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Metalanalyse   

Sound City : Dave Grohl, l’héritier


La disparition de Kurt Cobain en 1994 avait laissé bon nombre d’observateurs dans l’expectative de ce que pourrait devenir le rock une fois partie une de ses dernières charismatiques incarnations. Ce qui n’avait pas été envisagé à l’époque, c’est que l’un des seconds couteaux de Nirvana se révèle comme le porteur du volet musical du lourd héritage laissé par le défunt Cobain.

Si Dave Grohl n’a jamais été porté sur la chose autodestructrice, il s’est en revanche attaché à faire vivre une certaine image du propos rock, bravant envers et contre tout la vague de modernité qui s’empara du style dans les années 90 et son accouplement avec les nouvelles formes de musique et de technologie.

L’acquisition par Dave Grohl de la fameuse table de mixage Neve 8028 des mythiques studio de Sound City représente une sorte de passage de témoin entre deux époques ; le batteur de Nirvana est depuis devenu tour à tour batteur, chanteur et guitariste de groupes du haut du pavé du rock du XXIe siècle tels que les Foo Fighters, Queens Of The Stone Age ou Them Crooked Vultures et a assuré la survie d’une vision de la musique qu’incarnait à merveille le leader de Nirvana.

Pour illustrer au mieux le propos musical de son documentaire sur les studios de Sound City, Dave Grohl a donc choisi d’installer la Neve 8028 dans ses propres studios 606 à Northridge en Californie et d’inviter bon nombre de ses connaissances du milieu et orfèvres ayant œuvré dans les studios Sound City à la réalisation de certaines des perles discographiques représentatives de son âge d’or. Pour rappel, ces studios de la banlieue de Los Angeles furent le berceau, depuis leur naissance en 1969, de l’accouchement de pépites discographiques très représentatives de chaque époque du rock : si dans les années 70 et 80 on y vit passer Neil Young, Fleetwood Mac, Grateful Dead ou Tom Petty, le début des années 90 vit les productions émergeant des studios tutoyer les sommets des charts à chaque sortie. Ce furent surtout des disques capitaux pour l’avenir du rock et les clés de voûte du rock alternatif des vingt années qui suivirent.

Le séisme discographique Nevermind et ses 30 millions de copies vendues à ce jour, l’éponyme Rage Against The Machine, Blues For The Red Sun de Kyuss (l’un des disques essentiels dans la genèse du stoner rock), sans oublier Nine Inch Nails, les Red Hot Chili Peppers jusqu’au récent The Hunter de Mastodon… Peu d’endroits dans le monde ont vu une telle créativité déferler entre ses murs en l’espace de quarante ans. Sound City, c’était un peu la Motown du rock alternatif, la caution d’un grain Rock particulier, nécessaire pour garantir l’authenticité du propos. Difficile également d’évoquer ces studios sans ceux qui en ont fait leur terrain de jeu idéal pour devenir des maîtres en la matière, à savoir les grands producteurs d’outre-Atlantique tels que Rick Rubin, Joe Barresi , Brett Gurewitz, Greg Fidleman ou des artistes développant leurs talents en production comme Trent Reznor ou James Maynard Keenan.

C’est dans le but de retracer et faire revivre cet âge d’or et cette vision de la façon de faire de la musique que Dave Grohl a réuni une vingtaine d’invités prestigieux ayant pris part aux disques faits en ces lieux. Composer et faire interpréter des titres incarnant au mieux un esprit à l’opposé de la génération qui a grandi avec Pro Tools, au sein de formations aux allures de super-groupes, telle était l’une des missions de Dave Grohl, qui est, par ailleurs, présent sur tous les titres dans des rôles différents. Le maître d’œuvre laisse évidemment son empreinte sur cette succession de titres suintant le rock des Nineties, où de nombreux membres des divers groupes dans lesquels il a officié sont présents : les ex-Nirvana Krist Novoselic et Pat Smear réunis avec à leur tête le surprenant Beatles Paul McCartney, mais également les Foo Fighters Taylor Hawkins et Nate Mendel et évidemment les Queens Of The Stone Age (et Kyuss) Josh Homme, Alain Johannes ou Scott Reeder.

Les titres sont des évocations plutôt simples d’un état d’esprit créatif mettant en avant la spontanéité et les bases solides du rock’n’roll : des couples basse-batterie consistants avec ce qu’il faut de groove, des riffs efficaces et du power-chord à profusion, quelques solos, une ballade et un peu de punk pour apporter la subversion nécessaire. Dave Grohl a rassemblé les ingrédients essentiels du rock dans son plus simple appareil pour mettre en exergue le son avant tout. Même Trent Reznor a rangé ses synthés dissonants pour un piano des plus dépareillés (« Mantra »). Déshabiller ou plutôt ne pas habiller les morceaux au maximum pour que l’on entende surtout ce qui fait l’essence d’un titre version Sound City, voilà bien l’intérêt essentiel de cette bande originale : un son de grosse caisse parfait, une saturation grunge, des nappes de basse rondes et englobantes et une voix en avant au moment du mix. Soit les recettes des succès des 90’s, interprétées par des guest-stars, le tout servi par un mixage le plus précis possible.

En dehors de l’étonnante interprétation du « Cut Me Some Slack » par Paul McCartney ou de l’interprétation « sorcière » intrigante de Stevie Nicks (Fleetwood Mac), le disque n’aurait pas pour autant perdu sa saveur si Grohl avait fait prendre un soupçon de risque supplémentaire à ses amis. Les deux Black Rebel Motorcycle se joignent à Dave Grohl pour un titre qui pourrait figurer sur l’un de leurs albums, Lee Ving (Fear) fait du punk, Josh Homme, Johannes et Goss font du desert rock, Corey Taylor un « From Can To Can’t » qui pourrait apparaître sans souci sur le dernier Stone Sour. Tout le monde fait son boulot de la manière la plus sérieuse qui soit et beaucoup d’éléments caractéristiques des enregistrements faits à Sound City ressortent de cette compilation. A l’exception de ce qui a fait le succès d’un « Smells Like Teen Spirit » envouté, d’un bouillant « Killing In The Name » ou d’un « Hurt » dans le dernier souffle d’un Johnny Cash subversif même au bord du cercueil : le soupçon de folie, de révolte ou de furie nécessaire à l’élaboration d’une œuvre rock incandescente et éternelle, qu’il est heureusement impossible d’obtenir sur commande. Ce petit rien qui a fait la grandeur de certains des disques issus de Sound City, mais que Dave Grohl n’aurait de toute façon aucunement pu recréer artificiellement. Son hommage est rendu ; il laisse la place nette pour que la magie du rock opère dans de nouvelles sphères, sur les fondations posées par cet héritage. Kurt Cobain et les autres peuvent reposer en paix.

Album Sound City: Real To Reel, sorti le 12 mars 2013 chez Sony Music



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