanté d’ailleurs? Bon sinon, blague à part, le Max en live c est plus ça, en album ça fait un bail que je n’ai plus écouté (dark ages 2005), et vu que Rizzo faisait tout le taf…

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