ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Metalanalyse   

Soundgarden revient chasser sur ses terres


Quinze ans après sa séparation, la reformation d’un groupe de l’ampleur de Soundgarden fait forcément jaser. Avec son lot de déceptions criées haut et fort par les fans de la première et grande époque – et dans le cas de Soundgarden, les égarements en terrain électro-pop de son chanteur n’ont pas aidé à les rassurer – et de dénonciations des motivations purement mercantiles de ce come-back sur le devant de la scène. Avec les odeurs de musique réchauffée qui émanent de ces disques déterrés du fond des studios d’enregistrement. Mais pour les plus jeunes des mélomanes, c’est peut-être une occasion de voir revivre un groupe parmi les plus influents de la génération grunge des années 90 venue de Seattle. Alors quels sont les risques à donner sa chance à King Animal ?

Le titre « Been Away For Too Long » fait un clin d’œil à ces années d’absence sur la scène et ouvre avec aisance ce nouvel album indéniablement imprimé de la griffe Soundgarden. Bien sûr, l’empreinte vocale de Chris Cornell joue un rôle incontestable. Les riffs de Kim Thayil ronronnent toujours. L’atmosphère se plie aux humeurs heavy, agressives et mélodiques du groupe. Les expériences diverses et variées des membres du groupe font aussi sentir leurs influences : Chris Cornell, assurément celui qui est resté le plus actif et sous le feu des projecteurs, au sein d’Audioslave et avec sa carrière solo, Kim Thayil avec son projet éphémère punk No WTO Combo et sa petite contribution au projet Probot de Dave Grohl, Matt Cameron toujours batteur chez Pearl Jam et actif dans ses projets comme Harrybu McCage et enfin Ben Sheperd avec son projet solo enregistré en 2010.

Aussi comprend-on parfaitement Kim Thayil lorsqu’il déclarait le 12 novembre dernier au journaliste de Consequence Of Sound, en comparant le travail du groupe sur cet album et celui des années précédentes : « Il y a ces approches légèrement différentes et des éléments qui sont ajoutés. Le style vocal de Chris a peut-être gagné en maturité et évolué à travers son travail en solo, peut-être un peu plus crooner ou vers un style plus proche des ballades. » Conséquence de ces flirts avec des styles en dehors de la sphère strictement rock, Thayil explique l’ajout de ces éléments musicaux intégrés à ces nouveaux morceaux qui restent malgré tout proches des fondamentaux de Soundgarden. On reconnaîtra aisément ces touches sonores dans le morceau mid-tempo « Taree », la ballade « Bones Of Birds », la complainte blues « Rowing » ou les notes expérimentales de « Eyelid’s Mouth ».

L’atmosphère de King Animal part des réminiscences grunge de « Been Away For Too Long » et de « Non-State Actor » pour évoluer rapidement vers une ambiance plus feutrée imbibée de blues et de ballades rock. La deuxième moitié de l’album se complait largement dans ces mélodies claires au groove bien maîtrisé. Les sonorités de King Animal s’accordent parfaitement avec les couleurs de l’artwork hivernal de l’album qui évoque une certaine mélancolie morbide en revisitant le thème des vanités : le roi des animaux et de la forêt soumis comme tout autre aux usures du temps et à la mort. Métaphore cachée ?

Les musiciens de Soundgarden sont d’ailleurs conscients de la situation à double-tranchant dans laquelle leur reformation les place. Kim Thayil détaillait auprès de Consequence Of Sound sa propre appréhension et son approche d’un opus délivré à la suite de la reformation d’un groupe, en nuançant la manière tout à fait relative avec laquelle un public donné peut le recevoir. Chris Cornell expliquait lui très clairement à Spin le 2 novembre dernier : « Si nous écrivons et si nous enregistrons de la musique nouvelle et pleine de vie, cela se passera tout seul. » Une déclaration simple mais pleine de bon sens qui relève le niveau général des réponses données par le groupe en interview, comme à NME, qui cache peut-être une lassitude à répondre inlassablement aux mêmes questions ou alors bien un manque de motivation artistique dans la reformation du groupe.

Alors, mettez peut-être de côté les « lorsque l’on se remet en groupe à jouer ensemble, on espère que tout va remonter à la surface comme dans le passé » et autres séquences souvenirs. Oubliez un instant les élucubrations des critiques journalistes et leurs prévisions plus ou moins fondées sur l’avenir énigmatique du groupe et les motivations de leur reformation. Et recentrez vous sur l’essentiel. Parce que même si certains fans seront forcément déçus, écœurés par le marketing promotionnel qui entoure le groupe, King Animal a suffisamment de substance pour donner ce que n’importe quel fan de rock recherche dans un album : de l’évasion, de l’énergie et de l’émotion.



Laisser un commentaire

  • J’étais minot quand j’ai écouté pour la première fois Jesus Christ Pose. Puis j’avais acheté l’album SUPERUNKNOWN à l’époque de leur véritable percée internationale. Puis l’album d’après, juste avant leur séparation. J’ai depuis suivi du coin de l’oeil les évolutions de chacun, moyennement conquis par les diverses expériences de Cornell qui enchainait le haut et le bas.

    C’était néanmoins avec enthousiasme que j’allais écouter sur les plateformes ce nouvel opus, espérant retrouver un peu du son de ma jeunesse, même si je ne suis pas naïf.

    Et je conseil chaudement à chacun de l’écouter pour se faire son opinion avant de crier au « blabla payer leurs impôts ces cons ».

    Car au delà de la polémique (sommes toutes très française je pense) de savoir pourquoi ils se reforment, moi j’ai aimé ce que j’ai entendu et j’ai depuis acquis l’album (et pourtant ces derniers temps j’en ai pas acheté beaucoup tant le niveau musical de cette année 2012 frôle les abysses que cherchent à exprimer les plus fanatiques de sgroupes de metal).

    Alors en effet côté retro, ne vous arrêtez aps à la première écoute, sinon comme moi: vous serez déçu de votre première impression si vous vous attendiez comme je l’aurai espéré à du vieux, du bon Soundgarden! Pourtant des les premières notes on entend et on vibre bien à ces petites riffs, à ces mélodies et ces faux airs des vieux albums du groupe, mais leur son a évolué et s’est raffiné si j’ose dire. C’est un plus bien entendu mais quand vous cherchez du Old School, vous êtes toujours un peu déçu de vous rendre compte que le bonbon de votre enfance a changé de recette.

    Mais dès les écoutes suivantes (car oui malgré tout les morceaux m’ont donné envie d’y revenir), on découvrir un album riche, mélodique, mélancolique, léché et captivant. Il faut se laisser immerger dans le monde tissé par Soundgarden dans cet opus. Chaque morceau semble se lier au précédent pour former comme le souligne dans son article le journaliste une sorte de métaphore que veut nous faire partager Tahil et sa bande.
    On y donne alors encore une chance de nous séduire, et on se laisse conquérir par les ballades « heavy blues » de Bones of Birds, excellent morceaux, puis Taree qui le suit de peu et délivre une composition intéressante et inhabituelle pour le groupe. Enfin on se laisse définitivement convaincre quand s’entame pour la troisième fois cet intriguant morceau dénommé Black Saturday, qui fait appel aux résonances classiques du groupe mais bien amenées et bien modernisées, qui vont à l’essentiel et ne se perdent pas comme parfois le faisaient certains vieux morceaux de SG.

    Bref, tout ça pour dire que je recommande à chacun et surtout aux vieux fans grigoux comme moi de donner sa chance à cet opus qui ne me semble pas si commercial que cela. En effet si SG avait voulu nous vendre du disc ils auraient tôt fait de nous refourguer une galette de 12 titres assemblés sur les même ficelles que ce qui leur a déjà réussi: du Black Hole Sun retraffiqué, du Fell On Black Days retravaillé. Mais si les sonorités du groupe sont belle et bien présentes sur King Animal, on sent ces apports et cette maturité dans cet opus, qui n’est pas là la volonté d’un disque à nature mercantile.

    Allez écouter King Animal les gars. Il n’est pas fait pour plaire à tous et c’est tant mieux. Mais ne le jugez pas sur ses notations de la presse car il mérite mieux que ça.
    Et surtout ne vous arrêtez pas à la première écoute. Donnez lui sa chance, surtout si vous utilisez un casque, car certains morceaux sont très très immersifs et gagent à être découvert et redécouvert !

    Moi tout ce que j’espère, c’est que tous les vieux groupes qui se reforment fassent au moins aussi bien, ça donnerai au moins meilleur presse à ce type d’expérience et calmerai ces idées de come back mercantile!

    Sur ce happy metal à tous !

    [Reply]

  • Ras la casquette de tous ces groupes qui se reforment pour regagner les thunes qu’ils n’avaient pas été foutus de mettre de côté lorsqu’ils avaient du succès.

    [Reply]

  • Pas mal pour un premier album, à surveiller!

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3